ANALYSE TECHNICO-ECONOMIQUE DE ?· Selon une étude réalisée en 2008 sur 30 exploitations biologiques…

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    16-Sep-2018

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  • Conception et valuation des systmes de grande culture en AB - Restitution des programmes RotAB et CitodAB 6 avril 2011, Toulouse-Auzeville - Journe Technique Grande Culture biologique ITAB / ARVALIS Institut du vgtal, en collaboration avec lINRA

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    ANALYSE TECHNICO-ECONOMIQUE DE ROTATIONS EN GRANDES CULTURES BIOLOGIQUES SANS LEVAGE

    Jean-Franois Garnier Daprs un travail de Jean-Baptiste Bonte (tudiant ISA Lille)

    ARVALIS Institut du Vgtal Ple Economie Systme

    Tl / Portable 01 64 99 22 75 / 06 30 76 84 03

    jf.garnier@arvalisinstitutduvegetal.fr

    Adresse Station Exprimentale 91720 BOIGNEVILLE

    RESUME

    Ces dernires annes, en mme temps que laugmentation de la consommation de produits alimentaires biologiques, le nombre dexploitations franaises engages en agriculture biologique (AB) saccrot. Labsence dlevage et de prairies est un frein technique la conversion de certains systmes craliers. Toutefois, la rotation des cultures en contribuant au maintien de la fertilit du sol et la matrise des adventices est un levier important dans ce type de systme. Dans le cadre du projet CAS DAR n7055 RotAB, des cas-types dexploitations cralires biologiques sans levage ont t dfinis dans cinq rgions aux conditions varies. Une premire approche danalyse multicritre lchelle de la rotation a t effectue sur ces cas-types rgionaliss. Le contexte pdoclimatique et conomique local conditionne grandement la russite conomique de chaque rotation (potentiel de rendement, dbouchs spcifiques). Lanalyse des marges nettes avec aides, situes entre 220 et 730 /ha, ne permet pas de dgager des conclusions claires quant la rentabilit compare des rotations longues ou courtes. Cependant, sur les cas-types tudis, les rotations longues avec luzerne sont moins sensibles aux variations des contextes de prix de vente ou de prix dachat des intrants. Ce type de rotation prsente galement dautres atouts comme un temps de travail lhectare plus faible (si rcolte de la luzerne effectue par Entreprise de Travaux Agricoles), une moindre dpendance vis--vis de lazote lchelle de la rotation, ou encore la matrise facilite de lenherbement. Nanmoins, parce-que linsertion de la luzerne dans les rotations ncessite lexistence de dbouchs et un contexte pdoclimatique adapt (en particulier le type de sol), elle ne peut tre cultive que dans certaines situations.

    INTRODUCTION

    Llaboration dune rotation cohrente est difficile car elle ncessite la prise en compte de nombreux facteurs diffrents. Lanalyse denqutes ralises dans le cadre de RotAB auprs dagriculteurs biologiques montre quil existe des grands principes respecter pour la construction des rotations cralires. Ainsi, rentabilit, matrise des adventices et maintien de la fertilit sont les trois principaux objectifs conditionnant les dcisions de lagriculteur lors du choix des rotations en systmes craliers biologiques. Les agriculteurs ont besoin danalyser leurs cots de production culture par culture afin didentifier les marges de manuvre pour gagner en comptitivit dans le futur. De plus, limportance de la succession des cultures dans lquilibre agronomique long terme ncessite une analyse des performances de lensemble de la rotation. Certaines rotations sont-elles plus intressantes que dautres dun point de vue conomique, agronomique et/ou environnemental ?

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    1 METHODES

    1.1 Construction des cas-types

    Les cas-types grandes cultures biologiques sans levage sont des reprsentations de systmes agricoles construits dire dexpert, notamment partir de donnes issues de fermes relles. Ce sont donc des exemples de situations existantes mais sans valeur de reprsentativit. Les cas-types RotaB ont t dfinis pour les cinq rgions partenaires du programme, soit le Centre, lIle-de-France, les Pays de la Loire, Poitou-Charentes et Rhne-Alpes. Ils ont t btis partir denqutes menes auprs de 37 agriculteurs dans les diffrentes rgions, de bases de rfrences existantes (Chambres dAgriculture, ARVALIS Institut du Vgtal) et surtout, afin de garantir lhomognit de chacun des cas-types, sur la base dchanges approfondis avec les experts rgionaux. Les rotations dcrites sinscrivent dans un contexte prcis. Elles sont cohrentes avec les dbouchs locaux et le contexte pdoclimatique ainsi quavec la surface, la main duvre et le parc matriel de lexploitation-type correspondante. A la suite, les itinraires techniques et rendements ont t tablis pour chaque culture de la rotation. Les interventions culturales retenues ainsi que les intrants utiliss diffrent selon la culture, son prcdent, le type de rotation dans laquelle se situe la culture, etc... Les exploitations dfinies dans les cas-types sont en rythme de croisire.

    1.2 Mthode de calcul utilise

    Les cots calculs sont des cots de production complets la tonne. Tous les facteurs de production sont pris en compte : intrants, mcanisation (amortissement technique avec prix dachat neuf), main duvre (familiale et salarie), foncier (tout fermage) ainsi que toutes les autres charges fixes dont la rmunration des capitaux propres. Ce calcul permet de comparer la comptitivit des productions dans des systmes diffrents. Les marges renseignent sur la rentabilit dune culture, dune rotation, dune exploitation. La marge brute (produit + aides intrants) est communment utilise pour le calcul de la rentabilit lchelle de la culture. La marge nette (marge brute charges de mcanisation, de main duvre salarie et autres charges) permet de mieux apprhender le systme dans sa globalit. Dans nos calculs de marges, le niveau daides pris en compte est de 350 /ha (250 de DPU + 100 de soutien lAB)

    2 DES INDICATEURS ECONOMIQUES A LA CULTURE VARIABLES

    2.1 Le cot de production du bl

    Les diffrentes tudes conomiques menes ces dernires annes sur les grandes cultures biologiques montrent quil existe une grande diversit des cots de production entre exploitations et entre zones. Selon une tude ralise en 2008 sur 30 exploitations biologiques en Pays de la Loire et rgion Centre / Ile-de-France (Rouger, 2008), le cot de production moyen du bl tendre se situe autour de 275 /t pour un rendement moyen de 3,9 t/ha (de 185 440 /t). Les niveaux de rendement, la structure des exploitations et la disponibilit en engrais organiques ont un impact sur les rsultats observs. Sur lensemble des cas-types tudis dans le cadre de RotAB, les cots de production du bl se situent autour de 285 /t pour un rendement moyen de 4 t/ha (de 160 et 410 /tonne). Les rsultats conomiques des cas-types sont dans le mme ordre de grandeur que les enqutes prcdentes.

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    2.2 Un effet prcdent marqu en bio

    Leffet prcdent est trs important en agriculture biologique. Le cot de production dun bl prcdent luzerne est ainsi souvent plus faible que celui des autres bls de la rotation (figure 1 : exemple sur un cas-type IDF). Les charges dintrants sont moindres : un bl de luzerne est trs rarement fertilis. Les charges de mcanisation et de main duvre sont galement plus faibles car les interventions de dsherbage mcanique sont moins nombreuses que sur les autres bls ayant un prcdent diffrent. De plus, le rendement dun bl de luzerne est souvent suprieur la moyenne.

    Figure 1 charges et cot de production du bl en fonction de son prcdent : exemple sur cas-type Ile-de-France (rendement moyen, charges 2009-2010)

    Le prcdent et, par consquent, la rotation, exercent un rle prpondrant sur les rsultats conomiques des diffrentes cultures.

    2.3 Des marges la culture trs lies au prix de vente

    Le bl ou le soja sont des cultures rentables grce un prix de vente lev (actuellement autour de 350 /t pour du bl panifiable et 600 /t pour du soja destin lalimentation humaine). Par ailleurs, les marges obtenues grce aux cultures haute valeur ajoute (lentille, haricot, camline, pommes de terre, autres lgumes de plein champ) peuvent galement tre trs bonnes. Leurs prix de vente sont souvent lis un dbouch rgional spcifique ou des modes de commercialisation particuliers. Les marges ralises avec la luzerne sont difficiles gnraliser compte tenu de lhtrognit des valorisations locales (prsence dleveurs ou dune usine de dshydratation proximit). En agriculture biologique, lquilibre agronomique des rotations fait appel des cultures moins rentables, comme par exemple les protagineux, le triticale ou des jachres de lgumineuses. Lanalyse conomique lchelle de la rotation est donc essentielle.

    3 LA ROTATION, LA CLE DE VOUTE DES SYSTEMES DE GRANDES CULTURES BIO

    Les systmes de polyculture-levage sont sans doute les systmes les mieux adapts lagriculture biologique. La complmentarit entre levage et cultures joue plein : les prairies temporaires participent la matrise des adventices (pouvoir couvrant, fauches rptes), et les effluents dlevage assurent la fertilisation des cultures.

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    Certains agriculteurs souhaitent, pour diverses raisons, pratiquer une agriculture biologique sans rintroduire dlevage sur leur exploitation. La gestion de la fertilit et de lenherbement constituent les principaux freins de tels systmes. Pour y faire face, la rotation est le premier levier activ.

    3.1 Analyse la rotation

    Afin de faciliter les analyses, nous avons distingu les rotations avec ou sans luzerne en tte dassolement et celles avec ou sans irrigation. Nous prsentons ici (tableau1) les rsultats pour 7 rotations types puisque certaines sont trs semblables. (Au total 11 rotations tudies dans 8 cas-types).

    Dure de la

    rotation (annes)

    luzerne irrigation rotation

    Centre C 1 8 avec sans luzerne (3 ans) - bl - triticale - fverole P - bl - orge H

    Centre C2 8 avec avec luzerne (2 ans) - bl - betterave rouge - bl - mas grain - fverole H - bl Ile-de-France

    IDF1 10 avec sans luzerne (2 ans) - bl - triticale - avoine - fverole P - bl - orge P - jachre trfle

    blanc - bl Ile-de-France

    IDF2 6 sans sans fverole P - bl - mas grain - triticale/pois fourrager - bl - triticale

    Poitou Charentes PC 9 avec avec luzerne (3 ans) - bl - mas grain - fverole H - triticale - tournesol - orge H

    Pays de la Loire PDL 5 sans sans fverole P - bl - tournesol - bl - mas grain

    Rhne Alpes RA 3 sans avec soja - bl - mas grain

    Tableau 1 dtail des rotations tudies

    Figure 2 Localisation des rotations tudies

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    3.2 Le contexte de production conditionne fortement les rsultats conomiques

    Figure 3 Marges brutes et nettes la rotation avec aides (rendements moyens, prix moyens)

    La comparaison des marges la rotation sur les diffrents cas-types ne permet pas de mettre en avant un type de rotation en particulier. Nanmoins, quelques tendances se dgagent. En raison de charges plus importantes et de rendements parfois moins bons, la rentabilit des rotations courtes sans luzerne et non irrigues atteint rarement des niveaux levs. Lirrigation apporte une plus-value car la couverture des besoins en eau permet dassurer les rendements en conditions sches. Elle permet galement dans certains cas dintgrer du mas, culture dt plus rentable que le tournesol. Ces observations ne sont pas extrapolables car le contexte de production reste un facteur explicatif prpondrant des rsultats conomiques. En effet, il dtermine en grande partie la disponibilit en engrais organiques, le choix des cultures (contexte pdoclimatique et dbouchs), et les niveaux de rendements. Le contexte rgional explique galement en partie les stratgies de gestion de lenherbement mises en uvre. Le nombre de jours favorables pour une intervention de dsherbage mcanique efficace est diffrent selon les conditions pdoclimatiques et les cultures en place. Le mas et le soja sont par exemple propices aux binages. Ceci peut expliquer la relative russite de certaines rotations courtes sans luzerne vis--vis de la gestion de lenherbement. Les rotations longues avec luzerne sont moins dpendantes des intrants (fertilisants et carburant). Dans un contexte de prix dintrants levs, la prsence de luzerne permet damortir la baisse des marges. Cette lgumineuse ne ncessite aucun apport dazote, en restitue aux cultures suivantes, et demande peu dinterventions mcaniques. Par ailleurs, lorsquelle est fauche rgulirement sur 2 ou 3 ans, la luzerne amliore la gestion de lenherbement, en particulier pour les chardons, ce qui permet de rduire le travail mcanique sur lensemble de la rotation.

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    3.3 Des temps de travaux variant du simple au double

    Figure 4 Temps de travail lhectare (temps de traction + temps dirrigation)

    En moyenne sur les rotations tudies, le temps de travail lhectare est compris entre 3 et 7 h/ha. Les rotations avec luzerne exigent moins de main duvre. Cette culture, condition que la rcolte soit ralise par entreprise (NB : ce qui nest pas le cas pour IDF 1), demande peu de temps de travail, la prparation du sol avant son implantation tant trs rduite. En revanche, les rotations avec irrigation sont plus gourmandes en temps. Cette technique prsente un surcrot de travail allant jusqu plus de deux heures par hectare sur la ferme type Rhne-Alpes. La gestion des temps de travaux dirrigation sera une difficult dans ce cas car celle-ci est concentre pendant les deux mois dt. Cette notion de pointe de travail nest pas tudie ici mais reste un enjeu important pour les agriculteurs.

    4 UNE PREMIERE APPROCHE ENVIRONNEMENTALE

    Ralise laide du logiciel Systerre, lanalyse environnementale se limite ici une comparaison des consommations dnergie primaire et des missions de gaz effet de serre (GES). Etant donn les limites mthodologiques actuelles, les grandes tendances exposes ici seront confirmer. Concernant les consommations dnergie primaire non renouvelable, les diffrences entre rotations courtes et rotations longues sont faibles lhectare. La prise en compte des consommations de carburant par les entreprises externes montre que les rcoltes de luzerne sont...

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