LA PLEINE CONSCIENCE - ?· souhaiteraient commencer à pratiquer la méditation de pleine conscience.…

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    11-Sep-2018

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<ul><li><p>Revue qubcoise de psychologie (2014), 35(2), 1-7 </p><p> LA PLEINE CONSCIENCE </p><p> MINDFULNESS </p><p>PRSENTATION </p><p>Le secret dune vie saine de corps et desprit est de ne pas regretter le pass, de ne pas sinquiter de lavenir [], mais de vivre sagement et sincrement dans le moment prsent (Bouddha, 556-480). </p><p> La recherche rcente dmontre quil est possible de changer les </p><p>patrons dactivits du cerveau par la mditation pleine conscience (voir lEncadr). La pleine conscience est un tat de conscience qui merge du fait de porter attention de manire intentionnelle au moment prsent, sans juger lexprience qui se droule moment par moment (Kabat-Zinn, 2003, p. 143). Beaucoup dautres effets de la pleine conscience ont t documents par de nombreuses recherches menes depuis trois dcennies. Le prsent dossier a pour objectif de rendre compte des crits scientifiques sur la question et des perspectives de dveloppements. cet effet, nous avons fait appel des collaborateurs des tats-Unis, de France, de la Belgique et du Qubec qui font le point sur des aspects prcis, objets de leur expertise. Dans cette Prsentation, nous nous limiterons numrer les bienfaits de la pleine conscience, prsenter brivement les contributions et suggrer quelques lectures pour ceux qui souhaiteraient commencer pratiquer la mditation de pleine conscience. Auparavant, il convient de prsenter les deux traditions occidentale et orientale qui ont valoris diffremment la mditation de pleine conscience. </p><p>DEUX TRADITIONS </p><p>Dans lAntiquit grecque, les Pythagoriciens recouraient lexamen de conscience en vue de sonder leur tat mental, les Stociens proposaient de se prparer par la pense supporter les coups du sort tandis que les picuriens recommandaient la limitation des dsirs par divers exercices spirituels (Hadot, 2014). Lempereur-philosophe Marc-Aurle (121-180) considrait que la rflexion attise la conscience joyeuse que lon est une partie du monde et donne le courage daccepter la ralit telle quelle est. Nietzsche y fait cho, 2000 ans plus tard, avec son amor fati (amour du destin), non pas rsignation, mais acquiescement et acceptation joyeuse de la ralit (Le gai savoir, 276). Plusieurs autres philosophes, comme Pascal et Schopenhauer, nous ont invits prendre conscience de ce qui nous arrive. Les philosophes existentialistes, pour leur part, ont insist sur limportance de la prise de conscience de </p></li><li><p>Prsentation </p><p>2 </p><p>Encadr </p><p> Le moine dans la machine 1 : Dmonstration de lefficacit de la pratique de la mditation grce lIRM </p><p> Un moine bouddhiste tibtain de 47 ans entran la mditation est invit mditer </p><p>lintrieur dun scanner2. Il pratique la concentration sur un point qui, dans le prsent cas, est un point lumineux projet dans le cylindre. Sa tche consiste mditer (se concentrer) pendant deux minutes et 40 secondes pour ensuite se reposer pendant 90 secondes, en rptant ce cycle 10 fois. Quatorze mditants experts de 46 ans (en moyenne) feront de mme. Ce groupe de moines est compar 27 mditants novices : certains du mme ge ainsi que des tudiants. Ces novices ont reu un cours intensif dune heure sur la mditation-concentration et ont mdit environ 4-5 heures par priodes de 30 minutes au cours de la semaine prcdente. </p><p>Lquipe de Davidson a obtenu des rsultats impressionnants dont ceux-ci : 1) Les rgions du cerveau impliques dans lattention sont plus actives pendant la mditation que pendant la priode de repos chez tous les participants. Ces rgions sont plus actives chez les mditants experts que chez les novices. 2) On a distingu deux catgories dexperts : ceux qui ont cumul 19 000 heures de pratique (en moyenne) font preuve dune activation plus grande (que les novices) dans les rgions associes lattention; ceux qui ont (en moyenne) 44 0003 heures de pratique font preuve de moins dactivation dans ces mmes rgions. Les chercheurs expliquent que les plus expriments ont plus de facilit et ont besoin de moins deffort pour maintenir leur concentration tant donn leur long entranement. 3) Les chercheurs ont introduit rgulirement des bruits dune dure de deux secondes dans les couteurs des participants, durant les priodes de repos et de mditation : un son neutre : bruit dans un restaurant, un son positif : le vagissement dun bb, un son ngatif : les cris dune femme en dtresse. Les novices furent perturbs, les experts-moyens ont connu une certaine rduction de concentration et les grands experts nont subi aucun changement dans les zones impliqus dans lattention. 4) Chez les grands experts, on note galement une activation moindre de lamygdale en raction aux cris de la femme, ce qui signifie un meilleur contrle de la concentration face un vnement consonance motionnelle, ce qui ne rduit aucunement les capacits dempathie et de compassion. </p><p>Les rsultats de cette recherche inusite dmontrent que lentranement de lattention est possible, comme pour nimporte quelle habilet, et que cet apprentissage laisse des changements permanents dans le cerveau. (Le rapport dtaill est publi dans Brefczynski-Lewis, Lutz, Schaefer, Levinson &amp; Davidson, 2007; on trouve un compte-rendu abrg dans Davidson &amp; Begley, 2012, pp. 215-218. Pour dautres tudes avec des experts sur la mditation de compassion, voir Lutz, Greischer, Rawling, Ricard &amp; Davidson, 2004; Lutz, Brefczynski-Lewis, Johnstone &amp; Davidson, 2008). notre existence-dans-le-monde . En recherche psychologique contemporaine, Langer (2009) reprsente cette tradition occidentale par ses tudes sur la pleine conscience (mindfulness) en dmontrant les inconvnients de labsence de conscience (mindlessness) pour la sant </p><p>1. Lexpression est de Davidson &amp; Begley (2012, chapitre 10). 2. Il sagit de lappareil utilis en imagerie par rsonnance magntique (IRM). 3. 19 000 heures de pratique reprsentent cinq heures par jour pendant 10 ans; 44 000 </p><p>heures = mme pratique quotidienne pendant 25 ans. </p></li><li><p>RQP, 35(2) </p><p>3 </p><p>physique et mentale ainsi que sur les relations que nous entretenons avec autrui. </p><p>Les recherches scientifiques rcentes dans le domaine de la pleine conscience sinspirent majoritairement de la longue tradition bouddhiste qui est parvenue en Occident il y a quelques dcennies. Kabat-Zinn fut lun des pionniers dans lapplication thrapeutique de cette approche, dmontrant que la pratique de la mditation pleine conscience attnuait la douleur chronique (1982) et le stress (1990/2012). Depuis lors, une documentation plthorique1 sest accumule sur les moyens datteindre et de dvelopper la pleine conscience, sur les interventions thrapeutiques qui sen inspirent et sur les bienfaits quelle apporte. </p><p>LES BIENFAITS DE LA PLEINE CONSCIENCE </p><p>Selon Masicampo et Baumeister (2011), les processus conscients sont apparus rcemment dans lvolution de ltre humain. Ce sont des processus coteux psychologiquement et biologiquement. Ces auteurs sont davis que cette capacit unique et propre lespce humaine sert bien les exigences sociales et culturelles de notre nature. </p><p> lorigine, la mditation pleine conscience ntait pratique que pour elle-mme. Comme le veut la tradition bouddhiste, Il ny a pas de voie pour la pleine conscience, la pleine conscience est la voie (Kwee, 2013, p. 364). Cest une activit quon peut qualifier dautorenforatrice qui calme lesprit et apporte lveil. Mais avec les techniques thrapeutiques qui sen inspirent, les chercheurs ont dmontr quune pratique suivie gnre de multiples bienfaits. </p><p>La lecture du prsent dossier et de la documentation sur le sujet dmontrent lexistence de nombreuses consquences positives de la conscience et particulirement de la pleine conscience. Les recherches indiquent que la pratique de la pleine conscience permettrait notamment de contribuer : Reconfigurer les interactions entre les rgions du cerveau (par </p><p>exemple, de renforcer les connections entre les rgions impliques dans lattention). </p><p> Amliorer la sant physique et prolonger la vie. Lutter contre la douleur chronique, le stress et lanxit. Soigner la dpression et prvenir les rechutes. Diminuer les risques dpuisement professionnel. Corriger le dficit dattention avec hyperactivit. 1. Tmoignent de ce foisonnement, la naissance de la revue Mindfulness en 2010, le </p><p>Handbook of mindfulness dit par Brown, Cresswell et Ryan (2014) ainsi que le Handbook of mindfulness and self-regulation dit par Ostafin (2014). </p></li><li><p>Prsentation </p><p>4 </p><p> Rguler les comportements alimentaires. Amliorer le fonctionnement cognitif et mieux le connatre. Stimuler la crativit. Amliorer la qualit du travail et la productivit. Contribuer la dcouverte de soi et lactualisation de soi. Faire face aux alas motionnels. Favoriser lquilibre mental (attention, cognition, affect). Rendre plus optimiste. Assurer un certain niveau de compassion pour soi. Faire grandir la spiritualit et la maturit au plan moral. Favoriser ladoption de buts intrinsques (et non extrinsques). Augmenter laltruisme, lempathie, la compassion, la bont. Amliorer les relations avec autrui. Augmenter lengagement dans des comportements cologiquement </p><p>responsables. Donner un sens plus profond lexistence. Amliorer la qualit de vie, le bien-tre et le bonheur. (Fredrickson, Cohn, Coffey, Pek, &amp; Finkel, 2008; Henry, 2013; Kabat-Zinn, 1990/2012; Langer, 2009; Malinowsky, 2013; Niemiec &amp; Ryan, 2013; Shapiro, 2009 ainsi que les articles du prsent dossier). </p><p>LES CONTRIBUTIONS </p><p>Le dossier dbute avec une reprsentante de la tradition occidentale, Ellen Langer (Universit Harvard) qui a une longue carrire de recherche sur la pleine conscience ou conscience rflchie, son approche accordant peu de place aux pratiques mditatives traditionnelles. Avec La pleine conscience et le recouvrement du contrle sur sa vie, Christelle Ngnoumen, jeune collaboratrice de Langer, effectue une revue exhaustive des travaux de cette dernire. Ces recherches tmoignent dune proccupation constante lgard des comportements automatiques et des strotypes. Par la confrontation des ides prconues dans les domaines de la sant, de lducation et du vieillissement, Langer travaille diminuer labsence de conscience (mindlessness) et augmenter le contrle personnel. </p><p>Les quatre textes suivants se situent dans la tradition orientale avec des recherches et interventions qui se basent sur la pratique de la mditation de pleine conscience. Ces articles portent sur la sant, la douleur chronique, lapplication de la pleine conscience aux enfants et aux adolescents et enfin sur la pleine conscience en milieu de travail. </p><p> Larticle de Marion Trousselard, Damien Claverie, Frdric Canini et </p><p>Dominique Steiler sintitule Pleine conscience, stress et sant. Ces </p></li><li><p>RQP, 35(2) </p><p>5 </p><p>chercheurs franais font voir les avantages de la capacit dattention sur diffrents types de problmes et font le point sur les bnfices de la pleine conscience pour la sant et la rsilience. Au terme de leur revue de recherches, ils insistent sur le fait quun mcanisme commun bas sur une meilleure perception de soi et de son rapport aux autres puisse tre lorigine des bnfices de la pleine conscience sur la sant et les comportements de sant . </p><p>Frdrick Dionne et Marie-Claude Blais traitent dun thme qui, ds le dbut des annes 1980, tait abord par J. Kabat-Zinn, pionnier dans la recherche sur la pleine conscience en occident. En effet, dans leur article Pleine conscience et douleur chronique : tat actuel des connaissances, ces chercheurs qubcois prsentent nombre dtudes qualifies de prometteuses , mais recommandent que dautres tudes rigoureuses soient effectues pour appuyer lefficacit des interventions dans le domaine. Ils concluent quactuellement il convient dutiliser la pleine conscience comme traitement adjuvant un traitement interdisciplinaire ou un traitement de nature cognitivo-comportementale . </p><p>La contribution de Sandrine Deplus, Magali Lahaye et Pierre Philippot sintitule Les interventions psychologiques bases sur la pleine conscience avec lenfant et ladolescent : les processus de changement. Dans leur article, ces chercheurs belges font une revue exhaustive des recherches, proposent un modle de la pleine conscience et mettent laccent sur les processus psychologiques cibls par les interventions. Autant dlments essentiels pour dvelopper des outils dvaluation pertinents, pour prciser les indications des interventions et pour amliorer les interventions . </p><p>Simon Grgoire, Charles Baron et Francesco Montani ont rdig un article intitul La prsence attentive en milieu de travail : recherche et intervention. Ces chercheurs prsentent un regard critique sur les tudes portant sur la prsence attentive en milieu de travail. Ils portent une attention particulire aux effets des interventions sur la sant psychologique, le leadership, le rendement ainsi que sur la crativit et linnovation. En conclusion, ils souhaitent que ltude des mcanismes sous-jacents soient approfondie, que de nouvelles dimensions soient explores, que des devis qualitatifs et des instruments de mesure mieux adapts soient dvelopps. </p><p>Les deux derniers articles discutent dun thme qui devient de plus en plus prgnant : les relations entre lapproche de la pleine conscience et la psychologie positive. Ces articles dmontrent une convergence remarquable entre lapproche de la pleine conscience et les recherches en </p></li><li><p>Prsentation </p><p>6 </p><p>psychologie positive (Shankland, 2014). Ils sinscrivent dans un courant dont tmoignent les ouvrages de Kashdan et Ciarrochi (2013) et Niemiec (2014). </p><p>Dans son article Pleine conscience et forces du caractre, Emily Lykins met en parallle les bnfices de la pleine conscience et la promotion du fonctionnement optimal mise de lavant par la psychologie positive. Elle met en vidence limportance du dveloppement des forces personnelles pour latteinte du bien-tre et du bonheur. Elle conclut que ces approches de la pleine conscience et des forces du caractre se soutiennent mutuellement dune faon synergique et peuvent tre utilises avec profit dans le champ de la sant mentale . </p><p>Rbecca Shankland et Christophe Andr largissent les perspectives dans leur article Pleine conscience et psychologie positive : incompatibilit ou complmentarit? Aprs avoir prsent les divergences de postures et la similitude des consquences observes sur le bien-tre , ces chercheurs franais concluent la richesse de la complmentarit entre ces deux approches , si lon se positionne dans une optique de sengager pratiquer sans rechercher des bnfices spcifiques ou immdiats. </p><p>Pour ceux qui voudraient sy mettre, Hanson1 (2013) suggrent des mditations courtes pratiquer plusieurs fois par jour et qui font entrer le positif en soi . On trouvera galement une bonne initiation dans Alidina (2010/2013); Andr (2011); Kabat-Zinn, (2012) et Ricard (2010). Bonne lecture! </p><p>RFRENCES </p><p>Alidina, S. (2010/2013). Mditation : la pleine conscience (collection Pour les nuls ). Paris : d. Grnd. </p><p>Andr, C. (2011). Mditer jour aprs jour. Paris : LIconoclaste. Brefczynski-Lewis, J., Lutz, A., Schaefer, H., Levinson, D., &amp; Davidson, R. (2007). Neural </p><p>correlats of attentional expertise in long-term meditation prac...</p></li></ul>