Famille Sans Nom

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Jules Vernes

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  • FAMILLE-SANS-NOM

  • VOYAGES EXTRAORDINAIRES

    COLLECTION HETZEL

  • LES VOYAGES EXTRAORDINAIRESCouronns par l'Acadmie franaise.

    FAMILLE-SANS-NOM

    PAR

    JULES VERNE

    82 Dessins de G. Tiret-BognetET UNE CARTE EN COULEURS

    PAR

    JULES VERNE

    82 Dessins de G. Tiret-BognetET UNE CARTE EN COULEURS

    BIBLIOTHQUED'DUCATION ET DE RCRATIONJ.HETZEL ET Cie, 18, RUE JACOB

  • FAMILLE-SANS-NOM

    QUELQUES FAITS, QUELQUES DATES On plaint ce pauvre genre humain qui s'gorge propos dequelques arpents de glace , disaient les philosophes la fin du

  • XVIIIe sicle

    et ce n'est: pas ce qu'ils ont dit de mieux, puisqu'ils'agissait du Canada, dont les Franais disputaient alors la posses-sion aux soldats de l'Angleterre.

    Deux cents ans avant eux, au sujet de ces territoires amricains,revendiqus par les rois d'Espagne et de Portugal, Franois Ier s'taitcri:

    Je voudrais bien voir l'article du testament d'Adam, qui leurlgue ce vaste hritage! Le roi avait d'autant plus raison d'yprtendre, qu'une partie de ces territoires devait bientt prendre lenom de Nouvelle-France.

    Les Franais, il est vrai, n'ont pu conserver cette magnifique colo-nie amricaine; mais sa population,en grandemajorit,n'en estpasmoins reste franaise, et elle se rattache l'ancienne Gaule par cesliens du sang, cette identit de race, ces instincts naturels, que lapolitique internationale ne parvient jamais briser.

    En ralit, les quelques arpents de glace ,si ddaigneusementqualifis, forment un royaume dont la superficie gale celle del'Europe.

    Un Franais avait pris possession de ces vastes territoires dsl'anne 1534.

    C'est au curmme de cette contre que Jacques Cartier, originairede Saint-Malo, poussa sa marche audacieuse, en remontant le cours dufleuve, auquel fut donn le nom de Saint-Laurent. L'anne suivante,le hardi Malouin, portant plus avant son exploration vers l'ouest,arriva devant un groupe de cabanes

    Canada en langue indienne d'o est sortie Qubec, puis, atteignit cette bourgade d'Hochelaga,d'o est sortie Montral. Deux sicles plus tard, ces deux citsallaient successivementprendreletitre de capitales,concurremmentavec Kingstonet Toronto, en attendant que, dans le but de mettrefin leurs rivalits politiques, la ville d'Ottawaft dclare sige dugouvernement de cette colonie amricaine, que l'Angleterre appelleactuellement DominionofCanada.

    Quelquesfaits,quelques dates, suffiront faire connatre lesprogrsde cet important tat depuis sa fondation jusqu' la priode de 1830

  • 1840, pendant laquelle se sont drouls les vnements relatifs cette histoire.

    Sous Henri IV, en 1595, Champlain, un des bons marins del'poque, revient en Europe aprs un premier voyage, pendant lequelil a choisi l'emplacementosera fonde Qubec. Il prend part alors l'expdition de M. de Mons, porteur de lettres patentes pour lecommerce exclusif des pelleteries, qui lui accordent le droit deconcder des terres dans le Canada.Champlain, dont le caractreaventureuxne s'accommode gure des choses du ngoce, tire de son.ct, remonte de nouveau le cours du Saint-Laurent, btit Qubecen 1606. Depuis deux ans dj, les Anglais avaientjet les bases deleur premier tablissement d'Amrique sur les rivages de la Virginie.De l, les germes d'une jalousiede nationalit; et mme, ds cettepoque, se manifestent les prodromes de cette lutte que l'Angleterreet la France se livreront sur le thtre du nouveau monde.

    Au dbut, les indignes sont ncessairement mls aux diversesphases de cet antagonisme. Les Algonquinset les Hurons se dclarentpour Champlain contre les Iroquois, qui viennent en aide aux soldatsdu Royaume-Uni. En 1609, ceux-ci sont battus sur les bords du lac,auquel on a conserv le nom du marin franais.

    Deux autres voyages

    1613 et 1615

    conduisent Champlainjusque dans les rgions presque inconnues de l'ouest, sur les bordsdu lac Huron. Puis, il quitte l'Amrique et revient une troisime foisau Canada. Enfin,aprs avoir donn de tte et de bras contre desintrigues de toutes sortes, il reoit, en 1620,le titre de gouverneurde la Nouvelle-France.

    Sous ce nom se cre alors une compagnie, dont la constitutionestapprouve par Louis XIII en 1628. Cette compagnies'engage fairepasser en Canada, dans l'espace de quinze ans, quatre mille Franaiscatholiques. Des quelques vaisseaux expdis travers l'Ocan, lespremiers tombent auxmains des Anglais, qui s'avancent travers lavalle du Saint-Laurent et somment Champlain de se rendre. Refusde l'intrpide marin, auquellemanque de ressources et de secours

  • impose bientt unecapitulationhonorabled'ailleursqui, en 1629,donne Qubec aux Anglais. En 1632, Champlain repart de Dieppeavec trois vaisseaux, reprend possession du Canada, restitu laFrance par le trait du 13 juillet de la mme anne, jette les fonde-ments de villesnouvelles, tablit le premier collge canadien sous ladirection des Jsuites, et meurt le jour de Nol

    en 1635

    dans lepays conquis force de volont et d'audace.

    Pendant quelque temps, des relations commerciales se nouententre les colons franais et les colons de la Nouvelle-Angleterre.Mais les premiers ont lutter contre les Iroquois, qui sont devenusredoutables par leur nombre, car la population europenne n'estencore que de deux mille cinq cents mes. Aussi la compagnie, dontles affaires priclitent, s'adresse-t-elle tout d'abord Colbert, quienvoie le marquis de Tracy la tte d'une escadre. Les Iroquoisrepousss reviennent bientt la charge, se sentant soutenus parles Anglais, et un horrible massacre de colons s'accomplit dans levoisinage de Montral.

    Cependant, si, en 1665, la population s'est accrue du double,ainsi que le domaine superficiel de la colonie, il n'y a encore quetreize mille Franais en Canada, tandis que les Anglais comptentdj deux cent mille habitants de race saxonne dans la Nouvelle-Angleterre. La guerre recommence. Elle prend pour thtre cetteAcadie, qui forme actuellement la Nouvelle-cosse, puis, s'tendjusqu' Qubec, d'o les Anglais sont repousss en 1690. Enfinle trait de Ryswick

    1697

    assure la France la possession detous les territoires que la hardiesse de ses dcouvreurs, le couragede ses enfants, avaient faits siens dans le Nord-Amrique. En mmetemps, les tribus insoumises, Iroquois, Hurons et autres, se mettentsous la protection franaise par la convention de Montral.

    En 1703, le marquis de Vaudreuil, fils d'un premier gouverneurde ce nom, est nomm au gouvernement gnral du Canada, que laneutralit des Iroquois rend plus ais dfendre contre les agressionsdes colons de la Grande-Bretagne. La lutte reprend dans les ta-

  • blissements de Terre-Neuve, qui sont anglais, et dans l'Acadie, qui,

    en 1711, chappe aux mains du marquis de Vaudreuil. Cet abandon

    va permettre aux forces anglo-amricaines de se concentrer pour laconqute du domaine canadien, o les Iroquois, travaills en dessous,redeviennent douteux. C'est alors que le trait d'Utrecht

    1713

    consomme la perte de l'Acadie, aprs avoir assur pour trente ansla paix avec l'Angleterre.

    Durant cette priode de calme, la colonie fait de rels progrs. LesFranais construisent quelques nouveaux forts, afind'en assurer lapossession leurs descendants. En 1721, la population est de vingt-cinq mille-mes, et de cinquante mille en 1744. On peut croire queles temps difficiles sont passs. Iln'en est rien: Avec la guerre de lasuccession d'Autriche, l'Angleterre et la France se retrouvent auxprises en Europe, et, par suite, en Amrique. Il y a des alternativesde succs et de revers. Enfin le trait d'Aix-la-Chapelle 1747remet les choses dans l'tat o elles taient au trait d'Utrecht.

    Mais, si l'Acadie est dsormais possession britannique, elle estdemeure bienfranaise par les tendances gnrales de sa popula-tion. Aussi, le Royaume-Uni provoque-t-il l'immigration anglo-saxonne, afind'assurer sa prpondrance de race dans les provincesconquises. La France veut en faire autant pour le Canada; elle yrussit mal, et, sur ces entrefaites, l'occupation des territoires del'Ohio rejette les rivaux en prsence.

    C'est alors, devant le fort Duquesne, rcemment lev par lescompatriotes du marquis de Vaudreuil, que Washington apparat la tte d'une forte colonne anglo-amricaine. Franklin ne venait-ilpas de dclarer que le Canada ne pouvait appartenir aux Fran-ais? Deux escadres partent d'Europe

    l'une de France, l'autred'Angleterre. Aprsd'pouvantables massacres, qui ensanglantentl'Acadie et les territoires de l'Ohio, la guerre est officiellementdclare par la Grande-Bretagne la date du 18 mai 1756.

    En ce mme mois, sur une pressante demande de renforts faitepar M. de Vaudreuil, le marquis de Montcalm vient prendre le com-

  • mandement de l'arme rgulire du Canada

    quatre mille hommesen tout. Le ministre n'avait pu disposer d'un effectif plus consi-drable, car la guerre d'Amrique n'tait pas populaire en France, sielle l'tait un rare degr dans le Royaume-Uni.

    Ds le dbut de la campagne, premiers succs au profit de Mont-calm. Prise du fort William-Henry,bti au sud de ce lac George, quiforme le prolongement du lac Champlain. Dfaite des troupesanglo-amricaines la journe de Carillon. Mais, malgr ces brillants faitsd'armes, vacuation du fort Duquesne par les Franais, et perte dufort Niagara, rendu par une garnison trop faible, que la trahison desIndiens empche de secourir en temps utile. Enfin, prise de Qubec,en septembre 1759, par le gnral Wolfe la tte de huit mille

    hommes de dbarquement.Les Franais, malgr la bataille qu'ilsgagnent Montmorency, ne peuvent viter une dfaite dfinitive.Montcalm est tu, Wolfe est tu. Les Anglais sont en partie matresdes provinces canadiennes.

    L'anne suivante, une tentative est faite pour reprendre Qubec,cette clef du Saint-Laurent. Elle choue, et, peu de temps aprs,Montral est contraint capituler.

    Enfin, le 10 fvrier 1763