Daudet Alphonse - Tartarin de Tarascon

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    13-Oct-2015

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<ul><li><p>BIBEBOOK</p><p>ALPHONSE DAUDET</p><p>TARTARIN DETARASCON</p></li><li><p>ALPHONSE DAUDET</p><p>TARTARIN DETARASCON</p><p>1872</p><p>Un texte du domaine public.Une dition libre.</p><p>ISBN978-2-8247-0093-9</p><p>BIBEBOOKwww.bibebook.com</p></li><li><p>A propos de Bibebook :Vous avez la certitude, en tlchargeant un livre sur Bibebook.com de</p><p>lire un livre de qualit :Nous apportons un soin particulier la qualit des textes, la mise</p><p>en page, la typographie, la navigation lintrieur du livre, et lacohrence travers toute la collection.</p><p>Les ebooks distribus par Bibebook sont raliss par des bnvolesde lAssociation de Promotion de lEcriture et de la Lecture, qui a commeobjectif : la promotion de lcriture et de la lecture, la diusion, la protection,la conservation et la restauration de lcrit.</p><p>Aidez nous :Vos pouvez nous rejoindre et nous aider, sur le site de Bibebook.</p><p>hp ://www.bibebook.com/joinusVotre aide est la bienvenue.</p><p>Erreurs :Si vous trouvez des erreurs dans cee dition, merci de les signaler :</p><p>error@bibebook.com</p><p>Tlcharger cet ebook :</p><p>hp ://www.bibebook.com/search/978-2-8247-0093-9</p></li><li><p>Credits</p><p>Sources : E. Dentu Bibliothque lectronique dubec</p><p>Ont contribu cee dition : Gabriel Cabos</p><p>Fontes : Philipp H. Poll Christian Spremberg Manfred Klein</p></li><li><p>LicenceLe texte suivant est une uvre du domaine public ditsous la licence Creatives Commons BY-SA</p><p>Except where otherwise noted, this work is licensed under http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/</p><p>Lire la licence</p><p>Cee uvre est publie sous la licence CC-BY-SA, ce quisignie que vous pouvez lgalement la copier, la redis-tribuer, lenvoyer vos amis. Vous tes dailleurs encou-rag le faire.</p><p>Vous devez aribuer loeuvre aux dirents auteurs, ycompris Bibebook.</p></li><li><p>A Gonzague Privat.</p><p>n</p><p>1</p></li><li><p>Premire partie</p><p> Tarascon</p><p>2</p></li><li><p>CHAPITRE I</p><p>Le jardin du baobab</p><p>M Tartarin de Tarascon est reste dans mavie comme une date inoubliable ; il y a douze ou quinze ansde cela, mais je men souviens mieux que dhier. LintrpideTartarin habitait alors, lentre de la ville, la troisime maison gauchesur le chemin dAvignon. Jolie petite villa tarasconnaise avec jardin de-vant, balcon derrire, des murs trs blancs, des persiennes vertes, et surle pas de la porte une niche de petits Savoyards jouant la marelle oudormant au bon soleil, la tte sur leurs botes cirage.</p><p>Du dehors, la maison navait lair de rien.Jamais on ne se serait cru devant la demeure dun hros. Mais quand</p><p>on entrait, coquin de sort !. . .De la cave au grenier, tout le btiment avait lair hroque, mme le</p><p>jardin !. . . le jardin de Tartarin, il ny en avait pas deux comme celui-l en Eu-</p><p>rope. Pas un arbre du pays, pas une eur de France ; rien que des plantes</p><p>3</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre I</p><p>exotiques, des gommiers, des calebassiers, des cotonniers, des cocotiers,des manguiers, des bananiers, des palmiers, un baobab, des nopals, descactus, des guiers de Barbarie, se croire en pleine Afrique centrale, dix mille lieues de Tarascon. Tout cela, bien entendu, ntait pas de gran-deur naturelle ; ainsi les cocotiers ntaient gure plus gros que des bet-teraves, et le baobab (arbre gant, arbos gigantea) tenait laise dans unpot de rsda ; mais cest gal ! pour Tarascon, ctait dj bien joli, et lespersonnes de la ville, admises le dimanche lhonneur de contempler lebaobab de Tartarin, sen retournaient pleines dadmiration.</p><p>Pensez quelle motion je dus prouver ce jour-l en traversant ce jar-din mirique !. . . Ce fut bien autre chose quand on mintroduisit dans lecabinet du hros.</p><p>Ce cabinet, une des curiosits de la ville, tait au fond du jardin, ou-vrant de plain-pied sur le baobab par une porte vitre.</p><p>Imaginez-vous une grande salle tapisse de fusils et de sabres, depuisen haut jusquen bas ; toutes les armes de tous les pays du monde : ca-rabines, ries, tromblons, couteaux corses, couteaux catalans, couteauxrevolvers, couteaux poignards, kriss malais, ches carabes, ches desilex, coups-de-poing, casse-tte, massues hoentotes, lassos mexicains,est-ce que je sais !</p><p>Par l-dessus, un grand soleil froce qui faisait luire lacier des glaiveset les crosses des armes feu, comme pour vous donner encore plus lachair de poule. . . Ce qui rassurait un peu pourtant, ctait le bon air dordreet de propret qui rgnait sur toute cee yataganerie. Tout y tait rang,soign, bross, tiquet comme dans une pharmacie ; de loin en loin, unpetit criteau bonhomme sur lequel on lisait :</p><p>Flches empoisonnes, ne touchez pas !Ou :Armes charges, mez-vous !Sans ces criteaux, jamais je naurais os entrer.Aumilieu du cabinet, il y avait un guridon. Sur le guridon, un acon</p><p>de rhum, une blague turque, les Voyages du capitaine Cook, les romans deCooper, de Gustave Aimard, des rcits de chasse, chasse lours, chasseau faucon, chasse llphant, etc. . . Enn, devant le guridon, un hommetait assis, de quarante quarante-cinq ans, petit, gros, trapu, rougeaud,</p><p>4</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre I</p><p>en bras de chemise, avec des caleons de anelle, une forte barbe courteet des yeux amboyants ; dune main il tenait un livre, de lautre il bran-dissait une norme pipe couvercle de fer, et, tout en lisant je ne saisquel formidable rcit de chasseurs de chevelures, il faisait, en avanant salvre infrieure, une moue terrible, qui donnait sa brave gure de petitrentier tarasconnais ce mme caractre de frocit bonasse qui rgnaitdans toute la maison.</p><p>Cet homme, ctait Tartarin, Tartarin de Tarascon, lintrpide, legrand, lincomparable Tartarin de Tarascon.</p><p>n</p><p>5</p></li><li><p>CHAPITRE II</p><p>Coup dil gnral jet sur labonne ville de Tarascon ; leschasseurs de casquettes.</p><p>A je vous parle, Tartarin de Tarascon ntait pas en-core le Tartarin quil est aujourdhui, le grand Tartarin de Ta-rascon, si populaire dans tout le Midi de la France. Pourtant mme cee poque ctait dj le roi de Tarascon.</p><p>Disons do lui venait cee royaut.Vous saurez dabord que l-bas tout le monde est chasseur, depuis le</p><p>plus grand jusquau plus petit. La chasse est la passion des Tarasconnais,et cela depuis les temps mythologiques o la Tarasque faisait les centcoups dans les marais de la ville et o les Tarasconnais dalors organi-saient des baues contre elle. Il y a beau jour, comme vous voyez.</p><p>Donc, tous les dimanches matin, Tarascon prend les armes et sort de</p><p>6</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre II</p><p>ses murs, le sac au dos, le fusil lpaule, avec un tremblement de chiens,de furets, de trompes, de cors de chasse. Cest superbe voir. . . Par mal-heur, le gibier manque, il manque absolument.</p><p>Si btes que soient les btes, vous pensez bien qu la longue elles ontni par se mer.</p><p> cinq lieues autour de Tarascon, les terriers sont vides, les nids aban-donns. Pas un merle, pas une caille, pas le moindre lapereau, pas le pluspetit cul-blanc.</p><p>Elles sont cependant bien tentantes ces jolies collinees tarascon-naises, toutes parfumes de myrte, de lavande, de romarin ; et ces beauxraisins muscats gons de sucre, qui schelonnent au bord du Rhne,sont diablement apptissants aussi. . . Oui, mais il y a Tarascon derrire,et, dans le petit monde du poil et de la plume, Tarascon est trs mal not.Les oiseaux de passage eux-mmes lont marqu dune grande croix surleurs feuilles de route, et quand les canards sauvages, descendant versla Camargue en longs triangles, aperoivent de loin les clochers de laville, celui qui est en tte se met crier bien fort : Voil Tarascon !. . .voil Tarascon ! et toute la bande fait un crochet.</p><p>Bref, en fait de gibier, il ne reste plus dans le pays quun vieux coquinde livre, chapp comme par miracle aux septembrisades tarasconnaiseset qui sentte vivre l ! Tarascon, ce livre est trs connu. On lui donn un nom. Il sappelle le Rapide. On sait quil a son gte dans la terrede M. Bompard, ce qui, par parenthse, a doubl et mme tripl le prixde cee terre, mais on na pas encore pu laeindre.</p><p> lheure quil est mme, il ny a plus que deux ou trois enrags quisacharnent aprs lui.</p><p>Les autres en ont fait leur deuil, et le Rapide est pass depuis long-temps ltat de superstition locale, bien que le Tarasconnais soit trspeu superstitieux de sa nature et quil mange des hirondelles en salmis,quand il en trouve.</p><p>Ah ! me direz-vous, puisque le gibier est si rare Tarascon, quest-ce que les chasseurs tarasconnais font donc tous les dimanches ?</p><p>Ce quils font ?Eh mon Dieu ! ils sen vont en pleine campagne, deux ou trois lieues</p><p>de la ville. Ils se runissent par petits groupes de cinq ou six, sallongent</p><p>7</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre II</p><p>tranquillement lombre dun puits, dun vieux mur, dun olivier, tirentde leurs carniers un bon morceau de buf en daube, des oignons crus,un saucissot, quelques anchois, et commencent un djeuner interminable,arros dun de ces jolis vins du Rhne qui font rire et qui font chanter.</p><p>Aprs quoi, quand on est bien lest, on se lve, on sie les chiens,on arme les fusils, et on se met en chasse. Cest--dire que chacun de cesmessieurs prend sa casquee, la jee en lair de toutes ses forces, et la tireau vol avec du 5, du 6 ou du 2, selon les conventions.</p><p>Celui qui met le plus souvent dans sa casquee est proclam roi de lachasse, et rentre le soir en triomphateur Tarascon, la casquee cribleau bout du fusil, au milieu des aboiements et des fanfares.</p><p>Inutile de vous dire quil se fait dans la ville un grand commerce decasquees de chasse. Il y a mme des chapeliers qui vendent des cas-quees troues et dchires davance lusage des maladroits ; mais onne connat gure que Bzuquet, le pharmacien, qui leur en achte. Cestdshonorant !</p><p>Comme chasseur de casquees, Tartarin de Tarascon navait pas sonpareil. Tous les dimanches matin, il partait avec une casquee neuve ;tous les dimanches soir, il revenait avec une loque. Dans la petite mai-son du baobab, les greniers taient pleins de ces glorieux trophes. Aussi,tous les Tarasconnais le reconnaissaient-ils pour leur matre, et commeTartarin savait fond le code du chasseur, quil avait lu tous les traits,tous les manuels de toutes les chasses possibles, depuis la chasse la cas-quee jusqu la chasse au tigre birman, ces messieurs en avaient fait leurgrand justicier cyngtique et le prenaient pour arbitre dans toutes leursdiscussions.</p><p>Tous les jours, de trois quatre, chez larmurier Costecalde, on voyaitun gros homme, grave et la pipe aux dents, assis sur un fauteuil de cuirvert, au milieu de la boutique pleine de chasseurs de casquees, tous de-bout et se chamaillant. Ctait Tartarin de Tarascon qui rendait la justice,Nemrod doubl de Salomon.</p><p>n</p><p>8</p></li><li><p>CHAPITRE III</p><p>Nan ! Nan ! Nan ! - Suite ducoup dil gnral jet sur labonne ville de Tarascon.</p><p>A de la chasse, la forte race tarasconnaise joint uneautre passion : celle des romances. Ce qui se consomme de ro-mances dans ce pays, cest ny pas croire. Toutes les vieille-ries sentimentales qui jaunissent dans les plus vieux cartons, on les re-trouve Tarascon en pleine jeunesse, en plein clat. Elles y sont toutes,toutes. Chaque famille a la sienne, et dans la ville cela se sait. On sait, parexemple, que celle du pharmacien Bzuquet, cest :</p><p>Toi, blanche toile que jadore ;Celle de larmurier Costecalde :Veux-tu venir au pays des cabanes ?Celle du receveur de lenregistrement :</p><p>9</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre III</p><p>Si jtais-t-invisible, personne nme verrait.(Chansonnee comique.)Et ainsi de suite pour tout Tarascon. Deux ou trois fois par semaine, on</p><p>se runit les uns chez les autres et on se les chante. Ce quil y a de singulier,cest que ce sont toujours les mmes, et que, depuis si longtemps quils seles chantent, ces braves Tarasconnais nont jamais envie den changer. Onse les lgue dans les familles, de pre en ls, et personne ny touche ; cestsacr. Jamais mme on ne sen emprunte. Jamais il ne viendrait lidedes Costecalde de chanter celle des Bzuquet, ni aux Bzuquet de chantercelle des Costecalde. Et pourtant vous pensez sils doivent les connatredepuis quarante ans quils se les chantent. Mais non ! chacun garde lasienne et tout le monde est content.</p><p>Pour les romances comme pour les casquees, le premier de la villetait encore Tartarin. Sa supriorit sur ces concitoyens consistait en ceci :Tartarin de Tarascon navait pas la sienne. Il les avait toutes.</p><p>Toutes !Seulement ctait le diable pour les lui faire chanter. Revenu de bonne</p><p>heure des succs de salon, le hros tarasconnais aimait bien mieux seplonger dans ses livres de chasse ou passer sa soire au cercle que defaire le joli cur devant un piano de Nmes, entre deux bougies de Taras-con. Ces parades musicales lui semblaient au-dessous de lui. . . elque-fois cependant, quand il y avait de la musique la pharmacie Bzuquet,il entrait comme par hasard, et aprs stre bien fait prier, consentait dire le grand duo de Robert le Diable, avec madame Bzuquet la mre. . .i na pas entendu cela na jamais rien entendu. . . Pour moi, quand jevivrais cent ans, je verrais toute ma vie le grand Tartarin sapprochantdu piano dun pas solennel, saccoudant, faisant sa moue, et sous le reetvert des bocaux de la devanture, essayant de donner sa bonne face lex-pression satanique et farouche de Robert le Diable. peine avait-il prisposition, tout de suite le salon frmissait ; on sentait quil allait se passerquelque chose de grand. . . Alors, aprs un silence, madame Bzuquet, lamre, commenait en saccompagnant :</p><p>Robert, toi que jaimeEt qui reus ma foi,Tu vois mon eroi(bis),</p><p>10</p></li><li><p>Tartarin de Tarascon Chapitre III</p><p>Grce pour toi-mmeEt grce pour moi. voix basse, elle ajoutait : vous, Tartarin , et Tartarin de Taras-</p><p>con, le bras tendu, le poing ferm, la narine frmissante, disait par troisfois dune voix formidable, qui roulait comme un coup de tonnerre, dansles entrailles du piano : Non !. . . non !. . . non !. . . ce quen bon Mridio-nal il prononait : Nan !. . . nan !. . . nan !. . . Sur quoi madame Bzuquetla mre reprenait encore une fois :</p><p>Grce pour toi-mmeEt grce pour moi. Nan !. . . nan !. . . nan !. . . hurlait Tartarin de plus belle, et la chose</p><p>en restait l. . . Ce ntait pas long comme vous voyez : mais ctait si bienjet, si bien mim, si diabolique, quun frisson de terreur courait dansla pharmacie, et quon lui faisait recommencer ses : Nan !. . . nan !. . . quatre et cinq fois de suite.</p><p>L-dessus Tartarin spongeait le front, souriait aux dames, clignaitde lil aux hommes, et, se retirant sur son triomphe, sen allait dire aucercle dun petit air ngligent : Je viens de chez les Bzuquet chanter leduo de Robert le Diable ! </p><p>Et le plus fort, cest quil le croyait !. . .</p><p>n</p><p>11</p></li><li><p>CHAPITRE IV</p><p>Ils !. . .</p><p>C dirents talents que Tartarin de Tarascon devait sahaute situation dans la ville.Du reste, cest une chose positive que ce diable dhomme avaitsu prendre tout le monde.</p><p> Tarascon, larme tait pour Tartarin. Le brave commandant Bra-vida, capitaine dhabillement en retraite, disait de lui : Cest un lapin ! et vous pensez que le commandant sy connaissait en lapins, aprs enavoir tant habill.</p><p>La magistrature tait pour Tartarin. Deux ou trois fois, en plein tribu-nal, le vieux prsident Ladevze avait dit, parlant de lui :</p><p> Cest un caractre ! Enn le peuple tait pour Tartarin. Sa carrure, sa dmarche, son air,</p><p>un air de bon cheval de trompee qui ne craignait pas le bruit, cee r-putation de hros qui lui venait on ne sait do, quelques distributions degros...</p></li></ul>