Bergson Henri Psychologie de La Croyance

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    23-Oct-2015

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  • Henri Bergson (1902)

    Camille Bos Psychologiede la croyance .

    (Compte rendu de livre) (1902)

    Un document produit en version numrique par Bertrand Gibier, bnvole,professeur de philosophie au Lyce de Montreuil-sur-Mer (dans le Pas-de-Calais)

    Courriel: bertrand.gibier@ac-lille.fr

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Fonde et dirige par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi

    Une collection dveloppe en collaboration avec la BibliothquePaul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi

    Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

  • Henri Bergson (1902), Camille Bos Psychologie de la croyance 2

    Cette dition lectronique a t ralise par Bertrand Gibier, bnvole,professeur de philosophie au Lyce de Montreuil-sur-Mer (dans le Pas-de-Calais), bertrand.gibier@ac-lille.fr , partir de :

    Henri Bergson (1902)

    Camille Bos Psychologie de la croyance (1902)

    Une dition lectronique ralise partir de l'article dHenri Bergson (1902),Camille BOS. Psychologie de la croyance, 1 vol. in-18. Paris, Flix Alcan,1902. in Revue philosophique, XXVIIe anne, n 7-12, juillet-dcembre 1902,pp. 529-533.

    Polices de caractres utilise :

    Pour le texte: Times, 12 points.Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001pour Macintosh.

    Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5 x 11)

    dition complte le 27 novembre 2002 Chicoutimi, Qubec.

  • Henri Bergson (1902), Camille Bos Psychologie de la croyance 3

    Henri BERGSON

    Camille BOS. Psychologie de la croyance, 1 vol. in-18. Paris, FlixAlcan, 1902.

    In REVUE PHILOSOPHIQUE, XXVIIe anne, n 7-12, juillet-dcembre1902, pp. 529-533.

    Ce compte-rendu, crit par Bergson en 1902, na pas t repris dans levolume des Mlanges, dit par les PUF. notre connaissance, il na fait,depuis sa premire publication, lobjet daucune rdition.

    Bertrand Gibier.

  • Henri Bergson (1902), Camille Bos Psychologie de la croyance 4

    Le livre de M. Camille Bos est une tude instructive, autant que sugges-tive, du phnomne de la croyance. Lauteur, qui est un psychologue pn-trant, examine la croyance dans ses rapports avec la sensation, avec lesimages, avec les motions et les tendances, avec lintelligence, enfin et surtoutavec la volont et laction en gnral. Sur tous ces points il nous apporte uneample provision de descriptions et danalyses. De chacun de ces points aussi ilnous suggre une certaine reprsentation de la croyance. Sa mthode consiste prendre, sur lobjet quil tudie, une srie de vues quil nous montre tour tour, isolment. nous alors de faire converger toutes ces vues sur un mmepoint pour obtenir de lobjet une vision unique : lauteur, par une dfiancepeut-tre excessive vis--vis de lesprit de synthse, na pas voulu entrepren-dre lui-mme ce travail. Nous allons rsumer dabord les divers chapitres dulivre. Puis nous dirons un mot de la thorie qui nous parat sen dgager, tho-rie dont nous accepterions volontiers, pour notre part, les points essentiels, carnous arrivons, par des chemins assez diffrents, une conclusion du mmegenre.

    Il y a dabord une croyance qui sattache la sensation. Elle dpend delintensit de cette sensation, de sa nettet, et aussi de la cohsion des l-ments qui la composent. Elle est peut-tre moins forte pour les sensationsvisuelles que pour les sensations tactiles, moins forte pour les sensations re-ues passivement que pour les sensations que nous soulignons par desmouvements. Notre activit joue donc ici un rle important, peut-tre le rleprincipal. Et il ne sagit pas seulement de notre activit musculaire, mais denotre raction gnrale la sensation et de lattitude que nous adoptons vis--vis delle.

    De la sensation nous passons aux images. Comme limage nest quunesensation diminue, notre croyance aux images devra suivre les mmes loisque notre croyance aux sensations : elle sera plus forte pour une image plusnette et plus intense. Mais ce qui complique beaucoup les choses, cest que lesimages reprsentent notre pass et non pas, comme les sensations, notre

  • Henri Bergson (1902), Camille Bos Psychologie de la croyance 5

    moment prsent. Sil ny a, pour un moment donn de notre vie, quun seulsystme de sensations, le nombre des images qui peuvent se prsenter au seuilde la conscience, ce mme moment, est illimit. De toutes les appeles,quelle sera llue ? Ce sera celle qui sorganisera le mieux avec nos sensationsprsentes ; ce sera aussi celle qui sera assez forte pour refouler toutes sesconcurrentes et occuper la place. M. Bos se rallie ici la thorie de Tainerelative la rduction des images.

    Nous arrivons alors aux motions et aux tendances. M. Camille Bos nousmontre sur des exemples bien choisis comment lmotion colore la croyan-ce, lanime et lui communique la vie . Les ides introduites dans notre espritsont acceptes ou rejetes selon quelles sont en harmonie ou en dsaccordavec nos motions. Et si lon considre que lensemble de notre vie affective,tendances, dsirs, etc., constitue le fond mme de notre caractre, on trouveraquen dernire analyse cest sur notre caractre que nos croyances reposent.

    Mais nos croyances se rattachent aussi, par un autre ct, lactivitautomatique de notre intelligence . Mmoire, habitude, association produi-sent en nous de vritables tendances croire. La mmoire et lhabitudeimplantent en nous les ides par la rptition. Les lois de lassociation font,comme la montr M. Paulhan, quune ide est accepte ou rejete par leslments psychologiques selon quelle peut ou ne peut pas sunir eux pourune fin commune.

    Jusquici la volont nintervient pas. Mais jusquici nous avons affaire cect de la croyance qui est commun lhomme et lanimal. Chez lhommeseul la croyance devient explicite et complte, parce que, seul, lhomme estcapable de vouloir. Le rle de la volont, plutt ngatif que positif, est dop-rer une slection entre les croyances qui nous arriveraient de divers cts parles processus quon vient de dcrire : cest, par l mme, dexercer surcertaines croyances virtuelles ou possibles une action darrt. De l le rleconsidrable de lattention.

    La croyance, ainsi envisage, est un phnomne complexe ; elle supposela formation progressive de reprsentations qui viennent soffrir nous etsolliciter notre adhsion : il faut, pour que la croyance se constitue dfinitive-ment, que nous ayons adopt lune delles. Lauteur consacre un chapitreintressant ce quil appelle le temps de croyance . On reconnat le mo-ment prcis o la croyance est constitue ce quelle est devenue une forceagissante ; une source daction. Laction est le critrium de la croyance. Onpeut se faire illusion sur sa croyance, on peut croire quon croit, alors quon seborne rpter les mots sans vivre rellement la chose. On nest sr de croire

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    que lorsquon a fait passer sa croyance dans sa vie. La croyance et lactionsont substituts lun de lautre ; croire cest se retenir dagir, et agir cesttraduire au dehors sa croyance.

    Lauteur est ainsi amen parler des croyances implicites , et aussi descroyances abstraites . Il entend par croyances implicites ces croyances quisont vcues par nous tout instant de notre existence consciente, encorequelles ne soient pas distinctement formules. Lacte le plus simple, le plusspontan, comme celui de manger, implique une certaine croyance gnrale la ralit de la vie, croyance qui rsulte, dit finement lauteur, dune espce dimpratif vital . En outre, les croyances particulires qui vont tel ou telobjet sont autant despces tailles dans des genres plus vastes, et si lonconsidre ces croyances trs gnrales, on verra quelles servent de substrataux autres, quoiquelles passent le plus souvent inaperues. Telle est lacroyance de chacun de nous lexistence de son corps, lexistence de sapersonnalit : cette dernire croyance, implique, en un certain sens, danstoutes les autres, en un autre sens les suppose, notre personnalit tant la syn-thse mme des lments dont toute croyance est faite. Telle est aussi notrecroyance lexistence des autres tres et la ralit du monde sensible, notrecroyance au pass et lavenir.

    Par croyances abstraites , lauteur entend les croyances mtaphysiqueset religieuses, et il aurait aussi bien pu les appeler concrtes , car il nen estpas, comme il le montre avec beaucoup de justesse, qui impliquent une plusgrande richesse dlments combins. Dans la croyance religieuse, cest lapersonnalit entire qui donne, alors que nous nallons tout le reste quavecune partie de nous-mmes. De l la profondeur du sentiment religieux ; de laussi le timbre diffrent, en quelque sorte, quil prend chez les diffrentes per-sonnes, selon le nombre et la nature des harmoniques qui viennent renforcer leson fondamental.

    Louvrage de M. Camille Bos se termine par une intressante tude de lapropagation de la croyance et de sa porte sociale. La conclusion de lauteur,arriv au terme de son tude, est que notre croyance est lie notre activit,lexprime tous ses degrs et progresse, comme elle, de lautomatisme lalibert. son plus bas degr, cest la force dlan vers la vie. Arrive la con-science delle-mme, elle saffirme dans la sensation : puis lintelligence syjoint, avec la rflexion, si bien que la croyance complte exprime la triple medont parlait Aristote, lme nutritive, lme sentante et lme raisonnable . Ence sens, elle est le propre de lhomme. Et elle exprime, dans lhomme, un pro-grs indfini vers la perfection.

  • Henri Bergson (1902), Camille Bos Psychologie de la croyance 7

    Ce rsum trs sec ne peut donner quune ide insuffisante dun livre olon trouvera, comme nous le disions au dbut, bien des observations de dtailfines et ingnieuses. Et ce ne sera pas non plus donner du livre une ide tout fait exacte que de chercher en extraire une thorie, ncessairement un peusystmatique, de ce que nous appellerons lessence de la croyance. Il y a ce-pendant une conception gnrale de la croyance laquelle les vues deM. Camille Bos se rattacheraient facilement, et que nous ne pouvons nousempcher desquisser pour conclure.

    Si nous considrons un corps vivant, nous voyons quil sentretient et serenouvelle en absorbant des substances quil emprunte au milieu environnant.De certaines substances il peut faire sa nourriture, de certaines autres il nepeut rien tirer : il ne choisit et ne retient que ce qui est assimilable. Ainsi pournotre organisme moral. Il emprunte au milieu intellectuel ambiant tout ce quilest capable de sassimiler ; il nglige le reste. Lacte par lequel il retient cer-taines reprsentations et les incorpore sa substance est lacte de croyance. Lacroyance est donc lesprit ce que lassimilation est au corps. Cest uneassimilation psychologique.

    Maintenant, cette fonction spciale dassimilation se rattache-t-elle unefonction psychologique plus gnrale et mieux connue ? Si nous comprenonsbien la conclusion de M. Bos, cette fonction plus gnrale serait la volont. Etnous serons entirement de son avis sur ce point, condition de prendre lemot volont au sens que lauteur lui donne dans les dernires pages de sonlivre. La volont ainsi entendue serait le ressort intrieur de la vie psycholo-gique tout entire, llan qui nous porte en avant sur la route du temps, lavitalit mme de lme, vitalit laquelle lme emprunte en effet la force dese nourrir en mme temps que le besoin dune nourriture.

    Seulement, cette volont, qui est la racine de notre vie psychologique,passe par des degrs divers dobjectivation , selon le mot de Schopenhauer.Elle se manifeste par des mouvements automatiques, par des sensations, pardes tendances, par des reprsentations intellectuelles, enfin par des actes devolont proprement dits, le mot volont tant pris cette fois au sens plusrestreint de choix, de slection intelligente entre diverses dterminations pos-sibles. De l des formes diverses, plus ou moins leves, plus ou moinscompltes aussi, de la croyance. La croyance parfaite serait celle laquelle onse porterait avec toutes ces facults la fois, xun hol t psuch. Absorbablepar toutes les cellules psychologiques, pour ainsi dire, cette croyance teindraitde sa coloration notre me entire. Telles sont les croyances que M. CamilleBos appelle abstraites et aussi les croyances implicites . Nous accueil-lons de cette manire lide nouvelle dont la nuance saccorde avec tout ce

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    que nous avons pens, senti, voulu jusqualors, et o nous nous reconnaissonsentirement nous-mmes.

    Mais ct de ces croyances, il en est dautres dont sempare seulementune certaine partie de notre moi, comme il y a, pour le corps, des lmentsassimilables qui ont leur sige dlection dans certains tissus. Cest ainsi quedes sensations, des images, des ides seront acceptes ou rejetes selonquelles arriveront ou non saccorder avec les systmes de sensations, desentiments, dinstincts, de tendances, de reprsentations qui composent, unmoment donn, la substance de notre personne.

    Il est vrai quen approfondissant ces croyances quon pourrait appelerpartielles, on trouverait peut-tre que la totalit de notre moi y intervient plusou moins inconsciemment. Ainsi, la perception laquelle nous donnons notreadhsion est bien, comme le dit M. Camille Bos, celle qui exige la collabo-ration de notre moi . Mais peut-tre cette collaboration est-elle beaucoup plustendue encore que lauteur ne le suppose. Pour que jaccepte une perceptioncomme relle, pour que jy croie, il faut quelle me paraisse se rattacherlogiquement au reste de mon exprience. Je suis en ce moment Paris dansma chambre : si, brusquement, pendant que jcris, le mont Blanc se dressaitdevant moi, je dirais que cest une hallucination ou que je fais un rve, je necroirais pas ce que je vois. Que faudrait-il pour que je fusse amen y croi-re ? Simplement quentre la perception que jai de ma chambre et cetteperception du mont Blanc vinssent sintercaler toutes les perceptions successi-ves qui correspondent un voyage de Paris Chamonix. Ces perceptions explicatives sont donc absolument ncessaires la croyance. Je nemaperois distinctement de leur ncessit que lorsquelles font dfaut, parceque mon attention reoit alors une secousse qui la rveille ; mais si je ne merendais pas compte, au moins confusment, que mes perceptions normalessont des perceptions raisonnables, expliques par ce qui les prcde et les en-toure, comment carterais-je comme illusoire la perception inexplicable ? Enapprofondissant ce point, on verrait que toute perception accepte par notremoi, si immdiate que nous paraisse lacceptation, est une perception qui serelie logiquement, de proche en proche, une portion indfiniment grandis-sante de notre exprience passe.

    En se plaant dans le mme ordre dides, on pourrait se demander sil y alieu daccepter telle quelle, ainsi que le fait M. Camille Bos, la thorie deTaine relative la rduction des images . Sans doute limage que nousaccueillerons un moment donn sera celle qui sencadrera le mieux danslensemble de...