Les Apparus Dans Mes Chemins - Émile Verhaeren

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    02-Nov-2015

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Les Apparus Dans Mes Chemins - mile Verhaeren

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  • Les apparus dans meschemins / mile

    Verhaeren

    Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France

  • Verhaeren, mile (1855-1916). Les apparus dans mes chemins / mile Verhaeren. 1891.

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  • ) Les Apparus

    Emile Vcrhaeren

    daM mes chemins

  • Les Apparus dans mes chemins

  • Il a t tir de ce Uvre

    exemplaires sur papier du Japon des Manufacturesimpriales, numrots1 5.

    10 sur papier de Hollande Van Oelder,

    numrots 6 15,38S

    sur papiervlin.

  • DU MME A UT EUH

    POSIESLes Flamandes

    Les Moines

    Les SoirsLes Dbcles

    Les Flambeaux noirs

    prosesContes de minuit.

    Fernand Khnojif (critique).Joseph Heymans (critique).

    Au tord de la Route.

    ~f

  • EMILE VERRA E RE N

    Les Apparusdans mes chemins

  • e4 ^Edmond U)eman

  • LqA VLoAUKE

    Je veux mener tes yeux en lent plerinageVers ces loins de souffrance,hlas! oit depuis quand,

    Depuis quels jours d'antan, mon cur faithivernage'

    C'est mon pays d'immensment,Oit ne crot rien que du nant,Battu de pluie et de grand vent.

    Cest mon pays de long linceul.

  • Mes rivires y font de lents serpentsD'eau jaune traversde grandspansDe terrains planes et rampants.

    C'est mon payssans un seul pli, un seul,C'est mon pays de grand linceul.

    Quelquesrares hrons, au bord de marais faux,Quelques pauvres hrons, dans leur bec en ciseaux,Tordent, au soir tombant, des vers et des crapauds.

    Et quelquesvols parfois de corneilles lointaines.Avec de grands haillons d'ailes, grincent des hainesAux quatre coins des longues plaines.

    C'est mon pays d'immensment,Oit mon vieux cur morne et dment,Battu depluieet de grand vent,Comme un limon, moisit dormant.

  • les villages au clair depuis quel temps?Et mes cloches vers les vaisseauxpartantsSt mes vergues et mes mts exaltantsIls sont au fond depuis quel temps?D'estuaires de plomb et de bas-fondsd'tangs?

    ales villages d'enfance et de fiert,Mes villages de joie et de tours de fiert,Ils ont sombr depuis quels soirs ?D'quinoxesde cuivre en des cieux noirs?

    Cest mon pays d'immensmentOU ne crot rien que du nantBattu de pluie et de grand vent.

    La toujoursuniformit des joursRabaisse en moi le moindre effortLev, soit vers la vie ou vers la mort.

  • Ne plus mfimc crin? mais croupi)' l'a toujoursComme, un cad'ivre en or de proueEn de la vase et de la boue;Ne plus mme sentir cette douleurHroque de son malheurRien que la main de sa rancurEtendre un aujourd'hui de curMorne, vers un demain qui sera morne aussi,Le mme qu'hier

    et qui toujours commeaujourd'huiEtendra morneet morne encoreLe lendemain vers l'autre aurore.

    C'est mon pays d'immensment,Oh ne crot rien que du nant,Battu de pluie et de grandvent,Autour de quoi tournentV ennuide ferEt les mcaniquesdes nuits d'hiverEt les billementsdes astres et les deux noirsEn deuil de tant de soirs

  • Depuis des tas d'annesD'habitudesagglutines.

    FA serais- je toujours l'enseveUDe ces landes d'immenseoubli?Celui pour qui ces vols de hainesAux quatre coins des longues plaines,Grincent, depuisquels temps, leurscris toujoursles mmes ?Celui dont les hrons, la nuit,Dont les maigres hrons, droit sur la dune,Avalent,aux minuits de lune,Immensment,les vers et les btes d'ennui.

    Et maintenant tes yeux savent ces loins de plageO mon si morne cur, hlas! et depuis quand?Depuis quels jours d'antan fait hivernage.

  • CELUI
  • Le port immensment crucifi de mtsDonnait huileux et lourd en ses bassins d'asphalte;Un seul levier, MU un bloc de basalte,Levait de son poing noir un norme acomas.

    Et sousde ce soir de portorUne une, l-bas, s'loignaient les lanternesEt tout au long passaient les hommes des tavernesEt les folles du rve en des ruelles d'or.

    Quand, plaie norme et rouge, une voile, soudainTumfie au vent, cingla vers les dbarcadres,

    Quelqu'und'en trs granddeuil des mers noireset lgendairesParut avec son dsespoirdes Infinis, en main.

    Comme des glaives d'or en des taux de ferIl enserraitsa rage et ses dsirssauvages,Mais ses cris grands cassaient les chos des rivagesEtdepart enla mer.

  • Il ('tait d'Ocan, il tait vieux d'avoirMorditchaque horizon saccag de tempteEt de sentir encore et quand mmetoute sa tteHennir vers la souffranceet les douleurs du soir.

    Il se voulait supplici. Il se savaitL'cartel de son dsir. Sur sa croix d'meIl se saignait avec de rouges clous de flammeEt dgustait toute la mort qu'il en buvait.

    Sa vie ? elle s'tait darde en eettefoiA n'tre rien, sinon celui qui s'pouvanteEt des coupants clairs de son me savanteFlagelle obstinment les oragesdu soi.

    Effrayant effray. Il btissait lointain,Pour une autre existenceclate en miracles,En tin pays de rocs, tonnants d'oracles,O le chne vivrait, o parlerait l'airain,

  • Oh tout l'orgueil serait se vivre en dploiementsD'effroiavec sur soi la voix profondeEt tonnante des Dieux qui ont tordu le monde,de terreur, sous le froid d'or des firmaments.Et depuis des milleans il luttait sur la mer,Gonflant, l'horizon, les torses de ses voiles,Toujours, vers les lointains des plus rouges toilesDont les verres de sang se cassaientdans la mer.

  • LqA 'PLcAIS^E

    Par les plaines de mon Ame, tourne au Nord,le ticux berger des novembresil corne,Debout, comme un malheur, au seuil du bercailmorne,Il corne au loin l'appel des brebis de la mort.

    L'table est faite en moi avec mon vieux remord,Au fond de mesaysde tristesse sans borne,Parlesplaines de mon me, qu'uneviorne,Lasse de ses flots las, fltrit d'un cours retord.

  • Toisons noires h croix rougessur les pauleslit lliers couleur feu rentrent, coups de gaules,Comme ses lents pchs, en mon me d'effroi.

    Le vieux berger des novembres corne tempteDites quel donc clair a travers ma ttePour que, ce soir, ma vie ait eu si peur de moi?

  • LES LOIWTcAIKS

    En de lourd sonnantesboues,Au long des plages de la mer,Tai mis mon meSonnante, au long des plages de la mer.

    Les 'navires cavalcadeurs,Sabords de cuivre et tillacs d'or,Mon me

    Au long des eaux qui vont au Nord,

  • Battant son glas, les accompagne,Mais reste, avec des liens de fer,Avec des ancres et des liens de fer,Rive, au long desplages de la mer.

    Mon me elle est aux sables de la mort,Mon me elle est roule, elle est foule,Elle est ronge et saccage,Elle est dans la tempte de la vieMangeaux sables de la mort.

    Les navires cavalcadeurs,leur avant d'or touillant d'cumes,Tous pavillons commedes plumes,S'en vont, vers les ailleurs,L-bas, o des glaciers de miroirs d'orRflchiront de liant en basLeur joie et leur essor de mtsEt leurs voiles en des murailles blanches!

  • Mon me elle est aux sables de la mort;Mais ses dsirs mal crass,Ils se glissenten ces vaisseaux, solennissD'une royale et volantearmature,Quipassent vers l'espace.les mousses bleus chantent dans la.mature,lepont reluit, toute vague solcilleEt le tortil du pavillon, dans l'air.Fouette la nacre et or merveilleD'unjour de Mailamer.Et mon me connat le pays clairOie le silence est une joieQui dans l'argent et la neige flamboie;Elle connat la grotte en diadme,Belle de froidet de socles de gel,O le luxe de feux myriadaireest telQu'elle s'blouit elle-mmeEt dans son cur se satisfait.

  • Et mon me est celle quisaitQue le bonheurest dans le froidDans le sommeil et le silence, et croitAux pays blancs et immobilesPoss tels des marbres sur des ples tranquilles.

    En de lourd sonnantesbouesAu long des faadeset des monts de la merSous des vagueset des vagues foulesMon meTinte son glas au long des sables de la mer.

    Lephare feux rouges du pays de la boue,Lorsque tombe le soir, secoueComme un meurtre chevelu d'or dans l'air,Alors des crins de lumire battent mon me,Elle s'avive, une heure, au sang de cette flamme,Puis retombe, lourde boue,Vers les tnbres renfloue.

  • O-i bien c'est le cormoran noirQui vole autour, comme un haillon de nuit,Et stride un cri de dsespoirEt sans mme s'tre arrte",s'enfv,U,

    Ou bien lorsque la vague est basse,C'est le babil de roseaux rouxQue le vent brasse en ses remousEt que Novembre casse.

    En de lourd sonnantesbouesA u long des plages de la merMon me elle est clamante et gmissante.

    Vous les Nixes, l-bas, aux ceintures dgivre,Dglaons bleus coiffes,Qui rservezpourvous ce don de vivreClairesdans la strilit reines et fes,Des lointaines et lucides Baltiques,

  • Sous les ciels d'or lunaireau Nord,Quand vous tiendrez en vos plesbras forts3les vieux dsirs embarqus sur la- mer,Epuisez-les,faites-lespierre etque leur sortAprs tant d'affres soit du moins d'tre des morts,Cur contre cur, cur de gel, cur de rve,

    Pntrez- vous en vos noces de cristal blancEt que tous deux quand votre nuit s'achve,H vous reste la mort profonde en votre flanc.Carmon me que l'infinisaccageEt que les vaisseaux d'or frlent de leur voyage,Veut bien pourriraux sables desaplage;Mais sans ses dsirs fous en paix!l

  • UKE HEU%E DE SOm

    En ces heuresde soirs et de brumes ploysSurdei fleuvespartis vers des fleuves sans bornes,Si momcmenttristes contre les quais si mornes,luise)il encor des flots comme des yeux broys.

    Comme des yeux broys luisent des flots encor:Tandi qu'auxpoteauxnoirs desponts, barrant les havres,Quelsheurts mous et pourrisd'abandonns cadavresEt de mbords de bateaux morts au Nord?

  • La brume est fauve et pleut dans l'air ray,La brume en drapeauxmorts pend sur la cit morteQuelque chose s'en va du ciel, que l'on emporte,Lamentable, commeun soleil noy.

    Des tours,des tours, avec des voix deglas,Pour ceuxdu lendemain qui s'en iront en terre,Lvent leur vieux grand deuil de granitsolitaire,Nocturnement,par au-dessus des toits en tas.

    Et des vaisseaux s'ea vont, sans mme, un paraphe d'clair,Tels des cercueils,par ces vides de brouillardrouge,Sans mme un cri de gouvernailqui bougeEt tourne,au long des chemins d'eau, qu'ils tracentvers la mer.

    Et si vers leurs dparts, les vieux mles tendent des bras,Avec au bout des croix emblmatiques,Par travers l'embu des quais hiratiques,Les christs implorateurs et doux ne se voient pas

  • La brumeen drapeaux morts plombe la cit morte,En cette fin de jour et de soir reploy,Et du ciel noir, commeun soleil noy,Lamvitable,c'est tout mon cur que l'on emporte.

  • CELUI DE LqA FqATIGUE

    L'homme des soirsde la fatigueA regarder s'illimiterla mer,Les braspendants, le front de sa sueur au clair,Devant mes yeux, l-bas, s'est assis sur ma digue.

    La cendre et l'tre teint des rves,La poussire des humaines sciences brves,La volont, sans plus aucun sursaut de sves,Tombaienten guenilles parmi son corpsCel homme taitvtu de sicles morts.

  • Sur la flaccidit de ses membres de peau,L'araigne et tisstfses toiles,L'oiseau filigrane son nid et le crapaudInfiniment bill ses yeux vers les toiles.

    Il n'tait plus la vie et pas la mort,Il tait la fatigue inassouvie.

    Depuisqu'il avanait pour saisir le soleilDe ses pauvresmains d'homme,Our et Memphis avaient ploy sous Rome,Thbe tait vide et Babylone tait un breilEt Rome tait Paris, Paris devenait LondreEt Londre tait dj parti parmi les mers.

    Il avait vu brler d'tranges pierres,,Tadis, dans les brasiers de la pense;Les feux avaient lchles cils de sespaupiresEt son ardeur s'tait casse

  • Sur l'escalier tournantde l'infini;Sa tte lourde tait un monde videOh gyroiaicntencor une lumire, avideD'tre un feu d'or sur un marais terni.Mais rien ne prsageait la claire apothose.

    Il tranait aprs lui une aile grandioseRidicule dont les pennes tombaient;

    Les nuages taient vitreux qui le plombaientEl la chimre,elleSur l'or, immobilepourtant, parmi son casque.

    Lass du bien, lass du mal, lass de tout,On eut dit quelquefoisqu'il maintenait deboutEmoi-, un dernier vu sous l'clair des contrairesAyant tant vu sombrer de choses ncessairesQui se heurtaientpour leur rapide vrit,Lui qui se souvenait d'tre et d'avoir t,Qui ne potteaitmouriret qui ne pouvaitvivre

  • Osaitaimer sa lassitude suivre,Entre les oui battus de non, son chemin seul.

    De tout effortau mieux il se sentait l'aeulLe sol dit monde taitpourri de tant d'poquesEt le soleil tait si vieux.Et tant de poings menteusementvictorieuxN'avaitvol le ciel que de foudresbaroquesEt c'est dcidment Misre!

    toute ternit,

    Qu'a traverssa plante et sous ses astres,La tte ple et toute en sang de ses dsastresVers ses millions d'ans criera l'humanit.

    Certes mais se blottir en la rare sagesseOU rien neque le savoirEt la cultureen soi de sa faiblesse.-Entr'accorder la mort et le dsir, n'avoirQue le souhaitde mitiger sa maladie,L'aimeret la maudireet la sentir

  • Chaude comme un foyer mal teint d'incendie; ;Se dployer sa peine et s'en vtirEtre de ses i malheurs mmes, l'orgueil iEl l'humble aussi, qui dans les Mies passeEt qui s'assied, son geste enfer barrant le seuil V >:Du 'temple, o vont chanter les hommes de sa race.

    `

    El puis le proclamer mais ne croire et l'espoir yQue pour inversement l'aimer de kaine, V,. :[Contrarier l'aurore avec te soir, .1Se torturer chaque heure avec l'heure prochaine,

    i. Trouver la douceur mme son angoisse y tasse-De n'avoir plus la peur del menace, C- Jl

    < N'clairer pas d'un trop grand feu "lLYnigme deviner par del les nuagesQuift songer les sages: I i iQu'un Dieu connu n'est plus un Dieu. \?'. j; i.

    L'homme des soirs de la fatigue T ']

  • Tout len...