127638416 Bernard Marie Koltes Combat de Negre Et de Chiens

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  • BERNARD-MARIE KOLTS

    Combat de ngre et de chiens

    suivi des

    Carnets

    LES DITIONS DE MINUIT

  • UVRES DE BERNARD-MARIE KOLTS

    L a F u i te c h e v a l t r s l o i n d a n s l a v i l l e , roman , 19 8 4 . Q u a i o u e s t , thtre, 19 8 5 .D a n s l a s o l i t u d e d e s ch am p s d e c o t o n , thtre, 19 8 6 .L e C o n t e d h i v e r (traduction d e la p i c e d e William

    Shakespeare), thtre, 19 8 8 .L a N uit ju st e a v a n t les f o r t s, 19 8 8 .L e R e t o u r a u d s e r t , su ivi d e C e n t a n s d h i s t o i r e d e l a

    f a m i l l e S e rp e n o is e , thtre, 19 8 8 .C o m b a t d e n g r e e t d e c h ie n s , thtre, 1 9 8 3 - 1 9 8 9 . R o b e r t o Z u c c o , su ivi d e T a b a ta b a , C o c o et U n h a n g a r

    L OUEST, thtre, 19 9 0 .P r o l o g u e , 1 9 9 1 .SALLINGER, thtre, 19 9 5 .L e s A m e rtu m e s , thtre, 19 9 8 .L H r i t a g e , thtre, 19 9 8 .U n e PART d e MA VIE. E n tre tien s ( 1 9 8 3 - 1 9 8 9 ) , 19 9 9 .P r o c s i v r e , thtre, 2 0 0 1 .L a M a r c h e , thtre, 2 0 0 3 .L e j o u r d e s m e u r t r e s d a n s l h i s t o i r e d H a m le t , thtre,

    2 0 0 6 .

  • 1989 b y L e s DITIONS DE MINUIT 7, rue Bemard-Palissy, 75006 Paris

    www.leseditionsdeminuit.fr

    En application des articles L. 122-10 L. 122-12 du Code de la proprit intellectuelle, toute reproduction usage collectif par photocopie, intgralement ou partiellement, du prsent ouvrage est interdite sans autorisation du Centre franais dexploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris). Toute autre forme de reproduction, intgrale ou partielle, est galement interdite sans autorisation de lditeur.

    ISBN : 978-2-7073-1298-3

  • Dans un pays dAfrique de lOuest, du Sngal au Nigeria, un chantier de travaux publics dune entreprise trangre.

    Personnages :Horn, soixante ans, chef de chantier.Alboury, un Noir mystrieusement introduit dans la cit. Lone, une femme amene par Horn.Cal, la trentaine, ingnieur.

    Lieux :La cit, entoure de palissades et de miradors, o vivent les cadres et o est entrepos le matriel : un massif de bougainvilles ; une camionnette range sous

    un arbre ; une vranda, table et rocking-chair, whisky ; la porte entrouverte de lun des bungalows.Le chantier : une rivire le traverse, un pont inachev ; au loin, un lac.

    Les appels de la garde : bruits de langue, de gorge, choc de fer sur du fer, de fer sur du bois, petit cris, hoquets, chants brefs, sifflets, qui courent sur les barbels comme une rigolade ou un message cod, barrire aux bruits de la brousse, autour de la cit. Le pont : deux ouvrages symtriques, blancs et gigantesques, de bton et de cbles, venus de chaque ct du sable rouge et qui ne se joignent pas, dans un grand vide de ciel, au-dessus dune rivire de boue.

    H avait appel lenfant qui lui tait n dans lexil Nouofia, ce qui signifie conu dans le dsert .

    Alboury : roi de Douiloff (Ouolof) au XIXe sicle, qui sopposa la pntration blanche.

    Toubab : appellation commune du Blanc dans certaines rgions dAfrique.

    Traductions en langue ouolof par Alioune Badara Fall.

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  • Le chacal fo n c e sur une carcasse mal nettoye, arrache prcipitamment quelques bouches, mange au galop, imprenable et impnitent dtrousseur, assassin d occasion.

    Des deux c ts du Cap, c tait la perte certaine, et, au milieu, la montagne d e glace, sur laquelle l aveug le qui s y heurterait serait condamn.

    Vendant le long tou ffem en t d e sa victime, dans une jou issa n ce mditative et rituelle, obscurment, la lionn e se souvient des possessions de l amour.

  • IDerrire les bougainvilles, au crpuscule.

    H orn. J avais bien vu, de loin, quelquun, derrire larbre.

    Alboury. Je suis Alboury, monsieur ; je viens chercher le corps ; sa mre tait partie sur le chantier poser des branches sur le corps, monsieur, et rien, elle na rien trouv ; et sa mre tournera toute la nuit dans le village, pousser des cris, si on ne lui donne pas le corps. Une terrible nuit, monsieur, personne ne pourra dormir cause des cris de la vieille ; cest pour cela que je suis l.

    HORN. Cest la police, monsieur, ou le village qui vous envoie ?

    ALBOURY. Je suis Alboury, venu chercher le corps de mon frre, monsieur.

    HORN. Une terrible affaire, oui ; une malheureuse chute, un malheureux camion qui roulait toute allure; le conducteur sera puni. Les ouvriers

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  • 1sont imprudents, malgr les consignes strictes qui leur sont donnes. Demain, vous aurez le corps; on a d lemmener linfirmerie, larranger un peu, pour une prsentation plus correcte la famille. Faites part de mon regret la famille. Je vous fais part de mes regrets. Quelle malheureuse histoire !

    A lb o u ry . Malheureuse oui, malheureuse non. Sil navait pas t ouvrier, monsieur, la famille aurait enterr la calebasse dans la terre et dit : une bouche de moins nourrir. Cest quand mme une bouche de moins nourrir, puisque le chantier va fermer et que, dans peu de temps, il naurait plus t ouvrier, monsieur ; donc aurait t bientt une bouche de plus nourrir, donc cest un malheur pour peu de temps, monsieur.

    H orn . Vous, je ne vous avais jamais vu par ici. Venez boire un whisky, ne restez pas derrire cet arbre, je vous vois peine. Venez vous asseoir la table, monsieur. Ici, au chantier, nous entretenons d excellents rapports avec la police et les autorits locales ; je men flicite.

    ALBOURY. Depuis que le chantier a commenc, le village parle beaucoup de vous. Alors jai dit : voil l occasion de voir le Blanc de prs. J ai encore, monsieur, beaucoup de choses apprendre et j ai dit mon me : cours jusqu mes oreilles et coute, cours jusqu mes yeux et ne perds rien de ce que tu verras.

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  • H orn. En tous les cas, vous vous exprimez admirablement en franais ; en plus de langlais et dautres langues, sans doute ; vous avez tous un don admirable pour les langues, ici. Etes-vous fonctionnaire ? Vous avez la classe dun fonctionnaire. Et puis, vous savez plus de choses que vous ne le dites. Et puis la fin, tout cela fait beaucoup de compliments.

    A lb o u ry . Cest une chose utile, au dbut.H orn. Cest trange. Dhabitude, le village

    nous envoie une dlgation et les choses sarrangent vite. Dhabitude, les choses se passent plus pompeusement mais rapidement : huit ou dix personnes, huit ou dix frres du mort ; jai lhabitude des tractations rapides. Triste histoire pour votre frre; vous vous appelez tous frre ici. La famille veut un ddommagement ; nous le donnerons, bien sr, qui de droit, sils nexagrent pas. Mais vous, pourtant, je suis sr de ne vous avoir encore jamais vu.

    ALBOURY. Moi, je suis seulement venu pour le corps, monsieur, et je repartirai ds que je laurai.

    HORN. Le corps, oui oui oui ! Vous laurez demain. Excusez ma nervosit ; jai de grands soucis. Ma femme vient darriver; depuis des heures elle range ses paquets, je narrive pas savoir ses impressions. Une femme ici, cest un grand bouleversement ; je ne suis pas habitu.

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  • 1A lb o u ry . Cest trs bon, une femme, ici.H orn . Je me suis mari trs rcemment ; trs

    trs rcemment ; enfin, je peux vous le dire, ce nest mme pas tout fait accompli, je veux dire les formalits. Mais cest un grand bouleversement quand mme, monsieur, de se marier. Je nai pas du tout l habitude de ces choses-l; cela me cause beaucoup de soucis, et de ne pas la voir sortir de sa chambre me rend nerveux ; elle est l elle est l, et elle range depuis des heures. Buvons un whisky en l attendant, je vous la prsenterai ; nous ferons une petite fte et puis, vous pourrez rester. Mais venez donc table; il ny a presque plus de lumire ici. Vous savez, jai la vue un peu faible. Venez donc vous montrer.

    ALBOURY. Impossible, monsieur. Regardez les gardiens, regardez-les, l-haut. Ils surveillent autant dans le camp que dehors, ils me regardent, monsieur. Sils me voient masseoir avec vous, ils se mfieront de moi; ils disent quil faut se mfier d une chvre vivante dans le repaire du lion. Ne vous fchez pas de ce quils disent. Etre un lion est nettement plus honorable qutre une chvre.

    HORN. Pourtant, ils vous ont laiss entrer. Il faut un laissez-passer, gnralement, ou tre reprsentant dune autorit; ils savent bien cela.

    ALBOURY. Ils savent quon ne peut pas laisser la vieille crier toute la nuit et demain encore ; quil

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  • faut la calmer ; quon ne peut pas laisser le village tenu en veil, et quil faut bien satisfaire la mre en lui redonnant le corps. Ils savent bien, eux, pourquoi je suis venu.

    H orn. Demain, nous vous le ferons porter. En attendant, jai une tte prte clater, il me faut un whisky. Cest une chose insense pour un vieux comme moi davoir pris une femme, nest-ce pas, monsieur ?

    ALBOURY. Les femmes ne sont pas des choses insenses. Elles disent dailleurs que cest dans les vieilles marmites quon fait la meilleure soupe. Ne vous fchez pas de ce quelles disent. Elles ont leurs mots elles, mais cest trs honorable pour vous.

    H orn. Mme se marier ?ALBOURY. Surtout se marier. Il faut les payer

    leur prix, et bien les attacher ensuite.H orn. Comme vous tes intelligent ! Je crois

    quelle va venir. Venez, venez, causons. Les verres sont dj l. On ne va pas rester derrire cet arbre, dans lombre. Allons, accompagnez-moi.

    A lb o u ry . Je ne peux pas, monsieur. Mes yeux ne supportent pas la trop grande lumire ; ils clignotent et se brouillent ; ils manquent de lhabitude de ces lumires fortes que vous mettez, le soir.

    Horn. Venez, venez, vous la verrez.A lb o u ry . Je la verrai de loin.H orn. Ma tte clate, monsieur. Quest-ce

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  • quon peut ranger pendant