Lavelle Conscience de Soi

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    14-Jul-2016

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<p>La conscience de soi</p> <p>Louis Lavelle, La conscience de soi. (1933)10</p> <p>LOUIS LAVELLE[1883-1951]</p> <p>Membre de lInstitut</p> <p>Professeur au Collge de France</p> <p>(1933)</p> <p>LA CONSCIENCEDE SOI</p> <p>Un document produit en version numrique par un bnvole, ingnieur franaisqui souhaite conserver lanonymat sous le pseudonyme de AntisthneVilleneuve sur Cher, France. Page web.</p> <p>Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"</p> <p>Une bibliothque numrique fonde et dirige par Jean-Marie Tremblay, </p> <p>professeur de sociologie au Cgep de ChicoutimiSite web: http://classiques.uqac.ca/Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque</p> <p>Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi</p> <p>Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/</p> <p>Politique d'utilisationde la bibliothque des Classiques</p> <p>Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, mme avec la mention de leur provenance, sans lautorisation formelle, crite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue.</p> <p>Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle:- tre hbergs (en fichier ou page web, en totalit ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques.</p> <p>- servir de base de travail un autre fichier modifi ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...),</p> <p>Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la proprit des Classiques des sciences sociales, un organisme but non lucratif compos exclusivement de bnvoles.</p> <p>Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est galement strictement interdite.</p> <p>L'accs notre travail est libre et gratuit tous les utilisateurs. C'est notre mission.</p> <p>Jean-Marie Tremblay, sociologue</p> <p>Fondateur et Prsident-directeur gnral,</p> <p>LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.Cette dition lectronique a t ralise par un bnvole, ingnieur franais de Villeneuve sur Cher qui souhaite conserver lanonymat sous le pseudonyme de Antisthne, partir du livre de:Louis Lavelle</p> <p>LA CONSCIENCE DE SOI.Paris: Bernard Grasset, diteur, 1933, 312 pp.Police de caractres utilise:Pour le texte: Times New Roman, 14 points.</p> <p>Pour les citations: Times New Roman, 12 points.</p> <p>Pour les notes de bas de page: Times New Roman, 12 points.</p> <p>dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.</p> <p>Mise en page sur papier format: LETTRE US, 8.5 x 11.</p> <p>dition numrique ralise le 3 novembre 2014 Chicoutimi, Ville de Saguenay, Qubec.</p> <p>Louis Lavelle (1933)LA CONSCIENCE DE SOI</p> <p>Paris: Bernard Grasset, diteur, 1933, 312 pp.REMARQUE</p> <p>Ce livre est du domaine public au Canada parce quune uvre passe au domaine public 50 ans aprs la mort de lauteur(e).</p> <p>Cette uvre nest pas dans le domaine public dans les pays o il faut attendre 70 ans aprs la mort de lauteur(e).</p> <p>Respectez la loi des droits dauteur de votre pays.</p> <p>[iv]DU MME AUTEUR</p> <p>__</p> <p>UVRES MORALES</p> <p>LERREUR DE NARCISSE (Grasset).</p> <p>LE MAL ET LA SOUFFRANCE (Plon).</p> <p>UVRES PHILOSOPHIQUES</p> <p>LA DIALECTIQUE DU MONDE SENSIBLE (Belles-Lettres).</p> <p>LA PERCEPTION VISUELLE DE LA PROFONDEUR (Belles-Lettres).</p> <p>La Dialectique de lternel prsent: * DE LETRE (Alcan).</p> <p> ** DE LACTE (Aubier).</p> <p>*** DU TEMPS ET DE LETERNIT (Aubier).</p> <p>LA PRSENCE TOTALE (Aubier).</p> <p>INTRODUCTION A LONTOLOGIE (Presses Universitaires).</p> <p>CHRONIQUES PHILOSOPHIQUES</p> <p>LE MOI ET SON DESTIN (Aubier).</p> <p>LA PHILOSOPHIE FRANAISE ENTRE LES DEUX GUERRES (Aubier).</p> <p>LA PAROLE ET LECRITURE (LArtisan du Livre).</p> <p>[v]LOUIS LAVELLE</p> <p>MEMBRE DE LINSTITUTPROFESSEUR AU COLLGE DE FRANCE</p> <p>LACONSCIENCEDE SOI</p> <p>Prcddune prface de lauteur</p> <p>BERNARD GRASSET, DITEUR61, RUE DES SAINTS-PRES, 61PARIS (VIe)</p> <p>[vi]</p> <p>[309]Table des matiresPrface de lauteur [vii]</p> <p>Chapitre I. La conscience de soi [1]1. La conscience est notre tre mme. 2. Ambigut de la conscience. 3. La conscience est un dialogue. 4. La conscience cratrice du moi. 5. Le moi se choisit. 6. Lintimit la plus secrte. 7. La conscience dsintresse. 8. Se dcouvrir, cest se dpasser.</p> <p>Chapitre II. La connaissance [20]</p> <p>1. Ombre et lumire. 2. Le regard. 3. La vue et loue. 4. Lardeur de lintelligence. 5. Volupt de raisonner. 6. Humilit de la connaissance. 7. Jeunesse de la connaissance. 8. Spectacle ou communion. 9. Connaissance et cration.</p> <p>Chapitre III. La naissance des ides [42]1. De laccueil que nous devons faire aux ides. 2. Discipline de lattention. 3. Souplesse de lattention. 4. Fidlit la mme ide. 5. Naissance des ides et des mots. 6. Violence et calme de linspiration. 7. Attention et amour. 8. Pntrer dans le monde des ides. 9. Ambulare in hortis Dei.</p> <p>Chapitre IV. Le message de lcrivain [66]1. Lcriture instrument de progrs spirituel. 2. Que lcriture doit capter lternel et non le fugitif. 3. Le contact avec les choses. 4. Continuit dans les ouvrages de lesprit. 5. Lcriture plus secrte que la parole. 6. Dialogue de lauteur et du lecteur. 7. Le succs et lchec. 8. Jalousie lgard des vivants et des morts. 9. Grands hommes. 10. Servir son propre gnie.</p> <p>Chapitre V. Lactivit [93]1. Puissance de lactivit. 2. Etre fin et tre fort. 3. Mesure. 4. Matrise de soi ou abandon. 5. Activit commune et activit dexception. 6. Activit de mtier. 7. Le divertissement. 8. Les vertus du loisir. 9. Paresse et effort.</p> <p>Chapitre VI. Le consentement [117]l. Volont et innocence. 2. Loccasion. 3. Dire oui. 4. La matire docile. 5. Les fruits de lactivit. 6. Les actions et lacte pur. 7. Perfection de lactivit. 8. Passivit. 9. Vertus de la contemplation.</p> <p>Chapitre VII. Amour-propre et sincrit [140]1. Le centre du monde et le centre de soi-mme. 2. Souffrances de lamour-propre. 3. Comparaison avec autrui. 4. Vertus de lamour-propre. 5. La sincrit. 6. Nudit de lesprit. 7. Vie intrieure et vie apparente. 8. Vision de soi et de Dieu.</p> <p>Chapitre VIII. Solitude et communion [163]1. Amour-propre et solitude. 2. Clotres. 3. La solitude nous juge. 4. Etre le mme dans la socit et dans la solitude. 5. Sparation. 6. Tmoins. 7. Rserve et abandon. 8. Communion entre les hommes. 9. La solitude peuple. 10. Solitude en Dieu.</p> <p>Chapitre IX. Lamour [190]1. Amour et volont. 2. Dveloppement de lamour. 3. Amour-propre et amour. 4. Le dsir et la possession. 5. Amour et affection. 6. Silence de lintimit. 7. Lamour contemplatif. 8. Lamour personnel. 9. Lamour crateur. 10. Lamour temporel et ternel. 11. Valeur infinie de lamour. 12. Amour et unit.</p> <p>Chapitre X. Le temps [224]1. Le temps artisan de la vie. 2. Le temps libre et asservit. 3. Temps et amour-propre. 4. Gense du temps. 5. Le pass. 6. Lavenir. 7. Le rythme de la pense. 8. Le rythme des vnements. 9. vasion hors du prsent. 10. Lacte de prsence. 11. Abolition du temps.</p> <p>Chapitre XI. La mort [256]1. La mditation de la mort. 2. La crainte de la mort. 3. La proximit de la mort. 4. Relations avec les morts. 5. Mort et prsence spirituelle. 6. La mort gurit le dsir. 7. La mort ralise lindividu. 8. La mort est un accomplissement. 9. Mort et solitude. 10. Entrer dans lternit.</p> <p>Chapitre XII. Les biens de lesprit [286]1. Lesprit contient tout. 2. Lme et lesprit. 3. Chair et esprit. 4. Lchelle de Jacob. 5. Les biens sensibles. 6. Partage des biens. 7. Ltat de grce. 8. Dpossession.</p> <p>[vii]</p> <p>LA CONSCIENCE DE SOIPRFACEI</p> <p>La conscience de soiet lerreur de narcisse</p> <p>Retour la table des matiresLa Conscience de soi est un livre destin montrer, par un appel lexprience de tous les jours, que la conscience que nous avons de nous-mme, cest nous-mme. Le point o elle nous permet de dire moi est aussi le seul point du monde o se produit une exacte concidence entre connatre et tre. Et nous avons essay dans ce livre de montrer quel est cet tre dont la conscience de soi nous apporte une sorte de rvlation: un tre fait dombre et de lumire, qui saisit le rel sous la forme de lide, qui est capable de communiquer sa pense autrui par la parole ou par lcriture, qui agit par une initiative qui lui est propre, mais en mettant en uvre une activit quil a reue et dont il ne fait que disposer, qui est toujours prsent lui-mme, mais comme un tmoin dont lamour-propre falsifie toujours la sincrit, qui est enferm jamais dans sa propre solitude, mais qui communie pourtant avec tous les hommes, qui, dans lamour, dcouvre son intimit la [VIII] plus profonde au fond de la double et rciproque intimit entre celui qui aime et celui qui est aim, dont la vie enfin scoule dans le temps et se termine la mort, mais rside pourtant dans un prsent ternel o il peut jouir dj de tous les biens quil possdera jamais et qui sont des biens purement spirituels.</p> <p>** *</p> <p>En dpit de ces analyses, le titre mme du livre a pu faire craindre que la conscience de soi ne nous enfermt dans une attention complaisante notre tre spar. Cest l lerreur dans laquelle est tomb Narcisse et contre laquelle nous avons essay de nous dfendre par un nouveau livre. Car avoir conscience de soi, ce nest pas se regarder dans un miroir, comme voulait le faire Narcisse qui ny voyait que lombre de lui-mme: en cherchant rejoindre cette ombre vaine au creux de la source o il se mirait, il ne pouvait que prir. Cest que le moi na point de ralit antrieure cet acte par lequel il sinterroge, non point mme sur ce quil est, mais seulement sur ce quil va tre. Or, un miroir ne reflte que des choses: cest lunivers quil nous montre et, dans lunivers, un corps dont je souponne avec une sorte de stupfaction quil est le mien, que cest ainsi que les autres me voient, mais avec lequel jhsite me confondre, dont je me rapproche et mloigne tour tour et dont je confronte sans cesse la figure, que je suis incapable de toucher, avec celle de ce corps vivant dont je ne me spare [IX] jamais, sur lequel je promne ma main et que je puis peine voir.</p> <p>Cet effort impuissant quil a fait pour embrasser son image a conduit Narcisse au tombeau: il est mort de lamour de soi. Mais en ralit, les choses se passent autrement. Lhomme qui cherche se voir ne trouve point en lui la beaut quil espre; et, dans une sorte de cynisme ou de dsespoir, effray et humili de ce que la nature lui montre, il est toujours prt dire avec un mlange de consternation et de dfi: voil ce que je suis. Or, il le dit quand il nest rien encore, cest--dire ds quil sent sveiller toutes ces forces qui animent en lui la vie du corps et qui sollicitent son consentement sans quil lait encore donn. Il ne les dcouvre pas sans une sorte de terreur: car il sent aussi que cet tre qui est en lui, il est lui et pourtant il nest pas lui; mais il dpend de lui quil devienne lui. Ce qui narrive que sil russit le convertir en sa propre substance, cest--dire en prendre la responsabilit et lassumer. Le moi nat de lanimal qui demeure toujours prsent en lui et dont il inflchit toutes les impulsions plutt quil ne les renonce.</p> <p>** *</p> <p>Mais il est possible de dpasser la fois la Conscience de soi et lErreur de Narcisse, ou du moins de montrer que ces deux ouvrages sont eux-mmes les expressions dune philosophie dans laquelle la conscience que nous [X] avons de nous-mme enveloppe la conscience que nous avons du monde. Rduit lui-mme, le moi napprhenderait que le vide: or ce vide, cest le monde qui vient le remplir. Rduit lui-mme, le monde serait un spectacle pur dont le sens nous chapperait: ce sens, cest la conscience de soi qui le lui donne.</p> <p>II</p> <p>Lextraordinaire pouvoirque jai de dire moi et jeCest un grand mystre que lexistence. Mais je ne le dcouvre que dans cet extraordinaire pouvoir que jai de dire moi ou je. Je ne connais rien de lexistence, mais je la porte en moi, je la possde, elle fait que je suis. Et la plus grande motion que je puisse prouver, qui est la source de toutes les autres, cest quil y ait un tre qui mest toujours prsent, dont je ne me spare jamais, qui me constitue, qui semble toujours mchapper et que je retrouve toujours, qui simpose moi malgr moi et qui est tel pourtant que cest lui qui est moi. Cette motion o je dcouvre dans le monde une existence qui est la mienne, aucune habitude ne lefface: ds que le moindre loisir mest donn, qui marrache au spectacle des choses et aux besognes les plus [XI] familires, elle est toujours renaissante. Elle menferme dans une solitude o personne ne pntre. Mais dans cette solitude, je ne sais pas si mon branlement est plus grand de dcouvrir la prsence dun monde dont je fais partie ou de sentir que jen fais moi-mme partie. Cest l un indivisible et double secret: en comparaison, les choses familires qui captent tous les regards ne sont plus que des apparences fragiles qui sloignent de moi comme un chimrique dcor.</p> <p>** *</p> <p>Le moi forme avec lexistence un nud invisible et souterrain. Il plonge dans le trfonds mme de ltre des racines qui viennent percer la surface du sol et faire merger la lumire ma vie tout entire comme une arborescence miraculeuse. L mme o il est le plus obscur, il semble quil soit tout entier prsent, bien quil nen sache rien.</p> <p>Cependant, l o je ne sais rien de moi, puis-je encore dire moi? Cette chose toute proche et dont il me semble quelle est moi, si elle demeurait toujours ensevelie dans les tnbres, me serait aussi trangre que les choses les plus lointaines et dont le moi ne saura jamais rien.</p> <p>Je ne le crois pas pourtant. Car il me semble quil y ait une affinit profonde, impossible dfinir, entre cet tre mystrieux que je porte en moi et le moi que je serai un jour lorsque jen aurai pris conscience. Je ne dcouvre aucune affinit de ce genre entre un [XII] objet inconnu et la connaissance que je pourrai jamais en avoir: celle-ci ne me le rvle jamais comme mien, ni comme moi; il reste un tre autre que moi et dont la connaissance seule mappartient. Mais quand il sagit du moi, tout change: le moi nat de la conscience mme que jen prends.</p> <p>Je me trouve donc ici en prsence dun trange paradoxe. Car voil un tre qui tait pour moi comme sil ntait rien tant que ma conscience lignorait, mais qui, ds quelle sen empare, et par une sorte de transfiguration ou de transsubstantiation vritables, devient tout coup la substance de ce que je suis. Devant tant de choses mystrieuses que lexprience de la vie fait surgir tour tour de la nuit de mon me, je frmis toujours de penser quelles sont issues de moi, quelles vont me surprendre et menvahir sans que je sois capable ni de les revendiquer, ni de les renier.</p> <p>** *</p> <p>Mais qutaient-elles donc avant dclore au jour? Comment puis-je mme affirmer leur existence avant le moment o elles viennent mapporter leur tmoignage, solliciter mon attention pour que je les connaisse comme miennes, ma volont pour que jen prenne sur moi la charge? Elles ne sont encore que de pures possibilits c...</p>