L’application de la pleine conscience à la pratique et à ... ?· régulière de la méditation axée…

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    11-Sep-2018

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<ul><li><p>INTERVENTION 2014, numro 140 : 51-60. 51</p><p>Le travail social est une discipline dans laquelle lesprofessionnels sont appels uvrer dans diffrents contextes et intervenir auprs de personnes vivant de multiplesproblmatiques. La pauvret, les problmes de sant mentale, lesviolences de toutes sortes, litinrance, les problmes familiauxcomptent parmi les problmes rencontrs dans cette profession(Lecomte, 2000). Nous pourrions dire que les travailleurs sociauxsont lun des types de professionnels qui doivent tablir desrelations daide et de soutien avec des personnes aux prises avecles problmes les plus difficiles et les plus complexes de notresocit. Le fait que plusieurs de ces problmes soientstructurellement ancrs accentue les difficults inhrentes autravail de ces professionnels. </p><p>Comme lavancent Hurtubise et Deslauriers (2000 : 380),ce sont le dveloppement et le maintien du lien social quicaractrisent la discipline du travail social : Comprendre lespersonnes dans leur environnement, saisir le problme social dansses manifestations individuelles, souffler sur ltincelle duchangement qui surgit des asprits de la vie, voil lobjectif que letravail social poursuit sans relche . Le soutien ltablissementde ce lien social demande de grandes et diverses habilets sur leplan du savoir-tre. De plus, la complexit des contextesdintervention peut favoriser la naissance dun certain sentimentdimpuissance. Dans ce contexte, le soutien des professionnels dutravail social est essentiel. De plus, la formation des travailleurssociaux doit la fois sintresser au bien-tre des futurs</p><p>intervenants, leur capacit entrer en relation daide ainsi quaux contextes sociaux, conomiqueset culturels dans lesquels prennent naissance ces liens sociaux. </p><p>Aux tats-Unis, dans de nombreuses universits et dans plusieurs disciplines, on favoriselenseignement de pratiques contemplatives de pleine conscience pour, entre autres choses, favoriserle dveloppement du savoir-tre, cultiver le bien-tre personnel et soutenir le dveloppement de lacapacit dempathie dans un contexte de relation daide (Barbezat et Bush, 2013). Chez nos voisins duSud, les travailleurs sociaux utilisent de plus en plus les pratiques contemplatives dans le contexte deleurs interventions auprs dindividus, de groupes et de communauts, pour favoriser la qualit deleurs relations avec leurs clients ainsi que pour prendre soin deux-mmes (Hick, 2009). Lobjectifspcifique de cet article est dexpliquer comment la pleine conscience peut constituer une avenuepertinente dans le domaine du travail social tant sur le plan de la pratique que sur celui de la</p><p>HORS THMATIQUE</p><p>MOTS CLEFS:</p><p>Pleine conscience, travailsocial, formation, pratique</p><p>RSUM:</p><p>Cet article prsente en quoi ledveloppement, chez le tra-vailleur social, de la pleineconscience peut constituer uneavenue intressante tant sur leplan de la pratique que celuide la formation. Aprs un exa-men des spcificits propres la pleine conscience, lauteureprsente comment cetteapproche, dorientationdavantage contemplative quecognitiviste, pourrait sappli-quer au domaine du travailsocial. Sont alors mentionnsles effets bnfiques de cetteapproche sur la sant, le bien-tre et la pratique des profes-sionnels.</p><p>Lapplication de la pleine conscience la pratiqueet la formation en travail social </p><p>parAnnie Devault, Ph.D., Professeure titulaire, Dpartement de travail social, Universit du Qubec en Outaouaisannie.devault@uqo.ca</p></li><li><p>INTERVENTION 2014, numro 14052</p><p>formation. Il dfinit la pleine conscience, en explique les bnfices et considre la manire dont cettepratique peut tre applique au domaine du travail social dans le milieu de travail et dans la formationde ces professionnels.</p><p>Quest-ce que la pleine conscience?</p><p>La pleine conscience (mindfulness) est dcrite comme tant le fait de porter attention aumoment prsent de manire intentionnelle en cultivant une attitude douverture et de non-jugement(Kabat-Zinn, 2009). Le plus souvent, la pleine conscience est recherche par le biais dune pratiquergulire de la mditation axe sur la respiration. Habituellement, la mditation se pratique enposition assise, le dos droit, les yeux ferms. En se concentrant sur sa respiration, la personne quimdite tente dtre prsente aux sensations, aux motions et aux penses qui envahissent son corpset son esprit en ramenant rgulirement son attention sur sa respiration lorsque ses pensesvagabondent. La mditation peut toutefois prendre dautres formes. Elle peut se pratiquer enmarchant, en mangeant, en faisant du yoga... Son objectif est de souvrir et daccepter ce qui se passeen soi dans le moment prsent. Il sagit dune pratique qui suggre de prendre conscience de sonexprience interne un moment donn sans porter de jugement sur la nature de ces phnomnes.Ainsi, contrairement la relaxation, il ne sagit pas de dtendre le corps et lesprit, mais plutt deprendre conscience de ce qui sy passe, avec curiosit. Quoique la relaxation puisse rsulter dunepratique mditative, lattention aux processus internes peut galement engendrer la prise deconscience de tensions, de malaises, de penses ou dmotions dsagrables. </p><p>La pleine conscience nest pas un processus cognitif dlaboration autour de diffrentespenses qui natraient en soi, mais constitue la simple prise de conscience et lacceptation de lanaissance et de la disparition des penses, des motions et des sensations. Ainsi, cette approche est trsdiffrente de celle prne, par exemple, par Sant Canada pour la gestion du stress. Selon cetteinstance, la gestion du stress consiste identifier la source de stress, valuer son impact, modifierses penses, contrler ses humeurs et chercher du soutien social (Sant Canada, 2012). Cette sriedactions pourrait caractriser un processus choisi par une personne de manire complmentaire,mais la pleine conscience est davantage caractrise par lacceptation de ce qui est prsent plutt quepar lvaluation, la modification et le contrle de ses motions et ses penses. Il sagit en fait dunprocessus qui diffre grandement dune approche dorientation cognitiviste comme le montre letableau suivant adapt de Devault (2012).</p><p>Lune des distinctions importantes entre ces deux approches repose sur lintgration ou nondu corps dans la pratique. Dans lapproche cognitiviste, on naccorde que trs peu dattention aucorps alors que, dans la pleine conscience, les sensations corporelles sont centrales. En effet, le corps</p><p>Tableau 1 : Distinctions entre la pratique mditative de la pleine consciente et le processus thrapeutique dorientation cognitiviste</p><p>Pratique mditative de pleine conscience Pratique thrapeutique dorientation cognitiviste</p><p>Porter une attention au corps et ses liens Se concentrer sur les penses et ignorer le corpsavec les processus de lesprit</p><p>Laisser merger les penses sans jugement et Rflchir de manire active et tenter de fournirles laisser disparatre une explication rationnelle la nature des penses</p><p>Accepter toutes les penses qui naissent Modifier les penses juges inadquates</p><p>Se concentrer sur le moment prsent Rflchir son histoire passe et tenter de contrler le futur</p><p>Accepter la souffrance comme faisant partie Vouloir faire disparatre toute souffrancede la vie</p></li><li><p>INTERVENTION 2014, numro 140 53</p><p>est trs souvent nglig dans les pratiques de relation daide et lindividu dveloppe consquemmentune insensibilit la faon dont ce dernier ragit au stress, aux penses et aux motions (Graham etGraham, 2009). Pourtant, dans une perspective de pleine conscience, les sensations qui proviennentdu corps, pour peu quon y prte attention, constituent souvent la base par laquelle des motions oudes penses prennent naissance (Brach, 2003). Lintgration de ces informations, englobant celles enprovenance du corps et de lesprit, pourrait servir de porte dentre la prvention du dveloppementde maladies ou de dtresse relies au stress (Kabat-Zinn, 2009).</p><p>La pratique de la pleine conscience permet galement de raliser que les expriences internessont des phnomnes passagers et que cest llaboration cognitive autour de ces sensations, de cesmotions et de ces penses qui les garde prsentes. Cest donc le processus de rumination mentaleautour, par exemple, de penses anxiognes qui cre un tat de tension. travers lobservation dupassage des sensations, des motions et des penses, la personne qui mdite se rend compte quilexiste des espaces de calme entre ces penses anxiognes, espaces quelle apprendra visiter de plusen plus frquemment avec la pratique, vitant ainsi de se laisser entraner dans des laborationscognitives inutiles (Hlzel et al., 2011; Van der Kolk, 2006). Cette prise de conscience est importantepuisquune tude mene auprs de 2 250 sujets rvle que les gens passent en moyenne 46,9 % deleur temps veill penser autre chose que ce quils sont en train de faire et que ces penses lesrendent gnralement malheureux. Ce rsultat fait dire aux auteurs de ltude que lhabilet penser des choses qui ne se produisent pas est un processus cognitif qui vient avec un cot motionnel (Mason et al., 2007 : 393, traduction libre). Lesprit vagabond (wandering mind), soit le temps pass analyser le pass, planifier lavenir ou rflchir des choses qui ne sont jamais arrives, serait unecaractristique partage par plusieurs individus et constituerait, chez un esprit non entran, le modede fonctionnement par dfaut du cerveau humain.</p><p>Selon Jon Kabat-Zinn (2009) qui a dvelopp le Mindfulness Based Stress Reduction Program(MBSR) dans, entre autres, plus de 250 milieux hospitaliers amricains, les attitudes qui fondent lapratique de la pleine conscience sont le non-jugement, la patience, lesprit du dbutant, la confiance,le non-effort, lacceptation et le lcher-prise (Kabat-Zinn, 2009). Le non-jugement renvoie au faitdaccepter la prsence du flot de penses souvent fait de nombreux jugements sur soi et dapprendre sen dgager. Cette attitude demande toutefois de la patience, puisque notre esprit vagabond necessera de sagiter que graduellement. Les penses qui habitent notre esprit sont faites de jugements,de catgorisations, dinterprtations. Le fait de cultiver lesprit du dbutant (beginners mind) permetdaller au-del de ces ides toutes faites et de souvrir ainsi dautres interprtations et ides. Celafavoriserait galement la crativit (Hick, 2009). La confiance en sa sagesse et en sa bontfondamentales peut aider se laisser devenir pleinement accompli en tant simplement soi-mme. Lenon-effort est une attitude aidante puisque, si la personne qui mdite cherche tout prix atteindredes rsultats, elle sloignera de ltat dacceptation souhait par cette pratique. Lacceptation signifiede souvrir ce qui est prsent en mettant de ct tout jugement. Enfin, le lcher-prise incite accepterque notre esprit ait tendance vouloir retenir les penses et les motions agrables et rejeter lespenses ou les motions dsagrables et laisser faire lesprit tout en se concentrant sur sa respiration.</p><p>Le Mindfulness Based Stress Reduction Program</p><p>Le MBSR est employ aux tats-Unis depuis environ 20 ans. Au Canada et en Europe,limplantation du programme est plus rcente. Cest un programme unique puisquil est le premierdu genre avoir eu comme principal objectif dintgrer la mditation dans le vaste rseau des servicesde sant et des services sociaux et de former des professionnels cet effet. Ce programme prcurseurest galement largement rpandu. ce jour, environ 20 000 intervenants ont particip cette formation(McCown, Reibel et Micozzi, 2011). En gnral, ce programme est offert pour augmenter la consciencede soi, pour rduire la ractivit aux vnements stressants, pour augmenter la compassion envers soiet envers les autres et pour rduire la propension valuer et critiquer les expriences (Baer, 2006).Ce programme est utilis dans les services de sant, les services sociaux, les coles, les universits et</p></li><li><p>INTERVENTION 2014, numro 14054</p><p>auprs des professionnels de la sant. Il se droule gnralement sur une priode de huit semaines, raison de trois heures par semaine, pendant lesquelles les participants font lapprentissage depratiques contemplatives telles que la mditation et le yoga. Puisque la rgularit de la pratique estfondamentale pour en retirer les bnfices, en plus des trois heures de rencontre avec les animateurs,les participants sont invits pratiquer la mditation la maison pendant 45 minutes, six jours parsemaine. Plusieurs techniques de mditation sont enseignes (axe sur la respiration, le scancorporel , la bienveillance envers soi et les autres, la mditation sur les sons ambiants). La pleineconscience a galement t intgre dans diffrents types de thrapie. Sans en dcrire lescaractristiques dtailles, mentionnons la Mindfulness-based Cognitive Therapy (Segal et al., 2002 dansMcCown, Reibel et Micozzi, 2011) offerte gnralement des personnes souffrant de dpression, laDialectical Behavior Therapy (Linehan, 1993, dans McCown, Reibel et Micozzi, 2011) qui sert soutenirdes personnes souffrant de troubles de la personnalit limite et ayant des ides suicidaires chroniqueset lAcceptance and Commitment Therapy (Hayes et al., 1999 dans McCown, Reibel et Micozzi, 2011)dveloppe dans le domaine de la psychothrapie.</p><p>Les effets de la pratique de la pleine conscience sur la sant et le bien-tre</p><p>Les recherches portant sur les effets de la mditation de la pleine conscience sont de plus enplus nombreuses. Le Mind and life Institute, une organisation amricaine but non lucratif qui vise comprendre les effets des pratiques contemplatives sur lesprit humain travers des recherchesscientifiques, a compil, laide du moteur de recherche PubMed , le nombre de publications quicomportait le mot mditation dans le titre ou le rsum de 1951 2012. Le rsultat dmontre laprogression de ce type de publication qui est pass de moins de 50 dans les annes 1970 plus de 200en 2012.</p><p>Des effets positifs des pratiques contemplatives sur des problmes comme la douleurchronique, le stress, le stress de compassion, les troubles alimentaires, le cancer et les comportementssuicidaires ont t mentionns dans diffrentes recherches (Hick, 2009). Les impacts bnfiques de lamditation sont nombreux tant sur le plan physiologique que psychologique. Selon Lutz et sescollgues (Lutz, Greischar, Rawlings, Ricard et Davidson, 2004), la mditation engendre des effetsbnfiques tant sur le plan de la diminution de la souffrance que concernant latteinte dun tat demieux-tre. Cette intervention qui mise sur ladoption dune nouvelle faon dtre en relation avec sespenses et ses motions a un impact sur la sant mentale, incluant lanxit, la dpression, et sur laconsommation de drogues (Melbourne Academic Mindfulness Interest Group, 2006; Sipe etEisendrath, 2012). Une mta-analyse de Vollestad, Birkeland Nielsen et Hostmark Nielsen (2012), faite partir de 19 tudes sur leffet de lentranement la pleine conscience et de linterventiondacceptation (Hayes et al., 2006) auprs de personnes souffrant de troubles anxieux, rvle que cettepratique est associe des rductions substantielles des symptmes danxit et de dpression. Surle plan physiologique, on constate que la participation au programme de rduction du...</p></li></ul>

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