Le radiologue en oncologie pdiatrique : comment amliorer nos comptences relationnelles avec lenfant et les parents ?

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    Feuillets de Radiologie 2007, 47, n 1,62-67 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs

    Le radiologue en oncologie pdiatrique : comment amliorer nos comptences relationnelles avec lenfant et les parents ?

    J.Leclre 1, L.Ollivier 2, M.Ruszniewski 3, S.Neuenschwander 2

    1. Dpartement dImagerie, Service dchographie, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex.

    2. Dpartement dImagerie, Service de Radiologie, Institut Curie, 26, rue dUlm, 75005 Paris.3. Psychologue, psychanalyste de lInstitut Curie, 26, rue dUlm, 75005 Paris.

    Correspondance :L.Ollivier,

    ladresse ci-contre.

    Email : liliane.ollivier@curie.net

    Une meilleure information, une amlioration de leurprise en charge tous les niveaux du ddale de la maladie et

    du circuit mdical est une revendication constante, rcurrente

    et lgitime des patients adultes et des parents des enfants

    malades. Un certain nombre de plaintes et de reproches

    adresss lencontre du corps mdical, et notamment des

    radiologues, ont pour cause un dfaut ou une mauvaise

    communication [1]. Nous avons le devoir de renforcer nos

    3333Bonne pratique

    Rsum Summary

    Amliorer nos comptences communicationnelles est une obliga-

    tion pour mieux rpondre la demande lgitime des patients et

    des familles dune meilleure information et dune amlioration

    de leur prise en charge tous les niveaux. Un certain nombre de

    plaintes et de reproches adresss lencontre du corps mdical

    ont pour cause un dfaut ou une mauvaise communication. Or

    les comptences dans ce domaine sacquirent ou se renforcent

    par lapprentissage dun certain nombre de techniques et lappli-

    cation de rgles de base. Les recommandations jusquici publies

    sont avant tout destines aux mdecins traitants et sappliquent

    moins directement aux radiologues. En sen inspirant, des outils

    spcifiques ont t dvelopps pour la pratique de lchographie

    prinatale puis de la radiopdiatrie. Il sagit dintgrer simple-

    ment les points essentiels ncessaires loptimisation des rela-

    tions entre les jeunes radiopdiatres, les patients et leurs

    familles. Nous avons nous-mmes adapt ces rgles la radiolo-

    gie en oncologie en rcitant le CREDO du radiologue que lon

    peut galement proposer pour la radiopdiatrie.

    Improving communication between the radiologist, the patients and their families in onco-pediatric radiology.

    An improvement in our communication skills is an obligation to

    better respond to the legitimate desire of patients and families

    for better information and optimal care. Many of the complaints

    and reprisals addressed against the medical profession result

    from insufficient information delivery or inadequate communica-

    tion. Competence in communication skills can be acquired or

    reinforced by using specific training techniques for conducting

    interviews and applying the basic rules of communication. The

    protocols which have been proposed in the literature are prima-

    rily intended for the referring physicians, in particular oncolo-

    gists. With regard to the improvement of communication skills

    among radiologists, a simple tool was developed to help the

    residents in pediatric radiology to memorize the main points of

    the patient-radiologist interaction. We propose a protocol,

    CREDO, more precisely appropriate for routine practice of medical

    imaging, in particular in oncology. This protocol can be applied

    to the practice of pediatric radiology.

    Mots-cls : Relation mdecin-malade, Communication, Pdiatrie, Imagerie

    Key words: Doctor-patient relationship, Communication skills, Pediatric radiology

  • Feuillets de Radiologie 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs 63

    J. Leclre et al.2222Bonne pratique

    comptences relationnelles et communicationnelles par

    lapprentissage dun certain nombre de techniques et lappli-

    cation de rgles de base et en prenant connaissance des

    recommandations tablies dans la littrature concernant la

    relation mdecin-malade comme le SEGUE, les SPIKES ou le

    Kalamazoo Consensus Statement [2-4]. Mais ces stratgies

    et protocoles, visant amliorer les comptences dans la

    faon dannoncer des mauvaises nouvelles, sont avant

    tout destins aux mdecins oncologues et moins directe-

    ment aux radiologues [4-7]. En sen inspirant, des outils sp-

    cifiques ont t dvelopps, tout dabord pour la pratique de

    lchographie prinatale [8], puis de la radiopdiatrie avec

    le RADPED [9] (Establish Rapport, Ask question, Discuss the

    exam, Perform the procedure, use Exam distractions, Dis-

    cuss the results). Il sagit dun outil simple pour intgrer les

    points essentiels ncessaires loptimisation des relations

    entre les jeunes radiopdiatres, les patients et leur famille.

    Pour reconnatre et rpondre aux motions du patient et des

    parents comme la peur, lanxit, lapprhension de lexa-

    men et surtout de son rsultat, Goske et al. [9] recomman-

    dent dutiliser le modle PEARLS (Partnership, Empathy,

    Apology, Respect, Legitimization), support que nous avons

    adapt la mnmotechnique francophone en proposant le

    protocole PERLES dans le cadre du CREDO du radiologue [10].

    Exemple clinique : la relation radiologue-parents lors de la dcouverte, du bilan et du suivi dun nphroblastome

    g de 5ans, M.est le fils unique dun couple socialement

    ais. Il est n prmatur (1,5kg), a fait une hmorragie cr-

    brale, sans squelles. Lors de la surveillance systmatique

    dune urtrocle, dcouverte lchographie dune masse

    rnale gauche, il a alors 2ans et demi. Cest lchographiste

    qui trouve la tumeur, il est le premier connatre le rsultat

    inattendu de lexamen, (une chographie, 6mois aupara-

    vant, tait normale) et il doit en faire part aux parents chez

    lesquels il va faire natre, de toute faon, une terrible

    angoisse. Mais, comme le dit Henri Pujol sil ny a pas de

    bonne manire dannoncer un mauvaise nouvelle, il y en a

    des mauvaises [11].

    Lenfant est adress dans un service doncologie pdiatrique.

    Le premier examen ralis est une chographie abdominale

    qui confirme, en prsence des parents, le trs probable nph-

    roblastome et mesure la tumeur dans ses trois dimensions.

    Cest lexamen de rfrence. Les parents interrogent le mde-

    cin chographiste. ce stade du tout premier bilan, la pru-

    dence est de rigueur: le radiologue confirme la lsion rnale

    et si la question est pose (comme cest le plus souvent le

    cas) il donne les dimensions. Il tlphone ensuite au pdiatre

    en consultation pour lui faire part de ses constatations, de son

    avis et linforme de ce quil a dit aux parents.

    La premire consultation avec le mdecin pdiatre, le mme

    jour, est longue et explicative. Il est not les parents ont

    pos toutes les questions quils souhaitaient et semblent

    avoir bien compris. Le rle dannonce et de synthse,

    essentiel, revient au mdecin rfrent. La chimiothrapie est

    mise en route, 4cures propratoires avec au milieu une

    chographie dvaluation de la rponse que les parents

    attendent avec langoisse quon imagine. Lexamen est rela-

    tivement rapide, les parents silencieux attendent le verdict.

    La masse est stable, elle a peu diminu de volume.

    Lannonce doit tre nuance, la lsion est petite, 4,5cm, elle

    est bien dlimite et sans aucune autre anomalie, la chirurgie

    prvue ne rencontrera pas de difficult. Mais quoique lon

    dise, la dception est grande et cest encore le radiologue qui

    la provoque, bien involontairement.

    Lenfant est opr sans problme, nphrectomie gauche lar-

    gie. Vient la priode du suivi post-traitement qui comporte

    uniquement une chographie abdominale tous les 2 puis

    3mois et une consultation avec, tous les 6mois, une radio de

    thorax. Depuis 2ans et demi de surveillance, lenfant a eu

    14chographies. Voici le rcit de la dernire en date.

    Pendant que laide soignant conduit les parents et lenfant

    dans la salle dexamen, le mdecin lit le dossier: dernire

    chographie normale, pas de problme dcel lors de la pr-

    cdente consultation, dveloppement normal, lenfant fait du

    sport. Le radiologue est serein, il sait que lexamen sera nor-

    mal. En arrivant dans la salle dexamen, il se prsente, et pose

    des questions ouvertes aux parents et aussi lenfant en

    sasseyant ct de lui comment a va depuis la dernire

    fois ?. Lenfant est souriant, espigle, il a lhabitude et

    na aucune apprhension. Lexamen commence, la mre

    saccroupit ct du lit en tenant la main de son fils, elle

    ferme les yeux et baisse la tte, de toute vidence, elle prie!

    Le pre est en retrait, debout, silencieux, il fixe probablement

    lcran ou le visage du mdecin qui reste impassible quelques

    minutes, sans mimique, sans expression particulire autre

    quune grande srnit. ce moment de tension extrme, le

    moindre signe est interprt comme nfaste. Lexamen est

    prcis, mais rapide, pour abrger lattente insupportable du

    verdict chographique. Parfait, pas de problme, et dun

    seul coup latmosphre change compltement, lpreuve est

    termine. Les parents savent que si lchographie est nor-

    male, rien de fcheux narrivera la consultation: la tension

    retombe, sourires, merci docteur. Jusqu la prochaine fois.

    Cet exemple, authentique, montre limportance du rle du

    radiologue dans la relation avec les parents dun enfant

  • Le radiologue en oncologie pdiatrique : comment amliorer nos comptences relationnelles avec lenfant et les parents ?

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    malade, relation domine par langoisse lors de la dcouverte

    de la maladie, du bilan initial, de lvaluation sous traitement

    et du suivi post traitement. Ce que dit le radiologue, et la

    faon dont il le dit, a une trs grande importance pour les

    parents et lenfant et limpact psychologique dune phrase,

    dun mot, peut tre terrible. Or, pour la plupart, nous navons

    reu aucune formation en technique dentretien ou pour

    lannonce de mauvaises nouvelles et nous ne sommes pas les

    seuls.

    Le CREDO

    C : Construire une relation partenaire

    Il sagit dtablir avec lenfant et les parents une relation la

    moins dsquilibre possible [12]. Le temps du Docteur

    omniscient, dominant un malade passif et dpendant, est

    rvolu. Une relation avec le patient et les parents se construit,

    avec des difficults variables, elle ne simprovise pas. En

    radiopdiatrie, il ne sagit plus dun dialogue mais dun

    change au moins triangulaire [13] avec lenfant et le ou les

    parents. De nombreux facteurs influencent la qualit de la

    relation: lanxit des parents vis vis de lexamen et des

    rsultats, la perception quils ont dun mdecin quils ne

    connaissent souvent pas, la relation des parents avec lenfant

    et entre eux, le comportement de lenfant, son apprhension,

    lenvironnement, la qualit de laccueil, la longueur de

    lattente avant lexamen, les explications qui sont donnes et

    la personnalit de chacun.

    Les parents des enfants atteints de maladie grave sont, dans

    la grande majorit des cas, entirement engags dans la

    lutte, surinvestis dans un combat quils mnent avec un cou-

    rage qui force ladmiration. Vis--vis du radiologue, ils peu-

    vent se montrer plus ou moins agrables, parfois chaleureux,

    parfois plus revendicateurs, mais comme le dit Michel Mori-

    ceau: Le malade nest ni capricieux, ni tyrannique, il est

    angoiss [14]. Le courant ne passe pas toujours mais, pour

    le mdecin, il est essentiel de prendre conscience de ltat

    motionnel dans lequel se trouvent lenfant et les parents,

    pour viter la contamination qui consisterait, par exem-

    ple, se montrer dsagrable avec un pre vindicatif, ou ds-

    tabilis par une mre trs anxieuse. Il sagit dadopter une

    attitude empathique, cest dire douverture relationnelle, et

    non dexprimer nos propres motions. Ceci ncessite de

    contrler nos sentiments personnels spontans de sympathie

    ou dantipathie. Le comportement du radiologue ne doit pas

    dpendre de son tat psychique, des conditions matrielles

    ou du stress auquel il est soumis [15, 16], il doit tre systma-

    tiquement structur, volontaire et professionnel, appliquant

    des rgles et des techniques de communication apprises [17].

    Le comportement du personnel en gnral, et du mdecin en

    particulier, est llment essentiel, cest eux de structurer la

    relation. La moindre fausse note peut dtriorer considra-

    blement lchange alors quun simple geste, un sourire, une

    excuse peuvent dsamorcer une tension et inverser une

    tendance agressive ou une attitude revendicatrice. Lappr-

    hension avant un examen est comprhensible et doit tre

    lgitime, il est important de dire combien elle nous parat

    normale et de tout mettre en uvre pour rassurer (sans faus-

    sement rassurer).

    Des moyens simples permettent dvacuer son stress et

    davoir un contact naturel mais professionnel avec les malades

    et leur famille dans (presque) toutes les circonstances. Il faut

    tout dabord tre affranchi de tout problme de technique

    pour disposer de toutes ses capacits pour sintresser aux

    malades.

    Avant lexamen, il est trs important de prparer la fois

    lacte et le dialogue, pour cela il importe de lire attentivement

    le dossier quand il est disponible, de prendre connaissance des

    rsultats des prcdents examens radiologiques, de sinfor-

    mer de ce qui a t dj dit aux parents (intrt de la rubrique

    informations donnes dans le dossier mdical partag) et

    de lire les commentaires des psychiatres, quand il y en a.

    Un rapport de bonne ou de mauvaise qualit avec le patient

    et la famille stablit en gnral ds les premiers instants de

    la rencontre. Lorsque lattente avant lexamen a t longue, il

    arrive que certains parents ne soient pas dans les meilleures

    dispositions vis vis du radiologue. Le fait que le mdecin

    sexcuse et explique la cause du retard dsamorce la tension

    et permet damliorer la qualit de la relation. Il importe tout

    dabord de dire bonjour, de se prsenter, de prciser sa fonc-

    tion, et de prendre quelques secondes, avant de commencer

    lexamen lui-mme, pour parler aux parents et lenfant en

    sasseyant ct de lui pour tre sa hauteur et non pas

    debout, dans une position dominante. On peut appeler un

    petit par son prnom et tutoyer un adolescent que lon a

    connu au dbut de sa maladie mais vouvoyer ceux que lon ne

    connat pas. Prsenter le stagiaire qui assiste lexamen,

    montrer que lon connat le mdecin rfrent, les rsultats

    des examens prcdents, les traitements en cours contri-

    buent la mise en confiance.

    Il convient, pendant un examen dimagerie, de ne pas majo-

    rer la fragilit dun enfant malade en ne tenant pas suffisam-

    ment compte de sa personne, il importe de se soucier de son

    confort et de respecter sa pudeur. Toute attitude paternaliste,

    ainsi que le vocabulaire familier ou infantilisant ou encore les

    formules faussement rassurantes sont bannir.

  • Feuillets de Radiologie 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs 65

    J. Leclre et al.2222Bonne pratique

    Pour renforcer le rapport et mieux reconnatre les motions

    des parents, il faut poser des questions ouvertes, cest dire

    ncessitant une rponse autre que oui ou non, sur le pro-

    gramme de la journe ou sur ce qui sest pass depuis la der-

    nire consultation. Dans les cas durgence ou de suspicion de

    maladie grave, les premiers bilans sont toujours chargs

    dune trs grande motion et la tension lemporte, rendant

    difficile une communication sereine. Lors de la surveillance,

    les enfants qui ont dj eu plusieurs chographies compren-

    nent trs vite que lexamen est indolore, quon peut voir les

    images sur un cran et la majorit des examens se passe,

    alors, dans un climat de confiance.

    R : Raliser lexamen dans les meilleures conditions

    On doit expliquer simplement ce qui va se faire, la coopra-

    tion qui est demande lenfant, les inconvnients, les bruits,

    le temps approximatif de lexamen. Un des parents qui le sou-

    haite peut rentrer dans la salle dexamen de scanner ou dIRM

    aprs de simples prcautions de protection contre les radia-

    tions ou les risques du champ magntique. Pendant lcho-

    graphie, les parents sont videmment prsents, pour les

    petits il est utile de proposer des jouets musicaux ou des pelu-

    ches pour les distraire et dtourner leur attention.

    Pendant lexamen, il faut viter les drangements, le tl-

    phone, faire respecter son territoire, celui de lenfant et de la

    famille. galement viter de parler un tiers, dvoquer des

    problmes techniques ou de service, de manifester de lton-

    nement devant lcran. Si un junior a besoin dun autre avis, il

    doit lexpliquer trs clairement avant daller chercher un col-

    lgue. Il faut parfois savoir limiter un enfant trop agit ou

    agressif ou une famille exubrante trop envahissante, deux

    cas qui nuisent la qualit de lexamen. On peut demander

    laide du technicien, de lassistante qui peuvent occuper

    les parents pendant que se droule lexamen, en les faisant

    asseoir ou au contraire en les faisant participer lacte. Il

    arrive aussi que, pour soulager leur tension, les parents

    posent de multiples questions pendant lexamen. Leur expli-

    quer quon doit se concentrer sur son travail, mais quensuite,

    on consacrera un moment pour le dialogue, suffit gnrale-

    ment et permet de poursuivre dans de bonnes conditions.

    Souvent les enfants eux-mmes posent des questions pen-

    dant lexamen, ils demandent si, ce que lon voit sur lcran,

    cest la boule dans mon ventre ?. Il importe de leur rpon-

    dre simplement, sans se perdre dans des explications mdi-

    cales ou un cours danatomie. Le radiologue doit prendre soin

    de ne pas sadresser uniquement aux parents mais gale-

    ment de parler avec lenfant lorsquil est question de sa maladie.

    E : couter les questions

    la fin dune chographie, les parents demandent presque

    toujours les rsultats ce qui nest pas le cas chez ladulte, o

    beaucoup de malades, pour des raisons diverses, ne posent

    aucune question. Pour certains, lexamen est vcu comme

    videmment normal, dautres redoutent trop dappren-

    dre quune anomalie vient dtre dcouverte, ou ne souhai-

    tent pas entendre une ventuelle mauvaise nouvelle dun

    autre mdecin que leur mdecin rfrent. Le problme est

    diffrent en chographie pdiatrique o les parents veulent

    lgitimement connatre les rsultats.

    Une attitude dcoute bienveillante de la part du mdecin va

    signifier lacceptation du dialogue: le fait de rester assis quel-

    ques instants, une fois lexamen dclar termin, alors

    que les parents sont debout ou se sont relevs, de garder une

    connexion avec eux et lenfant par le regard ou le toucher,

    puis de se laver les mains lentement, donne le temps pour

    dautres questions, des prcisions ou un simple change.

    Une fois lexamen termin, il faut rester prsent quelques ins-

    tants. Dans une situation difficile, aprs un examen rvla-

    teur dune mauvaise nouvelle, la pire des attitudes est la

    fuite. Les rgles suivantes peuvent tre appliques: ne pas

    quitter la salle dexamen avant que le patient soit retourn

    dans la cabine pour se rhabiller ou que les parents et lenfant

    soit prts partir, on sortira alors avec eux, pour les orienter

    vers la consultation.

    Aprs un scanner ou une IRM, lenfant et les parents qui en

    expriment la demande doivent tre reus dans un cadre ad-

    quat, idalement dans une salle ddie, si possible pas dans

    une salle dattente ou un couloir.

    D : Donner les informations

    Les parents des enfants atteints dune tumeur maligne ou dune

    hmopathie sont trs informs par les mdecins traitants, de la

    maladie, de la taille de la tumeur, des traitements, de lvolu-

    tion probable. Ils posent des questions prcises auxquelles le

    mdecin na, le plus souvent, pas de difficults rpondre [18].

    Au fil de la surveillance long terme denfants traits il y a plu-

    sieurs annes et guris dune affection maligne, stablit une

    vritable relation entre lenfant, les parents et le radiologue

    quils connaissent et qui a suivi lvolution favorable de la mala-

    die. Cette relation est renforce par le souvenir non voqu,

    mais prsent, des moments trs difficiles lors des premiers exa-

    mens de diagnostic et de suivi en cours de chimiothrapie.

    Lorsque lexamen est normal, il est facile de rpondre une

    question formule sans oublier les limites ventuelles de la

    technique utilise, en fonction du problme pos.

  • Le radiologue en oncologie pdiatrique : comment amliorer nos comptences relationnelles avec lenfant et les parents ?

    66

    La situation nest pas aussi facile en cas de dcouverte dune

    nouvelle anomalie [19] ou si des lsions progressent ou rci-

    divent. Parfois la mauvaise nouvelle est totalement inatten-

    due, ailleurs des signes cliniques avaient fait suspecter une

    reprise volutive et les parents attendent de lexamen la

    confirmation, avec langoisse quon imagine. Il nest pas pos-

    sible pour le radiologue de dissimuler la ralit. Le stress, le

    manque de formation pour la gestion de situations difficiles

    peuvent conduire des comportements trs dommageables

    comme la fuite en avant. Le mdecin, dstabilis, ne trouvant

    pas de solution dattente, se libre de son angoisse en

    devanant les questions, en allant plus loin que ce qui lui est

    demand. La rationalisation est un autre mcanisme de

    dfense frquent, consistant dissimuler la ralit sous un

    vocabulaire mdico-technique incomprhensible [20]. Le lan-

    gage doit tre adapt, simple et lon doit sassurer quil a t

    compris. Le mensonge est bien sr proscrire ainsi que les

    fausses rassurances ne vous inquitez pas, a va sarran-

    ger ou lesquive qui consiste rpondre ct de la ques-

    tion en parlant dautre chose. Le radiologue qui dcouvre une

    anomalie peut cependant nuancer lannonce de la mauvaise

    nouvelle, sans pour autant travestir la ralit. On parle alors

    de la ncessit de bien analyser les diffrentes images, de les

    comparer avec celles des examens antrieurs, de discuter de

    la situation avec le mdecin rfrent; il est galement possi-

    ble dvoquer dautres examens qui vont tre ncessaires, en

    accord avec le clinicien, pour prciser un doute.

    Le radiologue doit ensuite tlphoner au pdiatre pour linfor-

    mer des rsultats et lui prciser ce qui a t dit aux parents,

    pour que linformation soit cohrente. On sait que la discor-

    dance des discours de diffrents mdecins est une des causes

    principales des rcriminations des malades.

    Les cliniciens reprochent souvent aux radiologues de donner

    une information trop brutale ou errone. Certains souhaite-

    raient mme que, pour ne pas nuire, le radiologue ne dise

    rien du tout: conduite impossible, mene jusqu labsurde

    par un jeune radiologue qui, la question quavez-vous vu,

    Docteur ?, rpondit je nai pas le droit de vous le dire.

    Lors de recueils de tmoignages, les parents, la quasi-una-

    nimit, expriment le souhait que le radiologue les informe du

    rsultat, mme sil sagit de mauvaises nouvelles, la condi-

    tion quil soit sr de son fait et quil le fasse avec tact et

    mesure. Il est important danticiper ce type de situation avec

    le clinicien, dchanger les points de vue, et darriver une

    attitude concerte sur la conduite tenir, en gnral, pour

    donner des informations. Les parents et lenfant se sentent en

    confiance lorsquils peroivent quune quipe cohrente

    assure la prise en charge, ils comprennent alors vite quel est

    le rle de chacun.

    O : Organisation du service

    Lamlioration de la prise en charge des enfants et de leurs

    parents ne concerne pas uniquement lcoute et lannonce du

    rsultat dun examen mais aussi la prise en charge globale

    depuis larrive dans le service dimagerie jusquau dpart

    vers la consultation. Lensemble de lquipe doit tre motiv

    pour mettre effectivement le malade au centre de toute

    lorganisation. Le rle et lexemple du chef de service sont

    essentiels pour dvelopper la complmentarit et que chacun

    partage les mmes valeurs dempathie et de respect envers

    tous les patients et leurs familles. Une relation centre sur le

    patient passe par un environnement, des locaux et des lieux

    de rencontre adapts [21, 22]. Un accueil souriant et informa-

    tif, un personnel disponible, prt renseigner, orienter, sont

    des facteurs dterminants pour la suite des vnements. Un

    environnement calme contribue faire baisser les tensions, il

    faut sefforcer dviter tous les facteurs stressants, le bruit, les

    personnels qui parlent fort sans tenir compte de la proximit

    des patients qui attendent lexamen et ses rsultats dans

    langoisse et le dsarroi. Amliorer la qualit de prise en

    charge des malades est un travail dquipe auquel tous parti-

    cipent: brancardiers, personnel daccueil, secrtaires, mani-

    pulateurs, aides-soignantes et mdecins. Il importe dviter

    que notre comportement quotidien, notre routine ne soit

    perus par les patients et leurs familles comme de la dsin-

    volture et de lindiffrence. Une salle dattente confortable,

    comportant des zones spares pour les enfants, selon lge,

    avec des livres et des jouets et si possible sans contact avec la

    zone ddie pour les malades en lits ou en chaises rend

    lattente moins pnible. Des plaquettes informatives ou des

    affiches didactiques expliquant simplement les examens doi-

    vent pouvoir y tre consultes. Aprs les examens il faut

    sassurer que les parents ne sont pas perdus, quils savent o

    ils doivent se rendre, leur indiquer et parfois les faire accom-

    pagner. Lorsquon les consulte, les parents et les enfants font

    part de rflexions souvent trs constructives sur les amliora-

    tions qui leur paraissent importantes envisager quant au

    ressenti relationnel dans le service. Procder, de faon

    priodique, des recueils de tmoignages permet aussi aux

    patients et aux familles dexprimer leur satisfaction ce qui

    contribue la motivation du personnel.

    Conclusion

    Linformation des patients et des parents denfants malades

    est de notre devoir, les rgles en sont juridiquement ta-

    blies. Si linformation claire, loyale et approprie est ins-

    crite dans les textes, au quotidien elle reste individuelle et

  • Feuillets de Radiologie 2007. Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs 67

    J. Leclre et al.2222Bonne pratique

    fonction de ce que les malades ou les familles demandent et

    de ce quils semblent vouloir entendre et pouvoir compren-

    dre. Le radiologue, aprs un examen, est trs souvent le pre-

    mier dtenir une information capitale, qui va influencer la

    suite du traitement et la vie de lenfant avec des consquen-

    ces importantes, voire dramatiques, pour la famille. Dans

    chaque cas, il doit sadapter, couter la demande et moduler

    ses rponses, bien sr en fonction des rsultats de lexamen,

    mais aussi de ce quil peroit de ltat motionnel des

    parents et de lenfant. Pour rpondre aux demandes trs

    diverses et lanxit des malades il ny a pas de conduite

    strotype valable dans tous les cas. On peut cependant

    sappuyer sur des protocoles nonant les rgles de bases de

    la relation mdecin-malade. Jusquici, ceux qui taient

    proposs sadressaient surtout aux mdecins traitants en

    particulier oncologues [2-7] avec des adaptations pour la

    spcificit de la radiologie pdiatrique [8, 9]. Nous avons

    propos un protocole en version francophone, le CREDO [10],

    reprenant les bases de la relation avec les patients, plus sp-

    cifiquement destin la pratique de limagerie mdicale, en

    particulier en cancrologie. Ce protocole concerne non seule-

    ment la relation du radiologue avec les malades mais aussi

    les rgles communes lensemble de lquipe et lorgani-

    sation des services.

    Rfrences

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