ATELIER 3 : LES GRANDS AMENAGEMENTS HYDRO ?· d’évaluation de ce type d’aménagement hydro-agricole.…

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    14-Sep-2018

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<ul><li><p>tre prise en compte par le dcideur - crateur de lamnagement qui aurait tendance ne voir de son projet que les limites du primtre irrigu. Reste savoir qui est le vritable dcideur celui qui combine les facteurs de production (agriculteur usager de leau) ou celui qui impose le projet parce quil dtient la technique damnagement ou le pouvoir. </p><p>Un exemple exceptionnel car historique, vient de nous tre donn en HAITI. Aprs la chute du rgime et la disparition des forces de lordre (macoutes) certains amnagements ont t pills, saccags dtruits, dautres sauvegards par leur usagers. Dans les deux cas il sagit de projets financs et penss par laide trangre et le Ministre de lAgriculture. Dans les deux cas il sagit de paysans. La diffrence tient uniquement </p><p>au degr dappropriation et de gestion par les paysans des projets concerns : ils ont sauvegard ce qui ne leur tait plus tranger et dtruit ce qui reprsentait un pouvoir honni. </p><p>La conclusion gnrale de cet atelier N 2 pourrait tenir dans quelques recommandations : </p><p>- se donner les moyens et le temps de comprendre le milieu naturel, conomique et social par la recherche, - crire et diffuser les expriences accu- mules en la matire, - former les intervenants la prise en compte de lamnagement dans tout son environ- nement. </p><p>ATELIER 3 : LES GRANDS AMENAGEMENTS HYDRO-AGRICOLES </p><p>J. JAUJAY* et Ph. JOUVF </p><p>Cest une vritable gageure que de vouloir rendre compte de communications aussi nombreuses et varies que celles qui ont t prsentes latelier III consacr aux grands primtres dirrigation. </p><p>Cest pourtant ce quoi nous contraint la ncessit de prsenter une synthse des travaux de cet atelier. Nous sommes bien conscients quen nous livrant cet exercice prilleux, nous risquons daccrotre fa frustration que de nombreux participants et intervenants ont dj ressentie lors des travaux en commission quand, pour permettre tous de sexprimer, if a fallu rduire de faon drastique le temps de parole accord chacun. </p><p>La seule consolation que lon puisse tirer de cette situation est que cette abondance de contributions (20) atteste de lintrt port au thme de cet atelier. </p><p>Dans un premier temps nous prsenterons les ides principales qui ressortent des analyses et des constats de situation qui ont t faits dans un certain nombre de grands primtres irrigus, aids en cela par le fait que plusieurs communications rsultent prcisment dvaluation de ce type damnagement hydro-agricole. </p><p>Ensuite, pour ne pas succomber la tentation de se contenter de stygmatiser les erreurs commises par les autres, seront prsentes les consquences qui en rsultent, en ce qui concerne la conception, la mise en uvre et le suivi des grands primtres hydro-agrkoles. </p><p>l C.C.C.E. l ClRAD </p><p>Bref, on essaiera comme cela a t suggr en introduction ce sminaire de tirer les enseignements du pass pour prparer lavenir. </p><p>En matire danalyse du pass, un premier constat se retrouve dans la plupart , sinon dans la quasi-totalit des expriences prsentes : savoir le dcalage entre les objectifs assigns aux grands pri- mtres dirrigation et les rsultats obtenus. </p><p>Mais demble, il faut distinguer deux situations dans ce dcalage. </p><p>Celle o celui-ci a abouti une mise en valeur diffrente du projet initial mais en dfinitive relativement satisfaisante du point de vue des superficies irrigues, des productions et des rendements comme cela est le cas dans les grands primtres dirrigation du Maroc. Compte tenu de lvolution invitable au cours du temps des conditions conomiques, sociales et dmographi- ques, de la mise en valeur et du caractre en partie conventionnel des plans dassolement tablis lors des tudes davant projet, un tel dcalage est somme toute assez normal, et ne constitue pas forcment un signe dchec. </p><p>Par contre, plus significatif est le dcalage qui se traduit par un faible taux de ralisation des superficies irri- gues initialement prvues, des rendements mdiocres et un endettement des paysans et de /Etat. Ce qui malheureusement est le cas le plus frquent, notamment dans beaucoup de primtres dAfrique de lOuest. Les causes de ce dcalage entre objectifs et ralisations sont fort nombreuses, et il nest pas ais den rendre compte. </p><p>23 </p></li><li><p>Cependant, travers Ba prsentation des communi- cations et les dbats qui les ont suivies, if est apparu quune grande partie de Eexpfication de cette deuxime forme de dcalage se trouvait dans Bopposition de deux types de rationalit dans la mise en valeur des grands amnagements hydro-agricoles. </p><p>Dune part fa rationalit de !Etat qui initie, finance et organise la mise en valeur agricole de ces grands amnagements, dautre part la rationalit des systmes de production paysans concerns par ces amena- gements. </p><p>Si dans la dfinition des finalits assignes ces amnagements, on trouve trs gnralement associs des objectifs dintrt national tels que : </p><p>- assurer fa couverture des besoins alimentaires du pays en rduisant Ees importations ncessaires pour alimenter la population des villes en forte croissance, </p><p>- ventuellement produire des denres exportables et ainsi contribuer Iquifibre de fa balance commerciale du pays ; </p><p>et des objectifs intressant pius directement les paysans tels que : </p><p>-garantir Bautosuffisance alimentaire des exploitants, </p><p>- amliorer leurs revenus, </p><p>en fait, dans fa ralite, on saperoit que ces objectifs se concilient rarement quand ifs ne sopposent pas. </p><p>En effet, dans les grands primtres, la logique de Ba mise en valeur qui rbsulte des bjectifs de BEtat a largement tendance Cp pa&amp;alsis DDEF celle qui rdsuite des objectifs des paysans, </p><p>De ce dualisme entre rationalit dEtat et rationalit paysanne nait un certain nombre de contradictions trs clairement soulignes dans de nombreuses communi- cations notamment celles de MM. HASSAINYA, AWDITI et RUF. </p><p>Ces contradictions tant gnratrices dune grande partie des checs constats en matire de mise en valeur des grands primtres, il nous parait utile de les prciser. </p><p>La premire opposition, abondamment souligne, se situe au niveau des choix de production. </p><p>Lorsque Etat entreprend fa mise en valeur de ressources hydrauliques une vaste chelle, cest dans la majeure partie des cas, pour rbduire le dficit alimentaire i6chelle nationaie. </p><p>Pour ce faire, en Afrique de !Cuest et a Madagascar3 les grands aminagements ont &amp;6 orient&amp; de faon presque exclusive vers la monoculture de riz. </p><p>Ds lors, tout est organis en fonction de cet unique choix de production pour lequel on va rechercher les voies dintensification maximale dont la double culture de riz constitue lidal type. </p><p>Or, si les agriculteurs sont intresss par la production de riz, dailleurs plus souvent comme culture de rente que comme culture vivrire, toute leur exprience, notamment en matire de lutte contre les alas, les pous- sent : </p><p>- pratiquer dautres cultures, cultures pluviales hors perimtre comme au lac Alaotra ou !Office du Niger, </p><p>- disposer dun levage comme moyen dpargne et de capitalisation, </p><p>- associer dautres activits comme le commerce, lartisanat ou la peche leurs activits proprement agri- coles, </p><p>bref, associer diffrents types de production et activits quand Borganisme de mise en valeur ne voit en eux que des rizicukeurs. De ce fait, ce qui est complmentaire pour le paysan devient concurrent pour lorganisme de mise en valeur. </p><p>Or, si ces organismes largissaient leur champ danalyse au del de la parcelle irrigue pour sintresser lensemble de lexploitation, ils seraient certainement surpris de constater que dans un certain nombre de cas ce sont les revenus des cultures Pluviales ou de IWevage qui permettent de rembourser les frais de culture irrigue et de payer la redevance aux paysans. </p><p>Cette opposition de stratgie particulirement bien anaiyse par Mme BLANC-PAMARD au lac Ajaotra Madagascar se traduit par toute une srie de consquences. </p><p>La premire est que les conditions de lintensification rizicole qui ncessite entre autres une mobilisation importante de la force de travail vont se trouver en contradiction directe avec les exigences de la pluriactivit des paysans. </p><p>Ce choix de la diversification fait par les paysans montre clairement qu lintensification de la production ifs prfrent la rduction des risques par lassociation de spculations et dactivits, suivant le vie8 adage quil nest gure prudent de mettre tous ses ufs dans le mme panier. </p><p>Autre opposition dobjectifs signale dans les communications : IEtat faisant de lourds investissements pour amnager les terres irrigues, son objectif sera dassurer la productivit maximum a lunit de surface, afin de rentabiliser ces investissements. </p><p>Le paysan qui lui, rpartit sa force de travail entre plusieurs sp6cuations et plusieurs actf- </p><p>24 </p></li><li><p>vits va chercher au contraire rentabiliser prioritairement son temps de travail et, comme la montr Mme BLANC-PAfvIARD pour le lac Alaotra, ce peut tre la culture extensive du riz qui, dans certaines conditions, assure le mieux un tel objectif. </p><p>Dans le mme ordre dide et toujours dans le but de rduire les risques conomiques de la culture irrigue, les paysans ont tendance dans beaucoup de primtres, notamment dans ceux o lamnagement est dfectueux comme lOffice du Niger, a limiter les frais de culture en rduisant lutilisation des intrants ce qui, l aussi, va sopposer lobjectif dintensification prconis par IEtat. </p><p>En fait, ces oppositions de logique de mise en valeur entre les organismes de dveloppement et les paysans proviennent en grande partie, particulirement dans les primtres rizicoles africains, du fait que ces organismes raisonnent quasi exclusivement leurs interventions lchelle de la parcelle alors que le paysan dtermine ses choix techniques et mobilise ses moyens de production en fonction des impratifs et des contraintes de gestion de son exploitation prise dans son ensemble. </p><p>II a t galement signal que le primtre irrigu nest pas un isolat, il sinsre dans une ralit sociale, conomique caractre rgional qui prexiste lamnagement mme si celui-ci interfre et modifie profondment cette ralit. Ne pas considrer cet environnement conomique et social conduit de graves dconvenues comme a pu le montrer lanalyse de J.C. DEVEZE en ce qui concerne le primtre irrigu de Marabadiassa en Cote divoire. </p><p>Un autre domaine o lopposition de logique entre IEtat et les paysans a t souligne est celui du foncier qui sest rvl tre souvent la principale pierre dachoppement de la ralisation des plans de mise en valeur dans les grands primtres irrigus. </p><p>Dune faon gnrale IEtat, du fait des investissements consentis pour assurer fa mise en valeur des prim- tres dirrigation, a eu tendance lgifrer pour redfinir les droits fonciers et les modes de tenure de faon ce quils soient conformes aux exigences de Iinten- sification. </p><p>Mais, comme la bien montr N. BOUDERBALA pour les grands primtres marocains, les rgles et les usages traditionnels en la matire ne sont pas faciles modifier. Ils sont le produit dune longue histoire o la gestion du foncier a t organise aussi pour attnuer les alas de la production. Et le tlscopage entre juridiction an- cienne et juridiction moderne gnre des situations foncires particulirement complexes fort loignes de la rationalisation et de la simplification souhaite par la lgislation officielle. </p><p>La politique des Etats africains dans ce domaine na pas chapp non plus un certain nombre de contradic- tions, ne serait-ce que celle dattribuer de faon prcaire des terres, comme lOffice du Niger, des exploitants </p><p>dont on attend par ailleurs quils apportent leur contribution dans I?ntroduction et la prennisation des amnagements fonciers initiaux. </p><p>En outre, la politique foncire des Etats qui vise lintensification et donc une certaine limitation des superficies ne rejoint pas toujours les stratgies foncires des paysans qui, comme les Sihanaka du lac Alaotra ou les paysans de la valle du fleuve Sngal, peuvent avoir pour objectif dacqurir un patrimoine foncier le plus grand possible quitte ensuite lexploiter en mtayage ou de faon extensive. </p><p>Enfin, une autre conception sous-tendant la plupart des choix damnagement et de mise en valeur qui a t souvent stigmatise dans des communications et que le Professeur SAUTER avait dj signale comme relevant typiquement de la logique technicienne des amna- gements, est celle qui consiste considrer les exploitations comme uniformes et donc relevant du mme mode de fonctionnement et du mme type de recommandations. </p><p>Or, mme quand les pouvoirs publics ont adopt un principe dgalit dans la rpartition des terres irri- gues, le comportement des paysans et le fonctionnement des exploitations est loin dtre homogne. Les stratifications sociales, les disparits de revenus et dquipement dues aux autres activits ou lhistoire des exploitations subsistent aprs amnagement, quand elles ne se renforcent pas. </p><p>Ne pas prendre en compte cette htrognit en imposant tous un mme modle normatif de mise en valeur, cest nier une ralit dvidence et donc se condamner davance voir une grande partie des agriculteurs refuser le modle propos. </p><p>La richesse des communications sur ce thme de lopposition des logiques dEtat et des logiques paysannes a t telle que nous pourrions poursuivre encore longtemps lanalyse des contradictions que cette opposition suscite. </p><p>Mais plutt que de poursuivre dans cette voie, il nous parat plus intressant de nous demander, pour rpon- dre la question pose en introduction de ce sminaire, si ces contradictions sont rductibles. </p><p>A considrer la situation et les orientations dun certain nombre de grands primtres, notamment en Afrique de lOuest ou Madagascar, il apparat que ces contradictions sont telles que lon peut se demander sil ne serait pas prfrable dabandonner la fiction, affiche dans les principes, contredite par les faits, dune conciliation des objectifs de la politique nationale et de ceux des systmes de production paysans. </p><p>Reconnatre ce divorce pourrait inciter opter ouver- tement pour faire des grands primtres dirrigation, (notamment ceux installs dans des rgions faiblement peuples, ou dans des secteurs de production moder- nes aux structures technico-conomiques adaptes en consquence et o la main duvre serait rduite au satut de salari agricole). </p><p>25 </p></li><li><p>cest precisment ce choix qui avait t fait a Ofice du Niger, avec Be succs que &amp;5n sa&amp; Cest queique chose prs celui qui semble avQir et fait fa SEMW avec des rsuftats techniques plus convaincants mais bien fragiles compte tenu du contexte conomique dans lequel se droule cette exprience. </p><p>Par ailleurs, Iexprienoe de pays comme BAlgBri~ rapporte par M. PERENNES, qui du fait de son histoire sest trouve dans une situation 00 fa grande hydraulique sest surtout dveloppe sur des domaines dEtat, semble montrer quil est toujours difficile de faire de Iagriculture sans paysans. </p><p>Qn serait condamne une conclusion bien pessimiste si, tirant prcisment les lecons du pass, un certain nombre dexpriences nouvelles de mise en valeur et doprations de rhabilitation comme le projet RetaiQ au Mal1 ou le projet Gaya au Niger ns sefforgaient de montrer que Bon peut cancilier Iintrt gnral et celui des irrigant...</p></li></ul>