LES CULTURES POPULAIRES EN AMÉRIQUE LATINE || Les cultures populaires en Amérique latine

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    24-Jan-2017

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<ul><li><p>Presses Universitaires du Mirail</p><p>Les cultures populaires en Amrique latineAuthor(s): Jacques GILARD and Claude BATAILLONSource: Caravelle (1988-), No. 65, LES CULTURES POPULAIRES EN AMRIQUE LATINE (1995),pp. 5-9Published by: Presses Universitaires du MirailStable URL: http://www.jstor.org/stable/40853298 .Accessed: 16/06/2014 07:05</p><p>Your use of the JSTOR archive indicates your acceptance of the Terms &amp; Conditions of Use, available at .http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p><p> .JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range ofcontent in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new formsof scholarship. 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Mais c'est aussi pour chapper aux incertitudes qui affectent le concept de culture populaire employ au singulier. De ces incertitudes, les articles runis ci-aprs donnent bon nombre d'illustrations. Nous prfrions admettre ds le dbut la varit des sens couramment attribus l'ide de culture populaire, laisser la porte ouverte aux divergences, afin de ne pas nous enfermer dans une conception troite et afin de suggrer, du moins l' esprions-nous, quelques voies nouvelles pour la rflexion. Sans renoncer cette ouverture, la ligne minimale de cohrence devait tre l'acceptation que l'on ne peut parler de culture populaire qu' propos d'une socit au moins duelle, ingale ou ingalitaire, o existe un autre niveau de culture, habituellement jug suprieur ; que le concept ne peut tre que relatif et suppose un regard extrieur ; qu'il n'y a pas de frontire tanche entre les deux niveaux et que les oppositions, relles ou supposes, sont aussi et surtout des interactions. </p><p>Tous les travaux runis ici tablissent la dualit du champ social o vit la culture dite populaire, soit implicitement (R. Barriga Villanueva), soit explicitement. Une frontire, souvent incertaine, mouvante, permable, traverse le terrain d'tude ou le dessine diversement. Tel peut tre le cas dans la socit coloniale finissante du Venezuela, o il s'agit pour les membres les plus modestes de l'lite crole de province de ne pas se trouver rejets dans le groupe des pardos, eux-mmes tents par l'ascension sociale (F. Langue). Tel est le cas galement, vers l'autre extrme, lorsque l'on voit l'lite d'un Caracas en cours de modernisation consommer sa faon, et l'abri de promiscuits redoutes, une musique antillaise qui </p><p>This content downloaded from 185.44.77.28 on Mon, 16 Jun 2014 07:05:23 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>6 CM.H.LB. Caravelle </p><p>sduit tous les groupes sociaux urbains et finit par les marquer galement, sans distinction de place dans la hirarchie sociale (F. Bottaro). Entre les deux ples, la dualit se marque trs diversement, mais n'est jamais absente : il y a un regard du haut vers le bas, par exemple des institutions vers les couches populaires, soit pour rprimer leurs irrvrences (M. A. Mndez), soit pour reconnatre et promouvoir, non sans rticences ni arrire-penses, des collectivits marginalises (A. Charier) ; ou une manipulation effectue depuis l'lite, alliant l'idologique et l'conomique, par le biais des mass-media (C. Posada) ; ou la captation inconsciente, par la littrature savante, d'archtypes habituellement mpriss parce que confins, en principe, au monde de la plbe (J. Gilard) ; ou l'affirmation d'une manire d'tre dans l'atmosphre contraignante de la fabrique (R. Estrada Urroz), que l'on retrouve ailleurs, plus complexe, parce que transcende et mdiatise par un projet idologique subversif (E. Montoya). Mme sans quitter apparemment la sphre de l'oralit, le recours la distinction pidalienne entre "traditionnel" et "populaire" impose de tenir compte d'interfrences - notamment celle de l'imprim - </p><p>qui impliquent encore l'existence d'une autre culture et d'autres vecteurs (A. Gonzalez). </p><p>Une majorit de nos articles privilgie l'tude de l'expression populaire, permettant de constater encore une fois que c'est la culture savante, voire la culture erudite, qui contribue crer et dessiner ou dlimiter l'objet d'tude "culture populaire". Le rappel en est particulirement clair dans les observations dtailles de J. Cavignac sur la faon dont se sont forges au Brsil la notion et la dnomination d'une littrature de cordel mais on en retrouve des traces plus ou moins nettes dans des articles consacrs , ou traitant tangentiellement de, la posie orale, qu'elle soit lyrique ou narrative (A. Gonzalez, J. Gilard, M.A. Mndez). </p><p>Autre remarque qui s'impose ce propos : l'oralit ne s'attire aisment la qualification de populaire que dans les cas o interfre un autre vecteur. C'est toujours, jusqu' une poque rcente, la mdiation non seulement de l'crit mais aussi de l'imprim, un imprim bon march impliquant l'existence d'un systme commercial de fabrication et de diffusion, qui marque cette oralit de son sceau particulier et, parce qu'il est un chanon </p><p>capital dans le processus, conditionne l'ensemble de ce processus et en dtermine la "popularit" (A. Gonzalez, M. A. Mndez). </p><p>Prolongeant ces observations sur le rle de l'imprim, les articles qui abordent l'poque la plus contemporaine permettent de constater d'intressantes permanences. D'abord, celle qui pourrait surprendre </p><p>premire vue, savoir la rsistance de l'imprim (que connaissent bien les amateurs de cancioneros vendus mme le trottoir des grandes villes latino-amricaines), alors qu'il est cern par l'analphabtisme de toujours </p><p>This content downloaded from 185.44.77.28 on Mon, 16 Jun 2014 07:05:23 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>Prface 7 </p><p>et la monte des moyens de l'audiovisuel de masse (A. Gonzalez), mme si le sort futur du folheto brsilien semble incertain (J. Cavignac). Ensuite, justement propos des nouveaux media, la permanence de cette combinaison de l'oralit avec des vecteurs supposant des moyens technologiques et des stratgies qui lui sont en principe trangers. Les intrts commerciaux des grandes stations, au moins, font que le rural dracin - pouvant disposer de la tlvision mais prfrant la radio - trouve prserver une part de ses valeurs et de ses comportements dans le cadre d'une socit urbaine laquelle il n'est pas adapt : la radio favorise cette survivance, qui prend elle aussi la coloration du populaire parce que s'y articulent l'oralit du monde rural et un moyen de communication moderne (C. Posada). La tlvision, notamment avec ses telenovelas, et la vido n'ont pas fait ici l'objet d'articles spcifiques - ce que l'on peut regretter -, mais les lments qui en apparaissent dans certains travaux (J. Cavignac, A. Gonzalez, C. Posada) permettent de tracer quelques lignes assez sres au-del des pratiques radiophoniques, malgr la prdominance des points d'interrogation. Et ils nous incitent aussi repenser la question des cultures populaires latino-amricaines vers l'arrire, partir de l'tat le plus actuel du dveloppement des nouveaux media. </p><p>Le processus historique gnral de ce continent mtis est aussi la source d'une interrogation qui fait surface dans certains des travaux ici runis : le rapport des cultures populaires et des identits. Niveau de culture longtemps ignor par les lites dirigeantes, le populaire en vient parfois servir de justification ou d'alibi. Il est assez remarquable, propos de textes de littrature orale, que la question de l'origine ibrique de telle ou telle forme d'expression, de telle ou telle thmatique, revienne avec une certaine insistance, qu'elle reste implicite, qu'elle soit marque de nuances, qu'elle ne soit que mentionne au passage (R. Barriga Villanueva, M. A. Mndez, A. Gonzalez), qu'elle soit affirme (J. Gilard), ou qu'elle soit en fin de compte carte (J. Cavignac). L'autonomie de la cration amricaine est d'ailleurs une question qui dpasse le champ de l'oralit, puisqu'elle surgit propos des antcdents de la littrature crite des anarchistes du Rio de la Piata, une production expressment destine la lecture - mme si, par la lecture publique, elle pouvait revenir l'oral (E. Montoya). </p><p>Se trouve ainsi pose la question de l'amricanit d'un jeu de production et consommation de biens culturels, qui dbouche son tour invitablement, dans plus d'un cas, sur la question de sa reprsentativit nationale. Il ne pouvait en tre autrement dans des pays o l'lite intellectuelle, dpendant d'un emploi dans la presse ou la bureaucratie ou des miettes du festin politique, est longtemps reste troitement soumise aux critres de la classe dirigeante. Les vieux blocages croles allaient </p><p>This content downloaded from 185.44.77.28 on Mon, 16 Jun 2014 07:05:23 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>8 CM.H.LB. Caravelle </p><p>forcment se manifester, de diverses faons. Il peut s'agir de la revendication de sources europennes considres comme valorisantes et permettant de laisser dans l'ombre les particularits d'un processus local de rlaboration ou de cration par trop entach de marques plbiennes (J. Cavignac). Et il peut s'agir surtout de laisser dans l'ombre les autres ingrdients raciaux et culturels de l'identit continentale, nationale ou locale, ou de nier tout simplement les ralits du mtissage : c'est la rticence tenir compte de l'apport noir dans la dfinition d'une identit (A. Charier ; la rpartition gographique des thmes traits dans ce numro fait que la question de l'apport indigne est peine effleure). Les nationalismes, autre forme que prennent les crispations croles exacerbes par la modernisation du XXe sicle, posent galement la question de la difficile reconnaissance du voisin latino-amricain comme un autre soi- mme, ou comme une possible partie de soi-mme : l encore, le vieux souci de se dmarquer des gens de medio pelo ou de color bajo s'efforce de rejeter l'vidence de la varit raciale et des mlanges, cette fois par le biais d'une dfense de la nationalit - nationalit que l'on ne s'tait pas attach connatre et dfinir pralablement (F. Bottaro). La culture populaire propre devient l'argument que l'on croit dcisif pour repousser une "invasion" que les enfants de la classe dirigeante sont d'ailleurs les </p><p>premiers consommer. </p><p>On constate donc, plus clairement qu'au dbut, qu'il s'agit aussi d'une affaire de pouvoir, dans une socit hirarchise selon des critres qui ne sont pas que sociaux, et traverse de multiples tensions. Le discours par lequel les classes dirigeantes prtendent sauver le folklore "national" et les valeurs qui le sous-tendent occulte ces tensions, et il se complat habituellement exalter l'harmonie suppose de temps patriarcaux (F. Bottaro, A. Charier), sans effectuer une approche rigoureuse des </p><p>productions folkloriques (dont la richesse inpuisable nous est rappele, </p><p>propos de textes lyriques de l'oralit, par R. Barriga Villanueva) ; il faut </p><p>parfois beaucoup de temps, et des changements socio-conomiques vidents, pour que la classe dirigeante accepte d'intgrer la culture populaire, ses spcialistes et ses acteurs la vie de la socit et la dfinition de la nationalit (A. Charier). Il ne s'agit pas de poser platement la question de savoir si la culture populaire est naturellement rebelle - on sait mme, comme le rappelle A. Gonzlez, que l'oralit traditionnelle est </p><p>plutt conservatrice. Mais le fait est que, dans cette Amrique latine o les hirarchies socio-raciales ont t longtemps rigoureuses et n'en finissent </p><p>pas de disparatre, le mtis a toujours t un tre frondeur, considr comme fauteur de dsordre. Plusieurs des travaux runis ici nous </p><p>rappellent cette dimension. Il semble clair que la consommation passive et grgaire de biens culturels labors ailleurs est une vision rductrice : la </p><p>This content downloaded from 185.44.77.28 on Mon, 16 Jun 2014 07:05:23 AMAll use subject to JSTOR Terms and Conditions</p><p>http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp</p></li><li><p>Prface 9 </p><p>"vulgarit" a inquit pour des raisons autres qu'esthtiques, car elle rpondait une attente et la communaut pouvait s'y reconnatre confusment (A. Gonzlez), de mme que, parfois, le grand crivain (J. Gilard). Mme si le got de la transgression, le sarcasme et l'ironie ne semblent pas avoir de porte proprement subversive, ils peuvent tre le signe de changements capitaux se prparant ou se jouant ailleurs, plus haut (M. A. Mndez), et sont pour le moins un moyen de dfense et l'affirmation d'une manire d'tre - qu'il s'agisse des comportements dans une usine (R. Estrada Urroz) ou de l'admiration pour un malfaiteur (A. Gonzlez, J. Gilard). La ngation de certaines valeurs imposes ou prnes par l'lite semble aussi tre, dans bon nombre de cas, une des composantes des cultures populaires latino-amricaines. </p><p>Mais ces valeurs sont aussi respectes d'une certaine faon. A. Gonzlez nous rappelle que l'oralit populaire recueille les ides des classes dominantes et les exprime sa faon sur des thmatiques propres aux "canards sanglants". De la mme faon, la cration volontariste d'une contre-culture qui se veut la "vraie" culture du "vrai" peuple, la classe ouvrire, se nourrit d'une part de modles imports - imports d'Europe et imports d'une autre classe -, et d'autre part des rsultats de l'effort d'alphabtisation entrepris par les groupes dirigeants et du dveloppement technique que ces groupes ont souhait et mis en uvre. Une lite de la rvolte rallie donc l'autre lite, la classe dirigeante, pour tenter de mettre le peuple en mouvement, en crant une culture populaire qui serait aussi la culture rvolutionnaire (E. Montoya). On retrouve encore, sous cet angle, l'indication que l'on ne peut parler de culture populaire que lorsque se produit une hybridation - qui peut tre parfois bien surprenante. </p><p>Nous n'avons pas, au total, dpass les limites du projet formul l'origine : dualit de la socit, ingalit dans la production et la rception des biens culturels, interaction entre au moins deux niveaux hirarchiss, tel est le cadre dans lequel se situent les cultures populaires latino- amricaines. Mais elles prsentent un caractre propre, qui leur vient de la spcificit des processus de fo...</p></li></ul>