Emile Zola Therese Raquin

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    30-Jun-2015

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mile Zola

THRSE RAQUIN(1867)

Table des matires Prface de la deuxime dition .................................................5 Chapitre 1 ................................................................................ 11 Chapitre 2 ................................................................................16 Chapitre 3 ............................................................................... 22 Chapitre 4 ............................................................................... 28 Chapitre 5 ............................................................................... 32 Chapitre 6 ............................................................................... 39 Chapitre 7 ............................................................................... 44 Chapitre 8............................................................................... 53 Chapitre 9 ............................................................................... 58 Chapitre 10 ..............................................................................67 Chapitre 11............................................................................... 71 Chapitre 12 ............................................................................. 83 Chapitre 13 ............................................................................. 90 Chapitre 14 ..............................................................................97 Chapitre 15 ........................................................................... 100 Chapitre 16 ............................................................................102 Chapitre 17............................................................................. 110 Chapitre 18 ............................................................................ 118 Chapitre 19 ............................................................................123 Chapitre 20............................................................................133

Chapitre 21 ............................................................................138 Chapitre 22 ............................................................................ 151 Chapitre 23 ............................................................................158 Chapitre 24 ............................................................................ 161 Chapitre 25 ............................................................................169 Chapitre 26 ............................................................................178 Chapitre 27 ............................................................................187 Chapitre 28............................................................................193 Chapitre 29 ........................................................................... 202 Chapitre 30............................................................................ 211 Chapitre 31 ........................................................................... 220 Chapitre 32 ........................................................................... 230 La polmique entre mile Zola et Ferragus (Louis Ulbach) 235Larticle de Ferragus, dans Le Figaro , 23 janvier 1868 : La littrature putride ................................................................. 235 La rponse de Zola dans Le Figaro , 31 janvier 1868......... 242

Un change de lettres entre Sainte-Beuve et mile Zola, propos de Thrse Raquin ............................................. 249La lettre de Sainte-Beuve mile Zola, 10 juin 1868 ............. 249 La rponse de Zola Sainte-Beuve, 13 juillet 1868..................251

propos de cette dition lectronique ................................ 254

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Prface de la deuxime ditionJavais navement cru que ce roman pouvait se passer de prface. Ayant lhabitude de dire tout haut ma pense, dappuyer mme sur les moindres dtails de ce que jcris, jesprais tre compris et jug sans explication pralable. Il parat que je me suis tromp. La critique a accueilli ce livre dune voix brutale et indigne. Certaines gens vertueux, dans des journaux non moins vertueux, ont fait une grimace de dgot, en le prenant avec des pincettes pour le jeter au feu. Les petites feuilles littraires elles-mmes, ces petites feuilles qui donnent chaque soir la gazette des alcves et des cabinets particuliers, se sont bouch le nez en parlant dordure et de puanteur. Je ne me plains nullement de cet accueil ; au contraire, je suis charm de constater que mes confrres ont des nerfs sensibles de jeune fille. Il est bien vident que mon uvre appartient mes juges, et quils peuvent la trouver nausabonde sans que jaie le droit de rclamer. Ce dont je me plains, cest que pas un des pudiques journalistes qui ont rougi en lisant Thrse Raquin ne me parat avoir compris ce roman. Sils lavaient compris, peut-tre auraient-ils rougi davantage, mais au moins je goterais cette heure lintime satisfaction de les voir curs juste titre. Rien nest plus irritant que dentendre dhonntes crivains crier la dpravation, lorsquon est intimement persuad quils crient cela sans savoir propos de quoi ils le crient. Donc il faut que je prsente moi-mme mon uvre mes juges. Je le ferai en quelques lignes, uniquement pour viter lavenir tout malentendu. Dans Thrse Raquin, jai voulu tudier des tempraments et non des caractres. L est le livre entier. Jai choisi des personnages souverainement domins par leurs nerfs et leur sang, dpourvus de libre arbitre, entrans chaque acte de leur5

vie par les fatalits de leur chair. Thrse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. Jai cherch suivre pas pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les pousses de linstinct, les dtraquements crbraux survenus la suite dune crise nerveuse. Les amours de mes deux hros sont le contentement dun besoin ; le meurtre quils commettent est une consquence de leur adultre, consquence quils acceptent comme les loups acceptent lassassinat des moutons ; enfin, ce que jai t oblig dappeler leurs remords, consiste en un simple dsordre organique, et une rbellion du systme nerveux tendu se rompre. Lme est parfaitement absente, jen conviens aisment, puisque je lai voulu ainsi. On commence, jespre, comprendre que mon but a t un but scientifique avant tout. Lorsque mes deux personnages, Thrse et Laurent, ont t crs, je me suis plu me poser et rsoudre certains problmes : ainsi, jai tent dexpliquer lunion trange qui peut se produire entre deux tempraments diffrents, jai montr les troubles profonds dune nature sanguine au contact dune nature nerveuse. Quon lise le roman avec soin, on verra que chaque chapitre est ltude dun cas curieux de physiologie. En un mot, je nai eu quun dsir : tant donn un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bte, ne voir mme que la bte, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces tres. Jai simplement fait sur deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres. Avouez quil est dur, quand on sort dun pareil travail, tout entier encore aux graves jouissances de la recherche du vrai, dentendre des gens vous accuser davoir eu pour unique but la peinture de tableaux obscnes. Je me suis trouv dans le cas de ces peintres qui copient des nudits, sans quun seul dsir les effleure, et qui restent profondment surpris lorsquun critique se dclare scandalis par les chairs vivantes de leur uvre. Tant que jai crit Thrse Raquin, jai oubli le monde, je me suis perdu dans la copie exacte et minutieuse de la vie, me donnant tout entier lanalyse du mcanisme humain, et je vous assure que les6

amours cruelles de Thrse et de Laurent navaient pour moi rien dimmoral, rien qui puisse pousser aux passions mauvaises. Lhumanit des modles disparaissait comme elle disparat aux yeux de lartiste qui a une femme nue vautre devant lui, et qui songe uniquement mettre cette femme sur sa toile dans la vrit de ses formes et de ses colorations. Aussi ma surprise a-t-elle t grande quand jai entendu traiter mon uvre de flaque de boue et de sang, dgout, dimmondice, que sais-je ? Je connais le joli jeu de la critique, je lai jou moi-mme ; mais javoue que lensemble de lattaque ma un peu dconcert. Quoi ! il ne sest pas trouv un seul de mes confrres pour expliquer mon livre, sinon pour le dfendre ! Parmi le concert de voix qui criaient : Lauteur de Thrse Raquin est un misrable hystrique qui se plat taler des pornographies , jai vainement attendu une voix qui rpondt : Eh ! non, cet crivain est un simple analyste, qui a pu soublier dans la pourriture humaine, mais qui sy est oubli comme un mdecin soublie dans un amphithtre. Remarquez que je ne demande nullement la sympathie de la presse pour une uvre qui rpugne, dit-elle, ses sens dlicats. Je nai point tant dambition. Je mtonne seulement que mes confrres aient fait de moi une sorte dgoutier littraire, eux dont les yeux exercs devraient reconnatre en dix pages les intentions dun romancier, et je me contente de les supplier humblement de vouloir bien lavenir me voir tel que je suis et me discuter pour ce que je suis. Il tait facile, cependant, de comprendre Thrse Raquin, de se placer sur le terrain de lobservation et de lanalyse, de me montrer mes fautes vritables, sans aller ramasser une poigne de boue et me la jeter la face au nom de la morale. Cela demandait un peu dintelligence et quelques ides densemble en vraie critique. Le reproche dimmoralit, en matire de science, ne prouve absolument rien. Je ne sais si mon roman est immoral, javoue que je ne me suis jamais inquit de le rendre plus ou moins chaste. Ce que je sais, cest que je nai pas song un instant y mettre les salets quy dcouvrent les gens moraux ; cest que jen ai crit chaque scne, mme les plus fivreuses, avec la seule7

curiosit du savant ; cest que je dfie mes juges dy trouver une page rellement licencieuse, faite pour les lecteurs de ces petits livres roses, de ces indiscrtions de boudoir et de coulisses, qui se tirent dix mille exemplaires et que recommandent chaudement les journaux auxquels les vrits de Thrse Raquin ont donn la nause. Quelques injures, beaucoup de niaiseries, voil donc tout ce que jai lu jusqu ce jour sur mon uvre. Je le dis ici tranquillement, comme je le dirais un ami qui me demanderait dans lintimit ce que je pense de lattitude de la critique mon gard. Un crivain de grand talent, auquel je me plaignais du peu de sympathie que je rencontre, ma rpondu cette parole profonde : Vous avez un immense dfaut qui vous fermera toutes les portes : vous ne pouvez causer deux minutes avec un imbcile sans lui faire comprendre quil est un imbcile. Cela doit tre ; je sens le tort que je me fais auprs de la critique en laccusant dinintelligence, et je ne puis pourtant mempcher de tmoigner le ddain que jprouve pour son horizon born et pour les jugements quelle rend laveuglette, sans aucun esprit de mthode. Je parle, bien entendu, de la critique courante, de celle qui juge avec tous les prjugs littraires des sots, ne pouvant se mettre au point de vue largement humain que demande une uvre humaine pour tre comprise. Jamais je nai vu pareille maladresse. Les quelques coups de poing que la petite critique ma adresss loccasion de Thrse Raquin se sont perdus, comme toujours, dans le vide. Elle frappe essentiellement faux, applaudissant les entrechats dune actrice enfarine et criant ensuite limmoralit propos dune tude physiologique, ne comprenant rien, ne voulant rien comprendre et tapant toujours devant elle, si sa sottise prise de panique lui dit de taper. Il est exasprant dtre battu pour une faute dont on nest point coupable. Par moments, je regrette de navoir pas crit des obscnits ; il me semble que je serais heureux de recevoir une bourrade mrite, au milieu de cette grle de coups qui tombent btement sur ma tte, comme des tuiles, sans que je sache pourquoi.

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Il ny a gure, notre poque, que deux ou trois hommes qui puissent lire, comprendre et juger un livre. De ceux-l je consens recevoir des leons, persuad quils ne parleront pas sans avoir pntr mes intentions et apprci les rsultats de mes efforts. Ils se garderaient bien de prononcer les grands mots vides de moralit et de pudeur littraire ; ils me reconnatraient le droit, en ces temps de libert dans lart, de choisir mes sujets o bon me semble, ne me demandant que des uvres consciencieuses, sachant que la sottise seule nuit la dignit des lettres. coup sr, lanalyse scientifique que jai tent dappliquer dans Thrse Raquin ne les surprendrait pas ; ils y retrouveraient la mthode moderne, loutil denqute universelle dont le sicle se sert avec tant de fivre pour trouer lavenir. Quelles que dussent tre leurs conclusions, ils admettraient mon point de dpart, ltude du temprament et des modifications profondes de lorganisme sous la pression des milieux et des circonstances. Je me trouverais en face de vritables juges, dhommes cherchant de bonne foi la vrit, sans purilit ni fausse honte, ne croyant pas devoir se montrer curs au spectacle de pices danatomie nues et vivantes. Ltude sincre purifie tout, comme le feu. Certes, devant le tribunal que je me plais rver en ce moment, mon uvre serait bien humble ; jappellerais sur elle toute la svrit des critiques, je voudrais quelle en sortt noire de ratures. Mais au moins jaurais eu la joie profonde de me voir critiquer pour ce que jai tent de faire, et non pour ce que je nai pas fait. Il me semble que jentends, ds maintenant, la sentence de la grande critique, de la critique mthodique et naturaliste qui a renouvel les sciences, lhistoire et la littrature : Thrse Raquin est ltude dun cas trop exceptionnel ; le drame de la vie moderne est plus souple, moins enferm dans lhorreur et la folie. De pareils cas se rejettent au second plan dune uvre. Le dsir de ne rien perdre de ses observations a pouss lauteur mettre chaque dtail en avant, ce qui a donn encore plus de tension et dpret lensemble. Dautre part, le style na pas la simplicit que demande un roman danalyse. Il faudrait, en somme, pour que lcrivain ft maintenant un bon roman, quil vt la socit dun coup dil plus large, quil la peignt sous ses aspects9

nombreux et varis, et surtout quil employt une langue nette et naturelle. Je voulais rpondre en vingt lignes des attaques irritantes par leur nave mauvaise foi, et je maperois que je me mets causer avec moi-mme, comme cela marrive toujours lorsque je garde trop longtemps une plume la main. Je marrte, sachant que les lecteurs naiment pas cela. Si javais eu la volont et le loisir dcrire un manifeste, peut-tre aurais-je essay de dfendre ce quun journaliste, en parlant de Thrse Raquin, a nomm la littrature putride . Dailleurs, quoi bon ? Le groupe dcrivains naturalistes auquel jai lhonneur dappartenir a assez de courage et dactivit pour produire des uvres fortes, portant en elles leur dfense. Il faut tout le parti pris daveuglement dune certaine...