5173653 Emile Zola Nais Micoulin Et Autres Nouvelles

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    29-Oct-2015

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<ul><li><p>mile Zola </p><p>Nas Micoulin et autres nouvelles </p><p>BeQ </p></li><li><p>mile Zola 1840-1902 </p><p>Nas Micoulin </p><p>et autres nouvelles </p><p>La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 99 : version 3.0 </p><p> 2</p></li><li><p> Zola a publi quatre recueil de nouvelles : Contes </p><p>Ninon (1864), Nouveaux Contes Ninon (1874), Le Capitaine Burle (1882) et Nas Micoulin (1884). cette liste il faut ajouter les Esquisses parisiennes, ensemble de quatre nouvelles publies en appendice du roman Le Vu dune morte (1866), et Les Soires de Mdan (1880), recueil collectif publi avec Joris-Karl Huysmans, Guy de Maupassant, Henry Card, Lon Hennique et Paul Alexis, dans lequel Zola a donn LAttaque du moulin . Citons galement Madame Sourdis, recueil posthume constitu par Eugne Fasquelle en 1929. </p><p>Cahier raisonn des uvres de Zola. http ://www.cahiers-naturalistes.com/catalogue.htm </p><p> 3</p></li><li><p>Nas Micoulin et autres nouvelles </p><p> 4</p></li><li><p>Nas Micoulin </p><p> 5</p></li><li><p>I la saison des fruits, une petite fille, brune de peau, </p><p>avec des cheveux noirs embroussaills, se prsentait chaque mois chez un avou dAix, M. Rostand, tenant une norme corbeille dabricots ou de pches, quelle avait peine porter. Elle restait dans le large vestibule, et toute la famille, prvenue, descendait. </p><p> Ah ! cest toi, Nas, disait lavou. Tu nous apportes la rcolte. Allons, tu es une brave fille... Et le pre Micoulin, comment va-t-il ? </p><p> Bien, Monsieur , rpondait la petite en montrant ses dents blanches. </p><p>Alors, Mme Rostand la faisait entrer la cuisine, o elle la questionnait sur les oliviers, les amandiers, les vignes. La grande affaire tait de savoir sil avait plu LEstaque, le coin du littoral o les Rostand possdaient leur proprit, la Blancarde, que les Micoulin cultivaient. Il ny avait l que quelques douzaines damandiers et doliviers, mais la question de la pluie nen restait pas moins capitale, dans ce pays qui meurt de scheresse. </p><p> 6</p></li><li><p> Il a tomb des gouttes, disait Nas. Le raisin aurait besoin deau. </p><p>Puis, lorsquelle avait donn les nouvelles, elle mangeait un morceau de pain avec un reste de viande, et elle repartait pour LEstaque, dans la carriole dun boucher, qui venait Aix tous les quinze jours. Souvent, elle apportait des coquillages, une langouste, un beau poisson, le pre Micoulin pchant plus encore quil ne labourait. Quand elle arrivait pendant les vacances, Frdric, le fils de lavou, descendait dun bond dans la cuisine pour lui annoncer que la famille allait bientt sinstaller la Blancarde, en lui recommandant de tenir prts ses filets et ses lignes. Il la tutoyait, car il avait jou avec elle tout petit. Depuis lge de douze ans seulement, elle lappelait M. Frdric , par respect. Chaque fois que le pre Micoulin lentendait dire tu au fils de ses matres, il la souffletait. Mais cela nempchait pas que les deux enfants fussent trs bons amis. </p><p> Et noublie pas de raccommoder les filets, rptait le collgien. </p><p> Nayez pas peur, monsieur Frdric, rpondait Nas. Vous pouvez venir. </p><p>M. Rostand tait fort riche. Il avait achet vil prix un htel superbe, rue du Collge. Lhtel de Coiron, bti dans les dernires annes du dix-septime sicle, </p><p> 7</p></li><li><p>dveloppait une faade de douze fentres, et contenait assez de pices pour loger une communaut. Au milieu de ces appartements immenses, la famille compose de cinq personnes, en comptant les deux vieilles domestiques, semblait perdue. Lavou occupait seulement le premier tage. Pendant dix ans, il avait affich le rez-de-chausse et le second, sans trouver de locataires. Alors, il stait dcid fermer les portes, abandonner les deux tiers de lhtel aux araignes. Lhtel, vide et sonore, avait des chos de cathdrale au moindre bruit qui se produisait dans le vestibule, un norme vestibule avec une cage descalier monumentale, o lon aurait aisment construit une maison moderne. </p><p>Au lendemain de son achat, M. Rostand avait coup en deux par une cloison le grand salon dhonneur, un salon de douze mtres sur huit, que six fentres clairaient. Puis, il avait install l, dans un compartiment son cabinet, et dans lautre le cabinet de ses clercs. Le premier tage comptait en outre quatre pices, dont la plus petite mesurait prs de sept mtres sur cinq. Mme Rostand, Frdric, les deux vieilles bonnes, habitaient des chambres hautes comme des chapelles. Lavou stait rsign faire amnager un ancien boudoir en cuisine, pour rendre le service plus commode ; auparavant, lorsquon se servait de la cuisine du rez-de-chausse, les plats arrivaient </p><p> 8</p></li><li><p>compltement froids, aprs avoir travers lhumidit glaciale du vestibule et de lescalier. Et le pis tait que cet appartement dmesur se trouvait meubl de la faon la plus sommaire. Dans le cabinet, un ancien meuble vert, en velours dUtrecht, espaait son canap et ses huit fauteuils, style Empire, aux bois raides et tristes ; un petit guridon de la mme poque semblait un joujou, au milieu de limmensit de la pice ; sur la chemine, il ny avait quune affreuse pendule de marbre moderne, entre deux vases, tandis que le carrelage, pass au rouge et frott, luisait dun clat dur. Les chambres coucher taient encore plus vides. On sentait l le tranquille ddain des familles du Midi, mme les plus riches, pour le confort et le luxe, dans cette bienheureuse contre du soleil o la vie se passe au-dehors. Les Rostand navaient certainement pas conscience de la mlancolie, du froid mortel qui dsolaient ces grandes salles, dont la tristesse de mines semblait accrue par la raret et la pauvret des meubles. </p><p>Lavou tait pourtant un homme fort adroit. Son pre lui avait laiss une des meilleures tudes dAix, et il trouvait moyen daugmenter sa clientle par une activit rare dans ce pays de paresse. Petit, remuant, avec un fin visage de fouine, il soccupait passionnment de son tude. Le soin de sa fortune le tenait dailleurs tout entier, il ne jetait mme pas les yeux sur un journal, pendant les rares heures de flnerie </p><p> 9</p></li><li><p>quil tuait au cercle. Sa femme, au contraire, passait pour une des femmes intelligentes et distingues de la ville. Elle tait ne de Villebonne, ce qui lui laissait une aurole de dignit, malgr sa msalliance. Mais elle montrait un rigorisme si outr, elle pratiquait ses devoirs religieux avec tant dobstination troite, quelle avait comme sch dans lexistence mthodique quelle menait. </p><p>Quant Frdric, il grandissait entre ce pre si affair et cette mre si rigide. Pendant ses annes de collge, il fut un cancre de la belle espce, tremblant devant sa mre, mais ayant tant de rpugnance pour le travail, que, dans le salon, le soir, il lui arrivait de rester des heures le nez sur ses livres, sans lire une ligne, lesprit perdu, tandis que ses parents simaginaient, le voir, quil tudiait ses leons. Irrits de sa paresse, ils le mirent pensionnaire au collge ; et il ne travailla pas davantage, moins surveill qu la maison, enchant de ne plus sentir toujours peser sur lui des yeux svres. Aussi, alarms des allures mancipes quil prenait, finirent-ils par le retirer, afin de lavoir de nouveau sous leur frule. Il termina sa seconde et sa rhtorique, gard de si prs, quil dut enfin travailler : sa mre examinait ses cahiers, le forait rpter ses leons, se tenait derrire lui toute heure, comme un gendarme. Grce cette surveillance, Frdric ne fut refus que deux fois aux examens du baccalaurat. </p><p> 10</p></li><li><p>Aix possde une cole de droit renomme, o le fils Rostand prit naturellement ses inscriptions. Dans cette ancienne ville parlementaire, il ny a gure que des avocats, des notaires et des avous, groups l autour de la Cour. On y fait son droit quand mme, quitte ensuite planter tranquillement ses choux. Il continua dailleurs sa vie du collge, travaillant le moins possible, tchant simplement de faire croire quil travaillait beaucoup. Mme Rostand, son grand regret, avait d lui accorder plus de libert. Maintenant, il sortait quand il voulait, et ntait tenu qu se trouver l aux heures des repas ; le soir, il devait rentrer neuf heures, except les jours o on lui permettait le thtre. Alors, commena pour lui cette vie dtudiant de province, si monotone, si pleine de vices, lorsquelle nest pas entirement donne au travail. </p><p>Il faut connatre Aix, la tranquillit de ses rues o lherbe pousse, le sommeil qui endort la ville entire, pour comprendre quelle existence vide y mnent les tudiants. Ceux qui travaillent ont la ressource de tuer les heures devant leurs livres. Mais ceux qui se refusent suivre srieusement les cours nont dautres refuges, pour se dsennuyer, que les cafs, o lon joue, et certaines maisons, o lon fait pis encore. Le jeune homme se trouva tre un joueur passionn ; il passait au jeu la plupart de ses soires, et les achevait ailleurs. Une sensualit de gamin chapp du collge le jetait dans les </p><p> 11</p></li><li><p>seules dbauches que la ville pouvait offrir, une ville o manquaient les filles libres qui peuplent Paris le quartier Latin. Lorsque ses soires ne lui suffirent plus, il sarrangea pour avoir galement ses nuits, en volant une cl de la maison. De cette manire, il passa heureusement ses annes de droit. </p><p>Du reste, Frdric avait compris quil devait se montrer un fils docile. Toute une hypocrisie denfant courb par la peur lui tait peu peu venue. Sa mre, maintenant, se dclarait satisfaite : il la conduisait la messe, gardait une allure correcte, lui contait tranquillement des mensonges normes, quelle acceptait, devant son air de bonne foi. Et son habilet devint telle, que jamais il ne se laissa surprendre, trouvant toujours une excuse, inventant davance des histoires extraordinaires pour se prparer des arguments. Il payait ses dettes de jeu avec de largent emprunt des cousins. Il tenait toute une comptabilit complique. Une fois, aprs un gain inespr, il ralisa mme ce rve daller passer une semaine Paris, en se faisant inviter par un ami, qui possdait une proprit prs de la Durance. </p><p>Au demeurant, Frdric tait un beau jeune homme, grand et de figure rgulire, avec une forte barbe noire. Ses vices le rendaient aimable, auprs des femmes surtout. On le citait pour ses bonnes manires. Les </p><p> 12</p></li><li><p>personnes qui connaissaient ses farces souriaient un peu ; mais, puisquil avait la dcence de cacher cette moiti suspecte de sa vie, il fallait encore lui savoir gr de ne pas taler ses dbordements, comme certains tudiants grossiers, qui faisaient le scandale de la ville. </p><p>Frdric allait avoir vingt et un ans. Il devait passer bientt ses derniers examens. Son pre, encore jeune et peu dsireux de lui cder tout de suite son tude, parlait de le pousser dans la magistrature debout. Il avait Paris des amis quil ferait agir, pour obtenir une nomination de substitut. Le jeune homme ne disait pas non ; jamais il ne combattait ses parents dune faon ouverte ; mais il avait un mince sourire qui indiquait son intention arrte de continuer lheureuse flnerie dont il se trouvait si bien. Il savait son pre riche, il tait fils unique, pourquoi aurait-il pris la moindre peine ? En attendant, il fumait des cigares sur le Cours, allait dans les bastidons voisins faire des parties fines, frquentait journellement en cachette les maisons louches, ce qui ne lempchait pas dtre aux ordres de sa mre et de la combler de prvenances. Quand une noce plus dbraille que les autres lui avait bris les membres et compromis lestomac, il rentrait dans le grand htel glacial de la rue du Collge, o il se reposait avec dlices. Le vide des pices, le svre ennui qui tombait des plafonds, lui semblaient avoir une fracheur calmante. Il sy remettait, en faisant croire </p><p> 13</p></li><li><p>sa mre quil restait l pour elle, jusquau jour o, la sant et lapptit revenus, il machinait quelque nouvelle escapade. En somme, le meilleur garon du monde, pourvu quon ne toucht point ses plaisirs. </p><p>Nas, cependant, venait chaque anne chez les Rostand, avec ses fruits et ses poissons, et chaque anne elle grandissait. Elle avait juste le mme ge que Frdric, trois mois de plus environ. Aussi, Mme Rostand lui disait-elle chaque fois : </p><p> Comme tu te fais grande fille, Nas ! Et Nas souriait, en montrant ses dents blanches. Le </p><p>plus souvent, Frdric ntait pas l. Mais, un jour, la dernire anne de son droit, il sortait, lorsquil trouva Nas debout dans le vestibule, avec sa corbeille. Il sarrta net dtonnement. Il ne reconnaissait pas la longue fille mince et dhanche quil avait vue, lautre saison, la Blancarde. Nas tait superbe, avec sa tte brune, sous le casque sombre de ses pais cheveux noirs ; et elle avait des paules fortes, une taille ronde, des bras magnifiques dont elle montrait les poignets nus. En une anne, elle venait de pousser comme un jeune arbre. </p><p> Cest toi ! dit-il dune voix balbutiante. Mais oui, monsieur Frdric, rpondit-elle en le </p><p>regardant en face, de ses grands yeux o brlait un feu </p><p> 14</p></li><li><p>sombre. Japporte des oursins... Quand arrivez-vous ? Faut-il prparer les filets ? </p><p>Il la contemplait toujours, il murmura, sans paratre avoir entendu : </p><p> Tu es bien belle, Nas !... Quest-ce que tu as donc ? </p><p>Ce compliment la fit rire. Puis, comme il lui prenait les mains, ayant lair de jouer, ainsi quils jouaient ensemble autrefois, elle devint srieuse, elle le tutoya brusquement, en lui disant tout bas, dune voix un peu rauque : </p><p> Non, non, pas ici... Prends garde ! voici ta mre. </p><p>II Quinze jours plus tard, la famille Rostand partait </p><p>pour la Blancarde. Lavou devait attendre les vacances des tribunaux, et dailleurs le mois de septembre tait dun grand charme, au bord de la mer. Les chaleurs finissaient, les nuits avaient une fracheur dlicieuse. </p><p>La Blancarde ne se trouvait pas dans LEstaque mme, un bourg situ lextrme banlieue de </p><p> 15</p></li><li><p>Marseille, au fond dun cul-de-sac de rochers, qui ferme le golfe. Elle se dressait au-del du village, sur une falaise ; de toute la baie, on apercevait sa faade jaune, au milieu dun bouquet de grands pins. Ctait une de ces btisses carres, lourdes, perces de fentres irrgulires, quon appelle des chteaux en Provence. Devant la maison, une large terrasse stendait pic sur une troite plage de cailloux. Derrire, il y avait un vaste clos, des terres maigres o quelques vignes, des amandiers et des oliviers consentaient seuls pousser. Mais un des inconvnients, un des dangers de la Blancarde tait que la mer branlait continuellement la falaise ; des infiltrations, provenant de sources voisines, se produisaient dans cette masse amollie de terre glaise et de roches ; et il arrivait, chaque saison, que des blocs normes se dtachaient pour tomber dans leau avec un bruit pouvantable. Peu peu, la proprit schancrait. Des pins avaient dj t engloutis. </p><p>Depuis quarante ans, les Micoulin taient mgers la Blancarde. Selon lusage provenal, ils cultivaient le bien et partageaient les rcoltes avec le propritaire. Ces rcoltes tant pauvres, ils seraient morts de famine, sils navaient pas pch un peu de poisson lt. Entre un labourage et un ensemencement, ils donnaient un coup de filet. La famille tait compose du pre Micoulin, un dur vieillard la face noire et creuse, devant lequel toute la maison tremblait ; de la mre </p><p> 16</p></li><li><p>Micoulin, une grande femme abtie par le travail de la terre au plein soleil ; dun fils qui servait pour le moment sur lArrogante, et de Nas q...</p></li></ul>