Henri Bergson - Matière et Mémoire

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    13-Jun-2015

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<p>Henri Bergson (1939)</p> <p>Matire et mmoireESSAI SUR LA RELATION DU CORPS LESPRIT</p> <p>Un document produit en version numrique par Gemma Paquet, bnvole, professeure la retraite du Cgep de Chicoutimi Courriel: mgpaquet@videotron.ca dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" fonde dirige par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>2</p> <p>Cette dition lectronique a t ralise par Gemma Paquet, bnvole, professeure de soins infirmiers la retraite du Cgep de Chicoutimi partir de :</p> <p>Henri Bergson (1939) Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lespritUne dition lectronique ralise partir du livre de Henri Bergson (1859-1941), Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939). Premire dition : 1939. Paris: Les Presses universitaires de France, 1965, 72e dition, 282 pp. Collection: Bibliothque de philosophie contemporaine.</p> <p>Polices de caractres utilise : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points. dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition complte jeudi le 18 juillet 2003 Chicoutimi, Qubec.</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>3</p> <p>Table des matiresAvant-propos Chapitre I : Chapitre II : De la slection des images pour la reprsentation. Le rle du corps.. De la reconnaissance des images. La mmoire et le cerveau...</p> <p>Proposition I Les deux formes de la mmoire Proposition II De la reconnaissance en gnral : images-souvenirs et mouvements. Proposition III Passage graduel des souvenirs aux mouvements. La reconnaissance et l'attention Chapitre III : De la survivance des images. La mmoire et l'esprit. Chapitre IV : De la dlimitation et de la fixation des images. Perception et matire. me et corps. Les rsultats auxquels l'application de cette mthode peut conduire, ceux qui intressent notre recherche I. Tout mouvement, en tant que passage d'un repos un repos, est absolument indivisible. II. - Il y a des mouvements rels III. - Toute division de la matire en corps indpendants aux contours absolument dtermins est une division artificielle. IV. - Le mouvement rel est plutt le transport d'un tat que d'une chose. Rsum et conclusion I II III IV V VI VII VII IX</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>4</p> <p>Henri Bergson (1939)</p> <p>Matire et mmoireEssai sur la relation du corps l'espritParis : Les Presses universitaires de France, 1965, 282 pages. 72e dition. Collection : bibliothque de philosophie contemporaine.</p> <p>Retour la table des matires</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>5</p> <p>Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit (1939)</p> <p>Avant-propos de la septime ditionPar Henri Bergson</p> <p>Retour la table des matires</p> <p>Ce livre affirme la ralit de l'esprit, la ralit de la matire, et essaie de dterminer le rapport de l'un l'autre sur un exemple prcis, celui de la mmoire. Il est donc nettement dualiste. Mais, d'autre part, il envisage corps et esprit de telle manire qu'il espre attnuer beaucoup, sinon supprimer, les difficults thoriques que le dualisme a toujours souleves et qui font que, suggr par la conscience immdiate, adopt par le sens commun, il est fort peu en honneur parmi les philosophes. Ces difficults tiennent, pour la plus grande part, la conception tantt raliste, tantt idaliste, qu'on se fait de la matire. L'objet de notre premier chapitre est de montrer qu'idalisme et ralisme sont deux thses galement excessives, qu'il est faux de rduire la matire la reprsentation que nous en avons, faux aussi d'en faire une chose qui produirait en nous des reprsentations mais qui serait d'une autre nature qu'elles. La matire, pour nous, est un ensemble d' images . Et par image nous entendons une certaine existence qui est plus que ce que l'idaliste appelle une reprsentation, mais</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>6</p> <p>moins que ce que le raliste appelle une chose, - une existence situe michemin entre la chose et la reprsentation . Cette conception de la matire est tout simplement celle du sens commun. On tonnerait beaucoup un homme tranger aux spculations philosophiques en lui disant que l'objet qu'il a devant lui, qu'il voit et qu'il touche, n'existe que dans son esprit et pour son esprit, ou mme, plus gnralement, n'existe que pour un esprit, comme le voulait Berkeley. Notre interlocuteur soutiendrait toujours que l'objet existe indpendamment de la conscience qui le peroit. Mais, d'autre part, nous tonnerions autant cet interlocuteur en lui disant que l'objet est tout diffrent de ce qu'on y aperoit, qu'il n'a ni la couleur que l'il lui prte, ni la rsistance que la main y trouve. Cette couleur et cette rsistance sont, pour lui, dans l'objet : ce ne sont pas des tats de notre esprit, ce sont les lments constitutifs d'une existence indpendante de la ntre. Donc, pour le sens commun, l'objet existe en lui-mme et, d'autre part, l'objet est, en lui-mme, pittoresque comme nous l'apercevons : c'est une image, mais une image qui existe en soi. Tel est prcisment le sens o nous prenons le mot image dans notre premier chapitre. Nous nous plaons au point de vue d'un esprit qui ignorerait les discussions entre philosophes. Cet esprit croirait naturellement que la matire existe telle qu'il la peroit; et puisqu'il la peroit comme image, il ferait d'elle, en elle-mme, une image. En un mot, nous considrons la matire avant la dissociation que l'idalisme et le ralisme ont opre entre son existence et son apparence. Sans doute il est devenu difficile d'viter cette dissociation, depuis que les philosophes l'ont faite. Nous demandons cependant au lecteur de l'oublier. Si, au cours de ce premier chapitre, des objections se prsentent son esprit contre telle ou telle de nos thses, qu'il examine si ces objections ne naissent pas toujours de ce qu'il se replace l'un ou l'autre des deux points de vue au-dessus desquels nous l'invitons s'lever. Un grand progrs fut ralis en philosophie le jour o Berkeley tablit, contre les mechanical philosophers , que les qualits secondaires de la matire avaient au moins autant de ralit que les qualits primaires. Son tort fut de croire qu'il fallait pour cela transporter la matire l'intrieur de l'esprit et en faire une pure ide. Sans doute, Descartes mettait la matire trop loin de nous quand il la confondait avec l'tendue gomtrique. Mais, pour la rapprocher de nous, point n'tait besoin d'aller jusqu' la faire concider avec notre esprit lui-mme. Pour tre all jusque-l, Berkeley se vit incapable de rendre compte du succs de la physique et oblig, alors que Descartes avait fait des relations mathmatiques entre les phnomnes leur essence mme, de tenir l'ordre mathmatique de l'univers pour un pur accident. La critique kantienne devint alors ncessaire pour rendre raison de cet ordre mathmatique et pour restituer notre physique un fondement solide, - quoi elle ne russit d'ailleurs qu'en limitant la porte de nos sens et de notre entendement. La critique kantienne, sur ce point au moins, n'aurait pas t ncessaire, l'esprit humain, dans cette direction au moins, n'aurait pas t amen limiter sa propre porte, la mtaphysique n'et pas t sacrifie la physique, si l'on et pris le parti de laisser la matire mi-chemin entre le point o la poussait Descartes et celui o la tirait Berkeley, c'est--dire, en somme, l o le sens commun la voit. C'est l que nous essayons de la voir nous-mme. Notre premier chapitre dfinit cette manire de regarder la matire ; notre quatrime chapitre en tire les consquences.</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>7</p> <p>Mais, comme nous l'annoncions d'abord, nous ne traitons la question de la matire que dans la mesure o elle intresse le problme abord dans le second et le troisime chapitres de ce livre, celui mme qui fait l'objet de la prsente tude : le problme de la relation de l'esprit au corps. Cette relation, quoiqu'il soit constamment question d'elle travers l'histoire de la philosophie, a t en ralit fort peu tudie. Si on laisse de ct les thories qui se bornent constater l' union de l'me et du corps comme un fait irrductible et inexplicable, et celles qui parlent vaguement du corps comme d'un instrument de l'me, il ne reste gure d'autre conception de la relation psychophysiologique que l'hypothse piphnomniste ou l'hypothse parallliste , qui aboutissent l'une et l'autre dans la pratique - je veux dire dans l'interprtation des faits particuliers - aux mmes conclusions. Que l'on considre, en effet, la pense comme une simple fonction du cerveau et l'tat de conscience comme un piphnomne de l'tat crbral, ou que l'on tienne les tats de la pense et les tats du cerveau pour deux traductions, en deux langues diffrentes, d'un mme original, dans un cas comme dans l'autre on pose en principe que, si nous pouvions pntrer l'intrieur d'un cerveau qui travaille et assister au chass-crois des atomes dont l'corce crbrale est faite, et si, d'autre part, nous possdions la clef de la psychophysiologie, nous saurions tout le dtail de ce qui se passe dans la conscience correspondante. vrai dire, c'est l ce qui est le plus communment admis, par les philosophes aussi bien que par les savants. Il y aurait cependant lieu de se demander si les faits, examins sans parti pris, suggrent rellement une hypothse de ce genre. Qu'il y ait solidarit entre l'tat de conscience et le cerveau, c'est incontestable. Mais il y a solidarit aussi entre le vtement et le clou auquel il est accroch, car si l'on arrache le clou, le vtement tombe. Dira-t-on, pour cela, que la forme du clou dessine la forme du vtement ou nous permette en aucune faon de la pressentir ? Ainsi, de ce que le fait psychologique est accroch un tat crbral, on ne peut conclure au paralllisme des deux sries psychologique et physiologique. Quand la philosophie prtend appuyer cette thse parallliste sur les donnes de la science, elle commet un vritable cercle vicieux : car, si la science interprte la solidarit, qui est un fait, dans le sens du paralllisme, qui est une hypothse (et une hypothse assez peu intelligible 1, c'est, consciemment ou inconsciemment, pour des raisons d'ordre philosophique. C'est parce qu'elle a t habitue par une certaine philosophie croire qu'il n'y a pas d'hypothse plus plausible, plus conforme aux intrts de la science positive. Or, ds qu'on demande aux faits des indications prcises pour rsoudre le problme, c'est sur le terrain de la mmoire qu'on se trouve transport. On pouvait s'y attendre, car le souvenir, - ainsi que nous essayons de le montrer dans le prsent ouvrage, - reprsente prcisment le point d'intersection entre l'esprit et la matire. Mais peu importe la raison : personne ne contestera, je crois, que dans l'ensemble de faits capables de jeter quelque lumire sur la relation psychophysiologique, ceux qui concernent la mmoire, soit l'tat normal, soit l'tat pathologique, occupent une place privilgie. Non seule1</p> <p>Sur ce dernier point nous nous sommes appesanti plus particulirement dans un article intitul : Le paralogisme psychophysiologique (Revue de mtaphysique et de morale, novembre 1904).</p> <p>Henri Bergson, Matire et mmoire. Essai sur la relation du corps lesprit. (1939)</p> <p>8</p> <p>ment les documents sont ici d'une abondance extrme (qu'on songe seulement la masse formidable d'observations recueillies sur les diverses aphasies !), mais nulle part aussi bien qu'ici l'anatomie, la physiologie et la psychologie n'ont russi se prter un mutuel appui. celui qui aborde sans ide prconue, sur le terrain des faits, l'antique problme des rapports de l'me et du corps, ce problme apparat bien vite comme se resserrant autour de la question de la mmoire, et mme plus spcialement de la mmoire des mots : c'est de l, sans aucun doute, que devra partir la lumire capable d'clairer les cts plus obscurs du problme. On verra comment nous essayons de le rsoudre. D'une manire gnrale, l'tat psychologique nous parat, dans la plupart des cas, dborder normment l'tat crbral. Je veux dire que l'tat crbral n'en dessine qu'une petite partie, celle qui est capable de se traduire par des mouvements de locomotion. Prenez une pense complexe qui se droule en une srie de raisonnements abstraits. Cette pense s'accompagne de la reprsentation d'images, au moins naissantes. Et ces images elles-mmes ne sont pas reprsentes la conscience sans que se dessinent, l'tat d'esquisse ou de tendance, les mouvements par lesquels ces images se joueraient elles-mmes dans l'espace, - je veux dire, imprimeraient au corps telles ou telles attitudes, dgageraient tout ce qu'elles contiennent implicitement de mouvement spatial. Eh bien, de cette pense complexe qui se droule, c'est l, notre avis, ce que l'tat crbral indique tout instant. Celui qui pourrait pntrer l'intrieur d'un cerveau, et apercevoir ce qui s'y fait, serait probablement renseign sur ces mouvements esquisss ou prpars ; rien ne prouve qu'il serait renseign sur autre chose. Ft-il dou d'une intelligence surhumaine, et-il la clef de la psychophysiologie, il ne serait clair sur ce qui se passe dans la conscience correspondante que tout juste autant que nous le serions sur une pice de thtre par les alles et venues des acteurs sur la scne. C'est dire que la relation du mental au crbral n'est pas une relation constante, pas plus qu'elle n'est une relation simple. Selon la nature de la pice qui se joue, les mouvements des acteurs en disent plus ou moins long : presque tout, s'il s'agit d'une pantomime ; presque rien, si c'est une fine comdie. Ainsi notre tat crbral contient plus ou moins de notre tat mental, selon que nous tendons extrioriser notre vie psychologique en action ou l'intrioriser en connaissance pure. Il y a donc enfin des tons diffrents de vie mentale, et notre vie psychologique peut se jouer des hauteurs diffrentes, tantt plus prs, tantt plus loin de l'action, selon le degr de notre attention la vie. L est une des ides directrices du prsent ouvrage, celle mme qui a servi de point de dpart notre travail. Ce que l'on tient d'ordinaire pour une plus grande complication de l'tat psychologique nous apparat, de notre point de vue, comme une plus grande dilatation de notre personnalit tout entire qui, normalement resserre par l'action, s'tend d'autant plus que se desserre davantage l'tau o elle se laisse comprimer et, toujours indivise, s'tale sur une surface d'autant plus...</p>