Janet Evolution Psy

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Lvolution psychologique de la personnalit.

Pierre Janet, Lvolution psychologique de la personnalit.)3

Pierre Janet (1929)

Lvolutionpsychologiquede la personnalit

Compte-rendu intgral des confrences faites au Collge de Francedaprs les notes stnographiques revues par Miron Esptein.1re dition, 1929, dition ChahineUn document produit en version numrique par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi

Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca

Site web: http://pages.infinit.net/sociojmtDans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"

Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.htmlUne collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque

Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marie Tremblay, bnvole, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi partir de:

Pierre Janet (1929)

Lvolution psychologique de la personnalit (1929)

Une dition lectronique ralise partir du livre de Pierre Janet, Lvolution psychologique de la personnalit. Compte-rendu intgral des confrences faites au Collge de France daprs les notes stnographiques revues par Miron Esptein. 1re dition, 1929, dition Chahine. Nouvelle dition, 1984, La Socit Pierre Janet avec le concours du CNRS, 1984, 327 pp.

Polices de caractres utilise:

Pour le texte: Times, 12 points.

Pour les citations: Times 10 points.

Pour les notes de bas de page: Times, 10 points.

dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh.

Mise en page sur papier format

LETTRE (US letter), 8.5 x 11)

dition complte le 24 dcembre 2002 Chicoutimi, Qubec.

Table des matiresPremire partie: La personnalit corporelleI.Le problme de la personnalitIl.La cnesthsieIII.Le sens de l'attitude et de l'quilibreIV.Le corps propreV.La dpersonnalisationVI.Les sentiments fondamentauxVII.Le problme de la conscienceVIII.La prise de conscienceDeuxime partie: La personnalit socialeIX.Les sentiments sociaux d'amourX.Les sentiments de haineXI.L'gosme et l'intrt personnelXII.L'individuationXIII.Les possessionsXIV.Les pouvoirs et la hirarchieXV.Le personnageXVI.La valorisation socialeXVII.Les dlires de valorisation

XVIII.Les sentiments d'empriseXIX.Le moi, l'espritXX.Les illusions de l'autismeTroisime partie: La personnalit temporelleXXI.Les somnambulismesXXII.Les doubles personnalitsXXIII.La biographie de l'individuXXIV.L'individualitXXV.L'avenir de la personnalitPierre Janet

L'volution psychologique

de la personnalit

Compte-rendu intgral des confrences

faites en 1929 au collge de France

d'aprs les notes stnographiques

revues par Miron Epstein

1re dition, 1929.

dition Chahine, 8, rue de l'Odon, Paris

Nouvelle dition

Rdit en 1984

par les soins de la socit pierre janet

avec le concours

du Centre National de la Recherche Scientifique

Paris 1984

Retour la table des matiresPremire partie

La personnalitcorporelle

Retour la table des matiresPremire partie: La personnalit corporelle

3 dcembre 1928.

I - Le problme de la personnalit

Mesdames,

Messieurs,

Retour la table des matiresNous avons dcid ensemble que nous prendrions cet hiver pour objet de nos tudes l'examen psychologique de la personnalit. Au fond, ce sujet continue bien les prcdents, l'volution dans le temps et l'tude des sentiments.

Ce titre tude psychologique de la personnalit me rappelle moi-mme un petit souvenir un peu motionnant: cela a t le premier titre de mes cours au Collge de France. En dcembre 1895, quand j'ai eu l'honneur de prendre la supplance du cours de Ribot, j'avais pris comme titre de mes cours tude de la Personnalit. C'tait un sujet que Ribot lui-mme m'avait indiqu. Il trouvait qu'il tait bien d'accord avec mes tudes prcdentes sur les somnambulismes, sur les doubles existences, qu'il tait bien la mode, et il me disait qu'il plairait aux auditeurs, qu'il les intresserait. Pendant tout le cours de l'anne, Ribot qui, naturellement, s'intressait la supplance de son cours, en suivait un peu les chos; il coutait les dolances des auditeurs et il me les rapportait. Or les auditeurs de ce temps-l taient trs tonns de ma manire de procder. Ils avaient certaines indignations. Par exemple, disaient-ils, quel singulier mlange fait-il dans ses citations

Il nous cite des philosophes et mme des philosophes spiritualistes - comme Spencer, comme Garnier, surtout comme Maine de Biran qu'il nomme chaque instant - et immdiatement aprs, il rapporte des phrases de Charcot, de Sherrington et de Krpelin. Quelle pouvantable salade! De mme, dans la description des faits, j'examinais de grandes thories mtaphysiques ct d'observations de dtail sur telle ou telle nvrose. Tout cela paraissait un peu confus.

Je me dfendais de mon mieux et, ce qui est bizarre et ce qui montre que les hommes ne se perfectionnent gure, malgr tout, depuis cette poque recule - cela fait 33 ans -, j'ai continu battre devant vous la mme salade. Pourquoi cela?

C'est parce que j'ai le sentiment, et je crois avoir fini par vous le faire partager, que l'troitesse d'esprit et le rtrcissement dans les spcialits n'est jamais une bonne chose et que, surtout lorsqu'on s'occupe de psychologie, il a des effets dplorables. La psychologie, par la dfinition mme de son objet, touche absolument tout. Elle est universelle. Il y a des faits psychologiques partout. Il y en a aussi bien dans les ouvrages d'un littrateur que dans les tudes anatomiques sur un cerveau. Si vous ne voulez considrer que le littrateur, que le moraliste ou que l'anatomiste, vous restreignez la psychologie une partie trs troite, et vous arrivez forcment des erreurs. Il faudrait au contraire tre capable de gnralisation, il faudrait tre universel pour s'occuper d'tudes psychologiques, car il faudrait savoir ce que tous les hommes ont pens dans tous les domaines et de quelle manire ils ont pens.

Mais quand on admet cette ncessit de la gnralisation en psychologie, il faut la pousser trs loin. A l'poque dont je vous parle, dans mon premier cours en 1895, j'obissais la mode et je m'occupais surtout d'une maladie particulire: les somnambulismes, les doubles existences qu'on appelait alors des symptmes hystriques. Je crois aujourd'hui que j'avais raison d'en parler, mais que ce n'tait qu'une petite partie du problme, car il y a bien d'autres troubles de la personnalit en dehors de ces doubles existences, et ce qu'il faudrait mlanger avec les spculations mtaphysiques, ce serait toute la pathologie mentale, et particulirement l'tude des troubles mlancoliques et des troubles des perscuts dont nous aurons parler car ils sont bien tranges dans leurs conceptions de la personnalit. Il faudrait mlanger tout cela avec les aperus philosophiques de Maine de Biran sur l'ensemble de la personnalit.

Seulement, quand on se place ce point de vue, on tombe dans un autre danger car il y en a de tous cts. On tombe dans le danger de rendre les tudes interminables car, en somme, on peut, propos de la personnalit, tudier n'importe quoi, et j'ai bien remarqu, en prparant le cours de cette anne, qu'il n'y avait pas de limites ce sujet, qu'on pouvait mettre tous les problmes possibles dans l'tude de la personnalit. Les problmes religieux videmment, ne parlent que de la personnalit, de sa rcompense, de sa punition, de son volution et de son avenir. Les problmes moraux se rattachent la personnalit. Les problmes lmentaires sur les sens sont des problmes de personnalit.

Vous rappelez-vous un livre qui mrite beaucoup de succs, le livre de M. Villey sur Le monde des aveugles, en 1914? Dans ce livre, M. Villey soutient perptuellement une thse, c'est que les aveugles de naissance sont des hommes comme les autres, qu'ils ont la personnalit comme les autres et qu'ils ont la mme psychologie que les autres. Il voit donc l un problme et, en effet, c'est un problme de savoir si la prsence ou l'absence de la vision ne change pas l'volution de la personnalit.

On peut donc, propos de la personnalit, parler de tout. Nous n'en finirions jamais. Ce n'est pas un cours en vingt-cinq leons qu'il faudrait vous faire: c'est vingt-cinq cours de ce genre. J'ai mme song un moment diviser cette tude en deux annes, mais ce ne serait pas bon maintenant. Nous sommes arrivs une poque o il n'est pas mauvais de rsumer notre enseignement psychologique et de vous prsenter quelques ides gnrales en raccourci. Il nous faudra donc abrger et abrger beaucoup.

Bien entendu, nous sommes obligs maintenant de laisser un peu de ct les maladies appeles autrefois hystriques qui avaient jou un trs grand rle dans mon premier cours. Nous avons consacr autrefois une douzaine de leons aux fugues, aux somnambulismes varis, aux doubles existences comme celles de la Flida X. de Azam. Nous les rsumerons cette anne en une seule leon et cela vers la fin du cours.

Mais, mme en rsumant autant que possible, il faut prsenter des aperus gnraux et, pour cela, il me semble qu'une premire notion est indispensable, c'est de nous faire entre nous une ide, non pas de ce que c'est que la personnalit - ce qu'elle est au fond nous est profondment inconnu - mais de nous faire une ide de ce que nous voulons appeler de ce mot, des objets que nous voulons tudier sous le nom de personnalit. C'est dj quelque chose d'assez compliqu.

Je ne veux pas au commencement prsenter une dfinition de la personnalit. C'est plutt une conclusion qu'un commencement. Je voudrais prsenter une dfinition verbale, dire de quoi on s'occupe et tcher de nous en donner une ide d'ens