dossier Ma Chambre Froide - Le Grand ?· 4 LE PROPOS « On a trop l’habitude de figurer l’enfer…

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    05-Jun-2018

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DOSSIER JEUNE PUBLIC DU LUNDI 6 AU VENDREDI 10 FVRIER 2012 AU GRAND T MA CHAMBRE FROIDE Saison 2011 / 2012 Elisabeth Carecchio 2 SOMMAIRE PRSENTATION ......................................................................................... 3 LE PROPOS ............................................................................................... 4 NOTES SUR LINTRIGUE .............................................................................. 5 PROPOS DE MA CHAMBRE FROIDE ............................................................ 6 TRE SPECTATEUR PAR JOL POMMERAT .............................................. 8 JOL POMMERAT, METTEUR EN SCNE ........................................................ 9 JOL POMMERAT ET LE THTRE .............................................................. 11 MA CHAMBRE FROIDE : PHOTOS ................................................................ 12 MA CHAMBRE FROIDE : EXTRAITS .............................................................. 13 MA CHAMBRE FROIDE : EXTRAITS VIDO .................................................... 17 LES CHOS DE LA PRESSE ........................................................................ 18 Dossier ralis partir de documents divers dont ceux fournis par lOdon / Thtre de lEurope. 3 MA CHAMBRE FROIDE TEXTE ET MISE EN SCNE JOL POMMERAT Scnographie et lumire Eric Soyer Collaboration la lumire Jean-Gabriel Valot Collaboration aux accessoires Thomas Ramon Costumes et corps danimaux Isabelle Deffin avec Morgane Olivier et Karelle Durand Sculptures et ttes danimaux Laurence Brodot et Vronique Genet Collaboration aux perruques Nathalie Regior Recherche iconographique Isabelle Deffin Recherches, documentations Martine De Michele et Garance Rivoal Son Franois Leymarie et Gregoire Leymarie Ralisation du gradin Napo-HMMH Ralisation du dcor Les Ateliers de lOdon / Thtre de lEurope Construction du dcor A travers Champs / Tourcoing AVEC Jacob Ahrend Bertrand, un frre d'Estelle, notaire, directeur de labattoir, un ours polaire, un moine Saadia Bentaeb Adeline, une religieuse, une chvre Agns Berthon Claudie, une religieuse, une inspectrice de police Lionel Codino Chi, voisin dEstelle, un employ de labattoir, un moine Ruth Olaizola Estelle Frdric Laurent Alain, un moine Serge Larivire Blocq, client du bar, employ de labattoir, inspecteur de police Marie Piemontese Nathalie, une danseuse de bar Dominique Tack Jean-Pierre, le mari dEstelle, une huppe, un moine PRODUCTION Compagnie Louis Brouillard COPRODUCTION Odon / Thtre de l'Europe, Thtre National de Bruxelles, TNP de Villeurbanne, Le Grand T / Scne conventionne Loire-Atlantique, La Foudre / Scne nationale de Petit-Quevilly, La Coupole / Scne nationale de Snart, Thtre dArras, Espace Malraux / Scne nationale de Chambry et de la Savoie, Scne nationale de Cavaillon et la communaut de spectateurs, Bonlieu / Scne nationale d'Annecy, Chteauvallon / Centre national de cration et de diffusion culturelles, Thtre du Nord / Thtre national Lille Tourcoing Rgion Nord-Pas-de-Calais Ma chambre froide a t en rsidence au CNCDC de Chteauvallon, lOdon / Thtre de lEurope. La compagnie Louis Brouillard est conventionne et reoit le soutien du Ministre de la Culture / la Drac Ile-de-France et de la Rgion Ile-de-France. Jol Pommerat est artiste associ LOdon / Thtre de LEurope - Ateliers Berthier pour trois saisons (2010-2013) et au Thtre National de Bruxelles. DU LUNDI 6 AU VENDREDI 10 FVRIER 2012 AU GRAND T Le lundi 6 et le vendredi 10 20h30, du mardi 7 au jeudi 9 20h. DURE : 2h15 PUBLIC : partir de la 1e TARIF : 9 ou un pass-culture 4 LE PROPOS On a trop lhabitude de figurer lenfer comme une chaudire. Le nouveau spectacle de la compagnie Louis Brouillard, dont le nom ne fut jamais plus densment investi, lui conserve sa structure en cercles concentriques, mais lui invente un envers froid. Pour toucher au cur de lhomme, Pommerat imagine une double approche, entre chambre froide et chambre noire, o dvelopper dans le silence et distance ses prises de vue fictives sur la condition humaine contemporaine. Que les premiers mots du spectacle, Tout est fiction , fassent cho au titre de la pice quil avait mise en scne lan pass aux Bouffes du Nord, Cercles / Fictions, et dont il reprend le dispositif scnique en arne noire surmonte de gradins, ntonne donc pas. Les deux crations font diptyque, tant dans les thmes traits que dans lpret et la prcision de la mise en scne, si caractristiques de la manire de Jol Pommerat. Marion Alev, critique Ma chambre froide Avec Ma chambre froide, Jol Pommerat semble avoir voulu puiser ses forces thtrales dans le rythme et la forme d'un feuilleton qui rserve une large place au rire. Nous dcouvrons dans sa vie quotidienne une jeune femme simple, exploite sans vergogne. Mais jamais Estelle ne se plaint pas mme de Blocq, pourtant dtest de tous. Elle est en effet certaine : seules les ides du patron sont mauvaises, et s'il pouvait voir en quoi il se trompe, il serait transform Ainsi dmarre une aventure ponctue d'hommages discrets tantt Brecht, tantt Shakespeare. Mais l'art avec lequel Pommerat entrelace les fils de son rcit, aiguisant l'un par l'autre suspense et humanit, nappartient dcidment qu lui. Lassociation dhistoires parallles permettent Pommerat de se situer aux lisires du rel et de la fiction, en sondant les ambigits et les zones dombre de lhumain sur fond de ralit conomique et sociale, sans optimisme ni didactisme, mais avec un humour souvent jubilatoire. Sous la forme dun feuilleton dcoup en squences claires, ponctues de noirs absolus et enchanes de manire cinmatographique, la mise en uvre et le rythme de la reprsentation fascinent. Elisabeth Carecchio 5 NOTES SUR LINTRIGUE [...] Nous entrons dabord dans la vie au jour le jour dun magasin, avec ses coulisses mesquines, ses rivalits de travail, ses moments de lassitude et de vertige de pure comdie, aussi. Estelle, qui sait toujours prendre de la hauteur sur les choses , y a commenc comme caissire avant de devenir polyvalente ce qui semble signifier dans son cas que nimporte qui peut lui demander nimporte quoi nimporte quelle heure. Et ses camarades ne sen privent pas plus que Blocq, le propritaire et le patron, un tre dont la grossiret et le cynisme brutal lui valent dtre dtest de tous ses employs. Sauf dEstelle, justement vrai dire, quand commence cette histoire, on croirait presque une hagiographie moderne : lhrone se comporte en tous points comme une sainte, toujours dvoue, prte se mettre en quatre au service dautrui, sans jamais sen plaindre, sans mme se permettre de juger ceux qui lexploitent. [...] La bont de lhrone, son dvouement, son refus de condamner les tres, ne sont-ils quun trait de caractre sans dimension spirituelle particulire, une sorte de masochisme, le symptme dune certaine faiblesse ? Cachent-ils un besoin de se fondre en autrui, de vivre sous le signe de lautre et du devenir-autre ? Qui est-elle donc, cette Estelle ? Pas pas, lenqute de personnalit progresse, et ltranget de lhrone va grandissant : elle a parfois de ces rflexions qui sur le moment paraissent bizarres, voire cocasses, mais quon sempresse de ngliger [...] et ce nest quaprs coup, aprs sa disparition, des mois ou des annes plus tard, que leur cho revient hanter ceux qui lont connue et leur impose dy dchiffrer un autre sens. [...] Ce genre de remarques, qui constituent par petites touches la singularit dEstelle, auraient t voues loubli si un vnement ntait venu tout faire basculer. Et ds lors, de surprises en rebondissements, Pommerat nous entrane dans un vritable feuilleton, qui ne sachve quaux dernires secondes du spectacle : Blocq, apprenant quil est atteint dun mal qui le condamne brve chance, va proposer ses employs un contrat. Il leur cde lensemble de ses entreprises condition quils inventent en change une faon de le sauver du nant pur et simple. Et Estelle de saisir sa chance : avec ses collgues, elle sengage par-devant notaire crire, rpter et monter un spectacle sur lexistence de Blocq, dans des dlais qui permettront celui-ci dy assister et donc de comprendre ce quaura t sa vie, de ne pas la quitter sans stre mtamorphos. [...] Cependant lhrone, en simprovisant auteur, metteur en scne, chef de troupe, nest pas la seule devoir sengager dans une tche et sur un terrain inconnus pour elle. Ses collgues, eux devenus patrons leur tour, se voient confronts aux choix conomiques les plus douloureux, qui leur semblaient nagure inhumains et leur paraissent prsent inluctables [] Et tandis que les urgences se tlescopent et saggravent, on sent monter peu peu la tentation dimposer entre elles un arbitrage par la violence Une femme a disparu, une femme va disparatre : le spectacle se tient dans cet cart et construit ce suspens. Nous revoyons vivre et agir un tre qui ne sait pas encore quil va se soustraire ce monde. Et au moment o le public et lintime, saffolant rciproquement, viennent se briser net sur un coup de thtre au moment, donc, o la comdie sociale parat tourner au drame policier, Pommerat parvient nous surprendre encore en refermant tous les cercles au point mme do il est parti Daniel Loayza, crivain 6 PROPOS DE MA CHAMBRE FROIDE SUFFIRAIT-IL DE VOIR - DE VRAIMENT VOIR - POUR TRE TRANSFORM ? limage de son dcor circulaire, Ma chambre froide est un spectacle multiples entres. Depuis quelques temps, la manire de Jol Pommerat semble progresser dans deux directions apparemment opposes (ce qui, chez un crateur, est gnralement bon signe). Dun ct, les lignes narratives sont dsormais mises en avant de faon plus explicite. De lautre, elles se multiplient et senchevtrent, comme pour recrer leur mystre sur un autre plan. Chaque scne correspond dsormais une situation claire, dont les enjeux sont formuls avec nettet : comme on dit couramment, on comprend trs bien lhistoire . Cest comme si le rcit, ayant gliss uvre aprs uvre vers le prsent du conte, navait plus contester des rgles donnes davance, et quau besoin il pouvait dsormais construire les siennes propres, en toute libert, avec la complicit de son public. Cela na pas toujours t le cas. Le caractre nigmatique du thtre de Pommerat sest longtemps appuy sur un ct Nouveau Roman , une fascinante bizarrerie objective (pouvant aller jusqu limpossibilit) des vnements mis en scne. Dune seule main (cr en 2005) en offre sans doute lexemple le plus frappant. Le fonctionnement traditionnel de la narration y est systmatiquement subverti peu prs tous les lments donns pour certains et objectifs finissent par y tre nis ou renverss (un personnage la main coupe rapparat avec ses deux mains, des morts ont lieu puis nont pas eu lieu, des propos tenus par A B sont ensuite adresss par B A, et ainsi de suite exactement comme si la pice runissait sans aucune solution de continuit deux tats du monde apparents, mais incompatibles entre eux, afin den dgager les invariants). Cependant, ds Cet enfant (publi dans le mme volume que Dune seule main, mais dont le projet remonte en fait 2003), premier exemple publi dune uvre constitue dune multiplicit dhistoires distinctes quoique thmatiquement lies, Pommerat avait dj amorc de tout autres recherches, renonant la dimension ouvertement fantastique qui le caractrisait pour adopter une facture toute classique : les personnages, leurs rapports, leurs conflits, y sont assez clairement identifis et lisibles. Est-ce ensuite lexprience concrte du spectacle pour enfants Le Petit Chaperon rouge est cr en juin 2004 Brtigny-sur-Orge qui a accentu cet inflchissement de son style thtral ? Depuis lors, le mystre semble stre en quelque sorte dplac. Ce nest plus tant la fiction en elle-mme qui parat hante par on ne sait quelle tranget vocatoire ; ce ne sont plus, ou ce sont moins les ellipses, les points aveugles ou les nuds oniriques de lintrigue qui confrent aux spectacles leur nergie sombre et silencieuse. Dsormais, la mise en uvre au plateau y suffit, en creusant, contestant ou entrelaant les histoires les plus simples : cest leur contrepoint scnique qui btit sous nos yeux les arrire-plans indfinis, fuyants et secrets si typiques des atmosphres de Pommerat. Il est dailleurs remarquable que depuis Les Marchands (o le puzzle thtral se rduit deux pices : la voix dune narratrice pose comme un voile invisible sur des scnes muettes), Pommerat ncrit plus lexception, bien entendu, du cas particulier de Pinocchio (cr l'Odon en 2008), spectacle pour jeunes publics que des spectacles-mosaque, des agencements de narrations plus ou moins fragmentaires, clates, vasives, sans rapport immdiatement dchiffrable entre elles et pourtant toutes dune aveuglante vidence, comme autant de flches au trac net et pointant toutes vers un point singulier quil appartient chacun de construire et de rejoindre (Cercles/Fictions, cr en janvier 2010, compose ainsi des scnes 7 qui vont de 1370 nos jours, et cest comme un collier de microcosmes dont le public doit trouver ou fabriquer le fil). Et dans tous les spectacles de la compagnie Louis Brouillard, une prsence au statut variable parat stre substitue la logique du grand rcit pour prendre en charge le bon droulement et lunification de lensemble du temps scnique : que ce soit une voix dsincarne, un bonimenteur, un Monsieur Loyal, un conteur, il se trouve toujours quelquun pour contribuer nouer, cadrer et ponctuer le rapport entre les vnements qui se droulent au plateau et leur perception par les spectateurs. Quel nouveau jalon Ma chambre froide vient-il poser dans ce parcours de cration ? Luvre est en cours dcriture et le sera jusquaux derniers jours de rptition (Pommerat procde toujours ainsi, crivant mme les prsences au plateau, avec et pour ses interprtes). On y retrouve une multiplicit de narrateurs qui nous introduisent au rcit dvnements remontant plusieurs annes et soulignent pour nous les principales articulations de la longue histoire quils ont vcue ensemble. Oui, une histoire, unique, en dpit de ses rebondissements et des diffrents plans sur lesquels elle se droule. Telle est la surprise : Pommerat, dans Ma chambre froide, revient au cadre du grand rcit quil avait dlaiss depuis cinq ou six ans. Mais sans rien sacrifier pour autant de la clart quil sest forge entre temps, ni de la capricieuse diversit des plans narratifs. Car cette fois-ci, il semble avoir voulu puiser ses forces thtrales dans le rythme et la forme du feuilleton ! Comme tous les feuilletons, il serait dommage de raconter la fin de celui-ci. [] Comme disait Hamlet, le jeu est le pige / o je prendrai la conscience du Roi On le devine, le thtre (tragdie ou comdie, car Ma chambre froide rserve une large place au rire) a ici un rle essentiel jouer. Mais lhrone nest pas la seule devoir sengager dans une tche et sur un terrain inconnus pour elle. Ses collgues, eux aussi, se voient confronts aux choix les plus douloureux. En fait, chacun des personnages que nous accompagnons dans Ma chambre froide va dcouvrir des lois quil ignorait et devoir, devant elles, se mesurer : lois de lconomie, loi de la mortalit et lois de lart, aussi, puisque lart lui-mme a ses exigences, qui ne sont pas moins imprieuses, voire cruelles. Dans Ma chambre froide, Pommerat se plat rendre hommage tantt Brecht, tantt Shakespeare, comme il avait pu sinspirer de Tchekhov dans Au Monde ou dans Grce mes yeux. Mais sa faon dentrelacer les fils de son rcit, o suspense et humanit se renforcent et saiguisent lun lautre, nappartient dcidment qu lui. Daniel Loayza, crivain, 28 dcembre 2010 Ma chambre froide a t cre le 2 mars 2011 lOdon / Thtre de LEurope - Ateliers Berthier. 8 TRE SPECTATEUR PAR JOL POMMERAT Lorsque je vois les spectateurs qui patientent pour entrer dans une salle o se joue un de mes spectacles, je sens en moi une grande responsabilit. Ces gens sont l parce quils en ont envie. Ils sont curieux et je ne peux et ne veux pas dcevoir cette curiosit. [] / Le spectateur nest pas un intrus. Il est essentiel sil arrive au bon moment. Il est celui qui rend le geste et la parole. Celui qui les fait exister. Celui qui finit le processus de cration de la ralit. Il achve le processus de rvlation de linstant. / Nous sommes au thtre. Nous ne devons jamais loublier. Nous sommes dans un espace et dans un lieu. Nous rptons souvent dans des thtres. Nous rptons donc dans des espaces vides. Dans une architecture conue pour abriter des regards, des corps, des impatiences, des dsirs, des sensations, des sensibilits. Et cest toute cette matire humaine vivante qui va finir de crer cette ralit dont je parle. Le spectateur est un lment indispensable du processus de recherche. / Ce qui est certain, cest que le jour o je regarderai un spectacle que jai fabriqu sans les spectateurs, le jour, donc, o je le regarderai, au milieu deux, je verrai des choses pour la premire fois. ce moment-l, une autre tape de lcriture commencera parce que, rellement, des choses vont me parvenir que je navais pas pu dceler auparavant. Un spectacle finit de scrire dans les deux ou trois premires semaines de confrontation au public. La reprsentation est modifie suivant la disponibilit ou non du spectateur, la curiosit de son regard. Il y a videmment interaction. Le spectacle est altr par le regard, non seulement altr mais il peut tre dtruit par le regard, labsence de regard ou labsence de dsir. / On ne peut pas faire du thtre, on ne peut pas mener lexprience de cette recherche dtre, sans le regard de lautre. Cest ce qui est la fois trs beau et impur . Jol Pommerat, metteur en scne Odon / Thtre de lEurope, janvier 2011 9 JOL POMMERAT, METTEUR EN SCNE Jol Pommerat est n en 1963. Il est auteur-metteur en scne. Il arrte ses tudes 16 ans et devient comdien 18 ans. Il est passionn trs tt par le thtre. Ds lge de 19 ans, le jeune homme est engag par une compagnie, le Thtre de la Mascara. Mais il saperoit aussi trs vite que ce nest pas acteur quil veut tre. Jol Pommerat se met crire des pices. 23 ans, il s'engage dans une pratique rgulire de l'criture. Il tudie et crit de manire intensive pendant 4 ans. Il met en scne un premier texte en 1990, 27 ans, Le Chemin de Dakar. Monologue non thtral prsent au Thtre Clavel Paris. Il fonde cette occasion sa compagnie qu'il nomme Louis Brouillard. Suivront les crations de Le Thtre en 1991, 25 annes de littrature de Lon Talkoi en 1993, Des sues et Les vnements en 1994. Diffrents textes crits et mis en scne selon un processus qui commence se dfinir. Le texte s'crivant conjointement aux rptitions avec les acteurs. Tous ces spectacles sont prsents au Thtre de la Main dOr Paris. En 1995, il rpte et cre le spectacle Ples au Fdrs de Montluon, repris deux mois au Thtre de la Main d'Or. Premier texte artistiquement abouti aux yeux de l'auteur. Et premier texte tre publi (sept ans plus tard en 2002 aux ditions Actes Sud-Papiers). Il crit Les Enfants (1996), commande dune pice radiophonique pour France Culture. partir de 1997, il est accompagn et soutenu par le Thtre Brtigny et le Thtre Paris-Villette. Il cre Quest-ce quon a fait ? en 2003, commande de la CAF du Calvados et du CDN de Caen. Trois ans plus tard, Jol Pommerat remet en scne cette pice sous le titre : Cet enfant. Il cre au Thtre Paris-Villette Mon ami (2000), Grce mes yeux (2002) et Cet enfant (2006). Il monte ensuite Au monde (2004), Le Petit Chaperon rouge (2004), Dune seule main (2005), Les Marchands (2006). De 2005 2008, il est artiste en rsidence lEspace Malraux Scne nationale de Chambry et de la Savoie. En juillet 2006, il est invit au Festival dAvignon, o il prsente Le Petit Chaperon rouge, Cet enfant, Au Monde et Les Marchands. linvitation de Peter Brook, il est en rsidence pour trois ans au Thtre des Bouffes du Nord (2007-2010). Il y cre Je tremble (1) en 2007 puis Cercles/Fictions en janvier 2010. La Compagnie Louis Brouillard a reu le Molire des Compagnies 2010 pour cette dernire cration. DR 10 En mars 2008, lOdon-Thtre de lEurope (aux Ateliers Berthier), il cre Pinocchio. Il cre au Festival dAvignon en juillet 2008 Je tremble (1 et 2). Il crit un livret pour l'opra Thanks To My Eyes d'aprs sa pice Grce mes yeux (musique d'Oscar Bianchi) mise en scne et cration au Festival d'Aix en juillet 2011. En octobre 2010, il propose une nouvelle mise en scne de Pinocchio en russe au Thtre Meyerhold Moscou dans le cadre des annes croises France-Russie. Il entame une association de trois ans avec l'Odon-Thtre de LEurope et de cinq ans avec le Thtre National de Bruxelles. Ont t accueillis par le Grand T : Cet enfant (fvrier 2008), Au Monde (mars 2008), Les Marchands (avril 2008), Je tremble (1 et 2) (mars 2009) et Cercles/Fictions (2011). Jol Pommerat a galement crit et ralis plusieurs courts mtrages en vido. Les textes de Jol Pommerat sont dits chez Actes Sud-Papiers. Ils sont traduits en anglais, allemand, coren, croate, espagnol, grec, italien, roumain, russe et sudois. Ouvrages sur Jol Pommerat : Thtres en prsence, Actes Sud-Papiers/Collection Apprendre - mars 2007. Jol Pommerat, troubles de Jolle Gayot et Jol Pommerat - Editions Actes Sud - aot 2009. 11 JOL POMMERAT ET LE THTRE Je ne crois pas que le thtre soit le lieu idal d'expression des bons sentiments. Le thtre est un lieu possible d'interrogation et d'exprience de l'humain. Non pas un lieu o nous allons chercher la confirmation de ce que nous savons dj mais un lieu de possibles, et de remises en question de ce qui nous semble acquis. Un lieu o nous n'avons pas peur de nous faire mal, puisque ce lieu est un lieu de simulacre et que les blessures que nous allons nous faire n'ont rien de commun avec celles que nous pourrions subir dans la vie qui n'est pas thtre. Il ne faut jamais confondre l'art et la vie. Quand je travaille je cherche replacer le spectateur dans un temps prcis, concret. Un temps qui puisse rassembler spectateurs et acteurs dans un lieu donn. Un temps capable de relier fortement des tres les uns aux autres, par exemple : comme un groupe de personnes face un danger commun. Et c'est cela que j'appelle le rapport au rel dans mon travail : la recherche d'un rapport au temps rel, au temps prsent, l'instant. D'o dcoule un rapport l'espace rel qui est l'espace commun de l'acteur et du spectateur. Je cherche rendre l'intensit du temps qui passe, seconde aprs seconde, comme au moment de notre vie les plus essentiels, pendant une exprience qui nous confronte nous-mmes, au plus profond. En mme temps je choisis des situations ordinaires, et je cherche l'intrieur de ce cadre ordinaire la tension la plus forte, l'intensit la plus grande. Jol Pommerat, Thtres en prsence, p 27-28, Actes Sud-Papiers, Collection Apprendre, 2007 12 MA CHAMBRE FROIDE : PHOTOS Elisabeth Carecchio Elisabeth Carecchio Elisabeth Carecchio Elisabeth Carecchio Elisabeth Carecchio 13 MA CHAMBRE FROIDE : EXTRAITS Ma chambre froide, Acte 1 Actes Sud Papiers INCIPIT VOIX DE CLAUDIE. a va pas tre simple de retracer cette histoire et tous ces vnements mais je vais essayer quand mme. Je vais faire tout ce que je peux. Ce que jaurais envie de dire pour dbuter, pour dmarrer, cest que dans la vie tout est fiction Je sais pas mieux dire, oui. Tout est fiction. Avec le recul, cest pas facile de sy retrouver dans la masse de ralits. Pour maider avancer je vais avoir recours ma mmoire mais aussi un carnet quune femme qui sappelle Estelle a laiss derrire elle et que jai gard avec moi, chez moi. Depuis dix ans, cette femme a disparu. Et personne na jamais eu de ses nouvelles. Dans ce carnet, Estelle raconte normment de choses. Par exemple, ce quelle avait fait ou plutt ce qui lui tait arriv un jour lorsquelle tait trs jeune. Et quelle aimait dj avec passion le thtre et les dguisements. [] _ 4. UN DIMANCHE TRAVAILLER _ (P.11-12) Au magasin. Estelle traverse lentrept pour sortir. Elle croise Alain et Jean-Pierre. ESTELLE. Bonsoir. (Elle sarrte en voyant la tte dfaite dAlain et de Jean-Pierre.) Quest-ce qui se passe ? JEAN-PIERRE. Une tragdie. ESTELLE. Ah bon ?! JEAN-PIERRE. On va devoir se taper le grand nettoyage Les frigos et la chambre froide. On doit faire a pour lundi matin. ESTELLE. JEAN-PIERRE. Va falloir travailler dimanche. ESTELLE. Mince alors ! JEAN-PIERRE. Cest la foudre qui est tombe sur le troupeau. ALAIN. Mais pourquoi tu lui dis pas directement les choses, Jean-Pierre ? 14 JEAN-PIERRE. Quest-ce que tu veux que je lui dise ?! ALAIN. On en a parl linstant Cest toi le chef, Jean-Pierre, faut que tu prennes tes responsabilits. JEAN-PIERRE. On peut pas venir dimanche Ni lui ni moi. Il a des engagements quon peut pas dplacer et cest pire. ESTELLE. Ah bon ? Mais chef, dimanche je peux pas travailler. JEAN-PIERRE. Pourquoi ? ESTELLE. Parce que jai prvu des choses que je peux pas faire les autres jours. JEAN-PIERRE (presque suppliant). Tu sais, ce serait formidable que tu puisses venir quand mme ESTELLE. Il y a des trucs l-dedans que vous avez du mal soulever deux ! JEAN-PIERRE. Je sais pas quoi te rpondre La seule chose cest que si tu nous rends pas ce service je vois pas comment on va sen sortir. ALAIN. Cette fois cest certain, Blocq va pouvoir le virer Si je pouvais venir dimanche je viendrais mais l vraiment je peux pas ESTELLE. Bon alors daccord Mais a marrange pas vous savez. JEAN-PIERRE. Tu es vraiment une chouette personne toi, tu sais On peut compter sur toi vraiment, a fait du bien ESTELLE. Il faut bien sentraider entre collgues Vous feriez la mme chose ma place, cest certain. JEAN-PIERRE. Evidemment. Jean-Pierre et Alain sortent. Noir. _ 5. RVE DE LA LAVEUSE _ (P.12) On voit Estelle conduisant une norme laveuse industrielle. VOIX DE CLAUDIE. Travailler est fatigant mais Estelle tait souvent deux fois plus fatigue que tout le monde. Et cest bien normal. Le sommeil occupait une grande place dans sa vie. Mme si elle dormait peu, faute de temps. Estelle regrettait que les rves quelle faisait soient banals et ennuyeux. Elle rvait beaucoup de son travail et de ses collgues. La journe, Estelle nous le racontait. Un jour, elle avait fait un rve plutt original : elle avait rv que ses conditions de travail au magasin avaient considrablement volu. Noir. []15 _ 14. TESTAMENT DE BLOCQ _ (P. 24-27) Dans le vestiaire. Blocq a runi ses employs. BLOCQ. Vous tes inquiets au sujet de votre avenir Et il y a de quoi Quant au mien il est tout trac Tous mes fantasmes, tous mes rves sont maintenant enterrs trs profond Au fon dun trou Et je vais aller les rejoindre dans quelques semaines (Un temps, pris par une motion.) Je pense quon ne me connat pas vraiment Je pense en fait quon ne sait pas qui je suis ! Je ne pense pas avoir rat ma vie Mais par contre je suis certain davoir t rat par les autres Aujourdhui, autour de moi, je ne ressens aucune considration pour tout ce que jai fait Rien. Zro. Et jen chialerais presque tellement je suis amer Parce que je vous le dis : cest pas crever qui est triste, cest cette absence de considration que je ressens autour de moi qui est pouvantable Si javais le temps jaimerais pouvoir dire tout ce que jai dire, jaimerais a oui, dans un livre par exemple, comme tous ces connards qui passent la tl Dire tout ce que jai dire Mais bon le temps presse (Un temps.) Parlons de vous et de votre avenir vous Ce que je tiens l dans ma main, l, sappelle un contrat Et ce contrat nous irons le signer demain chez le notaire. Je sais pas si certains dentre vous ont dj eu affaire avec un notaire dans leur vie ? Certainement que non ! Ce contrat il en existe un rdig au nom de chacun dentre vous Il y est crit que vous deviendrez ds demain ensemble les copropritaires de ce magasin ainsi que des trois autres socits Blocq que jai cres grce mon travail : abattoir, cimenterie et bar de luxe. A moins que vous refusiez une telle offre, partir de demain, je vous lannonce officiellement, je ne serai plus propritaire de ces entreprises, elles vous appartiendront, vous en serez devenus, vous, les propritaires-actionnaires, parts strictement gales (Long silence.) Vous avez des questions ? (Silence.) Y a personne qui a une question ? Vous avez t rfrigrs ce matin ou quoi ? Je vous entendais dans les couloirs tout lheure faire des commrages Y a plurs rien qui sort maintenant ?! ALAIN. Excusez-moi mais moi je ralise pas ce que vous venez de dire. Chi dit quelque chose dans un franais incomprhensible. BLOCQ. Ah putain cest pas vrai ! La seule question elle est en gyptien ! Excusez-nous monsieur je sais plus votre nom, pardon jai oubli, jai pas prvu dinterprte pour la confrence internationale. ESTELLE. Monsieur Chi Duong parle franais, monsieur Blocq. BLOCQ. On sen fout, quest-ce quil a dit ? ESTELLE (traduisant). Vous avez une famille, pourquoi vous feriez a ? BLOCQ. Non jai pas de famille. Zro famille. Si vous aviez une famille comme la mienne vous feriez la mme chose que moi La seule faon dempcher ces gens de mettre la main sur mon fric et mes biens la seule que jai trouve cest que je devienne pauvre de mon vivant. Puisquil est certain que je vais mourir alors cest vous qui allez devenir des salauds de riches ma place voil A part a, et cest peut-tre pour des raisons purement sentimentales, mais je suis attach ce magasin cest tout parce que cest ici que tout a dmarr pour moi il y a plus de trente ans. Je suis donc attach son personnel. Voil cest 16 un peu inexplicable je le sais bien, vu le nombre demmerdements que vous mavez causs dans la vie. ADELINE. Cest trs gnreux de votre part une initiative pareille mais on na pas les comptences pour assumer une charge aussi considrable BLOCQ. Et bien vous vous dmerderez, vous vous dmerderez Vous apprendrez, vous rflchirez. Vous prendrez des cours si vous en avez envie. Si vous avez envie daller un peu de lavant. Au lieu de rester dans vos pantoufles dpicier Et puis si vous avez pas envie, vous resterez chez vous et puis cest tout. Je mettrai en vente le magasin Et vous aurez sur le dos un nouveau propritaire si a se trouve encore plus emmerdant que moi Qui vous liquidera en trois semaines Admettons que vous ne soyez pas assez idiots pour refuser lopportunit incroyable que je vous offre. Je vous demanderais encore de rflchir une chose trs importante. Je vous demanderais tout simplement de rflchir la manire de me dire merci ! Parce quen fait jai pas lintention de ne rien vous demander en compensation de ce que je suis en train de vous donner aujourdhui Ce serait trop facile la vie Non ? Vous pensez pas ? Bon Jai pens quon pourrait stipuler dans le contrat que vous allez signer, et qui serait garanti par un huissier, lobligation que vous auriez, chaque anne, de me consacrer une journe de votre temps, une journe en lhonneur du type qui vous a lgu tous ses biens Comme quand on clbre la vie de quelquun qui a t gnreux et qui navait pas fait que se tourner les pouces dans sa vie Je sais pas encore la forme que a pourrait prendre exactement, je vais y rflchir cet aprs-midi et je le rajouterai dans les contrats qui vous signerez demain matin. ALAIN. Faire quelque chose devant qui ? BLOCQ. Devant des gens plutt que devant des pingouins. ESTELLE. A ce moment-l il vaudrait mieux crire une pice de thtre. BLOCQ. Quest-ce que vous racontez ? ESTELLE. Jai particip une pice thtrale qui a t monte il y a dix ans sur la vie de Saint Louis. On la joue cinq annes de suite tous les ts en extrieur, il y avait des centaines de personnes chaque fois. On pourrait crire sous forme dun pice thtrale les moments que vous pensez importants de votre vie, et chaque anne on la jouerait, a pourrait intresser les gens si on joue bien. BLOCQ. Mais qui ferait a ? ESTELLE. Ben nous les gens du magasin ! Ce serait pas comme un travail a pourrait tre amusant mme a nous ferait dcompresser Ce serait une pice amateur mais si elle est faite srieusement a peut tre intressant Noir. [] 17 MA CHAMBRE FROIDE : EXTRAITS VIDO YOUTUBE Ma chambre froide Bande-annonce 202 http://www.youtube.com/watch?v=7VLaXocDml0 THEATRE-VIDEO Entretien avec Jol Pommerat Entretien avec Jol Pommerat : auteur et metteur en scne sensible dont la recherche engage depuis prs de huit ans creuse patiemment son sillon et commence faire trace dans le paysage thtral franais. Ce jeune homme singulier, sans appartenance revendique l'un ou l'autre courant artistique, tente de s'expliquer sur son criture, ses inspirations, rfrences et admirations et sa manire de travailler partir des lments tangibles du plateau. Il livre ainsi sa vision d'un thtre o texte, espace et travail des acteurs participent du mme mouvement et pose la question du rapport, qui s'engage entre les acteurs et les spectateurs 3624 http://www.theatre-video.net/video/Entretien-avec-Joel-Pommerat 18 LES CHOS DE LA PRESSE 19 20 21 22 Jol Pommerat, grand prcheur d'un froid thtre de la cruaut Le titre du spectacle, Ma chambre froide, n'est pas fait pour rchauffer les curs et Jol Pommerat qui signe le texte et la mise en scne n'est pas exactement l'aptre d'un thtre chaleureux. Mais plutt l'entomologiste prcis et mticuleux des travers de notre socit. Un observateur de l'abjection humaine Pommerat n'a pas son pareil dans le thtre franais d'aujourd'hui pour broyer le noir, l'abjection, la trahison, l'humiliation, la mchancet, travers des scnes brves et glaantes et des personnages dont le plus souvent on ne sait pas grand-chose, hormis la situation dans laquelle Pommerat les jette pour mieux observer leurs mouvements tel un biologiste notant les agissements des microbes dans l'il de son microscope. Scnographe et crateur lumire attitr de Jol Pommerat avec lequel on devine une grande complicit, Eric Soyer dispose les spectateurs dans un amphithtre circulaire forte pente, avec une vue plongeante sur le rond central (une scne parfois tournante) o tout se passe. Plutt qu'un cirque, on pense plus une version rduite et en bois des arnes romaines o hommes et animaux se battaient jusqu' ce que mort s'en suive. On pense tout autant ces amphithtres o, la fin du XIXe sicle, des personnalits fortes comme faisaient des expriences vue sur l'homme dont on dcouvrait alors qu'il avait un inconscient et des pulsions terribles. Un feuilleton qui tourne rond Ce dispositif circulaire radicalise celui du prcdent spectacle Cercles/Fictions et apparat comme une machine jouer o Pommerat pourrait redployer dans une noire saga la plupart de ses pices. Il fait aussi ironiquement penser une version inverse du dispositif adopt par Olivier Py pour Les Enfants de Saturne au mme endroit (les entrepts Berthier), les spectateurs taient alors aussi au centre et, en tournant, dcouvraient le dcor autour. Ici c'est l'inverse, plus simple et plus efficace. Ajoutons que Pommerat est artiste associ au Thtre de l'Odon pour trois ans. Autre inflexion de son criture, Pommerat opte cette fois classiquement pour la continuit d'une histoire feuilletonesque autour d'une hrone Estelle et d'un hros, Blocq. Une hrone malgr elle. Estelle travaille comme femme de mnage et femme tout faire dans un magasin, exploite par son patron, l'odieux Blocq, mprise par ses collgues et battue par son mari. Se rvolte-elle ? Aucunement. Elle carbure la compassion : le patron n'est pas mauvais, assure-t-elle, ce sont ses ides qui le sont, et c'est elle, Estelle, qui ne sait pas lui expliquer. Estelle veut faire le bien, est toujours prte rendre service se sacrifier, la seule tre l'coute des autres (la preuve, elle seule comprend le franais que parle le Chinois qui travaille dans l'entreprise depuis longtemps). C'est une sainte qui s'ignore. 23 Sous l'ouvrier perce le capitaliste L'histoire est raconte en voix off (procd narratif familier au cinma mais peu frquent au thtre), par une des employes du magasin qui a lu le journal que tenait Estelle, retrouv aprs sa disparition. On est happ par cette histoire comme quand on coute un feuilleton la radio d'ailleurs le spectacle pourrait tre radiodiffus d'autant que ce qui se passe sur le rond central est souvent d'un caractre visuel plus dceptif qu'hypnotique. Le feuilleton prend corps aprs une mise en place des protagonistes (les huit employs du magasin et le patron) quand le patron, Blocq, apprend qu'il est condamn par une tumeur. Il dcide alors d'offrir ses employs le magasin mais aussi l'abattoir, la cimenterie et la boite de nuit qu'il possde. Non par bont d'me (il dteste ses employs comme il dteste tout le genre humain) mais parce qu'il hait sa propre famille. Il y met cependant une condition : qu'on lui rende hommage avant sa mort dans un spectacle, et Estelle, passionne par le thtre, c'est--dire par l'coute de l'autre, propose de s'en occuper. Ds lors le spectacle se droule selon plusieurs axes : les employs continuent travailler au magasin, mais font des heures sup pour grer les entreprises dont ils viennent d'hriter, et restent encore quelques heures en sus, tard le soir, pour rpter la pice dont Estelle a l'ide et laquelle ils ne comprennent rien si bien qu'elle n'en finit pas de changer d'ide de pice. La pice tient l son quilibre auquel s'ajoute un dernier paramtre : le destin de l'hrone o gt la clef du titre de la pice mais on ne va pas tout raconter. Une entreprise thtrale dans l'entreprise Les scnes des rptitions thtrales le soir aprs le boulot, videmment comiques, font un facile tabac auprs du public. A mi-chemin entre Yasmina Rza et Intervilles, je les ai trouves personnellement assommantes de gros sabots, par trop sommaires. En revanche, extraordinaires sont les scnes trs travailles, pleines d'alvoles, o les gentils ouvriers se transforment vue en mchants capitalistes, faisant preuve d'un gosme et d'une lchet sans limite mais chacun sa manire. On les voit fermer une des entreprises o pourtant ils ont des copains qui travaillent et vont se retrouver sur le carreau, et faire cela sans trop d'tat d'me, pour sauvegarder leur capital. L Pommerat est son affaire, dans ce remugle nausabond o il explore les recoins les plus inavouables de la nature humaine (la collaboration par temps d'Occupation traverse plusieurs de ses pices). Ce qui rend d'autant plus ridicule l'pilogue de sa pice en forme de happy end moral(isant) o l'on apprend, dix ans plus tard, que les ouvriers se sont rachets comme disent les curs, qu'ils ont vendu tout sans le moindre bnfice, qu'ils sont redevenus salaris du magasin, lequel a ferm et qu'ils sont dsormais au chmage. Le feuilleton a droit toutes les fantaisies. Et le thtre ? Celui de Pommerat dans sa perfection formelle est fascinant, forcment. Mais distant. Enferm dans sa gangue de lumires et de voix passes au crible des micros, hach de 24 noirs. Froidement prenant sur l'instant, il ne s'attarde pas durablement dans la mmoire. J'ai souvent l'impression en voyant un spectacle de Pommerat d'tre dans la position du gamin qui, par ennui, chavire l'ordonnance d'une fourmilire d'un coup de pied, y jette quelque insecticide ou une allumette, regarde un peu comment cette socit microscopique va s'en sortir et passe autre chose. Jean-Pierre Thibaudat, Rue89, mars 2011 25 ALLEGRO THEATRE S A M E D I 1 2 M A R S 2 0 1 1 P A R JOSHKA SCH IDLOW Ma chambre froide de Jol Pommerat Jol Pommerat, on le sait, ne s'intgre aucun courant. Il franchit de plus avec Ma chambre froide un palier nouveau. Estelle, le personnage central d'une humilit et d'une gentillesse exasprantes fait songer ces monstres de vertu que sont L'Idiot de Dostoevski et l'hrone de La Bonne me de Tse Chouan de Brecht. Elle trime dans un magasin o ses collgues l'exploitent et dont le patron est un sagouin de la pire espce. Ce dernier est atteint d'un mal qui ne lui laisse aucune chance de s'en tirer. Il lgue ses multiples affaires ses employs mais cela des conditions plus que contraignantes. L'une d'elles est l'obligation pour ses lgataires de monter un spectacle qui relate sa vie. Et c'est Estelle, celle que tous bafouaient, qui en est la cratrice. Esprit un poil gar, elle tente de faire reproduire les images qui ont surgi dans son sommeil. Ses confrres commencent par se rebiffer puis, lorsque surgit un frre de leur souffre douleur, individu d'une violence pathologique, acceptent ses instructions mme celle de se dguiser en animaux rvlant par l la bestialit qui est au cur de l'espce humaine. L'argent peu peu les transforme. Ils font bientt leur l'arbitraire cupide du dirigeant unanimement ha mais ne tarderont pas rcolter les fruits amers de cette trahison de leur classe. Assaisonne de scnes burlesques telles celle o un collgue chinois d'Estelle s'exprime dans un franais incomprhensible mais dont elle fait une traduction en dcal et d'autres o des acteurs belges assnent des paroles d'un curant bon sens avec un accent couper au couteau, la reprsentation frappe autant par la juste saignante de son discours social que par ses pisodes oniriques d'une sidrante splendeur. Avec son dcor en forme d'arne, ses jaillissements de musique de bote de nuit, son criture d'une beaut qui laisse coi et ses interprtes aux physiques tonnement insignifiants mais au talent prodigieux, ce spectacle est la mesure du chaos du monde. La dernire phrase qui dcrit Estelle comme "une sainte amoureuse du mal" en dit long sur la connaissance qu'a Jol Pommerat de l'architecture mentale de ses "frres humains". 26 MARION FRASLIN-CHEVIN / MANON ALBERT 02 28 24 28 18 fraslin-echevin@leGrandT.fr PASCALE DEGRIECK / 02 28 24 28 08 degrieck@leGrandT.fr FLORENCE DANVEAU / 02 28 24 28 16 f.danveau@leGrandT.fr CAROLINE URVOY / ANNIE PLOTEAU / 02 28 24 28 17 urvoy@leGrandT.fr / ploteau@leGrandT.fr LE GRAND T BP 30111 44001 Nantes cedex 01 Tl 02 28 24 28 24 Fax 02 28 24 28 38 De nombreuses pistes de travail autour des spectacles sont disponibles dans le document ALLER AU THTRE : LIRE, VOIR, DIRE, CRIRE ET FAIRE AVEC LES LVES Rendez-vous sur : http://www.leGrandT.fr/IMG/pdf/aller_au_theatre_11-12.pdf Contacts Jeune Public SAISON 2011 / 2012

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