corrigé Inégalités et justice sociale

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    26-Jun-2015

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<p>COMMENT CONCILIER INGALITS ET JUSTICE SOCIALE ? Les deux vices marquants du monde conomique o nous vivons sont le premier que le plein emploi n'y est pas assur, le second que la rpartition de la fortune et du revenu y est arbitraire et manque d'quit. Le rapport entre la thorie qui prcde et le premier de ces vices est vident. Mais il existe deux points importants o elle touche aussi le second. John Maynard Keynes, Thorie gnrale de lemploi, de lintrt et de la monnaie (1936). Selon Yannick Lemel, une ingalit sociale est une diffrence qui est perue par tous ou une partie de la population comme intolrable . La notion dingalit sociale est difficile dfinir, car elle est diffrente selon les pays et volue dans le temps. Cependant, beaucoup de sociologues (Thomas Piketty, Louis Chauvel), admettent que depuis le dbut des annes 1980, on observe un certain retour des ingalits sociales dans les pays dvelopps. La principale ingalit sociale est sans aucun doute celle des revenus (en particulier les revenus du patrimoine), mais les ingalits sociales ne peuvent se rsumer celles-ci, car il faut aussi prendre en compte dautres formes dingalit (ingalits familiale, scolaire, entre hommes et femmes, de logement, dans la vie politique). D'une certaine manire, on peut dire que les doctrines du contrat social ont cherch prciser de plus en plus prcisment et les motifs de l'entre en socit, et les caractristiques institutionnelles qui en dcoulent. C'est ainsi que la notion de justice s'affine mme si les ralisations ne sont pas ncessairement la hauteur des principes comme des esprances. Au dsordre li la lutte de tous contre tous rpond un contrat social fond sur la soumission au prince (Th. Hobbes) : c'est le premier degr de la vie sociale sans laquelle aucune activit humaine n'est possible. A l'incapacit dans laquelle se trouve l'individu qui ne peut prendre d'initiative rserve au prince par la concentration de la proprit rpond un contrat social fond sur la dfense de la proprit personnelle et prive (J. Locke). A l'injustice dans laquelle l'ingale dotation initiale des capacits plonge les individus rpond un contrat social fond la recherche de l'galit sous rserve d'efficacit (J. Rawls). Finalement, la justice se concentre sur la capacit qu'ont les individus choisir la vie qu'ils ont des raisons de valoriser (A. Sen). Le rapport entre justice sociale et ingalits pose le problme de lidal galitaire (voir polycopis Tocqueville) : On pourrait, avec A. Smith, voir dans la division du travail un des moyens par lesquels l'galit d'opportunit conomique et thorique entre les hommes est rendue possible. Son point de dpart n'est pas imaginaire, mais bien rel. C'est la socit rellement hirarchique, celle des privilges, qui cde la place, du fait mme de la division du </p> <p>travail, une socit de concurrence et de libert conomique. La tradition issue de Rousseau soutient au contraire que la division du travail a bris l'harmonie des origines. La comptition dans laquelle les hommes entrent de son fait s'appuie sur des talents ingaux. Elle contribue dployer les ingalits naturelles autrefois contenues dans un univers o les hommes taient des isolats. On comprend que, dans cette perspective, ils recherchent comme un bonheur perdu cette galit des origines. Ce got pour l'galit s'est transform, dans les socits contemporaines, en "fait dominant", progressant de petite conqute en petite satisfaction sans trouver de barrire vritable sur sa route ou, plutt, sans que les barrires rsistent sur sa route. Au contraire, la passion pour l'galit se nourrit des progrs de l'galit elle-mme et, pour la mieux satisfaire, les hommes en donnent mandat au gouvernement. Ils ne voient pas le prix qu'ils ont payer pour cela, le sacrifice de liberts concrtes qui limite leur capacit d'initiative. Ce couple libert-galit s'est aujourd'hui transform en couple quit-efficacit. Le dplacement du dbat dans le domaine conomique ne doit pas empcher de voir le parallle : l'efficacit peut tre compromise par une recherche excessive de l'quit. C'est le dilemme qui se pose tous ceux qui, derrire le voile d'ignorance de J. Rawls, se posent la question de la socit dans laquelle ils veulent s'incarner ; c'est le dilemme qui se pose tous ceux qui ont la libert de choisir le territoire conomique o ils vont raliser leur carrire professionnelle. La recherche de l'galit se poursuit en glissant d'un domaine de la vie l'autre de sorte que les ingalits deviennent un prisme gnral et la lutte contre la dernire ingalit perue une exigence politique. Jean Fourasti en dresse une liste dj impressionnante en 1980. Ce peut tre un exercice que de faire la synthse de ce qui a t accompli d'une part, les nouveaux domaines de son dveloppement de l'autre. Paralllement, chacun s'accorde trouver normal la distance qui le spare des autres. Il est donc prt supporter un certain degr d'ingalit, pourvu qu'il soit son avantage Problmatique : les ingalits sont-elles injustes ? Autrement dit, existe-t-il des ingalits justes ? Comment atteindre une certaine forme de justice sociale en rduisant les ingalits, tout en garantissant les liberts individuelles et lefficacit conomique ? Ratio P90/P10 de la distribution des salaires en France de 1950 1998. </p> <p> Part du dcile suprieur dans le revenu total en France et aux tats-Unis (1913-1998). </p> <p> I. La considration des ingalits dpend dune certaine conception de justice sociale A. Dans les socits traditionnelles, organises selon un principe hirarchique quasi immuable rattach aux fonctions religieuses, la recherche de lgalit navait pas de sens car la justice sociale sidentifiait au respect de lordre naturel de lunivers voulu par Dieu, lintrieur duquel tout le monde avait sa place. Dans ces socits, l'ingalit est accepte par tous. Elle ne choque pas. C'est avec l'avnement des socits dmocratiques que le problme de la justice sociale va se poser. En effet, ces socits, fondes sur une galit des droits (par opposition aux socits dordres ou de castes) civils et politiques mais aussi conomiques et sociaux, sont animes dun idal galitaire. Cependant, lgalit formelle (galit de droits) des socits dmocratiques naboutit pas toujours une galit relle (galit des situations). D'o une tension au sein de ses socits qui pousse la rduction des ingalits. B. La lutte contre les ingalits se fait au nom dune certaine conception de la justice sociale </p> <p> Les partisans de la lutte contre les ingalits affirment en effet quune socit unie est une socit juste et quune socit juste est une socit galitaire. Mais quest-ce quune socit galitaire ? Cest dabord selon Alexis de Tocqueville, une socit o rgne lgalit des droits et de traitement. Cest ensuite une socit qui offre une galit des chances, cest--dire o les diffrences entre les situations individuelles ne sont pas condamnes se rpter dune gnration lautre. Cest enfin une socit o les diffrences de situations individuelles ne sont pas telles que les individus ont le sentiment dappartenir des mondes trangers. galit des droits, des chances, des situations constituent le contenu dune dfinition de la justice. C. La justice sociale est donc un idal qui conduit privilgier et promouvoir lgalit des droits, des chances et des situations. Cependant, il y a plusieurs faons dtre juste. A la suite dAristote, on distingue : La justice commutative ou arithmtique : elle est ralise lorsquil y galit entre les valeurs des biens changs. Il sagit de procder lgalit de lchange. Elle est fonde sur lgalit de droit, la rciprocit et lchange dquivalents. Le march peut la satisfaire condition quil fixe le juste prix . Chaque producteur dun certain type de fraises recevra le mme prix pour chaque kilo fourni. Chaque salari recevra le mme salaire pour une mme quantit et une mme qualit de travail effectues. La justice distributive ou gomtrique : il est juste que chacun reoive en proportion de ce quil apporte. Chacun doit tre jug en fonction de ses mrites. Dans ce cas, un salari deux fois plus productif que son voisin a droit une rmunration deux fois suprieure. De mme, un lve, qui produit un devoir bien suprieur ceux de ses camarades, a droit la meilleure note. Ceci correspond lidal mritocratique qui accepte lide que les ingalits peuvent tre justes. Encore faut-il tre capable de mesurer objectivement les apports de chacun ! Comment mesurer, par exemple, lapport supplmentaire suppos dun professeur agrg par rapport lapport de son collgue certifi ? Comment mesurer lefficacit de deux mdecins vis--vis de leurs patients ? La justice corrective : elle cherche redistribuer les revenus, les patrimoines, les positions sociales, en fonction de critres moraux, politiques ou sociaux sur ce que lon estime tre juste. Il sagit de ddommager lindividu subissant une situation juge prjudiciable. Ainsi, si la socit estime que lexistence de pauvres dans une socit riche est intolrable, soit au nom de lgalit, soit pour prserver une certaine cohsion sociale, soit pour accroitre lefficacit conomique, elle se doit de prendre aux riches </p> <p>pour redistribuer aux pauvres. De mme, si on estime que les revenus des PDG des firmes transnationales sont injustifis, ltat est fond imposer un salaire maximum </p> <p> D. La justice sociale renvoie donc la recherche dune galit juste (quit) Trois conceptions de l'quit s'opposent sur les mthodes pour atteindre une socit juste : La justice universaliste : est juste la situation dans laquelle les individus disposent dune stricte galit des droits. Ainsi, en matire politique, les hommes et les femmes ont le mme droit se prsenter aux lections puisque aucun particularisme (notamment sexuel) ne peut exister dans la sphre publique. Pour autant, la seule galit des droits ne suffit tablir une distribution gale des ressources politiques entre les hommes et les femmes. La justice diffrentialiste : est juste une action qui vise compenser des ingalits de situations initiales pour tablir une galit des chances. Ainsi, la sous reprsentation des femmes dans la reprsentation politique (lus, militants, dirigeants politiques...), peut exiger un traitement diffrentiel des femmes pour leur permettre d'accder ces postes politiques. La politique de discrimination positive consiste donc en un traitement diffrenci et ingalitaire (drogatoire au droit commun) au profit de certains groupes sociaux afin de leur donner les mmes chances d'accder aux diffrentes positions sociales. La justice correctrice : est juste une socit qui corrige les ingalits de dpart pour tendre vers une galit l'arrive. Dans ce cas, il faut mener une politique de redistribution qui consiste prlever, sous la forme d'impts et de cotisations sociales (prlvements obligatoires), une partie des revenus primaires de la population pour les redistribuer ceux qui en ont le plus besoin afin de rduire les ingalits de </p> <p>situation. </p> <p> E. La justice sociale renvoie donc a des principes moraux (valeurs) propres la vision de la socit que l'on veut promouvoir - Il ny a pas une conception unique de la justice sociale dans les socits dmocratiques. - Il ny a pas non plus de conception suprieure de la justice sociale 1RE CONCEPTION: les ingalits sont justes condition que la libert et l'galit des droits des individus soient respects : le mrite en est le point central. Cest ce que pense un certain nombre dauteurs qui privilgient la libert lgalit. Sur ce point, les nolibraux ne s'embarrassent pas, en rgle gnrale, de nuances : la situation de chacun est conue comme procdant de choix individuels. le point de vue individualiste : on pourra tre conduit justifier ou condamner les ingalits (ou les trop grandes ingalits) en fonction de la conception que l'on se fait des individus, et notamment de la valeur que l'on attribue leur capacit orienter eux-mmes leur vie. Des penseurs tels que Robert Nozick, auteur de Anarchie, tat et utopie (1974), n'hsitent pas soutenir que l'ingalit sociale est lie au mrite particulier de celui qui en bnficie. Pour ces auteurs, le " privilgi " tire lgitimement avantage d'un talent qui est attach sa personne et n'appartient donc qu' lui. L'ingalit de revenus est juste si les transactions qui sont la base de ces ingalits sont justes. Et pour que ces transactions soient justes, il suffit que les individus qu'elles engagent soient consentants. Cette conception de la justice apparat assurment respectueuse de la libert individuelle. Que devient notre problme des ingalits justes, si nous l'abordons dsormais en rfrence l'ensemble des membres d'une socit donne ? Il s'agit de s'interroger ici sur le caractre juste d'une ingalit en considrant son effet sur la socit prise dans </p> <p>son ensemble. L encore plusieurs options s'offrent nous. A l'instar des utilitaristes modernes et contemporains, Hayek se plaait de ce point de vue lorsqu'il crivait - dans Droit, lgislation et libert (1973-1979) - que la valeur d'une activit devait tre apprcie non pas du point de vue subjectif du mrite de l'agent, mais devait tre apprhende du point de vue de l'intrt que revt cette activit pour les membres de la socit en gnral. Pour lui, la seule solution acceptable consiste laisser au march le soin de dterminer la valeur de toute activit, mme si, ce faisant, le march doit accorder le plus de valeur des activits qui, d'un point de vue individuel ou thique, ne paraissent devoir en mriter aucune. Nous reconnaissons l, le principe fondamental propre toute thorie de l'ordre spontan et nous pouvons sans peine concevoir les graves problmes de justice sociale qui l'accompagnent invitablement. Peut-on cependant en dfendre la logique jusqu'au bout ? Pour cela, il faudrait que les nolibraux pren...</p>