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  • Le ministre dans l'glise :ministre apostolique - ministre vanglique

    La tendance naturelle, quand on aborde la question des ministresdans l'Eglise, est de se demander comment on y accde et ce quel'on y fait. Cette raction peut tre critique ou franchement positive,elle s'inspire toujours d'une perspective dominante, celle du pou-voir: Que peut-on faire quand on a reu tel ministre? Quels sontles gestes en mon pouvoir, et ceux dont je reste incapable? Ce pou-voir, de qui le tiens-tu? Et si tu le tiens de telle autorit, pourquoicelle-ci ne pourrait-elle pas l'tendre d'autres? Certes, on n'oubliepas que depuis Jsus celui qui gouverne doit se comporter commecelui qui sert {Le 22, 26). Mais ce langage, derrire le mot facile exploiter, ne prend son sens que si l'on voit vraiment de quelservice il s'agit.

    1. Le ministre dans l'Eglise

    Les travaux rcents sur la naissance et le rle des ministres dansl'Eglise des origines s'accordent tous sur un point : autant il est diffi-cile de prciser les fonctions propres des diffrents acteurs qui parais-sent dans les crits du Nouveau Testament, autant il importe demettre en lumire la structure ministrielle de l'glise et les principesde son fonctionnement. Qu'est-ce que le ministre de l'Eglise, etqu'est-ce qu'un ministre dans l'Eglise?

    Dans le volume collectif qui prsentait, il y a quinze ans, Le minis-tre et les ministres selon le Nouveau Testament1, un thme identi-que reparat au point de dpart ou au terme de chacune des tudesparticulires. De saint Paul, Annie Jaubert crit: Dans le ministreapostolique de Paul, l'ide mme du ministre de l'Eglise est saisie sa source {LM 55). Pour Jean Delorme, au-del des problmesde diffrenciation des ministres... le regard de Marc ... met en lumirele lien qui relie Jsus l'glise d'aprs Pques (LM 180). Pour AugustinGeorge, quand Luc met en scne les personnages qui ont port l'van-gile, il est attentif leur action plus qu' leurs titres ou leurs

    1. Le ministre et les ministres selon le Nouveau Testament. Dossier exegetiqueet rflexion thologique. Sous la direction de Jean DELORME. Coll. Parole de Dieu,10. Paris. Seuil, 1974. Cit dans la suite par le sigle LM suivi de la pagination.

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    pouvoirs (LM 230). Dans les crits johanniques, Xavier Lon-Dufourcherche relever le ministre fondamental (LM 252).

    Ce ministre fondamental est intitul, dans deux chapitres tholo-giques de l'ouvrage, ministre apostolique (Bernard Sesbo) {LM409), ou service apostolique (Henri Denis) {LM 439-447). Minis-tre ou service, les deux mots sont largement quivalents. Ils sontd'ailleurs identiques en grec, mme s'ils comportent en franais unediffrence d'accent sensible. L'un et l'autre expriment avec justessela ralit qui ressort de l'ensemble du Nouveau Testament. Il noussemble seulement important d'ajouter une seconde quivalence : minis-tre apostolique, ministre vanglique. Identifier le ministre desAptres celui de l'Evangile, c'est la fois subordonner la personnemme des Aptres la mission qu'ils ont reue, et mieux compren-dre la permanence de cette mission, et donc sa transmission, desAptres leurs successeurs. Et c'est d'abord se rendre attentif aulangage du Nouveau Testament, qui associe trs frquemment, sur-tout chez Luc et Paul, la charge apostolique et l'annonce de l'Evan-gile. la vrit, cette proposition n'a rien d'original. L'associationAptre - Evangile figure quatorze fois dans l'index du volume citplus haut sur les ministres (LM 528). Nous aimerions seulementl'approfondir et mieux comprendre sa porte . Car elle nous paratpropre mettre en valeur la continuit qui va des premiers gestesde Jsus au ministre des prtres d'aujourd'hui, en somme de Jsusde Nazareth l'glise de notre temps.

    2. La mission des Douze

    Selon la tradition vanglique, celle de Marc (1, 16-20) comme cellede Jean (1, 35-51), ds qu'il entreprend son action publique, Jsusappelle des hommes partager son existence et son activit. Assezvite, selon les synoptiques, ils seront douze (Me 3, 13-19) et constitue-ront derrire Jsus et autour de Pierre un groupe visible et significa-tif. Malgr la trahison de Judas, le reniement de Pierre et la fuitehumiliante Gethsmani, Jsus, en les runissant sa table pourson dernier repas et en revenant se montrer eux ressuscit, lesdsigne comme ses confidents et ses hritiers. Ils formeront en effetle noyau de la premire communaut rassemble Jrusalem au nomde Jsus, la base de l'Eglise chrtienne.

    Il y a donc sous les diffrences profondes une continuit relleentre le temps de Jsus et celui de l'glise. De cette continuit, lesDouze sont les tmoins. Le Pierre qui affronte les autorits de Jru-salem et doit apaiser les tensions qui agitent les premires com-

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    munauts chrtiennes est toujours le pcheur du lac, qui sautait desa barque pour rpondre la voix de Jsus. Quelques annes peine,une exprience extraordinaire, et cependant une seule aventure, unehistoire o tout se tient. Entre le ministre des Aptres, parlant,gurissant et baptisant au nom de Jsus, et la mission dont il leschargeait lorsqu'il vivait avec eux, il y a plus que le fil continu deleurs existences, il y a la ralit du mme Jsus, de la mme actionde Dieu.

    Cette action, Jsus la nomme le Rgne, et son affaire lui estde l'annoncer, de proclamer par sa parole et ses gestes sa venue immi-nente, sa prsence toute proche. C'est l'Evangile; plus qu'une heu-reuse nouvelle, c'est la nouvelle et l'exprience apportes du mmemouvement ceux qui l'accueillent. Le rcit de Marc ne spare pasle message initial de Jsus proclamant l'Evangile de Dieu, et l'appeldes quatre premiers disciples (Me 1, 14-20). Comme si l'annonce del'Evangile ne prenait son sens qu'en manifestant sa force chez destmoins qui l'coutent, comme si la premire mission confie parJsus ses compagnons tait simplement d'tre avec lui, de le regar-der vivre et de voir se lever les premires pousses de la moissonpromise. Tel est justement le premier objectif signal par Marc lejour o Jsus constitue les Douze (Me 3, 14) : tre avec lui. Missionqui ne demande encore aucune activit propre: regarder, couter,se laisser conduire. Ds cette heure cependant, agit la force del'Evangile.

    Les Douze ne sont pas seuls. Dans les premiers chapitres de Marc,il est difficile de les distinguer des disciples, de tous ceux qui suiventJsus, conquis par sa personne, mais sans tre vraiment engags enverslui (cf. Me 2, 1.15.18.23; 3, 7; 5, 31; 6, 1). Et quand on distingueceux qui l'entouraient et les Douze, c'est pour les rassemblerautour de Jsus, coutant le mme enseignement (Le 4, 10). Bienqu'ils forment ds le dbut un groupe particulier, leur responsabilitprincipale, leur premire mission, si l'on ose dire, est d'tre d'aborddes disciples, de retenir et de comprendre l'enseignement de leurMatre.

    Lorsqu'aprs un temps d'initiation Jsus les appelle...et les envoie(Me 6, 7), le message dont il les charge consiste reproduire sesgestes, rpter ses paroles. Le vocabulaire de cette mission est celuimme qui dcrit l'action de Jsus: Us annoncrent (kruss) qu'onse repentt (metanoe). Exactement ce que faisait Jsus revenant dubaptme et du dsert (Me 1, 14). Ils ne sont encore que l'cho deson action, et l'vangliste a beau, quand ils reviennent, les qualifier

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    d'aptres (6, 30), mme si ce titre annonce dj le rle qu'ils tien-dront aprs Pques, le mot garde le sens simple d'envoy.

    cette heure en effet, il n'existe pas encore d'apostolat ni de minis-tre au sens propre. Non seulement parce que la personne de Jsusexprime celle seule toute l'action de Dieu et qu'autour de lui tousne peuvent que recevoir, mais aussi parce qu'il n'est pas encore aubout de sa tche. Tant qu'il n'aura pas puis ses dernires forceset exhal son dernier souffle, tant qu'il n'aura pas rpandu sur lessiens l'Esprit de Dieu qui l'anime, ceux-ci resteront des disciples,des petits enfants (Jn 13, 33). Us ne deviendront des amis qu' ladernire heure, la Cne {Jn 15, 15), quand Jsus leur aura donnsa vie (Jn 15, 13), son corps et son sang (Le 22, 19s.) et qu'ils n'aurontplus qu' attendre la venue de l'Esprit (Jn 14, 26).

    D'ici l, Jsus prpare les Douze cette heure. A partir de la Con-fession de Csare, ils constituent souvent eux seuls le cercle desdisciples. Jsus leur interdit de rien dire personne du titre que Pierrevient de lui donner: Tu es le Christ (Me 8, 29). Leur affaire estde bien se mettre dans la tte (Le 9, 44) le destin du Fils de l'hommeet les conduites de Dieu. Elle est aussi de se prparer prolongeraprs son dpart le style de vie qu'il menait avec eux, formant ungroupe accueillant aux enfants et aux petits, vivant le pardon mutuelet la communion des curs (Me 9, 33-50; 10, 13-15). Mais il n'estpas question de hirarchie ni de ministre, et les Douze ne paraissentpas jouer dans cette communaut un rle d'autorit. Ils auront sim-plement transmettre ce qu'ils ont reu, entretenir autour d'euxl'esprit dans lequel leur Matre les a fait vivre. Jsus n'organise pasl'avenir de ses disciples, il cherche leur donner l'intelligence desa mission, les introduire dans son action.

    Pendant tout le temps qu'ils passent avec Jsus, le rle essentieldes Douze est de devenir d'authentiques disciples. Jsus les a choisisdouze pour signifier le noyau du peuple qu'il vient rassembler, etil leur demande avant tout d'entrer dans ce rle, d'accueillir sa paroleet d'en vivre. S'ils occupent une place part dans les vangiles, c'estmoins pour se distinguer des disciples que pour les reprsenter. Mmeaux derniers jours, quand la disparition imminente de Jsus leur laisseprsager un rle exceptionnel susceptible de les mettre en avant, celuiqu'il leur promet, douze trnes de juges sur les douze tribus d'Isral(Mt 19, 28 ; Le 22, 30), reste marqu par les perspectives de l'AncienTestament. la tte du peuple nouveau, ils signifieront d'abord lerassemblement d'Isral2.

    2. Cf. J. DUPON