Allais Alphonse - Faits Divers

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    19-Oct-2015

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Allais Alphonse

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<ul><li><p>BIBEBOOK</p><p>ALPHONSE ALLAIS</p><p>FAITS DIVERS</p></li><li><p>ALPHONSE ALLAIS</p><p>FAITS DIVERS</p><p>Un texte du domaine public.Une dition libre.</p><p>ISBN978-2-8247-1219-2</p><p>BIBEBOOKwww.bibebook.com</p></li><li><p>A propos de Bibebook :Vous avez la certitude, en tlchargeant un livre sur Bibebook.com de</p><p>lire un livre de qualit :Nous apportons un soin particulier la qualit des textes, la mise</p><p>en page, la typographie, la navigation lintrieur du livre, et lacohrence travers toute la collection.</p><p>Les ebooks distribus par Bibebook sont raliss par des bnvolesde lAssociation de Promotion de lEcriture et de la Lecture, qui a commeobjectif : la promotion de lcriture et de la lecture, la diusion, la protection,la conservation et la restauration de lcrit.</p><p>Aidez nous :Vos pouvez nous rejoindre et nous aider, sur le site de Bibebook.</p><p>hp ://www.bibebook.com/joinusVotre aide est la bienvenue.</p><p>Erreurs :Si vous trouvez des erreurs dans cee dition, merci de les signaler :</p><p>error@bibebook.com</p><p>Tlcharger cet ebook :</p><p>hp ://www.bibebook.com/search/978-2-8247-1219-2</p></li><li><p>Credits</p><p>Sources : Bibliothque lectronique dubec</p><p>Ont contribu cee dition : Gabriel Cabos</p><p>Fontes : Philipp H. Poll Christian Spremberg Manfred Klein</p></li><li><p>LicenceLe texte suivant est une uvre du domaine public ditsous la licence Creatives Commons BY-SA</p><p>Except where otherwise noted, this work is licensed under http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/</p><p>Lire la licence</p><p>Cee uvre est publie sous la licence CC-BY-SA, ce quisignie que vous pouvez lgalement la copier, la redis-tribuer, lenvoyer vos amis. Vous tes dailleurs encou-rag le faire.</p><p>Vous devez aribuer loeuvre aux dirents auteurs, ycompris Bibebook.</p></li><li><p>I que lon passe ct dAllais, cest--direquon le trouve ennuyant parce quon na pas eu la chance de lireses meilleurs textes. Alphonse Allais est comme tous ceux quicrivent sans relche, ingal lui-mme. Particulirement lui qui crivaitses textes le mercredi soir an quils paraissent dans plusieurs revues lejeudi matin et qui suivait dlement la voie trace par son ami Jean Gou-dezki : Si lide est drle, Allais fait un article. Si lide nest pas drle,il fait un article. Et sil na pas dide du tout, il fait un article. </p><p>Nous vous proposons ici son meilleur cru, quand lauteur exploite lanarration complice avec le lecteur au maximum de ses possibilits, quandil raconte jusquau bout la logique absurde inscrite dans le quotidien dufait divers et de lanecdote.</p><p>Peut-tre aurez-vous le sentiment de redcouvrir Alphonse Allais ;cest dans ces textes quil matrise le mieux son art de conteur.</p><p>Jean-Claude Boudreault</p><p>n</p><p>1</p></li><li><p>CHAPITRE I</p><p>Mes dbuts dans la presse</p><p>L des turpitudes de ce sminaireet bien dcid plaquer ltat ecclsiastique auquel me desti-naient mes parents, je russis enn mvader de ltablisse-ment, se dressa devant moi, pre et dsol, le problme de la vie gagner.</p><p>Je dtenais sur moi un lger pcule, o le cuivre jouait un rle plusconsidrable que largent et do lor et le papier semblaient banniscomme plaisir.</p><p>Un ami denfance que je rencontrai mindiqua : Il y a un imprimeur que je connais et qui dsire fonder un petit</p><p>journal local ; son absence peu prs complte dorthographe le pousse prendre un rdacteur aubl, comme dit Laurent Tailhade , de vagueshumanits. Consentirais-tu devenir cet homme ?</p><p> Je suis lhomme de cee place, nen doute pas, je serai the right man1. Laurent Tailhade (1854-1919), anarchiste, pote et chroniqueur.</p><p>2</p></li><li><p>Faits divers Chapitre I</p><p>in the right place. Alors, viens, je vais te prsenter.Lhomme en question tait une excellente pte dimprimeur jovial et</p><p>muni de grosses moustaches grisonnantes. Son accueil fut charmant : Un fait divers, un simple fait divers, sauriez-vous le rdiger ?En mon for intrieur, je haussai les paules.Le clairvoyant typo insista : Oui, un fait divers, mais pas un fait divers comme on les crit dans</p><p>les petits canards provinciaux. Moi, dans mon journal, je veux des faitsdivers qui ne ressemblent pas ceux des autres.</p><p> Dsirez-vous messayer ? Volontiers, tenez, asseyez-vous mon bureau et crivez-nous une</p><p>vingtaine de lignes sous ce titre : Imprudence dun fumeur .Cinq minutes ntaient pas coules que je lui remeais mon papier.</p><p>n</p><p>3</p></li><li><p>CHAPITRE II</p><p>Imprudence dun fumeur</p><p>L Montsalaud vient dtre le thtre dun tristedrame qui sest droul par suite de limprudence dun fumeur.Un sieur D. . ., sabotier, rentrait chez lui, hier soir, vers dixheures, tenant sa bouche une pipe allume de laquelle schappaient chaque instant de lgres ammches.</p><p>En traversant le petit bois de sapins appartenant Mme laMarquise deChaudpertuis, notre homme ne prit point garde quune simple tincellepouvait enammer les pommes de pin et les branches sches qui recou-vraient le sol.</p><p>Il continuait donc fumer sa pipe quand, soudain, il poussa un cri.Sur le bord du chemin, deux pauvres enfants dune douzaine dannes</p><p>dormaient, troitement enlacs et greloant de froid.Le sieur D. . ., excellent cur, rveilla les bambins et les aida faire un</p><p>bon feu de bois mort qui les rchaua un peu, puis il sloigna.Malheureusement, le feu ne se trouvait pas susamment allum, car</p><p>4</p></li><li><p>Faits divers Chapitre II</p><p>il steignit bientt.On a trouv ce matin les cadavres des deux pauvres petits, morts de</p><p>froid.. . . . . . . . . . . . . . . . . . .</p><p> la bonne heure ! scria mon nouveau patron, voil ce que jappelleun fait divers pas banal ! Topons l, jeune homme !</p><p>n</p><p>5</p></li><li><p>CHAPITRE III</p><p>Le drame dhier</p><p>U et des plus insolites sest droul hier au seinde la coquee localit ordinairement si paisible de Paris (Seine).Il pouvait tre dans les 3 ou 4 heures de laprs-midi, et par unede ces tempratures !. . .</p><p>Devant le bureau des omnibus du boulevard des Italiens, deux voituresde la Compagnie, lune destination de la Bastille, lautre cinglant verslOdon, se trouvaient pour le moment arrtes, et, comme on dit en ma-rine, bord bord.</p><p>Rien de plus ridicule, en telle circonstance, que la situation respectivedes voyageurs de limpriale de chaque voiture, lesquels, sans jamais avoirt prsents, se trouvent brusquement en direct face face et nontdautre ressource que de se dvisager avec une certaine gne qui, pro-longe, se transforme bientt en pure chiendefaencerie.</p><p>Cest prcisment ce qui arriva hier.Sur limpriale Madeleine-Bastille, une jeune femme (crature das-</p><p>6</p></li><li><p>Faits divers Chapitre III</p><p>pect physique fort sduisant, nous ne cherchons pas le nier, mais derudimentaire culture mondaine et de colloque trivial) clata de rire lavue du monsieur dcor qui lui faisait vis--vis sur Batignolles-Clichy-Odon et, narquoise, lui posa cee question fort la mode depuis quelquetemps Paris et que les gens se rptent tout propos et sans lapparencede la plus faible ncessit :</p><p>est-ce que tu prends, pour ton rhume ?Le quinquagnaire sanguin auquel sadressait cee demande saugrenue</p><p>ntait point, par malheur, homme desprit ni de tolrance.Au lieu de tout simplement hausser les paules, il se rpandit contre</p><p>la jeune femme frivole en mille invectives, la traitant tout la fois degrue, de veau, et de morue, triple injure nindiquant pas chez celui qui laprofrait un profond respect de la zoologie non plus quun vif souci de lalogique.</p><p> Va donc, h, vieux dos, rpliqua la jeune femme.(Le dos est un poisson montmartrois qui passe tort ou raison pour</p><p>vivre du dbordement de ses compagnes.)Jusqu ce moment, les choses navaient revtu aucun caractre de</p><p>gravit exceptionnelle, quand le bonhomme eut la malencontreuse idede tirer bout portant un coup de revolver sur la jeune femme, laquelleriposta par un vigoureux coup dombrelle.</p><p>( suivre)</p><p>n</p><p>1. En argot de lpoque, le dos, ou dos vert, est un maquereau.</p><p>7</p></li><li><p>CHAPITRE IV</p><p>Le drame dhier</p><p>(Suite)</p><p>S lecteur veut bien, en dpit de lexcessive tem-prature dont nous jouissons, faire un lger eort de mmoire, ilse rappellera que nous en tions rests cemoment du drame oun monsieur, assis limpriale de lomnibus Batignolles-Clichy-Odontirait un coup de revolver sur une jeune femme occupant un sige lim-priale de Madeleine-Bastille, coup de revolver auquel la personne rpon-dait par un nergique coup dombrelle sur le crne du bonhomme.</p><p>Ce fut, chez tous les voyageurs de la voiture Madeleine-Bastille unespontane et violente clameur.</p><p>Lhomme au revolver fut hu, invectiv, trait de tous les nomspossibles, et mme impossibles.</p><p>Juste ce moment, les oprations du contrle se trouvant termines,les deux lourdes voitures sbranlrent et partirent ensemble dans lamme direction, lune cinglant vers la Bastille, lautre vers la rue de Ri-</p><p>8</p></li><li><p>Faits divers Chapitre IV</p><p>chelieu.Malheureusement, durant le court trajet qui spare le bureau des Ita-</p><p>liens de la rue de Richelieu, les choses senvenimrent gravement et lemonsieur dcor crut devoir tirer un second coup de revolver sur un hautjeune homme qui se signalait par la rare virulence de ses brocards.</p><p>. . . . . . . . . . . . . . . . . . ..</p><p>Les voyageurs domnibus ont bien des dfauts, mais on ne saurait leurrefuser un vif sentiment de solidarit et un dvouement aveugle pourleurs compagnons de voiture.</p><p>Aussi nest-il point tonnant que les voyageurs Madeleine-Bastilleaient pris fait et cause pour la jeune femme lombrelle cependant queceux du Batignolles-Clichy-Odon embrassaient le parti du quinquagnaire larme feu.</p><p>Les cochers eux-mmes des deux vhicules se passionnaient cha-cun pour leur cargaison humaine, changeaient des propos haineux, etquand Batignolles-Clichy-Odon senfourna dans la rue de Richelieu,Madeleine-Bastille nhsita pas. Au lieu de poursuivre sa route vers laBastille, il suivit son ennemi dans la direction du tre-Franais.</p><p>Ce fut une lue homrique. On t descendre lintrieur les femmeset les enfants, les inrmes, les vieillards.</p><p>Pour tre improvises, les armes nen furent que plus terribles.Un garon de chez Lon Laurent qui allait livrer un panier de cham-</p><p>pagne en ville orit ses bouteilles quaprs avoir vides on transforma enmassues redoutables.</p><p>M.-B. allait succomber, quand un petit apprenti eut lide de descendrevivement et de dvaliser la boutique dunmarchand de haches dabordagequi se trouve ct de la librairie Ollendorf.</p><p>Cee opration fut excute en moins de temps quil nen faut pourlcrire.</p><p>B.-C.-O., ds lors ne pouvait songer continuer la lue, et tout cequi restait de voyageurs valides bord descendit au bureau du tre-Franais, la rage au cur et ivre de reprsailles.</p><p>9</p></li><li><p>Faits divers Chapitre IV</p><p>ant aux ecclsiastiques, ils avaient t, comme toujours, admirablesde dvouement et dabngation, relevant les blesss, les pansant, exhor-tant au courage ceux qui allaient mourir.</p><p>n</p><p>10</p></li><li><p>CHAPITRE V</p><p>La petite coquette</p><p>Histoire Jeannine</p><p>I une fois. . .Je minterromps, petite Jeannine, pour vous avertir que la lec-ture de cee histoire ne vous divertira peut-tre pas follement :dabord parce que, si vous tes dj une fort agrable causeuse, vous neconnaissez pas encore vos leres et vous avez bien raison, ignorez-les leplus longtemps que vous pourrez, vos leres.</p><p>Pourtant, il faudra bien que vous sachiez lire un jour, povrine, et jevous cris ce petit machin pour que, dans quelque temps, meons dix ans,quand vous serez grande llee devenue et que moi je serai presque unhomme mr, mais pas srieux (Dieu me garde dtre srieux), vous medisiez un jour avec vos yeux en velours et votre joli sourire :</p><p> Jai lu la petite histoire que vous mavez faite quand jtais toute</p><p>11</p></li><li><p>Faits divers Chapitre V</p><p>petite : elle est trs gentille.Et moi je serai trs content, car les hommes mrs aiment bien que les</p><p>petites lles de quinze ans leur fassent de beaux sourires avec des yeuxen velours. Ceci dit, je commence :</p><p>Il y avait une fois place des Ternes. . .Ah ! oui, joubliais encore. . . Je vous ai spcialement ddi cee</p><p>histoire, parce quelle sest passe place des Ternes, et que la place desTernes, cest votre place vous. Cest dailleurs une trs belle place, avecun beau bassin au milieu, et des oes domnibus et tramways qui fontle plus joli eet du monde.</p><p>Vous savez, ou plutt vous ne savez pas, car a vous est bien gal, quelorsquon veut aller de la place des Ternes la Villee, ou dans la direc-tion, deux tramways sorent votre choix : lun, couleur chocolat, quivient de la place de ltoile ; lautre, dun beau jaune paille, qui arrive duTrocadro. Comme ils ont tous les deux le mme rail suivre jusqu lamme destination, le voyageur, avec cee indirence que donne lha-bitude des voyages, pntre sans prfrence dans lun ou dans lautre.</p><p>Ce prambule tabli, et il tait ncessaire quil le ft, comme dit M. deLesseps maintenant quil est de lAcadmie, je commence mon histoire,et je ne linterromprai plus.</p><p>Il y avait une fois, place des Ternes, une petite lle denviron treizeans, pas encore jolie, mais dj trs gentille. Cee petite lle venait deprendre dans le bureau des omnibus un numro pour La Villee. soncostume, son allure, ses petites mines, quelquun au courant des ate-liers et des rues de Paris pouvait dterminer, sans erreur, la situation so-ciale de la llee. Ctait une petite apprentie, un troinde modiste.</p><p>Trs brune avec de grands yeux noirs, que nos grands-pres appelaientdes yeux fripons,habille dune petite toilee printanire, gentille etsimple, car cela se passait par une de ces belles journes qui signalrent lan davril 1885, la petite modiste manifestait son impatience. De tempsen temps, elle regardait son numro de carton, comme si cee vue dtpresser la venue du tramway aendu.</p><p>Au bout de deux minutes, il en arriva un. Ctait le chocolat, Place deltoile-La Villee,presque vide. Je maendais voir ma petite voyageusese prcipiter avidement. Elle nen t rien.</p><p>12</p></li><li><p>Faits divers Chapitre V</p><p>Dune moue ddaigneuse, elle le laissa passer sans lhonorer de saprsence. La minute daprs, arriva le tramway jaune paille, Trocadro-LaVillee ;mais celui-l tout plein.</p><p>La jeune lle eut un geste dsespr.Puis ce fut de nouveau le tour du tramway chocolat, avec des tas de</p><p>places libres. Mme ddain pour le tramway chocolat.Moi, que ce mange amusait et intriguait, je laissai volontiers passer</p><p>mon tour pour assister au dnouement.Enn le tramway paille.Il y**avait deux places libres limpriale.</p><p>Nous les prenons dassaut, la petite et moi ; elle, radieuse.On ntait pas arriv la hauteur du parc Monceau que nous tions</p><p>dj vieux amis et comme je lui expliquais que les deux tramways en ques-tion taient dun usage indirent puisquils avaient le mme itinraireet la mme destination, elle me rpondit gentiment :</p><p> Je sais bien, monsieur, mais celui du Trocadro va mieux monteint.</p><p>n</p><p>13</p></li><li><p>CHAPITRE VI</p><p>Nature morte</p><p>V remarqu, au Salon de cee anne, un petittableau, peu prs grand comme cee feuille, lequel reprsentetout simplement une bote sardines sur un coin de table.Non pas une bote pleine de sardines, mais une bote vide, dans laquellestagne un restant dhuile, une pauvre bote prochainement voue lapoubelle.</p><p>Malgr le peu dintrt du sujet, on ne peut pas, ds quon a aperuce tableautin, sen dtacher indirent.</p><p>Lexcution en est tellement parfaite quon se sent clou ceecontemplation avec le rire dun enfant devant quelque merveilleuxjoujou. Le zinc avec sa luisance grasse, le fond huileux de la bote re-tant onctueusement le couvercle dchiquet, cest tellement a !</p><p>Les curieux qui consultent le livret apprennent que lauteur de ceetrange merveille est M. Van der Houlen, n Haarlem, et qui e...</p></li></ul>