Emile Zola

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    18-Jul-2016

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La Dbcle

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<ul><li><p>Table des matires </p><p>Premire partie......................................................................... 4 </p><p>I..................................................................................................... 4 </p><p>II ................................................................................................. 25 </p><p>III.................................................................................................51 </p><p>IV .................................................................................................73 </p><p>V.................................................................................................. 98 </p><p>VI ............................................................................................... 121 </p><p>VII..............................................................................................147 </p><p>VIII ............................................................................................172 </p><p>Deuxime partie ...................................................................200 </p><p>I.................................................................................................200 </p><p>II ............................................................................................... 222 </p><p>III.............................................................................................. 247 </p><p>IV .............................................................................................. 270 </p><p>V................................................................................................ 292 </p><p>VI .............................................................................................. 320 </p><p>VII............................................................................................. 349 </p><p>VIII ........................................................................................... 372 </p><p>Troisime partie ................................................................... 398 </p><p>I................................................................................................. 398 </p><p>II ............................................................................................... 424 </p><p>III.............................................................................................. 453 </p><p>IV .............................................................................................. 476 </p><p>V................................................................................................500 </p><p>VI .............................................................................................. 528 </p><p>VII..............................................................................................551 </p></li><li><p>- 3 - </p><p>VIII ........................................................................................... 580 </p><p> propos de cette dition lectronique .................................615 </p></li><li><p>- 4 - </p><p>Premire partie </p><p>I </p><p>A deux kilomtres de Mulhouse, vers le Rhin, au milieu de la plaine fertile, le camp tait dress. Sous le jour finissant de cette soire daot, au ciel trouble, travers de lourds nuages, les tentes-abris salignaient, les faisceaux luisaient, sespaaient rgulirement sur le front de bandire ; tandis que, fusils chargs, les sentinelles les gardaient, immobiles, les yeux perdus, l-bas, dans les brumes violtres du lointain horizon, qui montaient du grand fleuve. </p><p> On tait arriv de Belfort vers cinq heures. Il en tait huit, et </p><p>les hommes venaient seulement de toucher les vivres. Mais le bois devait stre gar, la distribution navait pu avoir lieu. Impossible dallumer du feu et de faire la soupe. Il avait fallu se contenter de mcher froid le biscuit, quon arrosait de grands coups deau-de-vie, ce qui achevait de casser les jambes, dj molles de fatigue. Deux soldats pourtant, en arrire des faisceaux, prs de la cantine, senttaient vouloir enflammer un tas de bois vert, de jeunes troncs darbre quils avaient coups avec leurs sabres-baonnettes, et qui refusaient obstinment de brler. Une grosse fume, noire et lente, montait dans lair du soir, dune infinie tristesse. </p><p> Il ny avait l que douze mille hommes, tout ce que le gnral </p><p>Flix Douay avait avec lui du 7e corps darme. La premire division, appele la veille, tait partie pour Frschwiller ; la troisime se trouvait encore Lyon ; et il stait dcid quitter Belfort, se porter ainsi en avant avec la deuxime division, lartillerie de rserve et une division de cavalerie, incomplte. Des feux avaient t aperus Lorrach. Une dpche du sous-prfet de Schelestadt annonait que les Prussiens allaient passer le Rhin Markolsheim. Le gnral, se sentant trop isol lextrme droite des autres corps, sans communication avec eux, venait de hter dautant plus son mouvement vers la frontire, que, la veille, la nouvelle tait arrive de la surprise dsastreuse de Wissembourg. </p></li><li><p>- 5 - </p><p>Dune heure lautre, sil navait pas lui-mme lennemi repousser, il pouvait craindre dtre appel, pour soutenir le 1er corps. Ce jour-l, ce samedi dinquite journe dorage, le 6 aot, on devait stre battu quelque part, du ct de Frschwiller : cela tait dans le ciel anxieux et accablant, de grands frissons passaient, de brusques souffles de vent, chargs dangoisse. Et, depuis deux jours, la division croyait marcher au combat, les soldats sattendaient trouver les Prussiens devant eux, au bout de cette marche force de Belfort Mulhouse. </p><p> Le jour baissait, la retraite partit dun coin loign du camp, </p><p>un roulement des tambours, une sonnerie des clairons, faibles encore, emports par le grand air. Et Jean Macquart, qui soccupait consolider la tente, en enfonant les piquets davantage, se leva. Aux premiers bruits de guerre, il avait quitt Rognes, tout saignant du drame o il venait de perdre sa femme Franoise et les terres quelle lui avait apportes ; il stait rengag trente-neuf ans, retrouvant ses galons de caporal, tout de suite incorpor au 106e rgiment de ligne, dont on compltait les cadres ; et, parfois, il stonnait encore, de se revoir avec la capote aux paules, lui qui, aprs Solfrino, tait si joyeux de quitter le service, de ntre plus un traneur de sabre, un tueur de monde. Mais quoi faire ? Quand on na plus de mtier, quon na plus ni femme ni bien au soleil, que le cur vous saute dans la gorge de tristesse et de rage ? Autant vaut-il cogner sur les ennemis, sils vous embtent. Et il se rappelait son cri : ah ! bon sang ! puisquil navait plus de courage la travailler, il la dfendrait, la vieille terre de France ! </p><p> Jean, debout, jeta un coup dil dans le camp, o une </p><p>agitation dernire se produisait, au passage de la retraite. Quelques hommes couraient. Dautres, assoupis dj, se soulevaient, stiraient dun air de lassitude irrite. Lui, patient, attendait lappel, avec cette tranquillit dhumeur, ce bel quilibre raisonnable, qui faisait de lui un excellent soldat. Les camarades disaient quavec de linstruction il serait peut-tre all loin. Sachant tout juste lire et crire, il nambitionnait mme pas le grade de sergent. Quand on a t paysan, on reste paysan. </p></li><li><p>- 6 - </p><p> Mais la vue du feu de bois vert qui fumait toujours, </p><p>lintressa, et il interpella les deux hommes en train de sacharner, Loubet et Lapoulle, tous deux de son escouade. </p><p> Lchez donc a ! vous nous empoisonnez ! Loubet, maigre et vif, lair farceur, ricanait. Ca prend, caporal, je vous assure Souffle donc, toi ! Et il poussait Lapoulle, un colosse, qui spuisait dchaner </p><p>une tempte, de ses joues enfles comme des outres, la face congestionne, les yeux rouges et pleins de larmes. </p><p> Deux autres soldats de lescouade, Chouteau et Pache, le </p><p>premier tal sur le dos, en fainant qui aimait ses aises, lautre accroupi, trs occup recoudre soigneusement une dchirure de sa culotte, clatrent, gays par laffreuse grimace de cette brute de Lapoulle. </p><p> Tourne-toi, souffle de lautre ct, a ira mieux ! cria </p><p>Chouteau. Jean les laissa rire. On nallait peut-tre plus en trouver si </p><p>souvent loccasion ; et lui, avec son air de gros garon srieux, la figure pleine et rgulire, ntait pourtant pas pour la mlancolie, fermant les yeux volontiers quand ses hommes prenaient du plaisir. Mais un autre groupe loccupa, un soldat de son escouade encore, Maurice Levasseur, en train, depuis une heure bientt, de causer avec un civil, un monsieur roux denviron trente-six ans, une face de bon chien, claire de deux gros yeux bleus fleur de tte, des yeux de myope qui lavaient fait rformer. Un artilleur de la rserve, marchal des logis, lair crne et daplomb avec ses moustaches et sa barbiche brunes, tait venu les rejoindre ; et tous les trois soubliaient l, comme en famille. </p></li><li><p>- 7 - </p><p>Obligeamment, pour leur viter quelque algarade, Jean crut devoir intervenir. </p><p> Vous feriez bien de partir, monsieur. Voici la retraite, si le </p><p>lieutenant vous voyait Maurice ne le laissa pas achever. Restez donc, Weiss. Et, schement, au caporal : Monsieur est mon beau-frre. Il a une permission du </p><p>colonel, quil connat. De quoi se mlait-il, ce paysan, dont les mains sentaient </p><p>encore le fumier ? Lui, reu avocat au dernier automne, engag volontaire que la protection du colonel avait fait incorporer dans le 106e, sans passer par le dpt, consentait bien porter le sac ; mais, ds les premires heures, une rpugnance, une sourde rvolte lavait dress contre cet illettr, ce rustre qui le commandait. </p><p> Cest bon, rpondit Jean, de sa voix tranquille, faites-vous </p><p>empoigner, je men fiche. Puis, il tourna le dos, en voyant bien que Maurice ne mentait </p><p>pas ; car le colonel, M De Vineuil, passait ce moment, de son grand air noble, sa longue face jaune coupe de ses paisses moustaches blanches ; et il avait salu Weiss et le soldat dun sourire. Vivement, le colonel se rendait une ferme que lon apercevait sur la droite, deux ou trois cents pas, parmi des pruniers, et o ltat-major stait install pour la nuit. On ignorait si le commandant du 7e corps se trouvait l, dans laffreux deuil dont venait de le frapper la mort de son frre, tu Wissembourg. Mais le gnral de brigade Bourgain-Des-Feuilles, qui avait sous ses ordres le 106e, y tait srement, trs braillard </p></li><li><p>- 8 - </p><p>comme lordinaire, roulant son gros corps sur ses courtes jambes, avec son teint fleuri de bon vivant que son peu de cervelle ne gnait point. Une agitation grandissait autour de la ferme, des estafettes partaient et revenaient chaque minute, toute lattente fbrile des dpches, trop lentes, sur cette grande bataille que chacun sentait fatale et voisine depuis le matin. O donc avait-elle t livre, et quels en taient cette heure les rsultats ? A mesure que tombait la nuit, il semblait que, sur le verger, sur les meules parses autour des tables, lanxit roult, stalt en un lac dombre. Et lon disait encore quon venait darrter un espion Prussien rdant autour du camp, et quon lavait conduit la ferme, pour que le gnral linterroget. Peut-tre le colonel De Vineuil avait-il reu quelque tlgramme, quil courait si fort. </p><p> Cependant, Maurice stait remis causer avec son beau-frre </p><p>Weiss et son cousin Honor Fouchard, le marchal des logis. La retraite, venue de loin, peu peu grossie, passa prs deux, sonnante, battante, dans la paix mlancolique du crpuscule ; et ils ne semblrent mme pas lentendre. Petit-fils dun hros de la grande arme, le jeune homme tait n, au Chesne-Populeux, dun pre dtourn de la gloire, tomb un maigre emploi de percepteur. Sa mre, une paysanne, avait succomb en les mettant au monde, lui et sa sur jumelle Henriette, qui, toute petite, lavait lev. Et, sil se trouvait l, engag volontaire, ctait la suite de grandes fautes, toute une dissipation de temprament faible et exalt, de largent quil avait jet au jeu, aux femmes, aux sottises de Paris dvorateur, lorsquil y tait venu terminer son droit et que la famille stait saigne pour faire de lui un monsieur. Le pre en tait mort, la sur, aprs stre dpouille, avait eu la chance de trouver un mari, cet honnte garon de Weiss, un Alsacien de Mulhouse, longtemps comptable la raffinerie gnrale du Chesne-Populeux, aujourdhui contrematre chez M Delaherche, un des principaux fabricants de drap de Sedan. Et Maurice se croyait bien corrig, dans sa nervosit prompte lespoir du bien comme au dcouragement du mal, gnreux, enthousiaste, mais sans fixit aucune, soumis toutes les sautes du vent qui passe. Blond, petit, avec un front trs </p></li><li><p>- 9 - </p><p>dvelopp, un nez et un menton menus, le visage fin, il avait des yeux gris et caressants, un peu fous parfois. </p><p> Weiss tait accouru Mulhouse, la veille des premires </p><p>hostilits, dans le brusque dsir dy rgler une affaire de famille ; et, sil stait servi, pour serrer la main de son beau-frre, du bon vouloir du colonel De Vineuil, ctait que ce dernier se trouvait tre loncle de la jeune Madame Delaherche, une jolie veuve pouse lanne dauparavant par le fabricant de drap, et que Maurice et Henriette avaient connue gamine, grce un hasard de voisinage. Dailleurs, outre le colonel, Maurice venait de retrouver dans le capitaine de sa compagnie, le capitaine Beaudoin, une connaissance de Gilberte, la jeune Madame Delaherche, un ami elle, intime, disait-on, lorsquelle tait Mzires Madame Maginot, femme de M Maginot, inspecteur des forts. </p><p> Embrassez bien Henriette pour moi, rptait Weiss le </p><p>jeune homme, qui aimait passionnment sa sur. Dites-lui quelle sera contente, que je veux la rendre enfin fire de moi. </p><p> Des larmes lui emplissaient les yeux, au souvenir de ses folies. </p><p>Son beau-frre, mu lui-mme, coupa court, en sadressant Honor Fouchard, lartilleur. </p><p> Et, ds que je passerai Remilly, je monterai dire loncle </p><p>Fouchard que je vous ai vu et que vous vous portez bien. Loncle Fouchard, un paysan, qui avait quelques terres et qui </p><p>faisait le commerce de boucher ambulant, tait un frre de la mre dHenriette et de Maurice. Il habitait Remilly, en haut, sur le coteau, six kilomtres de Sedan. </p><p> Bon ! rpondit tranquillement Honor, le pre sen fiche, </p><p>mais allez-y tout de mme, si a vous fait plaisir. </p></li><li><p>- 10 - </p><p>A cette minute, une agitation se produisit, du ct de la ferme ; et ils en virent sortir, libre, conduit par un seul officier, le rdeur, lhomme quon avait accus dtre un espion. Sans doute, il avait montr des papiers, cont une histoire, car on lexpulsait simplement du camp. De si loin, dans lombre naissante, on le distinguait mal, norme, carr, avec une tte rousstre. </p><p> Pourtant, Maurice eut un cri. Honor, regarde donc On dirait le Prussien, tu sais, </p><p>Goliath ! Ce nom fit sursauter lartilleur. Il braqua ses yeux ardents. </p><p>Goliath Steinberg, le garon de ferme, lhomme qui lavait fch avec son pre, qui lui avait pris Silvine, toute la vilaine histoire, toute labominable salet dont il souffrait encore ! Il aurait couru, laurait trangl. Mais dj lhomme, au del des faisceaux, sen allait, svanouissait dans la nuit. </p><p> Oh ! Goliath ! murmura-t-il, pas possible ! Il est l-bas, avec </p><p>les autres Si jamais je le rencontre ! Dun geste menaant, il avait montr lhorizon envahi de </p><p>tnbres, tout cet orient violtre, qui pour lui tait la Prusse. Il y eut un silence, on entendit de nouveau la retraite, mais trs lointaine, qui se perdait lautre bout du ca...</p></li></ul>