Le nouveau « Nouveau Testament » suédois - nrt.be nouveau+«Nouveau... · Le nouveau « Nouveau…

  • Published on
    16-Sep-2018

  • View
    212

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

  • Le nouveau Nouveau Testament sudois 1

    En 1961, la suite d'une motion vote par le parlement (riksdag),le ministre sudois de la culture instituait un comit en vue d'enqu-ter sur le besoin d'une nouvelle traduction de la Bible et, le caschant, sur les meilleurs moyens de la raliser.

    La Sude disposait alors officiellement d'une seule Bible, approu-ve par l'autorit royale le 2 octobre 1917, et laquelle on avaitjoint en 1921 le fascicule spar des Apocryphes de l'AncienTestament. Si tonnant que cela nous paraisse, cette Bible succ-dait celle qui tait en usage continu depuis la Rforme. Sous lergne de Gustave Vasa avaient t publies la traduction du Nou-veau Testament (1526), puis celle de la Bible entire (1541). CetteBible, rimprime de temps en temps, avait rgn sans contestejusqu' nos jours. Malgr des efforts insistants dploys parmoments en vue d'une nouvelle version plus littrale, les ditionspatronnes par Gustave-Adolphe (1618) et Charles XII (1703) necomportaient gure que des retouches d'orthographe et de style,avec une nouvelle disposition typographique. En 1773 fut enfinfonde une Commission biblique charge de refaire une traduc-tion. La composition de cette commission tait d'un louable clectis-me, comme il convenait l'ge des Lumires 2. Plusieurs de sesmembres ne tardrent pas dcder, mais on tarda leur donnerdes successeurs. L' esprit du temps se modifia d'une priode l'autre, les lecteurs viss et donc le style adopt ayant vari. Diversspcimens furent prpars, rpandus ou non dans le public. Interrup-tions, reprises et mcomptes s'additionnrent. Enfin l'on parvint en1883 une version normale du Nouveau Testament, approuve ct de l'ancienne ; puis ce fut le tour de l'Ancien Testament en1903, mais la revision dfinitive trana en longueur. Il fallait uneoccasion exceptionnelle pour en brusquer l'achvement, qu'on fitconcider avec le quatrime centenaire des 95 thses de Wittenberg.Ainsi expirait la Commission des 144 ans car elle a gardce nom3. Fruit tardif d'un labeur peut-tre trop consciencieux,

    1. Nya Testamentet. Bibeikommissionens utgva (Statens Offentliga Utredningar[abrv. usuelle: SOU] 1981: 56). Stockholm, Skeab, 1981, 21x13, 752 p.,4 cartes.

    2. Parmi les vingt et un membres nomms en 1773, celui qui est rest le plusconnu de nos jours tait Cari von Linn.

    3. La longvit des deux derniers membres a port deux sicles l'existence dela Commission. Le 57e (nomm en 1916), Johannes Lindblom (1882-1974). fut

  • NOUVEAU NOUVEAU TESTAMENT SUDOIS 81

    la Bible de 1917 prenait la relve de celle, contemporaine de Luther,qui l'avait immdiatement prcde et avait pendant quatre siclesentiers nourri la Sude protestante.

    Je ne puis songer rappeler ici quels taient les caractres decette Bible de 19174. Elle est dsormais classe parmi les mo-numents historiques, mais de nombreux exemplaires s'en trouventencore partout et ceux qui lui avaient demand leur pture gar-dent le droit sacr d'y retourner toujours. Je n'ai pas mme montrer en dtail pourquoi et comment elle a vieilli si vite. Il esttrop facile de prvoir les vnements aprs coup ! Sa langue,influence par quelques professeurs et stylistes en renom de leurtemps, tait d'une dignit un peu fabrique, avec des archasmesrputs dignes du style religieux et une clart parfois sans relief.Bien accueillie d'abord, elle fut vite regarde comme factice etdpasse, mesure que la langue courante, parle et mme crite,se transformait toute allure ds les annes 1930. Les amis qui,avant la guerre, corrigeaient mes premiers sermons et articlesm'engageaient prcher peu prs dans ce style, qui restaitle style d'glise, assez voisin par exemple des rituels du Kyr-kohandbok, mais crire et surtout parler d'une faon plus di-recte et plus simple. L'volution n'a fait depuis lors que s'accl-rer, dans l'orthographe, le vocabulaire, les constructions, et sur-tout dans une large simplification des formes verbales. D'autrepart les biblistes souhaitaient tirer parti des acquisitions de tou-tes les sciences bibliques et auxiliaires, ou mme de l'efflorescenceaccrue des techniques de traduction et d'interprtation. C'est ainsique prit corps l'ide d'une traduction nouvelle qui ne soit pasune revision rajeunie des traductions antrieures, celles de 1883 oude 1917, et moins encore une adaptation sudoise de quelque autreversion contemporaine.

    Peu aprs la constitution du Comit de 1961 parut une traductiondu Nouveau Testament due un seul auteur, David Hedegrd.Il la prparait depuis longtemps et la publia en deux moitis, puisen un volume aprs lgre revision 5. Chacun salua en sa personne

    professeur d'Ancien Testament Lund et recteur de l'Universit; le 58e (nommen 1917), Erling Eidem (1880-1972), tait professeur de Nouveau Testament Lund quand il succda Nathan Sderblom comme archevque d'Upsal(1931-1950).

    4. L'ouvrage classique en Sude ce sujet est celui d'E. EIDEM, Versvenska bibel. Stockholm, Sveriges kristliga studentrrelses frlag, 1923, 221 p.,o l'un des artisans qui menrent l'uvre terme expliquait objectivement cequ'on avait voulu faire.

    5. Des spcimens avaient paru depuis 1956. La traduction comporta d'aborddeux volumes, Stockholm, Evangeliska Fosterlands-Stiftelses Bokfriag, 1964-1965. La revision date de 1966. J'en ai rendu compte brivement dans la Revue

  • 82 L.-M. DEWAILLY, O.P.

    un novateur. Il tait le premier insrer des sous-titres dans lecours du texte, y ajouter des notes qui ne craignaient pas deproposer des lments de commentaire. Sa traduction tait claire,souvent mme facile et un peu plate, grce de nombreusesreprises de style et explicitations, surtout dans les ptres. Il eutle mrite de dmontrer qu'il tait possible de se faire une placeauprs de la Bible de 1917. Mais il ne satisfaisait pas tous lesvux. Ds avant la publication de sa version, nous le disions, lestravaux taient engags sur une autre voie, mais il a pu aider leComit mieux dterminer sa propre vise avant de se mettresrieusement au travail.

    Ce Comit institu en 1961 tait form de sept experts de com-ptences diverses, mais galement incontestes. Il se mit d'aborden devoir de rdiger le Rapport demand par les directives mi-nistrielles. Ce rapport monumental forma un gros volume remis auministre le 6 juin 19686. Y figuraient onze spcimens prlevsdans des genres littraires diffrents et prsents en colonnes pourfaciliter les comparaisons. Mais ces chantillons taient accom-pagns d'tudes et rflexions de toute sorte sur des points d'his-toire, de mthode, et mme de plusieurs dossiers documentairesfort complets 7. Ce Rapport aboutissait des propositions concr-tes sur les principes mettre en uvre et l'organisation du travail.Une de ces propositions, qui ne fut pas retenue, tendait l'ditionde deux bibles parallles, une bible d'glise , de contenu plusstrict et de ton plus soutenu, et une bible populaire pour lesfoyers et les coles. Mais, pour le reste, ce rapport a constitula base de tout le travail ultrieur.

    Tout entra pour un temps dans la pnombre. C'est seulementen dcembre 1972 que le ministre de la culture, alors M"" AlvaMyrdal, institua la Commission biblique 8 avec mission de se

    Biblique 73 (1966) 459 s. Elle s'est largement rpandue depuis lors et son tiragea dpass 300.000 exemplaires. D. HEDEGRD a publi comme thse de doctoraten thologie le Seder R. Amram Gaon, l (prire des jours de semaine), textehbreu avec (en anglais) apparat critique, traduction annote et introduction,Lund, 1951, 202-82 p. (cf. NRT, 1952, 545s.). Depuis lors le Seder R. AmramGaon, II (prires du sabbat) a fait l'objet d'une authe thse, de T. KRONHOLM,Lund, 1974, 203-32 p.

    6. Nyuersftning av Nya Tesfamenfef. SOU 1968: 65. Stockholm, 1968.24 X 16,5, 646 p.

    7. P.ex. de H. RIESENFELD sur l'tat prsent de la critique textuelle, avec unrelev des cas o il faudra se prononcer, p. 197-245 ; de B. OLSSON sur l'histoiredes traductions sudoises de la Bible, p. 349-500; de C.I. STHLE sur l'histoirede la langue biblique sudoise, p. 501-567.

    8. Ne pas confondre cette Commission avec une autre Commission bibliqueconstitue en 1964 par l'Assemble des vques et qui expira lorsqu'elle publiason rapport Bibelsyn och bibelbruk. J'ai prsent ce volume succinctement dans2?5 78 (1971) 276s., et plus longuement dans NKT, 1971, 78-94; Conception etusaae de la Bible d'aprs une commission de tholooiens sudois.

  • NOUVEAU NOUVEAU TESTAMENT SUDOIS 83

    mettre l'uvre tout aussitt Upsal dans le spacieux apparte-ment amnag cet effet. A la lettre, c'tait faire de cette tcheentire, quant l'organisation et au financement, une affaire d'Etat.La chose vaut la peine qu'on y insiste, car elle est sans douteassez rare, peut-tre unique.

    * *

    L'initiative n'est venue ni des traducteurs ni des communautschrtiennes, pas plus de l'Eglise sudoise que des glises libres .Si nous pensons la plupart des bibles franaises rcentes, cellesde Maredsous ou de Lille (Linart), celle de Jrusalem ou la TOB.celle encore de la Pliade, le dessein initial est tout diffrent. Cettefois ce ne sont pas les traducteurs, supposs exgtes, linguistes,thologiens ou pasteurs, qui se sont trouvs d'accord sur un com-mun projet enthousiasmant, appuys par un diteur magnanimeet bien outill, voire munis d'une approbation ou bndiction hirar-chique.

    L'entreprise n'est donc pas directement oecumnique, bien queses collaborateurs tous chelons, admise leur comptence, aientt dsigns de faon reprsenter le plus large ventail des ap-partenances culturelles, religieuses et mme politiques. On a toutfait pour que cette Bible ne devienne pas l'affaire d'un groupeplus que d'un autre, et cela ds le temps des consultations prli-minaires, puis au moment des nominations et tout au long destravaux. Cela est vrai de l'quipe traductrice travaillant tempsplein ou partiel, cela est vrai du conseil de direction (dont lesattributions n'taient pas purement financires), cela est vrai enfind'une bonne cinquantaine de consultants recruts de toutes parts tour de rle et qui les textes ont t communiqus mesurede leur laboration, en vue de toute remarque utile9.

    Le mme principe s'appliquait, en sens inverse, propos desdestinataires. Les spcimens des deux bibles diffrencies qu'onavait d'abord prvues s'tant rvls peu convaincants, on dcidade s'en tenir une seule traduction qui serait offerte tout lemonde, au sudois adulte moyennement scolaris d'aujourd'hui etde demain . La formule est intressante, la fois ample et prcise.Il fallait tenir compte des ingalits de style, en raison des genreslittraires, mais pour l'ensemble on se tiendrait plus proche de labible populaire que de la bible d'glise . La traduction devaittre accessible tous, aux diffrentes communauts chrtiennes

    9. Ils se rpartissalent en quatre groupes : philologues, stylistes et hommesA 1tl'p. linmmft rf'P.nl nBxtftilm. n1nnan^ t nuhItflA^M.

  • 84 L.-M. DEWAILLY, O.P.

    comme tous les milieux o l'on prouve le besoin d'une traduc-tion 10. Dcision de sagesse, ds lors qu'elle n'empche pas lesplus avertis d'aller aussi chercher leur bien ailleurs.

    De toute faon, donc, soit par le recrutement des collaborateurssoit par les destinataires viss, nous avons affaire ici un cum-nisme assez particulier. On se trouve au-del de l'cumnisme,puisque le problme est cens rsolu, mais tout aussi bien en de,puisque le problme n'a pas t pos. Je n'ai pas analyser et classer suivant leur valeur suppose les diverses mthodes et tac-tiques unionistes, en soupeser la lgitimit, l'opportunit, la fcon-dit. Serait-ce ce type de travail biblique commun que pensaientles Pres du dernier concile11 en prconisant les saintes paroles(sacra eloquia) comme instruments privilgis (eximia instrumenta)dans le dialogue qui mne l'unit ? Je croirais volontiers qu'ils en-visageaient une mise en commun plus explicite. Quoi qu'il en soit,cet cumnisme de coopration concrte et prolonge, aussi largeque tacite, qui n'engage en rien les convictions confessionnelles com-me telles, ni les communauts et les instances d'Eglise, a fonc-tionn ici sans encombre et son rsultat est reconnu de tous.

    *

    Dj avant d'exister formellement, aux tapes prliminaires deson travail, la Commission biblique avait multipli les informationset rflexions sur les autres bibles prpares et publies rcemment enEurope. Aprs sa fondation il y a dix ans elle ne s'est pas contentede travailler dans le secret. Plusieurs traductions partielles ont toffertes au public, invit envoyer ses rflexions l'adresse indi-que. La plus marquante et la plus rpandue a t le recueil Quatrelivres bibliques 12, qui contenait Me, Ga, He, 1 Jn. munis chacund'une brve introduction et d'une premier tat des notes. Ce recueil,ainsi que d'autres spcimens publis en diverses occasions, ont tsignals et comments dans les journaux, mis l'preuve des coleset groupes d'tudes, autoriss dans les cultes et bien entendu dansl'usage particulier. Les traducteurs, de leur ct, se sont expliqusmaintes fois sur leurs intentions, mesure qu'ils percevaient mieuxce qu'on attendait d'eux. Recueillant des chos de toute provenance,ils avaient oprer l'indispensable tri de conseils ou reproches diver-gents ou mme contradictoires. Le sang-froid ne leur manquant pas

    10. Je cite les directives ministrielles de dcembre 1972, mais la premiredes deux expressions se trouvait dj dans un rapport de la Commission provi-soire la mme anne.

    11. CONC. VATIC. II. Unifatis redinfegrafio (21 nov. 1964), III, 21.12. Pyra bibelbcker, Stockholm, Liberfrlag, 1975, 18,5 X 11, 144 p.

  • NOUVEAU NOUVEAU TESTAMENT SUDOIS 85

    plus que la nettet croissante des critres, ils ne renoncrent pas se frayer leur voie en prenant la responsabilit des mille dcisionsultimes. Le dlai d'achvement d'abord prvu, cinq annes (qui etdonc men en 1977), dut tre prolong plusieurs fois. Enfin sur-vint la date fatidique annonce pour la sortie du livre imprim, sortieorchestre par une publicit aux cent voix o ne manquaient ni laradio ni la tlvision. Dans les quelque trois mois qui ont suivi cettedate, vers Nol 1981, le volume avait dj t vendu ou command plus de 800.000 exemplaires, soit raison d'un exemplaire pouronze ou douze habitants du pays.

    Voici donc ce Nouveau Testament entre toutes les mains. Mondessein tait d'en voquer la prhistoire et l'histoire, pour suggrerla comparaison avec d'autres entreprises que nous avons connuesplus prs de nous. Destine tous, comme je l'ai rappel, cette tra-duction pouvait-elle esprer satisfaire en tout point tous ses lec-teurs ? Il faut maintenant, sans entrer dans un examen dtaill, laprsenter de faon sommaire ".

    II convient avant tout d'en louer la concision. Proccups sans ces-se de ne rien ajouter, ft-ce pour la clart, les traducteurs ont fuitoute paraphrase, toute tournure explicitante, les mots ou particulesde remplissage si faciles multiplier sous couleur de naturel. Dans lemme esprit ils ont discrtement restructur la phrase chaque foisqu'un calque idiomatique tait impossible, surtout dans les phra-ses complexes qu'il a fallu fractionner. Le texte ainsi obtenu estd'ordinaire concentr l'extrme sans tre obscur. Tout a-t-il pu ypasser ? Les esprits mticuleux regretteront par endroits...

Recommended

View more >