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    19-Mar-2016

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Neuf citoyens interrogent leur dput Roland Muzeau

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  • Co lombes Gennev i l l i e rs V i l l eneuve - la -Garenne

    Neuf citoyens interrogent leur dput Roland Muzeau

    Boucle Nord

    Edouard Mackpayen

    Dlgu CGT de lentreprise Tata Steel, Gennevilliers :

    Jai accept de participer cette rencontre car notre entreprise ferme le site de Gennevilliers. Lentreprise justifie cela par des raisons cono-miques . Mais la volont est de faire plus de pro-fits pour les actionnaires. Mes collgues veulent par mon intermdiaire poser des questions au dput. Avant les patrons avaient plaisir faire travailler les salaris, aujourdhui ce nest plus cela. Les patrons ne connaissent mme plus leurs salaris. Dans cette situation de quels pouvoirs rels disposez-vous comme politique ? Que pou-vez-vous faire ?

    Roland Muzeau : A partir des annes 80 nous sommes passs de lconomie relle, celle qui fait de la plus-value avec la participation du travail des humains, une conomie irrelle avec les spculateurs. Que peut faire le politique ?Un ancien Premier ministre socialiste avait eu une phrase malheureuse propos dune ferme-ture chez Michelin ; il avait dit que les politiques ne pouvaient rien faire. Mais pourtant les mots conomies , commission de Bruxelles , lois cachent des dcisions politiques.

    Neuf citoyennes et citoyens, habitants ou salaris des villes de Colombes, Gennevilliers et Villeneuve-la-Garenne ont interrog leur dput, Roland Muzeau. Une table ronde anime par le journaliste Michel Soudais, rdacteur en chef dun hebdomadaire national. Franche et dcontracte, cette rencontre a permis de questionner le dput de la circonscription sur les grandes questions que se posent les citoyens et notamment sur la crise conomique.

    SalaireEmploiCrise conomique

    LogementJeunesse

    InterviewExclusive

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  • Les politiques peuvent dcider de valoriser le tra-vail et de dissuader la spculation financire. La vraie question est en ont-ils envie ? .La gauche en France aura-t-elle le courage daf-fronter ces questions qui ne sont rien dautre que des questions de choix de socit dans laquelle nous voulons voluer.

    Finance Jean Rabinovici

    Citoyen engag

    de Villeneuve-la-Garenne, ancien journaliste et adjoint la direction de Tmoignage Chrtien :

    Le problme ce sont les agences de notation qui sont en fait des entreprises prives. Pourquoi lire des dputs si les dcisions ne sont prises que par les financiers ? Comment sy opposer ? Ce nest pas normal que les tablissements finan-ciers prennent des dcisions la place des lus.

    Roland Muzeau :Cela ramne au dbat que nous avons eu en 2005 sur la Constitution europenne avec le rle de la Banque Centrale Europenne (BCE). Les politi-ques lus au suffrage universel nont plus la main sur la BCE.Et qui aujourdhui est la tte de la BCE ? Ma-rio Draghi, qui a t vice-prsident de la branche europenne de la banque daffaires amricaine Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Pire, en Ita-lie, le nouveau prsident du Conseil Mario Monti tait, depuis 2005, consultant pour Goldman Sachs et en Grce, le Premier ministre est Loukas Papadimos, ancien vice-prsident de la Banque centrale europenne jusquen 2010. Si la droite reste au pouvoir, elle va aggraver ces abandons. Or, les politiques doivent avoir le courage daf-fronter ces questions. Cest tout lenjeu dun bon rsultat dune gauche qui place lhumain dabord en 2012.

    Emploi Edouard Mackpayen La France produit moins de vhicule aujourdhui quavant. Pourtant il y a toujours autant de v-hicules vendus.Les patrons dtruisent lemploi par les dlocali-sations, ils ne jouent pas le jeu. Ils agissent contre les salaris qui aiment leur pays. Les politiques doivent sopposer ces dlocalisations.

    Roland Muzeau :Je suis daccord avec vous. Rappelez-vous Wil-vorde. Les constructeurs de lpoque disaient

    quils voulaient souvrir aux pays mergents pour vendre des voitures dans ces pays. En fait ils importent aujourdhui les vhicules que lon pourrait fabriquer ici.

    Edouard Mackpayen :Ce sont ceux qui ont de largent qui dcident. La politique doit changer pour inverser cette ten-dance. Ils ne voient que les chiffres.Pour moi, ce sont les gens qui doivent tre prio-ritaires. Les machines ne doivent pas tre plus importantes que lhumain.

    Nicole Marliac

    Habitante de Colombes engage dans des associations de locataires, contre le racisme et aussi crivain public :

    En plus les machines ne cotisent pas !

    Roland Muzeau :Au premier semestre 2011, les entreprises du CAC 40 ont dgag 46 milliards de profits.

    On ne demande pas que les entreprises perdent de largent, on demande juste que les profits b-nficient au travail et non pas la finance.

    Aurlie Kany

    Militante politique Villeneuve-la-Garenne, assistante commerciale dans un laboratoire mdical :

    Tout nest pas fait pour assurer le financement de la scurit sociale.Des contributions ne sont pas reverses, les poli-tiques pourraient rclamer les sommes dues !

    Roland Muzeau :Nous venons de dbattre de deux budgets pha-res : celui de la Nation et celui de la scurit so-ciale.Toutes les mesures daustrit de ces deux bud-gets vont peser 86% sur les mnages les plus modestes.Nous disons quil faut construire une Europe so-lidaire et mettre fin au dumping fiscal et social. Il faut mettre fin aux paradis fiscaux.

    Valrie Pcresse prtend renforcer la lutte contre la fraude fiscale. Mais ce ne sont que de belles pa-roles.

    Sant

    Leila Bavay

    Militante syndicale SUD lhpital Louis-Mourier Colombes, responsable associative :

    Vous avez prononc le mot humain . Depuis 2008 nous luttons contre la loi Bachelot qui rduit les budgets hospitaliers. La situation se dgrade lhpital. Les patients deviennent des clients. La prcarit des personnels saccrot. Nous ne r-pondons plus aux besoins. Quen pensez-vous ?

    Roland Muzeau :La loi Hpital Patients Sant Territoire est une loi de plus pour dmanteler la mdecine publique. Le fil rouge cest favoriser le secteur priv et faire en sorte quil nait pas subir les charges dune politique de sant publique. Les urgences dans les hpitaux publics accueillent tout le monde. Le secteur priv se rserve les pathologies les plus lucratives...

    Leila Bavay :Oui je confirme, ils nous pillent.

    Roland Muzeau :La proccupation normale dun Etat devrait tre de favoriser laccs aux soins de tous. Cette se-maine, jai vu le directeur de lAgence Rgionale de Sant, Claude Evin. Il y a eu un foss entre le projet politique prsent par lARS et les attentes des citoyens dans la salle. ..

    Leila Bavay :Les directions rgionales auront des pouvoirs tendus avec la rorganisation rgionale de la sant. Avant les maires avaient un pouvoir dans les conseils dadministration des hpitaux, main-tenant ils pourront moins intervenir.

    Roland Muzeau :Ctait surtout vrai en province.

    Leila Bavay :Nous ne pouvons plus fidliser les mdecins dans un hpital. Il faut du personnel, du mat-riel pour crer de bonnes conditions de travail. Aujourdhui, ils suppriment des postes de m-decin ou diminuent des vacations. Tout est bon pour faire des conomies ; avant une femme res-tait 8 jours lhpital aprs un accouchement, aujourdhui 3 jours.Le personnel souffre et fait beaucoup dheures supplmentaires. Il y a eu 38 tentatives de suicide lAPHP. Parfois, jai honte de ne pas pouvoir rpondre aux besoins cause de la baisse de nos moyens. Quand Evin nous dit laisser les experts

    Interview2

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  • grer les affaires , il ne prend pas en compte no-tre expertise de terrain !

    Roland Muzeau :Vous avez raison. Globalement, les crdits des hpitaux diminuent de 700 millions deuros. La seule marge de manuvre que les directions des hpitaux utilisent cest la suppression dactivit et du personnel qui va avec. Deux millions de RTT nont pas t prises dans les hpitaux mais la situation vaut aussi dans tous les corps dEtat. Il faut augmenter le budget consacr la sant, sattaquer au numrus clausus pour former plus de personnels soignants.

    Nicole Marliac :Dans mon activit dcrivain public je vois la si-tuation se dgrader. Je me demande comment des gens peuvent vivre avec si peu. La situation du logement est dramatique entre le logement insa-lubre et la pnurie de logements.

    Des personnes en arrivent refuser des logements sociaux car elles ont trop peu de ressources. Elles sont dos au mur ! Le priv fait monter le prix des loyers, les gens ne sendettent plus pour acheter des biens, mais pour manger. Les socits de cr-dit se font de largent sur la pauvret.

    Comment la jeunesse peut-elle aller bien dans une telle situation ? Et tout ce que vous dites est loin deux. Comment faire pour ce soit ceux qui sont en difficult qui se battent pour une autre socit ? Comment les aider ? Les gens en difficul-t accusent lautre, ltranger, celui qui fraude , ils se dsolidarisent et se divisent. On culpabi-lise les gens. Il faut arriver convaincre les gens quils peuvent changer les choses.

    Ecole

    Catherine Laigle

    Directrice dcole Colombes, syndicaliste, conseillre municipale :

    Quand on nous parle de crise conomique cest comme si elle existait par elle-mme. Comme si ctait naturel. Pour moi la gauche et la droite, ce nest pas pareil. Le gouvernement est en train de dtruire tout ce qui est Etat parce quavec moins dEtat on peut faire plus de profits.

    Dans lEducation nationale, la masterisation cest bien, (bac+5) mais les salaires sont faibles avec 1500 euros. Cela pose des problmes de re-crutement. Lcole subit une crise comme lhpi-tal : prcarisation des personnels et pauprisa-tion des usagers.

    Jai des craintes si en 2012, il ny a pas dalterna-tive politique vraiment gauche. En Espagne, il y a eu de grandes avances socitales avec le PS mais lheure de la crise peu de courage politique et en fin de compte une droite dure qui re