beq. ?· Web viewPaul Stevens. Contes populaires. BeQ. Paul Stevens (1830-1881) Contes populaires. La…

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    13-Sep-2018

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<p>Alexandre Dumas</p> <p>Paul Stevens</p> <p>Contes populaires</p> <p>BeQ</p> <p>Paul Stevens</p> <p>(1830-1881)</p> <p>Contes populaires</p> <p>La Bibliothque lectronique du Qubec</p> <p>Collection Littrature qubcoise</p> <p>Volume 139: version 1.1</p> <p>Paul Stevens est n Namur en Belgique. Arriv au Canada vers 1854, il a collabor diffrents journaux et a t professeur de franais. Il a publi des Fables en 1857 et des Contes populaires en 1867.</p> <p>Illustration de la couverture:</p> <p>Henri Julien, pour le conte Les trois diables.</p> <p>Contes populaires</p> <p>Ce livre est respectueusement ddi</p> <p>au peuple canadien par lauteur,</p> <p>Soulanges, 1er janvier 1867.</p> <p>Prface de lauteur</p> <p>Tous ceux qui font plus ou moins un livre, ont coutume de faire plus ou moins une prface servant sinon de justification du moins dexplication quant au but quils se sont proposs datteindre.</p> <p>Assez souvent cette espce de vestibule que larchitecte littraire a construit avec tant de soins, disons mme avec tant dorgueil, ne rpond gure aux troites dimensions de son difice, et lon se demande, bon droit, aprs avoir lu ces pages prliminaires qui promettaient tant, et ont tenu si peu, si lauteur a voulu mystifier tout le monde sans mme excepter sa propre individualit.</p> <p>Or donc, nous pensions tout cela, et nous allions nous aussi essayer de chanter notre Arma virumque cano... lorsque nous nous sommes rappel, fort propos, une prface toute faite que nous avions dj eu lhonneur de lire en public, il y a quelques annes, en guise dintroduction notre premier conte.</p> <p>Pour couper au plus court, nous ne pourrions mieux faire que la rpter aujourdhui, car, quoiquelle ne soit pas de nous elle reproduit de tout point, notre manire de voir, de penser et dagir.</p> <p>Dailleurs, modestie part, nous ne lcririons pas mieux.</p> <p>clairer les esprits, ennoblir les curs, tels doivent tre les deux buts de la littrature.</p> <p>Tous les charmes de lart dcrire, toutes les ressources dune fconde imagination, tous les ornements ingnieux du langage, qui ne voilent nos penses que pour les faire paratre plus belles, doivent tre employs rendre les hommes meilleurs. Abuser de lclat du talent pour embellir le vice et exciter de mauvaises passions, cest se rendre coupable dune sorte de sacrilge. Bercer ses lecteurs sans les instruire, leur plaire sans les toucher, cest profaner le talent qui est un don du Ciel, cest refuser la noble mission que lcrivain doit accomplir ici-bas. Sans doute, lart est un dlassement. La littrature peut, comme la peinture et la musique, servir reposer lesprit fatigu par des tudes difficiles, par les soucis de la vie, par les travaux de chaque jour; mais la posie serait bien frivole si elle se contentait damuser, si, tout en rcrant, elle ne donnait pas de sages leons que ses attraits rendent plus aimables. Le prcepte dHorace sera ternellement vrai: Le parfait littrateur est celui qui est aussi utile quagrable.</p> <p>La doctrine de lart pour lart, fausse et funeste, en tous temps, serait aujourdhui plus fcheuse que jamais. Lorsque tant desprits sont pleins de rves absurdes et de chimriques systmes, lorsque les principes qui forment la base de lordre social sont branls, lorsque la Religion perd son influence, la famille sa beaut antique, lhonneur son prestige, lautorit le respect quon lui doit, ceux qui ont reu de Dieu les dons de lintelligence et les talents littraires, sont coupables sils ne travaillent pas de tout leur pouvoir faire connatre la vrit, faire aimer la vertu. Quand des barbares arms des sophismes les plus dangereux menacent la socit, il faut parler, il faut crire dans un autre but que celui darranger des mots, de pondrer des phrases, de drouler des images pour caresser loreille ou flatter limagination. Tout littrateur qui a la conscience de sa dignit, doit se regarder comme un soldat. Son devoir est de combattre le mensonge quimporte que ses armes ne soient pas brillantes, pourvu quelles soient solides!</p> <p>Toute uvre littraire peut servir au triomphe des ides morales, la posie aussi bien que les travaux scientifiques, les fictions aussi bien que les travaux dhistoire. Tel lecteur quun livre srieux pouvante se laissera gagner par une attachante fiction qui saura lmouvoir. La douce voix des potes pourra toucher le cur de ceux qui ne veulent pas couter la voix grave des historiens. Sils se proposaient tous la mme fin, les littrateurs, animant dune commune pense leurs uvres diverses, atteindraient toutes les classes, tous les ges et tous les gots, et de mille manires exerceraient un magnifique apostolat.</p> <p>Nous navons rien ajouter ces nobles et loquentes paroles, car le but de notre uvre est clairement expliqu, mais nous dirons simplement pour excuser laudace de lavoir entreprise, que Plutarque et Csar nont pas cru indigne deux de laisser un recueil danecdotes, et quun vque illustre, saint Franois de Sales, conseillait jadis Mgr. Belley de composer un livre de contes attrayants qui fit moins rechercher de funestes lectures.</p> <p>Sil faut en croire le savant Rivarol, les contes sont lesprit des vieillards et le charme de enfants.</p> <p>Et qui ne se rappelle laveu si naf, si plein de bonhomie de La Fontaine, ce conteur par excellence:</p> <p>Si Peau dne mtait cont,</p> <p>Jy prendrais un plaisir extrme.</p> <p>En voil assez, croyons-nous, pour nous justifier.</p> <p>Si maintenant nos humbles rcits peuvent fournir une agrable rcration la jeunesse, et drider mme parfois lhomme le plus grave; sils peuvent contribuer, dans nos campagnes, faire scouler joyeuses et instructives les longues heures de nos veilles dhiver, nous naurons pas entrepris une uvre inutile, et notre livre aura sa raison dtre.</p> <p>Nous noserions point cependant nous flatter davoir russi, encore moins de plaire tout le monde. Peut-tre mme le dirons-nous ces contes, ces pauvres contes si inoffensifs et si timides, serviront-ils de prtexte aux piqures malveillantes de certains mchants petits frelons aussi mal levs que trs peu littraires.</p> <p>Nimporte!... Quel que soit le vent, ouvrez vos ailes, mes pauvres petits! et partez gament. Tenez, pour adoucir les regrets du dpart, et pour vous donner bon courage, coutez bien ces belles strophes dun frre en posie de l-bas:</p> <p>Que le bon Dieu vous guide en votre itinraire!</p> <p>Plus dun cuistre sournois, braconnier littraire,</p> <p>Par la neige mouill,</p> <p>Mais heureux de pouvoir faire une vilenie,</p> <p>Derrire son buisson sembusque en compagnie</p> <p>De son fusil rouill.</p> <p>Plus dun chasseur aussi guette votre passage,</p> <p>Plus dun jeune colier, plus dun grimaud peu sage,</p> <p>Quon vient de culotter,</p> <p>Certain quon nira pas lui tailler des croupires,</p> <p>L-bas sur le chemin, a ramass des pierres,</p> <p>Il va vous les jeter.</p> <p>De tous les jeux cruels lenfance est affole.</p> <p>Tout gamin fait la guerre toute chose aile,</p> <p>Oiseaux ou papillons.</p> <p>vitez ces cailloux, petits, dans vos voyages,</p> <p>Et prenez votre vol, l-haut o les nuages</p> <p>Ouvrent leurs pavillons.</p> <p>Pierre Cardon</p> <p>Livrognerie est peut-tre le plus grand et le plus mprisable de tous les vices qui dshonorent lhumanit.</p> <p>Je vous le dis en toute vrit: un mauvais compagnon est cent fois plus craindre que la peste.</p> <p>Nest-ce pas, chers lecteurs, que le Saint-Laurent est un fleuve magnifique et que tout vrai Canadien doit senorgueillir dtre n sur ses bords? Que de fois, pendant les chaleurs de lt, alors que les rues de nos cits se changent en vastes fournaises, et quon y respire une poussire cre et brlante, navez-vous pas considr comme une bonne fortune, de mettre le pied sur le pont dun de nos lgants bateaux--vapeur, pour aller jouir pleins poumons, de lair pur et embaum du fleuve?</p> <p>Avec quelle franche admiration navez-vous pas promen vos regards sur ces rives si peuples et si semblables que, pendant plusieurs lieues et mesure que les villages disparaissent derrire lui, ltranger ravi croit toujours revoir le mme village, et la flche argente de la mme glise, qui se mire en tremblant dans le fleuve avec les maisons blanches et rouges qui lentourent et se balancent dans londe autour delle?</p> <p>Et puis quel spectacle vari et enchanteur que celui de ces campagnes si bien cultives et daspects si divers, avec leurs cltures aux zigzags fantastiques qui partagent et colorent les cases de ce gigantesque chiquier de la nature! Ici des pices de terre, que la charrue vient de dchirer, tendent leur couleur brune et fument gaiement au soleil, en attendant quelles se couvrent de moissons dores; l des champs davoine et de bl naissants, revtent un vert fonc: prs de vous, des prairies dun vert plus tendre, viennent mler leur herbe joyeuse aux cailloux poudreux de la grand-route, tandis quau loin, aussi loin que vous pouvez tendre la vue, la chane ondule des montagnes qui borde lhorizon, confond dans une mme teinte, le ciel bleu et la cime sombre de nos forts vierges.</p> <p>Tenez, chers lecteurs, avouez-le franchement, la vue de cette nature si belle et si tranquille, il ne serait pas impossible que votre enthousiasme dbordt et que vous vous prissiez tout coup dune belle et folle envie pour la campagne et la vie champtre?</p> <p>Ce ne serait pas un mal, et je vous la souhaite; mais ne perdez pas de vue que nous sommes assis sur le pont dun steamer qui glisse au milieu du plus beau fleuve du monde, et que, par consquent, nous assistons plutt une reprsentation de la campagne, avec cette seule diffrence que cest Dieu qui montre la pice, et que les acteurs sont cachs derrire les dcors ou par les accidents du chemin.</p> <p>Cependant, une fois sur les lieux, peut-tre trouveriez-vous la quitude de ces tableaux moins saisissante. Peut-tre encore, sil vous arrivait, voyageur curieux, de pntrer dans quelquune de ces demeures, caches derrire ces arbres touffus, et qui dici nous semble le sanctuaire du bonheur, si toutefois le bonheur a un sanctuaire en ce monde, ny rencontreriez-vous pas toujours cette flicit calme que stait forge votre imagination surprise.</p> <p>Tout cela est probable; mais que voulez-vous? les sicles se suivent et ne se ressemblent pas; et il ny a certes pas de ma faute si les Tircis et les Tityres ne figurent plus que pour mmoire dans les pastorales de collge.</p> <p>Bien plus, nous le demandons les larmes aux yeux: quest devenue cette foi nave et robuste de nos bons anctres? Pourquoi perdons-nous, chaque jour, leurs murs austres et la touchante simplicit de leurs gots?</p> <p>trange contradiction de cette trange poque! mesure que lducation semble vouloir lever notre intelligence, le niveau de la morale publique tend sabaisser non seulement dans les villes, mais encore dans les campagnes.</p> <p>Il y a deux sicles peine, nos murs taient si pures, la foi si vive, quun homme fut clou au pilori, pendant plusieurs heures, sur la place publique de Qubec, pour stre enivr et avoir blasphm.</p> <p>Nos places publiques pourraient-elles contenir aujourdhui tous les blasphmateurs et les ivrognes?...</p> <p>Hlas! ce qucrivait le bon Horace serait-il donc vrai?</p> <p>Pomnosa quid non imminuit dies?</p> <p>Oetas parentum, pejor avis, tulit</p> <p>Nos nequiores, mox daturos</p> <p>Prageniem vitiosiorem.</p> <p>Que naltre point le temps destructeur? Nos pres moins bons que nos aeux, nous ont fait plus mchants queux-mmes; pour laisser bientt notre tour des enfants plus mchants que nous.</p> <p>* * *</p> <p>Au moment o commence cette histoire, un groupe de curieuses dsuvres appartenant la plus basse classe de lendroit, stationnait devant lglise en face dune douzaine dlgantes voitures dt, attendant leurs matres, et changeait une conversation du plus haut intrt, sil faut en juger daprs les frquents points dexclamation et dadmiration qui animaient le dialogue.</p> <p>Est-elle chanceuse, tout de mme? disait une vieille avec une volubilit tonnante et dune voix aigre et criarde. Quand on pense que jai vu venir a au monde, et quau meilleur de ma connaissance a a toujours couru nu-pieds jusqu sa premire communion, et que maintenant parce que a a t au couvent et que a sait jouer de la musique et parler dans les termes, a va devenir une des plus huppes du village. Va-t-elle faire la dame un peu! Je gagerais ben quelle ne voudra plus, pour beaucoup, visiter seulement ses voisines. Mais voil comme a va aujourdhui, on ne se reconnat plus: le pauvre monde vire tout lenvers. Il y a vraiment de quoi perdre la tte! Pour ma part, je sais ben que si la petite Martin eut t ma fille propre, aussi vrai que mon nom est la Sans-Regret, elle naurait jamais pous M. Cardon.</p> <p>Mon Dieu! ne dirait-on pas que la Sans-Regret est jalouse, objecta hardiment une des femmes qui lcoutaient prorer, et dont la langue tait aussi bien pendue. On voit bien quelle sest leve de travers ce matin. Le beau dommage, en vrit, que la petite Martin nait pas fait comme sa fille qui sest amourache dun pendard, dun grand bon rien, qui lui donne plus de coups que de pain, et qui la laisserait crever de faim avec ses pauvres enfants, plutt que de se passer dune chopine de rhum.</p> <p>Ces paroles dbites avec une certaine emphase et dun air moqueur et insultant, firent sourire la galerie. Seule, la Sans-Regret frappe dans son orgueil de mre et sa dignit de belle-mre, ne trahit aucune motion sur sa figure anguleuse et parchemine, mais jetant sur son interlocutrice triomphante un regard menaant, elle cria dune voix trangle par la colre et en gesticulant des mains et de la tte:</p> <p>Cest bien toi, Tarlette! de me parler de mon gendre. Il ny a pas huit jours que ton beau Baptiste a encore fait maison nette et que tu en portais les marques. a serait-il leau de rivire, par hasard, qui lui donne une haleine renverser les mouches, et cest-y lglise quil a attrap cette figure rouge et bouffie comme une citrouille dautomne? Tu ferais bien mieux, trigaude maudite que tu es, de veiller un peu plus tes torchons et ton gueux dhomme, que de venir invictimer comme a, sur le chemin droi, une pauvre et honnte vieille qui ne te dit rien et ne doit rien personne.</p> <p>Trigaude maudite vous-mme, riposta la Tarlette en levant la voix, de trigauder ainsi, sans rime ni raison, la meilleure fille du village, et de bien loin. Ma bonne vrit!... cest bien heureux, la mre, que vous nayez plus de dents, car autrement la peau du pauvre monde en verrait des dures avec vous. Je mettrais ma main au feu que monsieur le Cur na jamais eu lui reprocher gros comme la tte dune pingle, et cependant il na pas coutume de mnager les gens. Oui, Seigneur! pour le sr, quelle est une fille rare: cest dvot et beau comme le jour, et pas fire; elle a tout pour elle. Mais voil ce que cest, quand on a le fond noir, on trouve toujours quelque vice chez les autres. Je vous le demande un peu vous autres, si vous nauriez pas fait comme la petite Martin. Les riches ne sont pas dj si communs, quil faille leur donner la pelle quand ils se prsentent, et surtout sils sont jeunes et bien btis. Dailleurs il me semble quon ne doit pas tre bien fine pour aimer mieux se faire servir et faire la dame, que daller en journe et travailler la sueur de son front chez les trangers. Le simple bon sens le dit. Quant mon pauvre mari sil boit quelq...</p>

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