Célébrations officielles et pouvoirs africains: symbolique et construction de l'État

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<ul><li><p>Clbrations officielles et pouvoirs africains: symbolique et construction de l'tatAuthor(s): Yves-A. FaurSource: Canadian Journal of African Studies / Revue Canadienne des tudes Africaines, Vol.12, No. 3 (1978), pp. 383-404Published by: Taylor &amp; Francis, Ltd. on behalf of the Canadian Association of African StudiesStable URL: http://www.jstor.org/stable/484485 .Accessed: 14/06/2014 10:45</p><p>Your use of the JSTOR archive indicates your acceptance of the Terms &amp; Conditions of Use, available at .http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p><p> .JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range ofcontent in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new formsof scholarship. 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FAURE * </p><p>ABSTRACT - Official Ceremonies and African Powers </p><p>Inherited from colonization and built on the occidental model, official ceremonies in Black Africa have resisted the will for cultural liberation and policies for authenticity. As symbolical practices they reflect the major problem of the official society for they contribute actively to the construction of the state. Their structural invariance and institutional universality, while explaining their non-autonomy in relation to the state, can also shed light on the latter's relative autonomy in Black Africa. </p><p>Le travail pr6sent6 ci-dessous ne m6rite, a proprement parler, que la qualification d'essai. De ce genre scientifico-litt6raire, il partage, en effet, 'a la fois les caracteres d'un effort personnel ponctuel et, cela va de soi, les maladresses, les insuffisances, les atermoiements d'une d6marche qui se cherche plus qu'elle ne r6vele. On voudra bien l'appr6hender comme une premiere approche encore impressionniste et incertaine, une premiere identification d'un ph6nomene qui appellera un investis- sement scientifique plus approfondi. Les pages qui suivent sont avant tout le r6sultat d'un exercice exploratoire. </p><p>Les c616brations ont, depuis quelque temps, connu les honneurs de l'inves- tigation de certaines sciences sociales. La curiosit6 naturelle et 16gitime exprim6e a l'endroit des manifestations festives par l'ethno-anthropologie s'est v6rifi6e dans d'autres disciplines, comme l'histoire, rendue attentive a de nouveaux champs de l'action sociale autant par son d6veloppement scientifique intime que par des </p><p>* Assistant de recherche de la Fondation nationale de science politique, Centre d'etude d'Afrique noire, Institut d'etudes politiques de Bordeaux. </p><p>1. Cf., par exemple, la belle et 6mouvante analyse de Jean DUVIGNAUD, Fetes et civi- lisations, Geneve, Weber, 1973, 202p.; 6galement, dans une toute autre d6marche, Maurice COYAUD, </p></li><li><p>384 CANADIAN JOURNAL OF AFRICAN STUDIES </p><p>sollicitations id6ologiques et culturelles du moment 2. On se propose ici, avec la modestie des moyens pr6cit6e, de diversifier encore davantage les approches universitaires des fetes, en portant notre attention sur celles que l'opinion commune, reprenant la pratique institutionnelle, qualifie d'officielles. Leur relation au politique, comme rh6toriques du pouvoir et comme objets d'une science du politique, en constituera un peu la sp6cificit6 nouvelle, confort6e par l'aire retenue: l'Afrique noire. </p><p>De maniere g6n6rale, I'activit6 festive, profond6ment ancr6e dans la vie des groupements humains 3, n'a pas 6chapp6 a l'oeuvre de &lt; repossession du monde &gt; entreprise par l'Itat moderne. La fete a accompagn6 ses premiers deve- </p><p>loppements 4 et demeure, depuis lors, li6e a son extraordinaire destin. Il n'est pas un r6gime, dans le cas sp6cialement frangais, qui n'ait remis en cause l'existence de fetes nationales. Et si des pol6miques ont 6clat6, elles portaient sur les valeurs a exalter mais non point sur le principe de c616bration parfaitement reconnu, par tous les bords, comme une n6cessite d'Etat. Tous s'accordaient, et s'accordent encore, sur l'utilit6 de c6remonies et de r6jouissances ponctuant la vie de la nation. Tous se reconnaissent dans le culte civil orchestr6 par l'9tat. On peut certes signaler la scl6rose qui atteint, actuellement, les fetes officielles s qui accident desormais a l'institution par abandon de leurs caractbres originaires. Mais le grand probl&amp;me demeure celui du rapport oblig6 de l'Etat aux pratiques de c616bration, et de leur permanence a travers des r6gimes, des id6ologies, des groupes, et des espaces diff6rents. Ce qui est remarquable en effet, c'est que des organisations nationales se rattachant ostensiblement a des conceptions philoso- phiques et politiques dissemblables partagent en commun cette tendance a vibrer </p><p>p6riodiquement, et selon des modes identiques, aux antiennes fix6es par les gouvernants. </p><p>Remarquable 6galement est la reprise fidble de telles pratiques dans un continent depuis peu lib6r6 et soucieux d'61iminer les restes 6conomiques, sociaux et culturels de la colonisation. Les c616brations officielles, baties sur le mod1le occidental, ont r6sist6 en Afrique a cette volonte d'authenticit6, de d6culturation, comme si la meme structure politique formelle imposait d'elle-meme certains comportements invariants a travers la multiplicit6 des groupes sociaux qu'elle peut circonscrire et les voeux conscients des dirigeants politiques. Nul doute qu'il faut voir la l'action uniforme de ce que J. Ellul qualifiait naguere comme 6tant la </p><p>r6alit6 actuelle la plus importante, beaucoup plus fondamentale que le fait 6cono- mique 6 : I'tat-nation. </p><p>Pr6cis6ment, cette organisation moderne, n6e en Occident, a 6t6 16gu6e aux pays africains qui ne l'ont point reni6e i l'occasion des ind6pendances mais bien </p><p>2. Cf., par exemple, Rosemonde SANSON, Les 14 juillet, fete et conscience nationale 1789-1975, Paris, Flammarion, 1976, 221p., et Mona OzouF, &lt; La fete sous la Revolution frangaise &gt;&gt;, dans Faire de l'histoire, sous la direction de J. LE GOFF et P. NOLA, tome III, pp. 256-277, Paris, Gallimard, 1974. </p><p>3. Cf. J. DUVIGNAUD, op. cit. 4. Cf. R. SANSON et M. OZOUF, op. cit. 5. R. SANSON, op. cit., p. 7. 6. J. ELLUL, L'illusion politique, Paris, R. Laffont, 1965, p. 16. </p><p>This content downloaded from 62.122.73.250 on Sat, 14 Jun 2014 10:45:51 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>CELEBRATIONS OFFICIELLES ET POUVOIRS AFRICAINS 385 </p><p>plut6t reprise a leur compte et comme int6rioris6e. Aucune analyse n'a cach6 l'aspect artificiel de ce &lt; placage &gt; institutionnel impos6 de l'exterieur, v6ritable corps allogene plac6 sur des ensembles sociaux qui avaient par ailleurs s6cr6t6 des structures politiques sp6cifiques. Mais justement, le fait pour les 61lites africaines d'avoir voulu assumer cette succession, envers et contre tout, de s'&amp;tre reconnues dans ce cadre 6tatique moderne leur a fait obligation de l'imposer 'a la soci6t6. Toute l'activit6 politique africaine depuis les ind6pendances a 6t6, par la suite, domin6e par le probleme de la construction de l'tat. Mais son absence v6ritable d'autorit6 - en d6pit d'actes violents spectaculaires -, sa tres faible capacit6 transformatrice de la soci6t6, ses grandes difficult6s 'a contr6ler une p6riph6rie tourn6e vers d'autres all6geances et solidarit6s ont, entre autres raisons, r6duit consid6rablement son aptitude 'a s'imposer par les moyens traditionnels du droit (norme juridique, respect de l'institution). La construction de l'ttat africain n'en a pas 6t6 stopp6e pour autant : elle est toujours sur le chantier politique. Mais nous pr6tendons qu'elle emprunte pour ce faire des voies peu objectives, peu discursives, peu r6glementaires (au sens juridique), bref peu orthodoxes, donc difficilement saisies par les analyses institutionnelles : notamment l'utilisation de ressources symboliques. Les c616brations officielles vont justement, au-delk du sens bien apparent qu'elles peuvent livrer, par un d6ploiement peu commun de signes multiples, permettre le renforcement de l'organisation 6tatique. Telle est en tout cas la probl6matique a laquelle voudrait se rattacher ce travail. </p><p>I - TYPOLOGIE: VARIETES ET VARIATIONS </p><p>C'est un truisme - qu'il convient pourtant sans cesse de rappeler car il permet de batir les analyses sur des bases solides - de retenir que les pays africains subissent pr6sentement le poids d'influences historiques concurrentes, cristallis6es lors du vaste mouvement de colonisation. Beaucoup de domaines de la vie sociale, 6cono- mique et culturelle, et la quasi-totalit6 de la vie politique rel'vent de traditions diff6rentes, et les crises qui secouent r6gulierement ces secteurs de la vie nationale s'expliquent, pour une bonne part, par le m6tabolisme difficile de pratiques et d'intelligences, de comportements et de sensibilit6s initialement dissemblables. Les f6tes africaines n'6chappent pas 'a cette regle qui prend l'allure d'un destin. Celles actuellement en vigueur renvoient ainsi a des traditions interp6n6tr6es aux rares exceptions de celles qu'on peut rattacher 'B un type historique pur. Il est cependant commode, pour l'analyse, de distinguer plusieurs grands groupes de f6tes afin de mieux situer dans cet ensemble celles retenues par cette 6tude. </p><p>Les pays africains connaissent en premier lieu ce qu'on peut appeler des f6tes traditionnelles, qui demeurent vivaces et r6sistent encore avec succes A l'entre- prise de destruction/reconstruction de l'itat moderne. Elles c61~brent, selon des modes ancestraux, certains actes essentiels de la vie sociale (circoncision, nubilit6, fundrailles...) ou certaines 6tapes intra-annuelles du cycle 6conomique, scandant le rythme agricole et chantant la production (fite des ignames, fin de la r6colte du riz...). Relevant de traditions qui 6chappent au d6veloppement du pouvoir central moderne, elles ne sont pas du tout cautionn6es par l'itat, B peine tol6r6es, et, pour mieux signifier son m6pris i leur 6gard, elles ne donnent pas lieu i des </p><p>This content downloaded from 62.122.73.250 on Sat, 14 Jun 2014 10:45:51 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>386 REVUE CANADIENNE DES ETUDES AFRICAINES </p><p>jours de ch6mage qui constituent, on le verra, un 616ment important de la fete officielle. La faiblesse de leur lien a l'Etat - ou son aspect n6gatif - diminue, a nos yeux, leur int6r&amp;t ici. Elles sont d'ailleurs, avec raison, revendiqu6es comme objet d'6tude par d'autres sciences humaines. </p><p>L'intervention de l'1tat est d6jai plus nette dans les grandes fetes religieuses modernes. La plupart des pays africains, marqu6s par l'occupation des Europ6ens, reconnaissent comme officielles les fetes chr6tiennes : P&amp;ques, Ascension, Pentec6te, Assomption, Toussaint et NoEl. En outre, tous les pays oii s'est manifest6e la </p><p>p6n6tration plus ancienne de l'Islam accordent le meme statut aux grandes f&amp;tes musulmanes que sont la fin du Ramadan et la f6te du mouton. </p><p>Les f6tes civiles de tradition occidentale ont 6t6 6galement reprises 'a leur compte par les jeunes pays africains : le ler janvier, le 1er mai font ainsi l'objet de c6r6monies semblables sur des continents diff6rents. Ces fetes (religieuses et civiles) sont dites officielles et le pouvoir politique, pour en marquer la solennit6, les agr6mente du ch6mage 6conomique. </p><p>Il y a enfin, dans cet 6ventail de c616brations, les c6r6monies et r6jouissances qui comm6morent certaines 6tapes essentielles dans la vie de ces jeunes nations. Et, de meme que les Francais cultivent le 14 juillet comme l'an premier d'une ere politique nouvelle, de meme les Etats africains font des journ6es anniversaires de leur ind6pendance ou de la proclamation de la R6publique des moments parti- culibrement fastes et 6mouvants. Ce sont 6videmment ces dernibres fetes qui sont vis6es dans cette 6tude. I1 nous a paru utile en effet de s'interroger sur cette habitude qu'a l'1tat de se m6nager quelques c616brations, de se constituer en </p><p>objet de fete, d'exalter c6r6monieusement certaines de ses valeurs. Les pays africains n'ont pas oubli6 de s6lectionner certaines dates de leur histoire moderne et d'en c616brer r6gulibrement le sens. C'est un ph6nomeine tout 'a fait g6n6ral sur le continent, qui n'est donc pas tributaire de traditions (pr6) coloniales sp6cifiques. </p><p>On ajoutera, pour mieux situer ces c616brations nationales dans l'ensemble des festivit6s africaines, que leur particularit6 est, bien stir, de proc6der de l'Etat, d'etre organis6es par les dirigeants politiques, pr6sid6es par les autorit6s publiques et de mobiliser, sinon l'6nergie, au moins l'attention des populations nationales, la sensibilisation 6tant ais6ment acquise par l'octroi de mesures connexes qui fixent le statut de la fte : jour ch6m6 et pay6, suspension des activit6s judiciaires, etc. II faut cependant pr6ciser que ces fetes nationales voient leur sp6cificit6 6tatique l6ge'rement alt6r6e - mais point remise en cause - par des emprunts partiels 'a d'autres types de fetes pr6c6demment relev6es. Les c616brations consacr6es par l'Itat moderne intebgrent en effet des caractbres festifs traditionnels : prestations coutumibres dans les d6fil6s, danses ethniques qui c6toient les danses occidentales... 11 faut noter 6galement la tendance trbs nette a politiser, ou mieux, </p><p>. 6tatiser des </p><p>fetes, ? l'origine purement civiles ; les lr janvier et 1'' mai, la fagon dont ils sont investis par les autorit6s officielles, illustrent bien cette irr6sistible propension de l'Itat i &lt; occuper de plus en plus de domaines de la vie sociale et montrent, incidemment, que les fetes relivent rarement de types purs. Il n'empiche que l'impulsion donn6e par l'ltat </p><p>i certaines fetes, la caution dont il les cr6dite, leur </p><p>This content downloaded from 62.122.73.250 on Sat, 14 Jun 2014 10:45:51 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>CEtLBRATIONS OFFICIELLES ET POUVOIRS AFRICAINS 387 </p><p>consecration par la regle de droit et par l'intervention de ceux qui incarnent l'autorit6 publique, suffisent 'a particulariser les c616brations officielles dont...</p></li></ul>