Mécontentement social ou inquiétudes populaires

  • Published on
    25-Jun-2015

  • View
    157

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

<ul><li> 1. La note sociale EPSYN66 Mars 2009 Mcontentement social ouinquitudes populaires ?Jamais sans doute un mouvement social navait fait lobjet dune telle compassion.Tout le monde commencer par le Prsident de la Rpublique, suivi par le Premier Ministrecomprenait ces franais qui dfilaient, linitiative des syndicats contre la crisemondiale, tout en dclarant ne pas changer de politique. Seule Laurence Parisot ensinterrogeant sur lopportunit dun tel mouvement dnotait de ce bel unanimisme, pouvait-ellefaire autrement ?Bref, entre deux ou trois millions de franais1 ont dfil dans les rues sous des regardsbienveillants, dautant que les effets bnfiques de la loi sur le service minimum permettaient tous de circuler dans les grandes villes. Quant aux leaders syndicaux, ils ont retrouv uneallure dautant plus martiale que les prcits ont insist sur leur sens desresponsabilits !Notons galement quaucun homme politique na fait allusion aux collectivitsterritoriales qui nauraient pas mis en uvre le service minimum de garde denfants,comme ce fut le cas pour les manifestations de janvier ! En mars, point de polmique.Au contraire, nous avons eu droit une prsentation idyllique "dune manifestation detrs grande ampleur et empreinte de gravit". Par ailleurs, la dimension polymorphe desrevendications a t mise en avant, une faon de toutes les citer, sans en faire apparatre unedominant les autres.Tous les acteurs sociaux ont bien jou leur partition. Une fois les banderoles replies, il taitdj act que la nouvelle manifestation aurait lieu le 1er mai !Voil le tableau servi par les mdias au grand public. Malheureusement, la ralit socialeque nous observons quotidiennement est diffrente, et bien loigne de ce tableau idyllique etconsensuel. Alors mme que le niveau de risque pour les entreprises ne fait quesaccrotre.1Pour la premire fois depuis mai 68, il ny a pas eu de polmique srieuse sur les chiffres annoncs par les syndicats et par ceuxfournis par le Ministre de lIntrieur. La Note Sociale EPSY n661</li></ul> <p> 2. 1. Qui a manifest ?Tout le monde, avec en tte les chercheurs, les enseignants, les tudiants, mais aussiles hospitaliers. Les fonctionnaires et les personnels des entreprises parapubliquestaient aussi prsents, mais dans une moindre mesure. Par rapport aux manifestations dejanvier, on saccorde sur une moindre participation du secteur public : recul de 4,9 points(21,1% contre 25%) pour les fonctionnaires et 3 points pour les personnels des entreprises dusecteur parapublic. Ainsi, les personnels du Ple Emploi, de la SNCF, de la RATP taient bienmoins prsents.Manifestement, nous constatons une amlioration du climat social dans les servicespublics (hors ducation) et dans les secteurs dpendants de lui. Il est vrai que beaucoup derformes ont t achetes au prix fort2 et une partie croissante commence prendre consciencede la dimension protectrice de leur statut. Pour preuve le transfert des personnes ATOS delducation Nationale ne pose plus aucun problme, constatent les lus locaux.Mais, les gros bataillons des manifestations taient composs de salaris du secteurpriv. Cest nouveau et surtout le nombre est une alerte prendre en compte.Toutes les entreprises ayant annonc des plans de sauvegarde de lemploi ou eninstance de le faire ont connu un taux de grvistes pouvant aller jusqu 30%. Ce sontles secteurs de lautomobile et des sous-traitants, de la chimie et de la pharmacie, de lamtallurgie, voire de laronautique qui ont t les plus contributifs aux dfils. Plusieursgrands groupes privs ont connu des taux de grvistes suprieurs 10%, ce qui estexceptionnel3 !Cest aussi la dimension emblmatique de lactivit de lentreprise qui amplifie ou nonla mobilisation au-del mme de ses propres effectifs : Cest le cas de Maille Dijon o largion pense perdre non seulement des emplois, mais aussi un fleuron identitaire, en raison de lastratgie de la multinationale qui la dtient ; cest le cas de Continental Clairoix o lemployeurnaurait pas respect ses engagements, malgr des renoncements sociaux importants concdspar les ouvriers en matire de temps de travail (retour aux 40 heures).Cette participation na pas concern que les grandes entreprises, mais aussi les pluspetites. Dans la presse rgionale on apprend, par exemple, que dans certaines PME ce sont laplupart des salaris qui ont manifest avec laccord tacite de lemployeur. Le nombre darticlesque nous avons relev sur ce sujet dans la presse rgionale (LIndpendant, La Rpublique duCentre, la Montagne) montre que nous ne sommes pas dans lanecdote, mais dans unmouvement profond qui prfigure un rle croissant des personnels des sous-traitants dans lesconflits sociaux venir.Limportance des manifestations a t trs variable dune rgion lautre, dune ville lautre. Ainsi, ont t dnombres 350 000 personnes Paris et Marseille, mais 45 000 Lyon ; 100 000 Nantes, et seulement 50 000 Rennes. Et aussi lintrieur de la mme ville,certaines entreprises ont dbray massivement, dautres trs peu.2Privilges astronomiques pour obtenir laccord sur la fusion ANPE/UNEDIC. Il en avait t de mme lors de la fin des rgimesspciaux de retraite dans les transports.3Mme des entreprises comme LOral ou Dassault ont t concernes par des arrts de travail de certaines catgories de personnel.La Note Sociale EPSY n662 3. Lencadrement a galement t fortement prsent dans les manifestations, tel pointque certains responsables syndicaux4 ont t tonns de limportance de leurprsence.2. Pourquoi ont-ils manifest ?On peut gausser linfini sur la nature et la diversit des revendications : hostilit lapolitique du chef de lEtat, revendication sur le pouvoir dachat, sur les salaires, sur lemploi,contre le chmage et la prcarit, mais aussi fortes demandes dquit et de partage dessacrifices, etc...Par une approche classique, nous pourrions identifier des revendications spcifiques pour chaquegroupes :Pour la Fonction Publique y compris les enseignants, ce serait desrevendications principalement statutaires et identitaires.Pour le secteur priv, ce serait des revendications de pouvoir dachat pour lesuns et demploi pour les autres.Mais cette approche par particularisme ne permet pas de comprendre pourquoi le mouvement demars est diffrent de celui de janvier, pourquoi le nombre de manifestants a t si important etpourquoi le priv a en partie bascul.Le facteur qui explique la fois pourquoi ce mouvement a t populaire, massif etaccept par lensemble des acteurs sociaux est celui de lincertitude.Lincertitude se caractrise la fois par une vision brouille de la ralit, par un repliau plus profond de soi et par une recherche de collectif. Cest aussi lincapacit de seprojeter dans lavenir et donc de tout ramener au prsent. Concrtement, cest lapersonne qui lon a expliqu une situation conomique fragile, qui comprend la ncessit deleffort, mais qui lissue de la dmonstration demandera, pour lui et les autres, uneaugmentation de salaire comme si de rien ntaitIl faut aussi reconnatre que ces comportements trouvent une partie de leur originedans la dgradation de limage des entreprises et des dirigeants o les excs duneminorit altrent limage de tous. Dj contests en priode de croissance, les compartiments dermunrations variables se transforment, en priode de rcession, de points de crispation enpoints de focalisation de toutes les drives conomiques et financires. A Clairoix, les ouvriers deContinental ont brul le mannequin de leur patron. Geste hautement symbolique qui rappelle despriodes lointaines de lhistoire sociale franaise.Enfin, le relais que reprsente lencadrement de proximit partage les mmes doutesque les employs et les ouvriers. Toutes les entreprises ne sont pas dans la mme situationmais dans la plupart, ce niveau dencadrement est dans une position critique lgard de sapropre entreprise.4La CGT ne fait plus mystre de considrer cette catgorie de personnel comme un cible prioritaire de recrutement. La Note Sociale EPSY n663 4. Dans beaucoup dentreprise, son fatalisme affich est davantage le signe de son dsamour quede sa convergence dintrt avec le personnel, ce qui rend les situations plus difficiles grer carlon se situe au niveau du passionnel.Tous ces lments dessinent une monde salari profondment dsabus qui porte dans la rue etdans la contestation lexpression de ses mcontentements. Cest en cela que lon peut dire que cesont davantage les syndicats qui ont rpondu lappel des salaris que linverse. Etsils navaient pas t l, les salaris auraient t quand mme dans la rue, comme les incitent lesgroupes les plus extrmistes, origine de la polmique entre Oliver Besancenot/NPA et FranoisChrque5.3. Quels prolongements ?Les syndicats traditionnels sont des acteurs responsables au niveau national. Ils vontdevoir grer la dure et viter les conflits durs, voire les dbordements. Mais un rlenouveau les attend tous : faire des propositions acceptables dans un cadre unitaire.Ils vont devoir reprendre la main sur leurs sections qui sont devenues de vraislectrons libres et tenter de leur faire appliquer les accords signs au sommet. Cest une vraiegageure tant les liens ont t distendus au cours des dernires annes. Ce sont les syndicats lesplus structurs au niveau rgional (CGT, CFDT) qui vont tirer leur pingle du jeu.Par ailleurs, ltat des finances publiques aura pour consquence de renvoyer la ngociationau niveau des branches et surtout des entreprises et cest l que va se situer laconflictualit.A ce niveau de dialogue social, ce sont les rsultats financiers des entreprises quiamplifieront ou non le risque social. Dans ce contexte, les groupes qui ont unetradition de ngociation seront moins fragiliss que les autres. Cest pourquoi les salarisdes entreprises mutualistes ont t beaucoup moins prsents dans les manifestations que ceuxdes autres secteursNous nous acheminons vers des conflits localiss dans le temps et lespace, mais o larfrence ce qui t obtenu ailleurs dans des conditions similaires sera la norme. Lamobilisation et la dtermination des salaris de Sony6 est cet gard trs illustratifde ce qui attend les entreprises. Et les syndicats ne savent pas grer des situations decette nature.Au dialogue social qui avait prvalu comme mode de rgulation sociale nousretournons vers la confrontation sociale qui ncessite de nouvelles pratiques pourceux qui veulent lviter. La premire de celle-ci est la reconqute de lencadrement etplus particulirement celui de proximit dont ladhsion la stratgie de lentrepriseest le gage de son succs au moins sur le plan social.5 Franois Chrque a accus Olivier Besancenot et "les militants du NPA de faire le tour des entreprises en difficultCa fait un peurapace. On attend la misre pour agir le poids du NPA est grandissant dans cette priode dexplosion sociale". Tout aussi importantlinfiltration de ses militants dans les organisations syndicales traditionnelles : CGT, FSU, etc6 Les conditions du plan social de Sony Dax taient moins avantageuses de celle du plan social de lusine Sony de Ribeauville enAlsace. La Note Sociale EPSY n66 4 5. Et lorsque lon sait que plus de 7 sur 10 se dclarent loigns de la stratgie de leurentreprise, on constate ltendue de la tcheDepuis plus de 20 ans, EPSY intervient en qualit dexpert en questions socialesdans les principaux secteurs : industrie, commerce, service et banque.Pour toute information complmentaire ou pour une prsentation plus en dtailde nos champs de comptence et de nos outils de diagnostic, vos contacts :Jean-Claude Ducatte / Clmentine BergerPar tlphone au 01.47.61.85.85Ou par mail : ducatte@epsy.com / berger@epsy.comEPSY intervient galement la demande dans le cadre de vos conventions,sminaires, assembles, confrences, formationsRetrouvez toutes nos coordonnes sur le site www.epsy.comLa Note Sociale EPSY n66 5</p>