Lacan quotidien 505

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    11-Nov-2015

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505

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<ul><li><p>2Mardi 28 avril 2015 21h00 [GMT + 1] </p><p>NO 505 Je naurais manqu un Sminaire pour rien au monde PHILIPPE SOLLERS </p><p>Nous gagnerons parce que nous navons pas dautre choix AGNES AFLALO </p><p>www.lacanquotidien.fr </p><p>Le djihadisme, en prise sur la modernit par Pascale Fari </p><p> On peut sinterroger sur le fonctionnement du signifiant-matre. </p><p>[Cest] une faon [] de se rendre compte comment quelque chose </p><p>qui se rpand dans le langage comme une trane de poudre, </p><p>cest lisible, cest--dire que a saccroche, a fait discours . </p><p>Jacques Lacan, LEnvers de la psychanalyse </p><p> Comment capter lintgrisme musulman dans sa radicalit et sa modernit ? Jacques-Alain </p><p>Miller nous y engageait rcemment lors de la clture1 de la troisime journe de lInstitut de </p><p>lenfant. </p><p>clectisme hyperbranch </p><p>Dabord en brossant la toile sur laquelle il se rpand, cest--dire les mutations de lordre </p><p>symbolique au XXIe sicle : l affaissement du Nom-du-Pre saccompagne de </p><p>lmergence dun Autre de la demande tyrannique et mchant ; le savoir porte de clic </p><p>saffranchit de lAutre du dsir et du savoir pour nvoquer que quelques pistes extraites </p><p>par J.-A. Miller. </p><p>On le sait, la propagande djihadiste (qui, au sein de lislamisme, dtonne par la </p><p>glorification de la violence comme moyen et comme fin) sest fait une expertise du </p><p>recrutement par internet. Rien ne manque larsenal : sites (des jeux en ligne jusquau </p><p>mariage entre sectateurs), forums, vidos, chanes spcialises, et bien sr les rseaux </p><p>sociaux Le storytelling y est abondamment exploit. Et, cest un must, le spectacle nest </p></li><li><p>jamais oubli ; rnovant lantique tradition de la Waisya (testament)2, le dernier </p><p> tmoignage , posthume, est soigneusement scnaris, avant dtre diffus aux quatre coins </p><p>de la plante comme la voix du martyr par del la mort . </p><p>Moderne, lidologie djihadiste lest aussi par sa manire bien spciale de surfer avec </p><p>lquivoque, puis de sen servir comme dun entonnoir commencer par le recyclage du </p><p>terme sacr de djihad (cet effort que chaque musulman doit accomplir pour se rapprocher </p><p>de Dieu) en apologie du terrorisme obligatoire. Incroyable coup de pub ! Et beaucoup plus, si </p><p>affinits </p><p>Une maladie du S1 </p><p>Dans son analyse percutante3, Rginald Blanchet pingle une caractristique majeure des </p><p>jeunes djihadistes franais, celle dtre des dsaffilis . Ces jeunes, note-t-il, sont relgus </p><p>tels des parias ou des rebuts du capitalisme occidental. Dire quils sont dsaffilis, cest aussi </p><p>dire quils sont privs dune marque distinctive, dun signifiant-matre (S1) qui les </p><p>reprsenterait4. Car cest partir dun trait particulier que le sujet peut se situer et prendre la </p><p>parole ; cette marque premire sera ensuite le support de toutes les diffrences venir. Mais, </p><p>sans cette affiliation symbolique, impossible de sinscrire dans un ordre du monde o il a </p><p>sa place 5. </p><p>Lre de la globalisation est celle de la dissolution du signifiant-matre, entranant perte </p><p>des repres et crise des identifications. Mais cette dsorientation subjective, notait J.-A. Miller </p><p>ds 2002, provoque en retour un appel au signifiant-matre dautant plus exacerb quil </p><p>apparat dtach du reste, et dautant plus insistant quil apparat clairement comme </p><p>supplmentaire 6. Le besoin de reconstituer des bulles de certitude est patent. Se </p><p>prsentant comme une planche de salut inespre, le Un islamiste accroche, organise le </p><p>discours et fait lien social. </p><p>Nest-ce pas l un ressort majeur de la passion islamiste en tant que promotion dun Un </p><p>absolu, sans dialectique et sans compromis 7 selon la formule de J.-A. Miller ? Se devant </p><p>dtre sans reste, la soumission Dieu supple dautant mieux une singularit en dfaut </p><p>quelle requiert leffacement de la subjectivit. Do lardeur du ct born again, si </p><p>frquemment mis en avant dans les trajectoires de radicalisation. </p><p>Sous couvert de transcendance, il sagit dutiliser et dexalter la dsubjectivation : Si </p><p>nous parvenons immuniser lindividu sur le plan confessionnel et oprationnel, il sera </p><p>habill dune cuirasse scuritaire. 8 Telle une citadelle solide et imprenable, impossible </p><p>infiltrer et fire de mourir pour la dfense de sa foi , le djihadiste devra supporter les </p><p>consquences traumatisantes de massacres, de meurtres , y compris sil doit tuer lun ou </p></li><li><p>lensemble des camarades de son organisation . La voracit sanguinaire du surmoi ne </p><p>rencontrera mme plus ce fusible que constitue la honte. </p><p>Le dlicat curseur de la honte </p><p>Last but not least, la violence djihadiste est affine la modernit dans son exhibition honte. </p><p>Dans sa dernire leon de LEnvers de la psychanalyse, Jacques Lacan associait prcisment le </p><p>dclin de la honte un chec 9 et une dgnrescence du signifiant en tant que carte </p><p>de visite singulire du sujet : il ny a plus de honte , constatait-il. </p><p>Les pathologies du signifiant-matre sont aussi des pathologies de la honte. Si </p><p>limpudence est dsormais la norme de lpoque, il nempche que, bien souvent, les </p><p>honts sont des honteux 10. Faire une analyse, cest se donner chance den prendre la </p><p>mesure et de dcouvrir alors les ravages dune honte bien plus profonde et </p><p>incomparablement plus toxique : une honte de vivre gratine , celle-l mme qui peut </p><p>conduire un sujet simmoler pour un Dieu obscur. </p><p>On aperoit pourquoi Lacan concluait LEnvers de la psychanalyse en invoquant une good </p><p>enough, juste dose, si lon peut dire, de honte : pas trop mais justement assez, il marrive de </p><p>vous faire honte 11. ric Laurent note malicieusement ce propos : De la mre </p><p>suffisamment bonne lanalyste qui fait suffisamment honte, voil un dtour que Winnicott </p><p>naurait pu prvoir 12 ! </p><p>La honte est en effet un curseur bien dlicat : pas assez, le sujet se livre en toute </p><p>impudence une jouissance honte ; trop, elle dchane le surmoi, prcipitant le sujet dans </p><p>un passage lacte mortifre. Le comble, cest que ces deux versants parviennent se </p><p>combiner pour former un couple infernal </p><p>1. J.-A. Miller, En direction de ladolescence , Institut Psychanalytique de lEnfant News 14, publication en </p><p>ligne, 14 avril 2015 &amp; Interprter lenfant, coll. La petite Girafe, Navarin, paratre en octobre 2015. </p><p>2. M. Guidre &amp; N. Morgan, Le Manuel de recrutement dAl-Qada, Paris, Seuil, 2007, p. 223-224. </p><p>3. R. Blanchet, mergences djihadistes , Lacan Quotidien, no 496, 30 mars 2015. </p><p>4. Cf. J. Lacan, Le Sminaire, livre XVII, LEnvers de la psychanalyse, texte tabli par J.-A. Miller, Paris, Seuil, </p><p>coll. Champ Freudien, 1991, p. 11-12 &amp; 101 notamment. </p><p>5. J.-A. Miller, Note sur la honte , La Cause freudienne, no 54, juin 2003, p. 13. </p><p>6. Cf. J.-A. Miller, Intuitions milanaises [1] &amp; [2], Mental, no 11, dcembre 2002, p. 9-21 &amp; no 12, mai 2003, p. 9-</p><p>26 (p. 19-23 notamment). </p><p>7. J.-A. Miller, En direction de ladolescence , op. cit. </p><p>8. M. Guidre &amp; N. Morgan, Le Manuel de recrutement dAl-Qada, op. cit., p. 84 &amp; Al-Qada, Manuel pratique du </p><p>terroriste, d. tablie par Arnaud Blin, Bruxelles, Andr Versaille, 2009, p. 60. </p><p>9. Cf. J. Lacan, Le Sminaire, livre XVII, LEnvers de la psychanalyse, op. cit., p. 209-211 &amp; 218-220. </p><p>10. J.-A. Miller, Note sur la honte , op. cit., p. 13. </p><p>11. Cf. J. Lacan, Le Sminaire, livre XVII, LEnvers de la psychanalyse, op. cit., p. 223. </p><p>12. . Laurent, La honte et la haine de soi , lucidation, no 3, juin 2002, p. 24. </p></li><li><p>Mitra Events unfolding </p><p>Jorge Len fait rsonner les voix par Nicole Guey et Laurence Martin </p><p> Il est rare quun cinaste expose son work in progress. Ce nest pas la moindre des singularits de Jorge Len. En rsidence la Fondation Camargo, le cinaste partageait </p><p>rcemment le travail en cours sur Events unfolding, projet de cin-opra sur laffaire </p><p>Kadivar . Plus exactement, autour de lchange de-mails entre Jacques-Alain Miller Paris </p><p>et Mitra Kadivar, ses contempteurs et ses soutiens en Iran1. Ou comment lartiste fait </p><p>rsonner son tour les discours et la voix. </p><p> Ni les tmoins de laffaire, ni les milliers de signataires de lappel pour la libration de </p><p>la psychanalyste iranienne, galement mdecin, retenue lhpital psychiatrique de lcole </p><p>de mdecine de la Tehran University of Medical Sciences, nont oubli lintensit de ce qui </p><p>sest jou cet hiver 2012-2013. Que son fil rouge lchange de-mails passe du statut de </p><p>matire virtuelle quasi brute celui de dramaturgie, il fallait la rencontre avec un artiste </p><p>comme Jorge Len pour le permettre. </p><p> Un public privilgi coutait le rcit de cette rencontre le 25 mars dernier la </p><p>Fondation Camargo2, lieu dexception ouvert sur la baie de Cassis, dans les salons feutrs de </p><p>La Batterie, villa aux poutres apparentes et aux lustres vnitiens en verre souffl conus par </p><p>lartiste Jrme Hill. Jorge Len et ses comparses, la dramaturge Isabelle Dumont et le </p><p>compositeur George van Dam, avaient choisi dexposer ciel ouvert comment le projet </p><p>Mitra devient le cin-opra Mitra Events Unfolding3. Singulire dans sa prise de risques, </p><p>cette dmarche fait sens et participe du travail dcriture et du processus artistique , </p><p>souligne Julie Chenot. </p><p> La cration nat dune vritable rencontre. Jorge Len le dit explicitement : Ce projet, </p><p>je ne le cherchais pas. Je naviguais sur locan Internet et je suis tomb sur le pdf des </p><p>changes de-mails entre Jacques-Alain Miller et Mitra Kadivar. Dans lintensit de ces e-</p><p>mails se peroit la tragdie antique. Mest alors venue lide de transformer cet change en </p><p>un cin-opra qui tmoignerait de la transformation de cette matire en chant : au fur et </p><p>mesure que lon veut faire taire Mitra, sa voix samplifierait. Contact, Jacques-Alain Miller </p><p>lui rpond : ce texte est vous ! Mitra Kadivar senthousiasme. </p></li><li><p>Tragdie antique </p><p>Lopra, via ses coulisses, est dj le thtre du prcdent documentaire de cration de Jorge </p><p>Len, Before We Go le ralisateur y convoque le rel de la mort et louvre sur la voix de </p><p>Lacan sa confrence de Louvain (1974), voix essentielle , souligne-t-il4. Avec Mitra </p><p>Events Unfolding, il hisse cette fois la folie sur la scne. En trois actes et un pilogue, le </p><p>livret et la partition restitueront tant la part dramatique de ce qui se joue que la rhtorique </p><p>du combat : la tragdie et la stratgie. </p><p> Au centre de la tragdie antique , selon le mot du cinaste, une Mitra-Antigone se </p><p>revendique seule psychanalyste depuis la mer Noire jusqu la mer de Chine 5, exige </p><p>dtre dfendue par ses pairs et bataille tout autant pour se sauver elle-mme ; en cette sorte, </p><p>elle incarne la psychanalyse. Ds lors, la stratgie de Jacques-Alain Miller se dploie dans </p><p>une urgence et une invention toujours soutenues. Une stratgie trs particulire, indique </p><p>Herv Castanet, qui passe par le dsir de cette femme, Mitra, disant "on menferme parce que </p><p>je suis psychanalyste", et qui rpond en se saisissant de ce dsir. Une stratgie et une </p><p>urgence auxquelles nous avons t trs sensibles. Cest pourquoi nous navons pas renonc </p><p>aux discours dans le livret , insiste Isabelle Dumont </p><p>Le lieu de la draison </p><p>Lopra joue sa partie avec la folie depuis ses origines. Ici, le travail sur la forme-opra et sa </p><p>confrontation la matire-film font rsonner singulirement le projet. De mme, le choix des </p><p>chanteurs pour incarner les voix : la soprano afro-amricaine Claron McFadden pour Mitra, </p><p>le contretnor James Bowman pour Jacques-Alain Miller, aux cts de lensemble de </p><p>musique contemporaine Ictus. </p><p> Cette tragdie antique a son unit de temps et daction lintense chronologie des </p><p>e-mails respecte et rythme en un prologue et trois actes , et son unit de lieu, celui de la </p><p>draison qui nous habite et donc nous concerne tous , selon le mot de Jorge Len. Comme </p><p>pour souligner ce lieu de la draison, le film produira-t-il un dcalage davec lopra, et </p><p>lequel ? Linvention du cinaste nous le dira. </p><p> En attendant, il nous dit que le lieu du film sera cet espace fantasmatique dans </p><p>lequel Mitra disparat, et que je ne pouvais pas filmer . Limpossibilit tenait moins aux </p><p>contraintes politiques qu lthique du ralisateur : Mitra rsiste elle-mme dans son </p><p>propre pays ; jamais je nenvisagerais de filmer dans un hpital psychiatrique iranien. Mais je </p><p>me sens lgitime de filmer ici. </p></li><li><p> Matire du rel </p><p>De fait, lors du sjour Camargo, une rencontre sest produite avec les adultes psychotiques </p><p>et les intervenants dun centre psychiatrique prs de Marseille. Outre le regard des patients </p><p>et linjonction les regarder , Jorge Len explique comment, avec Isabelle Dumont et </p><p>George van Dam, il y a entendu des sons, des cris, des berceuses, des psalmodies . </p><p> Cet inarticul a produit une telle impression de ralit que nous ne savons pas ce </p><p>que nous allons pouvoir composer. Cest comme une matire du rel qui viendrait travailler </p><p>et traverser le film, mme si nous nen faisons rien . Pourtant, lartiste semble avoir trouv </p><p>l ce qui pourrait constituer le chur des fous , comme il y aura le chur des tudiants, </p><p>soutiens de Mitra, celui des voisins accusateurs et celui des psychiatres de Thran. </p><p>Ne pas lcher </p><p>Car mme si nous nen faisons rien , ce sera l. Tout comme y sera, dune manire ou </p><p>dune autre, la rencontre de lquipe avec le public de Camargo. </p><p>Jacques-Alain Miller a explor toutes les voies pour faire librer Mitra ; lartiste explore son </p><p>tour comment faire rsonner ces voix et convoquer le spectateur. Personne na lch dans </p><p>cette affaire , rappellent les artistes ; eux non plus ne lchent pas. </p><p>1 Cet change a t publi dans On nous crit de Thran. Autour de Mitra Kadivar. CALM (Comit daction pour la </p><p>libration de Mitra), Navarin &amp; Le Champ freudien, 2013. http://www.lacanquotidien.fr/blog/2013/02/on-nous-</p><p>ecrit-de-teheran/ 2 Fonde par lartiste et philantrophe Jrme Hill (1905-1972), la Fondation Camargo accueille en rsidence artistes et universitaires francophones. Le projet Mitra a t slectionn par la Fondation, partenaire du FIDLab qui rcompense chaque anne une ralisation en cours dans le cadre du Festival international du cinma FID-Marseille. Jorge Len, Isabelle Dumont et George van Dam sont accueillis pour une rsidence dcriture en deux temps, mars et juillet 2015. La soire tait initie par Herv Castanet avec la complicit de Julie Chenot, directrice des programmes de linstitution, et orchestre par Pamela King. 3 Events Unfolding est le titre donn prcisment lchange de-mails dans On nous crit de Thran, op. cit.. 4 Before We Go a t prim au FID 2014. Lire ce propos linterview de Jorge Len par Herv Castanet, parue dans Lacan Quotidien n412 et n422. 5 E-mail du 21 dcembre 2012, On nous crit de Thran. Autour de Mitra Kadivar, op. cit., p. 14. </p></li><li><p>Prix dipe 2015 Mres douloureuses de Philippe De Georges </p><p> Nous avons le plaisir dannoncer que le prix dipe 2015 a t attribu notre collgue </p><p>Philippe De Georges pour son livre Mres douloureuses (Navarin-Le Champ freudien). </p><p>Prslectionn par les libraires comme huit autres titres*, l'ouvrage de Philippe De Georges a remport </p><p>le plus grand nombre de suffrages des lecteurs. </p><p> Quelques citations de lecteurs indiquent ce qui les a retenus dans ce livre : </p><p>- L'auteur rcuse avec force toute typologie de la mre douloureuse et vitupre les </p><p>marchands de bonheur pour s'attacher l'individuation et au parcours singulier de </p><p>souffrances tues, metta...</p></li></ul>