La Reine Au Coeur Puissant

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    30-Jul-2015

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<p>Christia Sylf</p> <p>LA REINE AU CUR PUISSANTCHRONIQUE ARCHAQUE CHINOISE</p> <p>Roman</p> <p>2005 Alexandre Moryason diteur</p> <p>Quatrime de couverture :LA REINE AU CUR PUISSANT de Christia Sylf Aprs KOBOR TIGAN'T, aprs LE RGNE DE TA, les deux premiers volumes de la Chronique des Gants, aprs MARKOSAMO LE SAGE, Chronique d'Atlantis, les hros du cycle de cette grande saga entreprise par Christia Sylf, c'est--dire : AMO, TO et TA, OPAK, ABIM, ANGE, sont rincarns une nouvelle fois. En Chine archaque, deux mille ans avant notre re, ils se retrouvent, pour s'aimer ou se har, pour se soutenir ou s'affronter, selon les effets de leur karma, prtablis par les actes de leurs incarnations prcdentes. Leur matre intemporel veille toujours sur eux : KBL est devenu le HOUA-JEN, le Mage. voluer, mourir soi-mme pour renatre initiatiquement, ce sont l des tapes humaines vritablement alchimiques ! Et l'auteur a respect au long du rcit les phases exactes du Grand-uvre, dont le droulement s'objective dans et par un tre prdestin : la Reine au Cur Puissant. En cette LI-TCHONG de prodigieuse nature, YIN et YANG se conjuguent pour lui donner la finesse de la Femme et la force de l'Homme. Progresser, gouverner, dfendre le CHAN-SI, rassembler aussi les membres de sa famille spirituelle, les harmoniser, et se transmuer elle-mme, telle sera son uvre inoubliable, dont les Annalistes du temps notrent pour la postrit les surprenants vnements qu'un Cleste Dragon ensemena... </p> <p>Et ainsi se clt un cycle de vies, boucle infime parmi des milliers de boucles que tissent le Temps et l'Espace pour nous enserrer dans la ncessit d'voluer en Conscience et en Vrit.</p> <p>CHRISTIA SYLF J'ai voulu rendre l'homme, par mon travail d'criture, la vrit de sa puissance voile, le ramener lui-mme, sa naturelle transcendance, ses clestes origines, toutes ses divines possibilits. Christia Sylf Ne d'une mre cantatrice et d'un pre industriel, Christia Sylf fut une enfant fragile, solitaire, grave et rieuse la fois, constamment en proie un flot de questions qu'elle s'acharnait ne pas laisser sans rponse. Elle perut dj avec certitude d'autres vrits, d'autres valeurs, Je suis d'ailleurs avouera-t-elle plus tard ! Dtestant l'cole, elle apprit lire cependant, sans que l'on st comment et, dix ans, elle connaissait par cur outre le dictionnaire Anatole France, Honor de Balzac, George Sand, Gustave Flaubert, mile Zola, Thophile Gauthier et Victor Hugo... Toutefois, par respect pour ses matres, elle choisit d'tre une bonne lve et, rentre la maison, elle explorait avec passion l'Astrologie, la Thosophie, le Symbolisme, les Folklores, les Traditions, les Coutumes et toutes les Religions. Ds qu'elle sut crire, elle composa des pomes, retrouvant en elle-mme le talent d'une trs ancienne conteuse. En 1961, aprs un premier mariage qui la laissa puise, elle trouva son me-sur, le peintre sotriste Marcel Calo dit Kerlam qui, ds la premire rencontre, la reconnut ... De longues annes difficiles et sans espoir les sparrent jusqu'en 1964, date laquelle ils purent enfin quitter Paris pour aller vivre ensemble en Ardche, dans un village du Vivarais, Saint Montan Le Pays du Vivre . Elle sentait le Monde et les Mondes, plus lgers et tnus, ceux que ne peroivent pas les yeux des hommes et que seul le cur sait pntrer et, par ses voyages intrieurs, elle comprit que, malgr la dception que savent si bien prodiguer les tres humains, elle ne pouvait que les aimer et les aimer profondment... ...L'tre qui n'ose pas affronter son immense merveille, ce prisonnier dchirant et dchir qui se confine lui-mme dans son troitesse de convention... . Et c'est ainsi qu'un jour, l'inspiration foudroyante du Grand Cycle des Chroniques l'envahit. Elle capta les Mondes Perdus, ces Continents engloutis qui reviennent pour enchanter les narrations du soir... l'Atlantide renaissait : Je parlerai de l'Atlantide, avec mes mots moi, et de mon mieux. Parce qu'elle me fut connue et qu'elle me reste chre, comme le sont toutes les trangets que l'on apporte avec soi en naissant. Elle est de mon bagage. C'est une gemme de mon trsor. Le premier volume du Cycle Kobor Tigan't vit le jour alors que les mmes Mondes apparurent sous le pinceau de KerIam. Ce travail, fait de qutes psychiques au sein de l'invisible, lui cota trs cher : au fur et mesure qu'elle captait et qu'elle crivait, la maladie gagnait son pauvre corps physique... mais le plus terrible fut ces enjeux spirituels qu'elle dut affronter et dont on ne peut, encore ce jour, rien dire ouvertement. Elle-mme crivit : Je parlerai de l'Atlantide ! Mais en aurai-je vraiment le temps ? La puissante monte diluvienne ne viendra-t-elle pas arrter ma main et noyer tous ces signes studieux que je trace ainsi petite patience ?... Ainsi, telle la chvre de Monsieur Seguin, elle lutta jusqu'au terme de ses forces, sans pouvoir cependant clore son uvre. Elle quitta brutalement ce monde la fin des annes soixante-dix. Cette extraordinaire tapisserie des Grandes Chroniques nous est donc offerte avec un style travaill au petit point , somptueux, grandiose, barbare et savant dont Christia Sylf tudia les effets d'une faon mthodique. On peut parler de cette uvre comme d'une cration littraire unique, hugolienne par sa puissance visionnaire et flaubertienne par sa beaut plastique qui nous rappelle la luxuriance des jardins d'Hamilcar... Mais, en ralit, il s'agit de tout autre chose... Puisse chaque lecteur retrouver dans les trfonds de sa conscience le secret de ses origines et, ravivant cette trs ancienne mmoire qu'il porte en lui sans le savoir, ressentir son propre parcours dans l'Espace et le Temps, lors de ces vies et ces vies, passes ici et l en Atlantide, en Asie... Il saura alors mieux reconnatre les racines de son prsent. Tel est le merveilleux cadeau que nous fit Christia Sylf... L'diteur</p> <p>Aux vritables Alchimistes, Ceux du Silence</p> <p>PRFACE DE L'AUTEUR</p> <p>A CHINE, la Vieille Chine, cette Autre Terre, insre dans notre terre mais non intgre, plante insolite sur notre plante, LA CHINE, son pass immmorial, son luxurieux fond traditionnel, ses mythes somptueux et terrifiants, son intelligence de la combinatoire des lments, son don pour nommer et personnaliser toutes choses, l'troite adhsion de son vivre aux rythmes de la Nature, sa science des dynamismes, ses structures mentales diffrentes des ntres et dbouchant sur d'autres logiques, sa certitude de l'Immuable jointe celle du Changement, sa connaissance enfin dans l'Art des Transmutations, tout cela qui fait La Chine m'a toujours attire et passionne. De mme j'ai toujours t attire et passionne par l'Alchimie. Mais d'abord, pourquoi la Chine ? Parce que, d'une certaine manire, une importante partie de mon tre est elle seule une vieille Chine. Celle-ci, galement autre plante dans ma plante personnelle, s'insre en moi, dans ce que j'ai de terrestre, sans s'y intgrer vraiment. Mais elle est l, indubitable et, surtout, accessible. Et si elle ne vient pas couramment vers moi, par le fait de notre vie prsente, je peux toujours librement aller elle, la retrouver, m'harmoniser de nouveau ses lois spcifiques, tout ce dont elle est gardienne. Ensuite, pourquoi l'Alchimie ? Parce que pour moi, comme pour quelques autres heureusement, Elle est la Cl des Cls, tant la Chimie de El, c'est dire de Dieu et que tout, absolument, tout, en Haut comme en Bas, s'labore selon le processus alchimique. Il m'a donc paru piquant et trange de runir Alchimie et Chine en un roman dont le droulement et les temps forts seraient la premire, tandis que les lments, les dcors, le matriel foisonnant participeraient de la seconde. noter qu'Alchimie et Chine ne sont nullement trangres l'une l'autre, bien au contraire, puisque ce pays est le premier attester historiquement de la pratique de l'Art Royal : Les Sages Taostes connaissaient le Cinabre, et les vertus de La Longue Vie. Et d'autres Sages avant eux certainement, dans la poussire des Antrieurs... Et, bien que ce rcit se situe deux millnaires avant toute codification crite du Taosme, il est certain que les Arcanes alchimiques s'exprimaient dj par le travers du gnie chinois, tout imprgn de ces principes. En tudiant les mythes chinois archaques, l'on s'aperoit bien vite qu'ils parlent le mme langage symbolique que les Matres alchimistes occidentaux. J'ai eu la joie d'y redcouvrir, pas pas, bon nombre d'images-forces. Licorne, Dragon, Phnix ne sont pas les moindres. Jusqu'au Mrier Creux , homologue du Chne Creux , si cher aux Adeptes... J'ai donc bti tout ce rcit, d'une part, avec la plus sincre fidlit aux traditions chinoises et, d'autre part, selon la progression exacte de toutes les Oprations du Magistre. ... La MATERIA PRIMA tant ici le Personnage Principal, connu sous le nom de : Li-Tchong, LA REINE AU CUR PUISSANT...</p> <p>L</p> <p>Correspondance des rincarnations pour les Personnages-Racines travers les quatre premiers volumes du Cycle des Chroniques</p> <p>KOBOR TIGAN'T LE RGNE DE TA ABIM AMO ANGE ATA-R MATRE KBL OPAK TA TO T'LO D</p> <p>MARKOSAMO LE SAGE ABIMNAZAR MARKOSAMO MARKANGE ATORA KIBLO OPAKIONA LONATA GADATO ...</p> <p>LA REINE AU CUR PUISSANT HOUEN-TOUEN (Tohu-Bohu) LI-TCHONG (Cur-Puissant) TS'ING (La Pure) TA-TCHOU (Grand-Sapin) LE HOUA-JEN (Le Mage) TCHOUO-PO (Trs pais Seigneur) PA-YUN (Nuage Blanc) KIUN-TSEU (Le Gentilhomme) TCHANG-O (Crapaud-Lune)</p> <p>CHAPITRE I</p> <p>Ici, dans ce Monde, il y a Un ct Yin, un ct Yang. Un moment de froid, un moment de chaud. Un gouffre d'ombre, un sommet de lumire. Une coule de lune, une ruption de soleil. Une nuit, un jour. Ici, la femelle et l, le mle. La porte se ferme, la porte s'ouvre. C'est la Loi de l'Alternance. Et ce Monde y est soumis. Tout y va, de l'un l'autre tat, ainsi.</p> <p>... Mais il arrive que Yin soit en parfaite harmonie d'quilibre avec Yang !</p> <p>A</p> <p>LORS, CE N'EST NI NUIT, NI JOUR, ni lune, ni soleil, ni mle, ni femelle, mais c'est Grand'Autre Chose qui intervient dans ce Monde et dans la Loi de l'Alternance.</p> <p>Alors, oui alors, un gnie descend du Mont Tchan-Yuan. Il descend pour annoncer aux hommes leur prochain tonnement, celui dont ils transmettront le souvenir toutes leurs lignes futures. Ce messager de l'inoubliable, c'est le li au fin museau de renard. Ses yeux brillent comme des prunes. Il sourit en triangle. Il sent bon le miel. Il ptille et court comme un feu d'herbes. Il secoue sa crinire bruissante, se dresse tout debout, nous regarde jusqu'au foie et proclame : Je suis Yin et je suis Yang, moi, le li, le parfait, le paisible qui ne connat nulle jalousie. Je me suffis moi-mme et ne convoite ni le mle ni la femelle. En moi, le li, les deux natures du Monde concertent et s'harmonisent. J'ai la double Vertu. Je suis le Trs Rare, l'Harmonique. Quand le li parat ainsi, le Dcret du Ciel est proche de son changement, les Temps uss se renouvellent et les Souverains en place voient venir leur dclin. Alors la suite de la Course du li, l'Exceptionnel Printemps se dgage tout seul du printemps coutumier...</p> <p>Quand la licorne Ki-lin s'en va brouter dans la Fort des Pchers... Quatre mille ans avant notre Temps d'Afflictions et d'Immondices, sous la dynastie des Hia, fonde par le Danseur Cosmique Yu le Grand, il advint effectivement que le li descendit du Tchan-Yuan et que l'Exceptionnel Printemps surgit sa suite comme il le devait. Il faut comprendre, pour l'intelligence de ce rcit, que l'Exceptionnel Printemps, lorsqu'il se produit, sait rallier lui, discrtement, ses lus, en leur donnant toutes les audaces. Il vient les trouver o qu'ils soient et quels que soient leur rang ou leurs occupations. Il les incite, les intrigue, les enfivre, ne leur laisse nul repos. Insidieux, envahissant, charmeur, il les enivre et les transporte comme au-del d'eux-mmes.</p> <p>D'ailleurs, de mmoire d'historiographe, aprs une annonciation par le li, nul missionn du Ciel ne rsistera jamais aux appels de l'Exceptionnel Printemps. Ce serait l une inconcevable impit. Et de justes reprsailles du Souverain d'En-Haut en surviendraient forcment, dont on n'ose mme point imaginer ni le genre ni l'ampleur. Or donc, il y a quatre mille ans, dans le Chan-Si, prs de la rivire Fen, o s'levait Hia-tsong, la Capitale, le li parut, l'Exceptionnel Printemps surgit. Et la Dame Mi, la Belle, la Charmante, au premier jet de ce petit matin-l, dcida de sortir seule et sans rien dire, du palais de son Seigneur. Celui-ci tait Hiong-eul, Oreille d'Ours, le bien nomm car de nature susceptible, curieux de tout, gourmand de tout, grognon pour tout, et tout aussi largement magnanime pour qui lui agrait que totalement froce pour qui lui dplaisait. Grand, gros, noir, pais, long de torse, court de jambes, il tait fastueux, libidineux, autoritaire, et velu du col aux talons comme son animal homologue. Son pouvoir ne se discutait pas. la manire de certains insectes au lourd parfum, il exsudait son rgne, tout autour de lui, loin la ronde, dans ses tats. Il avait la Vertu. Le Centre, c'tait lui. Il descendait de Yu le Grand. Il tait guerrier et appliquait soigneusement la rgulation de sa justice : longueur d'annes, autour des ttes de ses ennemis, plantes sur les Bois d'Infamie de l'Ouest, les essaims de mouches bleues bourdonnaient pour en tmoigner. Dans ses tendards de guerre, les mes captives flottaient en geignant au vent pour sa gloire. Chez lui, il foulait au pied les dpouilles des tigres jaunes et des lopards blancs qu'il avait tus la chasse. Et des peaux d'ours rays tapissaient son antichambre. Il avait des volires pleines d'oiseaux chanteurs qu'il nourrissait la main. Leur ramage le faisait pleurer de plaisir. Il avait son thtre. Il aimait les jongleurs et, par-dessus tout, les devins. Il tremblait et criait de peur quand le fantme de sa grand-mre gourmande le frlait pour humer les plats choisis qu'il lui ddiait pieusement. Il accomplissait scrupuleusement les sacrifices aux dieux, aux gnies, aux anctres. Les actes de sa vie assuraient la cohsion de son pays. Il possdait deux pes magiques, la renomme fameuse. L'une tait mle, l'autre femelle. L'une sifflait en frappant, l'autre roucoulait en s'abattant. On disait que l'une donnait la mort et que l'autre ressuscitait. Elle ne se compltaient et ne se rencontraient que lorsqu'il le voulait bien... La Dame Mi, la Belle, la Charmante, celle qui s'en allait de si bon matin, toute seule travers le palais endormi, tait une de ses concubines, Troisime pouse Baldaquin Jaune. Pour une dame de cette classe, srieuse, bien leve, consciente des usages, respectueuse de l'tiquette, c'tait dj un grand miracle vraiment que de seulement concevoir une telle escapade. Quant la raliser, comme elle le faisait prsentement, cela tenait tout bonnement du prodige. Par printemps banal, songez-y, Mi, la Charmante, n'et pas mme t capable de franchir sans soutien, sans escorte et sans gouvernante le Seuil des Merveilles Aimables qui limitait ses appartements. Pourtant, tout cela, elle le savait, la Belle. Eh bien, elle en riait, et plus encore, elle s'en moqu...</p>