Danser dans le paysage Danser dans le paysage

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    05-Jan-2017

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  • PATRICIA FERRARAAide lcriture chorgraphique 2007 / 2008

    Danser dans le paysage

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    Danser dans le paysage

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  • PATRICIA FERRARAAide lcriture chorgraphique 2007 / 2008

    Danser dans le paysage

    AIDE LCRITURE CHORGRAPHIQUE 2007 / 2008Ministre de la Culture et de la Communication DMDTS danse

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  • sommaire

    MOUVEMENT, REGARD, PAYSAGE P. 5

    QUATRE MATINES P. 7

    UNE SEMAINE ENTRE CAUSSE ET LIMARGUE P. 9

    UNE TENDUE DE TEMPS P. 11

    LMENTS POUR LA DANSE P. 14

    ANNEXES P. 16

    RFRENCES P. 21

    PARTENAIRES P. 22

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  • Mouvement, regard, paysage Le vritable paysage est le rsultat dun devenir, quelque chose dorganique et de vivant. MICHAEL JACOB

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  • Il en est ainsi des artistes qui, la suite de Czanne et Monet, ont entrepris de sextraire dune pense nous donnant une vision autoritaire et anthro-pocentrique du monde en rduisant la perception du rel la frontalit et la notion de temps des aspects narratifs. Depuis, nous avons travers les fentres, bris les cadres, enlev les socles et sommes passs dans lre de lim-mersion et de louverture. La danse a elle aussi, un peu plus tard, emprunt les mmes chemins.

    Trisha Brown, Anna Halprin, Simone Forti et, plus prs de nous, Daniel Larrieu ou Odile Duboc ont explor la rencontre de la danse avec lespace public, parfois mme en lien avec la nature. Mais il faut se transporter en Ex-trme-Orient pour tre rellement confront limmersion du corps dans la nature sous une forme chorgraphique excluant lvidence de la scne. Au Japon, le But des origines, partir notamment de la conception du corps sans organe dAntonin Artaud, nous dvoile, sous les apparences obscures dun corps contrari, de lumineux exemples dtre-au-monde, de corps en appel, en recherche dans leur relation au vivant. Il est donc important de re-placer ce mouvement dans le champ du devenir chorgraphique. Ainsi en est-il de Min Tanaka qui, par sa pratique de danseur-fermier , concilie les n-cessits de sa survie dans un pays ultra-libral avec la philosophie dun corps en prise directe avec la nature. Durant la priode de mes apprentissages dans les annes 80, il sest produit une adquation entre mes attentes et les orien-tations de ce travail.

    Ainsi, sans les dserter pour autant, je suis sortie des lieux de rptition et des salles de thtre pour un exil volontaire dans lespace ouvert. Les espaces que je traverse se caractrisent par la prdominance du vgtal et du minral. Aux parcs et aux jardins, je prfre la frquentation de lieux o nexiste pas dvidence, pas dusages dfinis ou dorganisation formelle de lespace. Ce sont le plus souvent des endroits dserts ou dlaisss. Ainsi en est-il de milieux naturels sauvages loigns des villes, ou encore, lintrieur mme du tissu urbain, des territoires dlabrs et invivables de la surmodernit (cf Michael Jacob), l o la nature reprend ses droits. Dans de tels espaces, la question du geste chorgraphique est pose dune manire plus tnue en termes de lgitimit et de visibilit. Les questionnements qui en rsultent sont dans un rapport proportionnel lnergie dployer afin dy voir apparatre la danse. Dans ces endroits, loigns des ples (administratifs ou commerciaux) de nos cits, o il nexiste pas de sens apparent, tout est sans cesse apprhender la lumire dune ralit changeante. Le choix dinscrire la danse dans des espaces o la nature a une prsence forte peut non seulement inflchir la rception par le spectateur mais plus encore rvler lvidence dun lien spatio-temporel sp-cifique.

    De mon point de vue de chorgraphe, la question centrale est celle du vivant apprhend sous langle du mouvement.

    Dans lide de partage et afin de fortifier lexploration solitaire que je mne depuis quelques annes, jai eu le loisir, dans le contexte de lAide lcriture, dinviter quelques personnes maccompagner dans ma rflexion. Les pages suivantes font tat de ces moments de rencontre et des ides qui en dcoulent.

    Pour resituer dans le champ de mon parcours chorgraphique ce qui ma engage vers une demande dAide lcriture, je vous renvoie deux textes que jai crits en 2002 et 2004 et qui font apparatre clairement les prmices de cette recherche et le basculement lent vers la construction de nouveaux outils [A]. Je rencontrais alors notamment les penses de Maurice Merleau-Ponty (Phnomnologie de la perception) et de Alain Berthoz (Le Sens du mouve-ment) ; le deuxime me donnant des points dappui pour ancrer dans le corps les concepts du premier. La rencontre avec Lisa Nelson, performeuse et vi-daste sera elle aussi dterminante. Ds 2002, jai mis en place des rencontres en extrieur en lien avec le monde vgtal et, en 2006, jai affirm cette dmarche avec les Promenades prpares. Je portais alors mon attention sur les modes de rencontre possibles dans lespace ouvert avec le public (du spectateur au spectateur-marcheur), sans rien imposer au lieu et avec pour tout moyen technique ce que je pouvais transporter dans mon sac dos. Je tentais de construire des propositions qui, dans linterrelation, mettent laccent sur limpermanence des choses. Jai ainsi toujours pens le paysage comme quelque chose de vivant, anim de mouve-ments propres, visibles ou invisibles, et pas toujours perceptibles lchelle humaine. Nanmoins, je restais insatisfaite du point de vue du mouvement dans dans le paysage. Javais besoin dun vrai temps pour repenser la danse dans ce contexte.Le sous-titre mme de cette recherche suggre un certain retrait par rapport aux lments rellement en prsence : Mouvement, regard, paysage peut en effet tre plus explicitement traduit par Danse, spectateur, nature . Je voulais faire le chemin de la premire terminologie la deuxime. Mon mode dapproche, que ce soit dans la chorgraphie ou dans la recherche, est intuitif ; lintuition considre comme une nergie pour donner, trouver, chercher du sens. Il y avait quelque chose de peru mais de non clairement explicit et quil me fallait affirmer. Et, comme par une sorte de mouvement de dcantation mais invers, pour fixer lexprience du corps, il me fallait mettre des mots.

    Afin de poser les bases de cette rflexion, voici quelques repres sur la ques-tion du paysage. Au milieu du foisonnement de livres qui traitent de cette question, Le Paysage et Paysage et temps de Michael Jacob mont permis de mieux comprendre les enjeux du paysage. Je lui emprunte la formule :

    P = S + N (paysage = sujet + nature)

    Cela revient penser le paysage comme tant la relation de lhomme la nature et nous permet ainsi de laborder plus librement qu partir des seuls composants que sont le regard et le cadre. Je dlaisse donc volontairement toute autre dfinition au profit dun recentrement sur cette seule acception qui me semble les recouvrir toutes. De lapparition du mot dans notre vocabulaire (du pays au paysage) aux pre-miers gestes artistiques de saisie de la nature, de la technique de la perspective centrale au Land Art, chaque priode de lhistoire de lart reprsente une pos-ture particulire par rapport au paysage. Ainsi, si lon sentend considrer la perspective comme une technique dfinissant des espaces de contrle, ceux qui la remettent en question entrent en rsistance par rapport aux schmas dominants de la reprsentation.

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    [ANNEXES P. 16 ET 17]

  • Quatre matines...

    lintrieur dune priode de travail, prendre un temps un peu plus lent. Laisser la place au silence intrieur et au bruissement de la nature, linspiration arienne, vgtale, animale, minrale. Revenir soi.Se sentir comme une caisse de rsonance o se roule et droule lcho du monde Vivante, vibrante, disponible lappel du dehors, au dsir de rpondre. Amplifier les sensations quelles soient internes (proprioception) ou externes (ce que je vois, ce que jentends, ce que je capte par la peau). partir de l, laisser sveiller lmotion puis lintuition potique travers des correspondances de mouvements, de mots, dinscription dans lespace.Chaque matine proposera un parcours diffrent se promenant entre lespace du dedans et lespace concret du dehors, avec des passerelles pour ouvrir des chemins et peut-tre aller vers de petites formes. Des photos seront prises pendant le travail.Le ressenti, lintriorit, la source personnelle du mouvement dans seront approfondies. On en prendra conscience en mettant des mots crits sur chaque exprience. NATHALIE DESMARET

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  • Espace gomtriqueMes dbuts ont t marqus par une conception de lespace apprhend comme un agencement de lignes gomtriques me permettant de construire la danse en termes de directions et de trajectoires. Jtais dans la perception dun espace plane, stable et symtrique.

    Espace orientQuelques annes plus tard, lespace souvrait la rencontre, de possibles in-teractions, lchange au travers dun rseau de liens, de mises en relation. Il tait question alors dun espace orient, allocentr ( multiples rfren-tiels) o lon se sent agi comme par un ensemble de signes. Lespace devenait quelque chose de changeant.

    Espace plastique et changeantPuis, jai ressenti lespace comme une matire prouver, une chose plastique. Cest un espace sans prdfini, un espace-milieu, quelque chose de vivant. Il ny a plus de diffrentiation, on en fait partie.

    Espace fluideAvec le travail en extrieur, je suis devenue de plus en plus sensible lair, ses mouvements et ses diffrentes qualits. Air et espace sont entrs en conni-vence pour arriver se confondre parfois, sil ny avait la pesanteur qui me ramne au plan, la prsence du sol. Lespace est balay par des mouvements dair qui animent les choses autour de nous. Ces dplacements lis aux saisons, la mtorologie, aux reliefs ou encore la vgtation, participent de la den-sit des espaces traverss, donnent une grande varit de prsence aux lieux. Par son contact avec la peau, lair est ce qui donne sa dimension charnelle au paysage. Cest un lment puissant, ces ver