Judith Brown

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    22-Jul-2016

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Une femme ayant perdu le dernier membre de sa famille, hrite d'un htel. (nouvelle crite sur le thme: une personne hrite d'un htel extravagant )

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  • JudithBrown

    entin LeGuennec

  • Chapitre 1

    Le Velours Bleu

    Jai dcouvert que si on regarde dun peu plus prs cemonde magnifique, on trouve toujours des fourmisrouges dans ses profondeurs. David Lynch

    Un homme dans un costume chic, comme on envoit rarement Rabbit Hole, se tenait devant moi. Ilarborait un tailleur noir, une chemise blanche et unecravate rouge, ostensiblement et en parfait accordavec sa taille imposante, qui devait approcher les

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  • Quentin Le Guennec Judith Brown

    deux mtres. Ses oreilles lancs et abruptes, sur lesommet de son crne, lui rajoutaient au minimum 30centimtres, et ses grandes moustaches immaculeslui donnaient une mine austre. Je me prsente, Monsieur Stanley, commena-t-

    il. Nous avons eu peine vous contacter, MadameBrown. Quel intrt avez-vous de dissimuler ainsivos pistes? La pice tait claire dune lumire instable, clig-

    notante, et des tches de moisissure apparaissaientsporadiquement sur les murs. Rabbit Hole peut trefire de ses salles dinterrogatoire. . . Dsol de vous dcevoir, mais contrairement

    ce que vous semblez impliquer, je nai rien cacher,Monsieur Stanley. Cette situation minquite. Ma fourrure est trem-

    pe de sueur, jespre que le type ne la pas remarqu. Avez-vous de la famille, Madame Brown? de-

    manda Monsieur Stanley.- Jose imaginer que vous vous tes renseigns

    mon sujet avant de mon convoquer cet. . . inter-rogatoire. Non, je nai aucun parent vivant. En fait,

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    daprs mes souvenirs, je nai mme jamais connu defamille.- Jai en effet men une enqute. Vous avez raison

    en affirmant que vous navez pas de famille. Votregrand-mre est dcde hier.- Non, cest. . . cest impossible. Vous devez faire

    erreur, bgayai-je.- Je crains que ce soit la vrit, Madame Brown.

    Mais je ne me suis pas dplac en cet endroit miteuxpour annoncer un deuil. Vous aurez bien le temps depleurer dans les jours venir. Jai connu votre pre.Un homme respectable, croyez-moi. Il possdaitun htel aux confins de la ville. Hlas pour votrefamille, ltablissement ne gnrait pas normmentde revenus. Il tait dgrad, et votre pre, HollisBrown, navait plus dargent pour le rnover. Ilcroulait sous les dettes et lhtel croulait sous lesruines. Plutt ironique en comparaison son nom,Le Velours Bleu.- Que lui est-il arriv? Pourquoi a-t-il achet cet

    htel sil navait pas les moyens de lentretenir?- Je ne suis pas en mesure de vous rvler ces infor-

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    mations, je le crains. Toujours est-il que nous avonsdcid de louer lhtel.- Nous ? qui faites-vous rfrence?- Cessez de poser des questions et coutez moi.

    nous agissons pour le bien de Rabbit Hole, plusprcisement pour ses habitants. Je vais maintenantvous rveler la raison de votre prsence ii. Votregrand-mre, aprs la mort de votre pre, a hrit delhtel. Cest maintenant votre tour de le possder.

    Le chemin fut long jusque lhtel. Monsieur Stan-ley a insist pour my conduire. Je comprends main-tenant pourquoi lhtel na pas eu de succs. Ilressemble un asile psychiatrique abandonn enruines. Je ne suis jamais all dans ce coin de RabbitHole. Cest amusant de constater que l o la villeest la moins dense, la vgtation a repris ses droits. Jenai jamais vu darbres aussi hauts, et derrire lhtelsurgit une fort dense. Voici Le Velours Bleu, Madame Brown, je vous

    en prie, dit-il en mouvrant la porte. Je sentis un choc sur mon crne. Puis plus rien.

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  • Chapitre 2

    La chambre 47

    Cest un monstre. Quand il se lve, son ombre serpand dans la sale et sa silhouette est la forme latentede la ralit lorsque lon se rveille en sursaut duncauchemar. Il ne parle jamais, mignore. Quandil ne regarde pas la tlvision, il se masturbe ou sepique. Pourquoi suis-je ici? Pourquoi tout le mondesacharne-t-il sur moi?Tous les jours, quelquun glisse deux assiettes par

    la trappe de la porte, et tous les jours il vole la mi-enne. Je suis affam. La plupart du temps, je massois

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    dans un coin de la chambre, le plus loin de lui pos-sible, et jessaie de dormir. Il ny a mme pas delit - juste un fauteuil, et le type est toujours assisdessus. Les murs sont vert clair et la moquette ausol est bordeau. Je nai pas vu le jour depuis que jesuis ici (combien de temps cela fait-il?), et les seulessources de lumire sont lclairage de la tlvision,une lampe chevet prs du fauteuil et une lampehalogne aveuglante. Il porte un costume chic noiret blanc et une cravate rouge.Jentends les battements de mon cur dtruire ma

    cage thoracique sous le poids de langoisse. Parfois, ilrit, pour aucune raison, pendant plusieurs minutes,et je me bouche les oreilles pour ne pas lentendre.Je voudrais pouvoir mvader, mais je ne trouve

    aucun moyen. Je voudrais pouvoir rver. . . Mais jene peux pas, quelque chose chez ce connard menempche.Ce matin, je me suis rveill seul.

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  • Chapitre 3

    Tony Miller

    Jespre sincrement que vous comprenez. Tonyest un enfant. . . diffrent. Il na pas eu une viefacile, vous savez. Il a commenc manifester sesexcentricits il y peu prs un an. Il avait 11 ans lpoque. Une nuit, jai entendu la fentre de sachambre souvrir, jai rveill mon mari et lui aidemand daller voir se qui se passait. Il avait disparu.On est parti sa recherche et. . . Madame Millerfondit en larmes.- Que lui tait-il arriv? dtes moi, madame Miller,

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    nous avons besoin de tous les indices possibles.- Il avait achet avec son argent de poche un

    dguisement de super-hros, ou quelque chose dansle genre. Une cape rouge et un costume bleu, quirecouvrait tout son corps, sauf ses yeux, ses oreilleset ses moustaches qui dpassaient. Et il courraitsur les toits du quartier. Quand mon mari et moilavons aperu, quelques pats de maisons dici,nous tions affols. Nous lavons appel, mais il namme pas eu lair de nous reconnaitre. Nous avonsd appeler la police car il ne voulait pas sarrter. Ilsautait dimmeuble en immeuble. Je ne savais pasquil pouvait tre capable dune telle agilit. Unseul faux pas et il aurait possiblement fait une chutedune centaines de mtres et ce serait retrouv dansles bas fonds de Rabbit Hole. . . Oh, je vous en prieMadame Brown, vous devez mettre tous les moyens votre disposition pour le retrouver, lui implora-t-elle.- Nous faisons notre possible, madame. Vous savez

    que nombre denlvements ont t constats RabbitHole ces derniers mois. La police ne sait plus o

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  • Quentin Le Guennec Judith Brown

    donner de la tte. Quelles mesures avez-vous prisesaprs cette nuit? A-t-il recommenc fuguer?- Et bien, mon mari et moi lui avons donn une

    bonne correction. Nous lavons enferm dans sachambre pendant une semaine sans lui donner manger. Nous lui donnions seulement de leau detemps en temps. Nous pensions quil avait comprisla leon, mais une nuit, lhpital nous appels, monmari et moi, pour nous alerter que Tony tait chezeux. Ils lavaient retrouv en sang, le visage dfiguret couvert de bleus, dans une ruelle des bas-fonds. . .Les docteurs ont fait passer des tests psychiatriques Tony, mais il ne leur a jamais parl. Cest commesi. . . Comme sil tait dans une autre ralit que lanotre. Il est trs intelligent et sensible, vous savez. Quelle histoire. . . Quand je me rappelle cette

    conversation, je me demande vraiment lequel desparents ou du gosse est le plus tar. Des gens tars Rabbit Hole, ce nest pas a qui manque, bien sr,mais un gosse qui se prend pour un super-hros, cestune premire dans ma carrire. Remarque, a changedes drogus. Merde, mon tlphone sonne. Cest

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    mon boss. Judith Brown.- Un homme est ici et veut te parler. a a lair

    srieux. Un mec de la mairie, apparemment. Bref,ramne-toi vite.

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  • Chapitre 4

    Lappel du coyote

    Nombres dimages indsirables traversaient lespritde Hollis Brown. Sa vision tait dautant plus brouil-le par les cernes qui lui creusaient les yeux, et iltanguait au rythme dune valse lancinante. Le sangsgouttait de son poing serr, et son visage com-prim par la douleur vomissait une lueur jauntre.Sa cage thoracique tait stimule par des siementssuraigus occasionnels et il trbucha pour essayer dereprendre son soue. Il apposa son oreille contre

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  • Quentin Le Guennec Judith Brown

    le sol. Il entendait le supplice des rouages des usinesde Rabbit Hole, qui mme de nuit exeraient leurlabeur. La fort, lgrement claire par les lucioles,contemplait de haut son rejeton. Hollis sombra. Auloin dans le dsert, un coyote froid hurla.Ctait la dernire fois quHollis entendait ses filles

    faire crisser la balancelle sur le perron de la ferme.

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  • Chapitre 5

    Il vivait lextrieur dela ville

    La premire image que je fus capable de constater futlhomme en costume assis sur un fauteuil se tenantdevant moi. Puis ma mmoire revint peu peu enplace. Ma grand-mre, morte. Lhtel. Je me trou-vais dans une chambre dhtel. Et le type devant moitait le mme homme qui mavait conduit jusquici.En me ttant larrire du crne, je constatai que du

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  • Quentin Le Guennec Judith Brown

    sang y avait sch et ma fourrure tait poisseuse. Que. . . Que sest-il pass?- Judith. Je suis rassur que vous vous soyez rveil-

    le. Vous vous tes vanouie, semblerait-il, rponditMonsieur Stanley.Jessayai de me relever, mais ce fut impossible tant

    jtais tourdie. Je voudrai sortir maintenant. Je ne veut pas de

    cet htel. Je vous le donne.- Je crains que ce soit impossible, Judith.- Pourquoi? Quest-ce que je fais ici? puis jhurlai:

    LAISSEZ-MOI SORTIR!- Je vous aime bien, Judith. Je nai normalement

    pas le droit de communique