18608 EDMOND LEPELLETIER Emile Zola [InLibroVeritas.net]

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    02-Jan-2016

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  • Edmond Lepelletier

    Emile Zola

    - Collection Biographies / Tmoignages -

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  • Table des matiresEmile Zola...................................................................................................1

    .............................................................................................................2I - ORIGINES.-ENFANCE.-VIE DE FAMILLE.-DBUTS PARIS.-ZOLA POTE. (1840-1861)................................................5II - AU QUARTIER LATIN.-LA MAISON HACHETTE.-CONTES NINON.-LES JOURNAUX. -CRITIQUE D'ART.-THRSE RAQUIN. (1862-1867)...............82III - MARIAGE DE ZOLA.-ZOLA SOUS-PRFET.-ZOLA AUTEUR DRAMATIQUE.-LE ROMAN EXPRIMENTAL.-L'HRDIT.-LE NATURALISME (1868-1871)....................................................................................128IV - LES ROUGON-MACQUART.-LA FORTUNE DES ROUGON.-LA CURE.-SON EXCELLENCE EUGNE ROUGON.-L'ASSOMMOIR.-UNE PAGE D'AMOUR.-L'UVRE (1872-1886)..............................................213V - LA TERRE.-LE MANIFESTE DES CINQ.-LA BTE HUMAINE.-LA DBCLE. -LE DOCTEUR PASCAL. (1887-1892)....................................................................................275VI - LES TROIS VILLES.-LOURDES.-ROME.-PARIS (1893-1897)....................................................................................328VII - L'AFFAIRE DREYFUS.-L'EXIL EN ANGLETERRE.-LES VANGILES : FCONDIT. -TRAVAIL.-VRIT (1898-1902)................................................351VIII - DERNIRES ANNES D'MILE ZOLA.-SA MORT.-LE PANTHON (1902)...................................................382

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  • Emile Zola

    Auteur : Edmond LepelletierCatgorie : Biographies / Tmoignages

    Sa Vie-Son Oeuvre

    Licence : Domaine public

    1

  • ...

    Paris 27 nov. 87

    Mon cher Lepelletier,

    Merci mille fois de votre article, qui me fait grand plaisir, car il comprendet il explique au moins. Mais que de choses j'aurais vous rpondre, vous qui tes un ami ! Il y a de la vigne la lisire de la Beauce, lesvignobles de Montigny, prs desquels j'ai plac Rogues, sont superbes.Tous les noms que j'ai employs sauf celui de Rogues, sont beaucerons. Iln'est pas vrai que la fatigue soit contraire Vnus : demander auxphysiologistes. Si vous croyez que les paysans ne reproduisent que ledimanche et le lundi, je vous dirai d'y aller voir. La lutte politique dans lesvillages n'est point aussi pre, ouvertement, que vous le pensez : tout s'ypasse en manoeuvres sourdes. Mes Charles sont copis sur nature ; et puis,c'est vrai, eux et Jsus-Christ sont la fantaisie du livre. Est-ce qu' l'ironiede la phrase vous n'avez pas compris que je me moquais ?

    La vrit est que l'oeuvre est dj trop touffue, et qu'il y manque pourtantbeaucoup de choses. C'est un danger de vouloir tout mettre, d'autant plusqu'on ne met jamais tout. Du reste, c'est l l'arrire-plan, car mon premierplan n'est fait que des Fouan, de Franoise et de Lise : la terre, l'amour,l'argent.

    Merci encore, et bien cordialement vous.

    mile Zola

    * * * * *

    ... 2

  • Entre mile Zola et l'auteur de cette tude, durant de longues annes,existrent des liens d'amiti. Les circonstances firent de l'un et de l'autre,non des ennemis, mais des antagonistes. Ils combattirent, chacun pour cequ'il estimait juste, en des camps opposs. Dans la bataille littraire, ilsdemeurrent d'accord.

    Les Lettres sont ct des besognes politiques, et l'Art est au-dessus del'esprit de parti. On peut, on doit rendre hommage un grand crivain,mme lorsque, un moment de sa vie, contre vous, contre vos convictions,il tourna sa plume.

    Les partisans de l'empire, Napolon III tant encore sur le trne,s'inclinaient devant le gnie de Victor Hugo. Ils n'acceptaient assurmentpas tout de son oeuvre, et tout dans sa vie ne leur plaisait pas. Ilsngligeaient Napolon le Petit pour relire les Feuilles d'Automne, et leurlgitime admiration pour la Lgende des Sicles ne leur imposait pasl'approbation pour les violences des Chtiments envers le souverain qu'ilsaimaient et le rgime qu'ils dfendaient.

    Sous le prtexte qu'il fut aussi l'auteur du pamphlet J'accuse, il est absurde,et plus d'un, par la suite, en rougira, de nier la matrise de l'historien desRougon-Macquart.

    Il est, sans doute, regrettable que les enthousiasmes officiels et lesacclamations populaires, celles-ci ignorantes, ceux-l factices, se soientsurtout adresss au dfenseur inattendu d'un accus exceptionnel. C'est lepeintre, au coloris vigoureux, des tres et des choses de notre socit,l'annaliste de nos moeurs et le clinicien de nos passions, de nos tares, quiavait seul droit la gloire.Zola mritait de partager, avec Victor Hugo et d'autres illustres dfunts, lelit funbre imposant du Panthon, mais il est fcheux qu'il y ait t portpar des mains vibrantes encore de la fivre d'une guerre civile, au milieud'un concours de gens qui n'avaient pas lu ses livres. C'est l'homme de partiqu'on a voulu honorer, c'est l'homme de lettres seul que devait tredcerne l'apothose nationale.

    Emile Zola

    ... 3

  • La postrit ne voudra saluer dans mile Zola qu'un philosophe et unmoraliste, un lyrique merveilleux aussi, le pote en prose de la viemoderne. Ce livre a pour but de devancer son jugement. En faisant mieuxconnatre l'homme, en dgageant l'oeuvre de proccupations trangres lalittrature, l'auteur estime rpondre un dsir des libres esprits, affranchisde la pire des servitudes, celle du prjug et du parti pris. Le retentissementdu nom d'mile Zola et l'attention mondiale dont il a t, dont il est encorel'objet, motivent

    la prsentation d'un travail, impartial et document, permettant d'apprcier,avec plus de certitude, le grand romancier, le robuste artiste aussi, qui,avec Victor Hugo et Balzac, domine le XIXe sicle.

    EDMOND LEPELLETIER

    Paris, Octobre 1908.

    Emile Zola

    ... 4

  • I - O R I G I N E S . - E N F A N C E . - V I E D EFAMILLE.-DBUTS PARIS.-ZOLA POTE.(1840-1861)

    mile Zola est n Paris. Doit-il tre class parmi les Parisiens vritables,les autochtones, les Parisiens qui sont de Paris, comme les natifs deMarseille sont des Marseillais ? Oui et non. Rponse ambigu, maisexacte. Il convient d'abord de constater que la localit o s'est produit lefait de la naissance, lorsqu'il est accidentel, d aux hasards d'un voyage oud'un sjour professionnel et temporaire, n'a, pour la biographie d'unhomme clbre, qu'un intrt secondaire. Victor Hugo est n Bisontin, PaulVerlaine Messin, par suite des garnisons paternelles. Leur existence et leuroeuvre furent compltement indpendantes de ces berceaux fortuits. Toutefois, la gloriole locale se mle l'investigation biographique, pour prciserle coin du sol, o apparut la vie le petit tre destin recevoir laqualification de grand homme. Cette rivalit municipale n'est pas nouvelle.Sept villes de l'Hellade se disputrent l'honneur d'avoir abrit Homreenfant. Ces bourgades avaient d'ailleurs laiss l'immortel

    ade, sans toit et sans pain, errer dans les tnbres de la ccit, tant qu'ilvcut. De nos jours, la chose se passe souvent ainsi, et ce n'est qu'aprs lamort du pote, de l'artiste, de l'inventeur, ddaigns, parfois molests, queles concitoyens de l'illustre enfant se proccupent de rechercher, sur lesregistres de la paroisse ou de la mairie, la preuve de la maternitcommunale, longtemps nglige. Un reflet de la gloire du compatrioteaurol se rpand sur les fronts les plus obscurs de la petite ville. Cetteparent locale fournit le prtexte des crmonies, accompagnes deharangues et de banquets inauguratifs, que prside un ministre, remplacsouvent par un juvnile attach, ayant le devoir d'apporter, dans la pochede son habit, rubans et mdailles, ce qui est le motif vrai du zle desorganisateurs de l'apothose.

    I - ORIGINES.-ENFANCE.-VIE DE FAMILLE... 5

  • L'endroit o l'on nat prend de l'importance, seulement quand l'enfant agrandi et s'est dvelopp, l o il a dbut dans la vie organique. Le terroirn'a pas, sur la plante humaine, l'influence reconnue pour les vgtaux. Onne doit tenir compte de la terre natale que lorsque l'enfant a pu rellementla connatre, la comprendre, l'aimer, autrement qu' distance, parrpercussion, et sous une sorte de suggestion provenant des ducateurs, deslectures, ou simplement de l'imagination. Quand l'enfant, tre primaire etquasi-inconscient, ne fait que passer sur la portion de territoire o sa mrea fortuitement accouch, c'est ailleurs que dans le lieu mme o seproduisit cet vnement qu'il faut rechercher son origine. L'hrditphysique et morale, la condition des parents, les premiers contacts avec lestres, la notion de la forme des choses, la comprhension de l'espace, lamesure de la distance, les initiales perceptions sensorielles, lesprimordiales comparaisons, les dcouvertes successives de l'universprogressivement largi, les surprises, les enchantements, les effrois, puis lebabil avec la nourrice, le voisinage des frres et soeurs, les jeux purils, lesrefrains berceurs, les images regardes, l'alphabet colori, les proposentendus, retenus, l'imitation des gestes, des attitudes observs, la fixationlente, mais indracinable, des mots et de leur signification dans lammoire, enfin le spectacle des phnomnes de la nature, ml celui desvnements quotidiens avec les joies et les douleurs qui les accompagnent,voil les lments constitutifs de la personnalit, du caractre, de l'intellectet des sentiments de l'enfant : tout cela est indpendant du lieu o s'estproduite la nativit.

    mile Zola, Parisien par la naissance, apparat tranger au sol de Paris, son climat, ses influences ducatrices et familiales.Il est redevenu, par la suite, ce qu'on nomme un Parisien. Ce fut le rsultatde son sjour prolong dans la grande ville, de la seconde et personnelleducation qu'il y trouva. Il eut, Paris, sa naturalisation crbrale, et sonsuccs mme en a consacr les titres. Il est impossible de considrercomme tranger Paris celui qui a peut-tre le mieux compris et le pluspuissamment exprim la posie, la trivialit, la grandeur morale, labassesse matrialiste, la fivre spculatrice, la folie rvolutionnaire,l'abrutissement alcoolique et la radieuse suprmatie artistique, qui sont les

    Emile Zola

    I - ORIGINES.-ENFANCE.-VIE DE FAMILLE... 6

  • lments de la complexe, monstrueuse et superbe cit. Quel Parisienparisiennant et mieux que lui compris l'norme Ville, et, pour la postrit,fix le mouvement ocanique de ses foules, rendu la majest de sesdifices utilitaires, peint la splendeur de ses paysages ariens si varis, lesoir, quand l'orage balaie les nues livides, le matin, quand la chiourme dutravail descend la fatigue sous le tremblotement des becs de gaz encoreallums ? Il a pu tre qualifi comme l'auteur de Germinal, de la Terre oude Lourdes, il est, avant tout, digne du nom de pote de Paris. Jamais lagrande ville n'a eu plus grand artiste pour la peindre, plus minutieuxhistorien pour la raconter, plus profond et plus sagace philosophe pourl'analyser.

    Zola n'a, cependant, jamais possd ce qu'on appelle le parisianisme. Iln'avait ni l'esprit gouailleur et sceptique du Parisien d'en bas, ni les gotsd'lgance et les vaines proccupations des classes hautes. Il ne fut jamaisun homme du monde, ni ne chercha l'tre. Il ne prtendit pas avoir del'esprit, dans le sens de la blague et des mots drles ou rosses.Il avait l'horreur du persiflage. Il se montra, diverses reprises, polmisteviolent, redoutable, et, la fin de sa carrire, agitateur de foules et plus quetribun, sans qu'on puisse citer de lui ce qu'on appelle un mot ou une deces plaisanteries qui blessent mortellement l'adversaire et font rire lagalerie. Il fut tout fait l'oppos d'un autre polmiste, galement remueurde foules, Henri Rochefort, avec qui il n'eut de commun que l'horreur descohues et l'impossibilit de prononcer deux phrases en public. Fuyant lesrceptions, dclinant les invitations, s'abstenant des crmonies, il seconfina dans son intrieur, en compagnie de quelques intimes. Charg dela critique dramatique, pendant deux annes, au Bien Public, il se glissait,inaperu, dans la chambre familire des premires. Encore, bien souvent,ngligeait-il d'assister la reprsentation. Il me priait de parler, sa place,de la pice et des artistes, sous une des rubriques de la partie littraire duBien Public, dont j'tais alors charg. Il consacrait son feuilleton l'examen de quelques thses dramatiques, ou l'expos de ses thories surl'art thtral. A Batignolles, comme Mdan, son existence fut celle d'unsavant provincial.

    Emile Zola

    I - ORIGINES.-ENFANCE.-VIE DE FAMILLE... 7

  • On put le croire indiffrent tout ce qui n'tait pas la littrature, ou pluttsa littrature. Il se concentrait dans la gestation permanente de l'popemoderne qu'il avait conue. En dehors des livres, des journaux, desdocuments, qu'il jugeait utiles l'laboration de son histoire naturelle etsociale d'une famille sous le second Empire, il ne lisait gure, et nes'informait qu'en passant des vnements et des ouvrages du jour. Illiminait de sa frquentation crbrale tout ce qui lui paraissait tranger ses personnages.Il recevait quelques amis, presque toujours les mmes, mais avec euxl'entretien se concentrait, revenait l'unique objectif de sa pense. Il futcomme un alchimiste du treizime sicle, pench sur son alambic, absorbdans la prparation du Grand-oeuvre. tranger toutes manigancespolitiques, il tait vaguement tiquet rpublicain. On lui supposait destendances ractionnaires, d'aprs l'Assommoir, qui avait paru calomnieux l'gard des travailleurs. Il tmoignait ouvertement d'une indiffrenceapathique et ddaigneuse pour tout ce qui se passait dans le mondegouvernemental, lectoral, et mme littraire. D'allures paisibles, grave,mditatif, myope, braquant son pince-nez, avec attention, sur les hommeset sur les choses, visiblement absorb par sa besogne en train, nefrquentant aucun politicien, ayant l'effroi des runions publiques, fuyantles bavardages se rapportant aux vnements quotidiens, il semblait nejamais devoir participer ni mme s'intresser une agitation populaire. Ilmanifestait bien, dans plusieurs de ses livres, des instincts combatifs, destendances humanitaires, et des critiques vives des fatalits et desconditions sociales dans lesquelles il se mouvait avec ses personnages,mais, jusqu'en ses dernires annes, il ne ft venu l'ide de personned'imaginer un mile Zola, imprvu, se dressant, comme un Pierre l'Ermite,et prchant, avec une hardiesse inattendue et une nergie insouponne,une croisade laque et rvolutionnaire, au nom de ce qu'il proclamait, et dece qu'il croyait tre la Vrit en marche et la Justice debout. Ce fut commel'explosion d'un volcan, jusque-l inaperu. Le cratre se fendit, au milieud'un grondement orageux, avec des gerbes blouissantes et fuligineuses,tour tour jaillissant.Puis des scories noires retombrent avec de la cendre pleuvant sur tout unpays. Ainsi, la lave de J'Accuse ! coula sur la place publique.

    Emile Zola

    I - ORIGINES.-ENFANCE.-VIE DE FAMILLE... 8

  • Au milieu de l'effarement des uns, de l'acclamation des autres, des hues etdes ovations, le littrateur si doux, si effac, si timide, sortait de soncabinet laborieux et calme, bondissait au centre d'une mle et lanait lamultitude soul...