LES TRANSVERSALES ALPINES : RELATION AVEC LE ...

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  • LES TRANSVERSALES ALPINES :

    RELATION AVEC LE TERRITOIRE, LA POPULATION ET LA TECHNIQUE

    Campana Stefano et Laribi Karim : tudiants en Gnie Civil

    Projet SHS de 1er anne master et encadr par :

    Cdric Humair (responsable) et Christophe Simeon (assistant)

    HISTOIRE SOCIALE ET CULTURELLE DES TECHNOLOGIES

    Rapport accept le 09.06.2007

    Lausanne, anne acadmique 2006 2007

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    Les transversales alpines : relation avec le territoire, la population et la technique

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    1 Table des matires

    1 Table des matires.............................................................................................................1

    2 Problmatique....................................................................................................................2

    3 Introduction .......................................................................................................................4

    3.1 Le franchissement des Alpes.....................................................................................4

    3.2 Les chemins de fer en Suisse et le retard par rapport ltranger ............................4

    3.3 Le cas de la ligne du St-Gothard ...............................................................................6

    3.4 Le cas de la ligne du Simplon ...................................................................................7

    4 La perspective dune ligne ferroviaire, entre espoir et apprhension................................9

    4.1 Vision grande chelle .............................................................................................9

    4.2 Vision de la population locale.................................................................................11

    5 Les ractions durant les chantiers....................................................................................13

    5.1 Contexte gnral......................................................................................................13

    5.2 Premires ractions relatives aux chantiers.............................................................16

    5.3 Conflits publics et expressions xnophobes............................................................17

    5.4 La nouveaut de la grve, les ractions des autorits et de la population ...............19

    5.5 Travailler le jour du Seigneur..................................................................................22

    5.6 Problmes linguistiques et commerciaux................................................................22

    6 Le Territoire pendant le chantier .....................................................................................25

    6.1 Leau : une ressource difficile partager ................................................................25

    6.2 Ltat des routes : mcontentement.........................................................................27

    7 Les changements imprims sur le tissu socio-culturel local ...........................................29

    7.1 Mariages, influences culturelles et ceux qui sont rests..........................................30

    7.2 Position des gares: Technologie au service du territoire ou territoire au service de la technologie?.....................................................................................................................31

    8 Conclusion.......................................................................................................................34

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    2 Problmatique

    A la fin du XIXe sicle, en Europe, les chemins de fer sont en plein essor. Le rseau se dveloppe trs rapidement et lon construit les grandes artres de communication entre le nord et le sud du continent. Les Alpes constituent une entrave la construction de ce rseau. Cet obstacle naturel, au milieu de lEurope et plus particulirement en Suisse, est au centre des esprits. On aimerait le traverser rapidement et diminuer la distance entre les grandes puissances conomiques. Les ingnieurs, avec les outils technologiques de lpoque, doivent trouver des solutions. Deux possibilits soffrent eux : passer par dessus ou travers la montagne. Finalement, la solution des tunnels de base est privilgie.

    La Suisse tait au centre du problme, car malgr sa petite taille, elle a accueilli des infrastructures essentielles, pour ne pas dire stratgiques, de la communication europenne. Les intrts internationaux ont converg vers les intrts de la confdration. On sest donc lanc dans le percement des tunnels de base en Suisse, dont le premier sera celui du massif du St-Gothard (1872-1882), suivit de prs par celui du Simplon (1898-1906). Ces deux projets ont eu un impact sur le territoire et la population de tout le continent, et en particulier de la Suisse. Pour faciliter le dplacement de la population europenne, ce pays a ralis les chantiers du sicle.

    Ces futures nouvelles voies de communication transeuropenne allaient traverser des valles alpines, qui jusqualors ntaient pas concernes par le dveloppement industriel du continent. Nous avons choisit de considrer essentiellement les cantons du Tessin et du Valais dont les valles les plus concernes sont respectivement la Leventina et la valle du Rhne1. Ces deux rgions taient essentiellement organises en une socit traditionnelle alpine plutt renferme sur elle-mme. La population vivait de lagriculture et de llevage ainsi que globalement, dans une moindre mesure, du passage par les routes des cols. Il faut noter que, pour certaines valles, lconomie de passage reprsentait une activit importante ; cest le cas de la Leventina par exemple. Cette socit montagnarde tait en crise et les revenus conomiques des deux cantons ntaient pas bons.

    Loptique de larrive des chemins de fer a provoqu beaucoup dattente car elle miroitait larrive de perspective de dveloppement conomique. On pensait que cela permettrait un certain dsenclavement en facilitant des changes conomiques et sociaux. Paralllement cela provoquait un certain nombre de craintes. Lnormit du chantier et la nouveaut que cela allait apporter faisait peur.

    Quand les travaux ont commenc, toute une srie de nouvelles choses sont arrives brutalement dans la vie de gens. Larrive de la technologie a modifi plusieurs lments. Toute une srie dvnements ont marqu la population locale mais aussi le peuple Suisse plus grande chelle. Nous nous proposons dtudier dans une premire partie la manire dont ont t perus les diffrents vnements significatifs de changement. Nous aimerions analyser les ractions populaires et les influences sociales que cela a induit. Les espoirs du dbut et les dsillusions apports par les travaux, sont deux sentiments trs prsents dans lesprit gnral.

    Les nuisances lies aux chantiers (machines, bruits, arrive massive douvriers, pollution, trafic, routes) ntaient pas bien acceptes. On a vu des sources se tarir cause de lutilisation

    1 Voir annexes : documents cartographiques

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    intensive de leau pour le chantier. Les populations des valles concernes ont vu arriver avec ces travaux, une technologie envahissante ainsi quun grand nombre douvriers, pour la plupart trangers. Larrive de la technologie a aussi apport des composantes nouvelles telles que la grve par exemple. En quelques annes, la population de certaines rgions a explose, apportant ainsi une srie de facteurs bon et mauvais. Par exemple, une certaine xnophobie a vue le jour avec larrive des ouvriers trangers qui, en mme temps, ont apport des influences culturelles nouvelles. Cela a surtout provoque des tensions et mme des conflits ouverts. Par exemple, une bagarre entre indignes et ouvriers a fait un mort Airolo, en 1873.

    Un autre sujet que nous aimerions analyser est la relation socio-territoriale du chantier avec la les rgions concernes. Par ce terme, nous dsignions les modifications que les travaux et les nouvelles lignes ont apportes au niveau de lorganisation des villes et des villages. Cela sous-entend aussi un volet social car le territoire est fruit de la socit. Les ncessites lies la technologie et au progrs ntaient pas toujours en accord avec la topologie des montagnes et la mentalit de sa population. Est-ce la technologie est venue au service du territoire ou alors, le territoire a-t-il subit larrive du progrs pour des intrts lointain? Par exemple, les installations de chantier taient trs gourmandes en espace et elles ont fait parti du paysage de certaines valles pendent une dizaine dannes. Aussi, les gares ntaient parfois pas ralises au centre des villages pour des considrations technico-conomique. Dun autre ct les lignes ferroviaires ont permis un dveloppement des rgions aprs les travaux.

    Nous allons tenter dexaminer une srie de fait qui nous interpellent. Cela va nous permettre ensuite de mettre en vidence les ractions de la population que nous allons analyser. En quelque sorte, nous aimerions dresser un tableau des ractions populaires et des changements sociaux quont impliqu les tunnels en nous basant sur des documents historiques dpoque ainsi que des ouvrages historiques gnraux. Pour se faire, nous allons baser notre analyse sur le tunnel du Gothard en faisant des parallles avec celui du Simplon pour une raison de disponibilit de sources historiques. En effet, ces deux grands ouvrages ont des caractristiques similaires, mais sont dcals dans le temps denviron 25 ans.

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    3 Introduction

    3.1 Le franchissement des Alpes De tout temps, les Alpes ont t un obstacle fascinant et effrayant pour les populations europennes. Cette chane montagneuse spare les peuples de lEurope en deux. A lpoque des romains, premier peuple avoir unifi lEurope, on cherche dj la franchir. L'empereur romain, Septime Svre dcide en 196 aprs J.-C., douvrir une voie de passage par le massif du Simplon pour relier les provinces romaines transalpines entre elles. Ds lors, le passage des alpes est rest une proccupation relativement importante aux yeux des habitants europens.

    Au Moyen-ge, la montagne fait peur et seuls quelques aventuriers la franchissent. Nanmoins, lide de raccourcir les distances entre les pays europens sduit, et petit petit des routes vont tre ouvertes. Celle du col du Gothard est dcouverte aux alentours du XIIIe sicle. Le premier texte citant cette voie de communication date de 12362. Ensuite, cette route se dveloppa et devint un axe important de transport de marchandise.

    Plus tard, les puissants dEurope dveloppe des routes efficaces par diffrents cols. Ainsi, vers 1630, le col du Simplon devient laxe de communication principal entre le Nord et le Sud du continent sous limpulsion du baron de Stockalper. Ce dernier a bti sa fortune sur la route du Simplon en y transportant voyageurs et marchandises dos de mulet. Par la suite, cest grce Napolon Bonaparte, qui avait beaucoup dinfluence sur lorganisation politico-conomique de la Suisse et de lItalie du Nord, que la route du Simplon va devenir la premire route carrossable des Alpes. Il dcide, en 1800, que ce col doit tre capable de transporter ses troupes et ses canons afin de devenir un point stratgique de ses conqutes. Quant au col du Gothard, qui a fortement subit la concurrence de cette nouvelle route rapide, il du attendre jusquau annes 1830 pour avoir lui aussi une route carrossable.

    Ainsi, les routes ne vont cesser de se dvelopper et les moyens de transport vont samliorer. Cela va permettre lutilisation des charrettes puis plus tard des diligences avec des chevaux. Finalement, toute une srie de liaisons postales indpendantes vont exploiter les diffrentes routes et la Suisse va devenir un axe trs efficace dans les transports de marchandises travers lEurope.

    3.2 Les chemins de fer en Suisse et le retard par rapport ltranger En 1847, lorsque la Suisse construit sa premire ligne ferroviaire entre Zrich et Baden, les autres pays europens ont dj raliss des milliers de kilomtres3. Elle a donc un retard technologique considrable (surtout au droit de la chane alpine). Une explication de ceci peut tre donne par le texte ci-dessous. Il a t crit par deux ingnieurs anglais qui taient mandats par le Conseil Fdral titre dexperts concernant ltablissement de chemin de fer en Suisse, en 1850.

    Le voyageur qui arrive en Suisse est vivement frapp du contraste que les routes y prsentent avec celles des pays voisins, o les voies ferres ont actuellement

    2 WYSS-NIEDERER Arthur, Le Saint-Gothard Via Helvetica, Lausanne: Ed. Ovaphil, 1979, p. 51

    3 Voir image 1: Carta delle ferrovie Italiane Svizzere e Germaniche, 1864, in : CAIZZI Bruno, CESCHI Raffaello, I cento anni della ferrovia del San Gottardo, Bellinzona: Ed. Casagrande, 1982, p. 37

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    remplac presque partout les chemins ordinaires. En Suisse, les routes ont atteint un degr de perfection quon ne retrouve nulle part ailleurs, except en Angleterre, rsultat d aux habitudes actives et industrieuses des habitants et au soin quils apportent lentretient de ces routes, ce quoi ils sont obligs par la rigueur du climat.

    Sans aucun doute, cette circonstance a puissamment contribu attirer en Suisse le transit des marchandises et tout ce qui se rattache lindustrie des voituriers, et lanxit quon y montre pour le maintient de ltat de choses, tmoigne hautement des avantages que les cantons retirent de leur grandes routes.

    De fait, si ltablissement des chemins de fer autours des frontires Suisses tait moins avanc, il est douteux que les populations, sauf intrt du commerce avec ltranger et des manufactures trangres, retirt aucun avantage du remplacement par des chemins de fer, des routes actuellement en si parfait tat. 4

    Certains milieux conomiques suisses ntaient pas enclins au dveloppement dun moyen de transport concurrenant le transport par la route qui lpoque tait performant, tandis que dautres poussaient fortement ce dveloppement. Ce duel est, daprs nous, un des motifs de ce retard.

    Une autre cause de ce retard est relative au systme politique Suisse de lpoque. Chaque canton est souverain et dans de nombreux domaines, y compris les systmes de communication (chemin de fer, liaison postales, taxes aux frontires cantonales), il ny a pas dunification nationale. Malgr la Constitution fdral de 1848 qui tend unifier le pays, les chemins de fer resteront charge de compagnies prives bnficiaires de concessions cantonales. Les autorits fdrales nauront quun droit de surveillance jusquen 1872 o, grce une nouvelle loi, un dpartement des chemins de fer est cr afin de rglementer les concessions. Finalement, en 1898, la Confdration rachte les lignes de chemin de fer de la plupart du rseau Suisse et une gestion globale voit le jour. Cet tat de fait a attir les spculateurs financiers qui ont cherch gagner de largent, au dtriment de projets efficaces. Cela a provoqu la faillite financire de plusieurs projets et un immobilisme dans certaines rgions. Cest le cas de la ligne du Valais qui aprs un vritable boom a connu plusieurs faillites conscutives.

    Finalement, face aux intrts internationaux et la ncessit de dvelopper son industrie et son commerce, la Suisses va se rendre compte de la ncessit de construire des lignes ferroviaires. La confdration va sinvestir dans la gestion des projets. Ainsi, le dveloppement en plaine va se faire rapidement mais le problme du franchissement des Alpes va se poser nouveau. En effet, une des plus grosse contrainte des chemins de fer, encore actuellement, est le fait que les locomotives traditionnelles ne peuvent monter des rampes de plus de 2 3%. Deux solutions vont tre possible : passer par-dessus (avec les chemins de fer crmaillre ou funiculaire) ou travers (en tunnel) la montagne. Dans la deuxime moiti du XIXe sicle, tant donn les dimensions imposantes des Alpes en Suisse, les tunnels sont privilgis. Le pays va alors se lancer dans des projets de construction pharaonique : les tunnels de base5. Le premier tunnel qui va tre construit en Suisse sera celui du Gothard, en 1882. Dautres vont suivre, dont le tunnel du Simplon, en 1906, qui restera trs longtemps le plus long du monde.

    4 STEPHENSON R., SWINBURNE H., Rapport sur ltablissement de chemin de fer en Suisse, Berne : Impr. Chr. Fischer, 1850, p. 7

    5 Tunnel de base : tunnel perc au pied de la montagne, en valle et la traversant de part en part

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    3.3 Le cas de la ligne du St-Gothard Au cours du XIXe sicle, comme cit prcdemment, les chemins de fer sont grs par des compagnies prives et cela a contribu un foisonnement de projets ainsi quune mauvaise coordination globale. Le trac du Gothard ny a pas chapp malgr sa ncessit vidente

    Aprs analyse de faisabilit des diffrents projets, le passage par le Tessin se distingue comme une voie prfrentielle, voir mme indispensable du point de vue stratgique. Plusieurs intrts privs, rgionaux et internationaux sy rejoignent. Les premires planifications, ayants une certaine valeur se verront octroyer des concessions, vers le milieu du XIX sicle. En 1853, par exemple, un projet par un tunnel au Lucomagno est soutenu par le canton du Tessin6. Ce dernier accordera une concession une compagnie prive Anglo-Grisonne. En effet, dans ses premires annes, le Lucomagno semble tre une solution plus intressante pour les compagnies prives et pour les pouvoirs publiques. La construction ne sera toutefois jamais ralise, car plus tard elle sera juge moins bonne que dautres solutions.

    Les annes 60 seront dterminantes pour le choix dfinitif du passage travers le massif du Gothard. En 1860, le comit du Gothard (Union des cantons et des compagnies suisses de chemin de fer, promotrice dune ligne du Gothard), form de neuf cantons (Zrich, Berne, Zoug, Fribourg, Schaffhouse, Argovie, Thurgovie, Neuchtel et Tessin)7, est constitu. Sa tche est dapprofondir la planification de la construction de la voie du Gothard. Elle incita aussi le Conseil Fdral dentreprendre des ngociations avec lAllemagne et lItalie afin de solliciter leur appui. Cette solution commence tre soutenue de plus en plus au niveau national et international. Finalement, en 1863, la Confdration informe quelle nacceptera pas de propositions de chemins de fer travers les Alpes, ne passant pas par le Tessin8. A la fin de la dcennie, un trs fort appui international venant de lItalie et de lAllemagne (pays se trouvant directement dur laxe de la ligne) est en faveur de la ligne du Gothard. Nanmoins, il y a aussi des opposants. La France ainsi que les cantons du Valais, de Vaud et Genve, qui envisage plutt de passer par la rgion lmanique et la valle du Rhne, ne sont pas intresss par le Gothard. Dautres cantons sont plutt favorables la variante du Lucomagno : les Grisons, St-Gall, Glaris, et les deux Rhodes dAppenzell. Finalement, cest donc entre 1869 et 1871 que le choix dfinitif sera fait et que les premiers crdits seront vots. Le 13 octobre 1869, lors de la quinzime confrence internationale pour la construction de la ligne du Gothard, une convention est signe9. Elle dcrit en particulier les solutions techniques. Elles sont dcides en vue dobtenir une ligne rpondant aux ncessits dun trafic international exigeant du point de vue technique. On voulait une ligne rapide et donc diffrentes aspects techniques comme llvation maximale au dessus du niveau de la mer, les rayons minimaux et les pentes maximales, ont conditionn le trac de la ligne10. La Suisse sengage donc surtout dfendre les exigences du trafic grande chelle plutt que celles du trafic local. Les bases pour le dveloppement des transports et de la communication entre le Nord et Sud de lEurope sont

    6 CAIZZI Bruno, CESCHI Raffaello, op. cit., p. 9

    7 WYSS-NIEDERER Arthur, op. cit., p. 143

    8 CAIZZI Bruno, CESCHI Raffaello, op. cit., p. 9

    9 EGGERMANN Anton, La ferrovia del San Gottardo, Porza: Trelingue, 1982, p. 87 10 Afin de ne pas freiner les trains il ne fallait pas monter trop en altitude ni construire des voies avec des virages trop serres et des rampes/pentes trop raides

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    donc fondes. Ainsi, le Comit du Gothard va terminer ses activits et, dans loptique de la construction de la ligne proprement dit, la Compagnie de chemin de fer du Saint-Gothard sera cre le 6 dcembre 1871.

    En automne 1872, Airolo, et Gschenen11, les travaux pour le percement du tunnel dbutent. Dune longueur totale de 15 km, le tunnel va occuper des milliers douvriers, sous la direction de Louis Favre (Ingnieur responsable des travaux pour le tunnel du Gothard), pendant 10 ans. Le percement se terminera en 1882 et on ftera linauguration du tunnel du 22 au 25 mai en Suisse et en Italie. En parallle, toute une srie de travaux pour la construction des lignes des deux valles11 se feront dans plusieurs endroits. La situation topographique des rgions prs des principaux fronts dattaque du tunnel (Airolo sur le versant tessinois au Sud et Gschenen au nord sur le versant uranais), fait quune multitude dautres ouvrages impressionnants doivent tre construits. Citons titre dexemple les nombreux ponts et galeries hlicodales, qui seront raliss, sur les deux versants, pour franchir les dnivellations qui mnent au tunnel de base.

    Le canton du Tessin, comme dailleurs le canton Uri, se trouve confront larrive dune multitude douvriers trangers pour la plupart. A titre dexemple, en 1880 (anne aux valeurs extrmes), au Tessin, plus de 18'000 permis semestriels sont dlivrs12. En comparaison, avant 1870, la moyenne slevait peine 1'000 permis. Paralllement cette forte immigration trangre, on rencontre un phnomne dmigration de la population indigne (pour les Etats-Unis essentiellement : rue vers lor. Mais aussi migration vers la France, lAustralie et lAmrique du Sud). Lquilibre culturel de la rgion sest vu fortement influenc, voir modifi. Par exemple la dmographie dAirolo, suite limplantation dun chantier de grandes dimensions, a trs rapidement plus que double. A Gschenen, la population de ce petit village de 300 habitants, sest vue augmente jusqu plus de 2'000 personnes. Outre lexplosion dmographique rencontre dans la pendant construction (1872 1882), le territoire a t fortement conditionn par lencombrement des chantiers et des ouvrages accessoires la construction.

    3.4 Le cas de la ligne du Simplon Pour la Suisse almanique et lAllemagne, plus grande chelle, le passage par le Tessin paraissait tre la meilleure solution pour franchir les Alpes. Par contre, pour la Suisse Romande et la France, le passage par le Valais semblait meilleur. Ainsi, tout comme pour le Tessin, toute une srie de projets de traverse vers lItalie par le Valais ont vu le jour ds les annes 1850.

    En 1851, le Conseil dEtat du Valais, voyant dans le projet du tunnel du Mont Cenis, se trouvant lpoque dans le Royaume de Pimont-Sardaigne (tunnel de 13 km reliant Modane en France actuelle Bardonnche en Italie actuelle dont les travaux se droulrent entre 1857 et 1871) une concurrence la future construction dune traverse valaisanne, signa une convention pour relier son canton lItalie. Il sen suivit une premire ide de traverse par le massif du St-Bernard mais cela ne se concrtisa pas en raison de trop grandes difficults

    11 Voir image 3: Nuovo tracciato Amsteg-Bodio nel progetto per il traforo di base del San Gottardo (Alptransit), in: EGGERMANN Anton, op. cit., p. 149

    12 Ces donnes et les donnes numriques suivantes sont tires de : MARTINETTI Orazio [1], Appunti sulle possibilit di una storia sociale delle opere ferroviarie ticinesi attorno agli anni 70 del XIX secolo, in: Il San Gottardo e lEuropa, genesi du una ferrovia alpina, 1882-1982, No. 92, Bellinzona: Salvioni, 1983, pp. 239 et suivantes

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    techniques. Rapidement, la travers par le Simplon pris de limportance. En 1852, le Comte Adrien de la Valette, financier parisien, obtint la premire concession pour la ligne du Valais puis progressivement toutes les autorisations dexploitations entre Genve, Evian, St-Gingolph et Domodossola13. Il dveloppa un projet de passage par la rive gauche du Lman et travers le massif du Simplon. En 1874, sa socit fut mise en faillite. Les premiers plans, les premires ides taient poses mais ne se matrialisrent pas face aux difficults quimpliquait un tel projet.

    Cela ne mis pas un terme lide de passer par le massif du Simplon. Au contraire, jusquen 1893 environ 30 variantes furent proposes. La ligne du Simplon entre la rgion Lmanique et Brigue a connu plusieurs scandales de faillites. Cinq compagnies se sont succdes et finalement le rseau de chemin de fer est arriv Brigue en 1878, aprs de nombreuses annes de pitinement.

    Ds les annes 1890, les choses se concrtisent. La Suisse signe un trait avec lItalie pour la construction et le financement du tunnel du Simplon, le 25 dcembre 1895. Le projet de lingnieur Favre et Clo de 1882 est jug ralisable. Il est modifi, adapt et finalement sa ralisation est confie la socit Brandt Brandau & Cie. Il propose la construction de deux tunnels parallles de 19 km relis entre eux tous les 200m. Dabord la deuxime galerie de diamtre plus modeste, sert laration du chantier et de galeries techniques. Ensuite, il est prvu que ce deuxime tube soit largi et utilis pour la circulation ferroviaire lorsque le trafic augmentera. Le premier tunnel sera ralis entre 1898 et 1906 et le second entre 1913 et 1922.

    Finalement, la construction du chantier du sicle commence en le 1er aot 1898 ct Suisse et le 16 aot en Italie. La roche est creuse depuis les deux cts : Brigue (CH) sur le versant Nord et Iselle (I) sur le versant Sud14. Ces deux rgions vont accueillir des installations de chantier envahissantes ainsi que des milliers douvriers. La Suisse va accueillir 4000 ouvriers, trangers pour la trs grande majorit (Italiens) et le ct Italien jusqu' 10000. Pendant 8 ans, le travail se fera 24h sur 24h tous les jours, dans des conditions trs difficiles. Une bonne partie des travaux se faisaient la main (masse et barre mine pour le profilage du tunnel excav grce la pression hydraulique ou la dynamite). Les mesures de scurit ntaient pas bonnes. Lapport dair dans le tunnel, malgr les efforts des ingnieurs, ntait pas trs efficace si bien que la temprature dans le tunnel montait des valeurs extrmes (entre 40 et 50C). Il y a aussi eu de nombreux problmes lors de la construction : fortes venues deau, roche de mauvaise qualit, convergence du massif. Les ouvriers ont mme fait plusieurs grves pour se plaindre de leur condition. Les populations locales ont vu arriver normment de changements en quelques annes et la rgion a t fortement influence par les normes chantiers.

    13 Ce chapitre est inspir du premier chapitre de: KOPPEL Thomas, HAAS Stefan, 100 ans du tunnel du Simplon, Zurich : AS Verlag, 2006

    14 Voir image 4: Le rseau de la compagnie Jura-Simplon en 1894, in: KOPPEL Thomas, HAAS Stefan, op. cit., p. 143

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    4 La perspective dune ligne ferroviaire, entre espoir et

    apprhension

    Les attentes gnres par la construction des tunnels peuvent tre analys deux chelles : grande et petite. La construction des lignes de chemin de fer travers les Alpes, on la dit, tait destin, en premier lieu, satisfaire le trafic international de lEurope en pleine rvolution industrielle. Ctait donc un projet pens pour le dveloppement grande chelle.

    Dun autre ct, petite chelle, une certaine attente de la part de la population locale en crise se faisait sentir. Ces nouvelles voies de communication apportaient avec elles un espoir de renouveau dans des rgions o lorganisation traditionnelle de la socit tait en mauvaise sant (crise conomique europenne, crise agricole Suisse et entrave au commerce avec lItalie cause la hausse des taxes). Mais, on constate aussi une certaine apprhension face larrive de la nouveaut.

    4.1 Vision grande chelle Pour certains, ces voies de communication taient un formidable moyen de dvelopper lconomie locale. On prvoit des changes avec lItalie, et lEurope en gnral, pour dsenclaver la rgion. Un exemple, crit par le Nouvelliste, publi dans la Gazette du Valais en 1897 illustre ce propos

    Un dbouch nouveau, dans le genre de celui quoffrira le Simplon, peut modifier partiellement la nature des changes commerciaux, mais par les facilits de communication plus grande quil offre, il augmente et lactivit productrice et le pouvoir de consommation, do, ncessairement, un progrs de la prosprit gnrale. 15

    Un autre article dans la mme chronique nous dit:

    Nous ne pensons : non pas quil faille compter sur une exportation abondante de bufs, mais plutt sur une augmentation de lexportation des gnisses et des jeunes btes. [] , la nouvelle ligne sera de nature nous faciliter lenvoi de nos fromages pte dure. [] LItalie est donc pour lui [le paysan] un dbouch qui nest pas ddaigner, 16

    Curieusement, dans le premier article on trouve aussi mention dune certaine crainte concernant limportation de vin tranger. Nanmoins, on reste trs rassurant, voir mme utopique:

    Mais nos vins, dira lun ; mais notre btail, dira lautre, que deviendront-ils ? LItalie nous inondera de ses vins, multipliera ses envois de buf ; nous nous serons crs nous-mmes une formidable concurrence. [] De ces variations [statistique de chiffre de consommation et dimportation] que conclure, sinon quen thse gnrale le pays commence par absorber son propre produit et prfre limiter

    15 Gazette du Valais, Le Simplon et les vins italiens , no 62, 04.08.1897, p. 2 (voir annexe 1)

    16 Gazette du Valais, Le Simplon et le btail italien , no 65, 14.08.1897 pp. 1-2 (voir annexe 1)

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    sa consommation plutt que la parfaire par lapport de vins trangers, quelle que soit linfriorit de leurs prix 17

    Dans la suite de cet article on tient les propose suivants :

    Il faut se rappeler en outre que le march de la Suisse allemand absorbe pour le moins autant de vins italiens, si ce nest plus, que le march romand, et que le Simplon ne peut exercer l aucune influence, le Gothard restant toujours, entre lItalie et la Suisse allemande, la voie la plus courte [] Veuillent de chauds ts et de favorables automnes dorer nos coteaux des rcoltes abondantes, et le tunnel du Simplon nempchera pas la production nationale de faire reculer, comme par le pass, limportation trangre . 18

    On voit ici que la peur de voir le march suisse concurrenc est tout de mme prsente dans lesprit du journaliste, mme sil reste trs confiant en conclusion. On remarque une certaine vision idaliste des choses ; ou plutt une vision encourageante. Lauteur voit larrive du tunnel comme un fabuleux outil de dveloppement des changes. Il, nous le pensons, na pas pris en compte une ventuelle volution de la consommation qui pourrait pousser les gens acheter moins cher si les moyens de transport le permettent, dautant plus que ces chiffres montrent dj une part de consommation de vin tranger. De faon gnrale, selon lavis de plusieurs mdia de lpoque, le progrs est vu comme une aubaine de dveloppement mais lon craint aussi larrive du nouveau contexte que cela va apporter. Il ressort aussi une certaine vision idaliste devant le ce magnifique objet de progrs quest le tunnel.

    En Tessin lors du percement du tunnel du Gothard on retrouve aussi chez les autorits une certaine vision idaliste. On pense que le chemin de fer va amener de largent qui permettra de redynamiser le canton en crise. Voici un texte du conseil dEtat tessinois, crit en 1865, plein despoir :

    Pour une voie de chemin de fer qui doit compter 140 km dans notre territoire, et qui traversera le canton dans toute sa longueur, le sacrifice de 2 millions et demi [de francs], mme si premire vue cela peut paratre grave pour nos finances restreintes, nous ne pouvons pas le juger excessif en rapport la grandeur de l'ouvrage et tenu compte des avantages qu'il aurait pour le canton. Les seules lignes de chemin de fer vont amener dans le pays une somme de plusieurs millions de francs... 19

    Le Conseil dEtat attend beaucoup du tunnel mais il a une vision grande chelle. Il prvoit des rentres dargent grce des changes conomiques au niveau international.

    Ces textes ont t crits par des politiques et un journaliste indirectement touch par le tunnel. Une question se pose. Sont-ils vraiment le reflet de la ralit de tous ? Quen est-il des populations qui vivent des passages par les cols ?

    17 Gazette du Valais, Le Simplon et les vins italiens , no 62, 04.08.1897, p. 2 (voir annexe 1)

    18 Gazette du Valais, Le Simplon et les vins italiens II , no 64, 11.08.1897, pp. 1-2 (voir annexe 1)

    19 Relation au Conseil dEtat Tessinois, 58, 1865, in : MARTINETTI Orazio [2], Minatori, terrazzieri e ordine pubblico, per una storia sociale delle grandi opere ferroviarie ticinesi 1872-1882, p. 279, in: Archivio Storico Ticinese, Bellinzona: Casagrande, 1983, pp. 271-332

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    4.2 Vision de la population locale Bien avant larrive du chemin de fer, la valle de la Leventina, route oblige du col du Gothard, avait dvelopp un grand nombre dacticits lies au passage des convois. Les diligences tires par des chevaux ou des mulets faisaient escale dans les nombreuses auberges de la rgion. A Airolo, selon Maffioletti20, lide de larrive du chemin de fer ne plaisait pas aux Airolesi (nom donn aux habitants dAirolo). La peur de perdre leur travail tait le principal argument. Les emplois lis au transport de marchandise et de personnes par la route semblaient destins disparatre. Entre autre, lentretient des routes occupait beaucoup de personnes, afin de les garder ouvertes pratiquement toute lanne. En hiver notamment, priode creuse pour les paysans de montagne, on chargeait ces derniers du dblaiement des routes du col enneig. Le revenu quoffrait cette tche tait pour eux un lment essentiel pendant cette priode sans rentre dargent. Avec larrive des chemins de fer, le trafic par les cols risquent dtre fortement menac. Les gens vivant de ces revenus seront touchs. Lconomie et le mode de vie locale entre en conflit avec les intrts de la rvolution industrielle. Cela ne manqua pas de provoquer des ractions.

    En plus de cela, les paysans se plaignaient de lampleur des expropriations ncessaires la construction de la ligne de chemin de fer. Selon eux, les terrains allaient commencer manquer pour la pture des btes ainsi que pour lutilisation agricole. Cela a provoqu un climat tendu entre la population locale et la socit de construction. Un exemple flagrant de ces tensions est contenu dans une lettre, envoye la commune Airolo par le Conseil dEtat. Les auteurs les y informent du dbut des travaux de relev topographique:

    On dsire vous informer de cela [les travaux de relev] pour que vous puissiez veiller quaucun empchement soit donn aux ingnieurs dans lexercice des leurs fonctions, et vous puissiez leur donner, en loccurrence, la protection ncessaire 21

    Le Conseil dEtat craignait des ractions violentes de la population qui auraient pu empcher que lexcution des oprations des ingnieurs se passe dans de bonnes conditions.

    Au Valais aussi larrive de cette technologie fait des rticents. Les changements de la modernit ne sont pas en adquation avec le mode de vie traditionnel de la population locale. Dj dix ans avant la construction du tunnel proprement dit, on trouve des traces de conflit. A ce moment, la ligne traversant le Valais est arrive Brigue et la population doit faire avec cette nouveaut. Des conflits entre modernit et pratiques ancestrales voient le jour. En 1888, les habitants de Baltschieder, petit village proche Brigue, font appel aux autorits politiques dans un conflit qui les oppose la Compagnie de la Suisse Occidental et du Simplon. A lpoque, une pratique courante, appele le droit dpaves22 permettait aux habitants de jouir des paves foncires et immobilires, provenant dhritages abandonnes ou dont les ayants droit taient inconnus . En 1888, la Gazette du Valais relate lvnement :

    Or, la suite de la dernire forte crue du Rhne, les eaux de ce fleuve ont entrain une grande quantit de bois. []A ces moments de crue extraordinaire, les riverains, depuis des sicles, sempressent daller recueillir ces paves [le bois

    20 MAFFIOLETTI Ugo, Aspetti e problemi di Airolo nel decennio 1872-1882. La scomparsa di sorgenti, lo stato della strada e i rapporti tra stranieri e Airolesi durante lo scavo della galleria, dattiloscritto, 1975, pp. 41-42

    21 Traduit de: MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., p. 42

    22 Le droit dpaves dcoule de chartes du Moyen-ge encore en vigueur dans les textes de lpoque.

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    dpos sur les rives par le fleuve]. Cest ce quont fait, entre autres, ces derniers temps, les habitants de Baltschieder. Mais ils ont rencontr une difficult dans lexercice de leur vieux droit : Pour arriver aux bords du Rhne, qui sont une digue en ce point du cours du fleuve, ils doivent traverser la voie ferre, et, comme ils le firent malgr les ordres contraires du personnel du chemin de fer, ce dernier dressa procs-verbal contre eux. 23

    Les riverains ne comprennent pas quon leur dresse un procs-verbal alors quils agissent comme ils lont toujours fait. Pourquoi nauraient-ils plus accs leur rivire cause de la ligne de chemin de fer? Il est si simple de la traverser ! Cela pose aussi une question de droit. Est-ce que la ligne de chemin de fer peut priver les habitants de leur droit dpave ? Pour rgler le problme, ils font appel au Conseil dEtat pour annuler la peine. Le journal conclut :

    Si lon avait faire deux particuliers lhumeur processive, on pourrait noircir des kilos et des kilos de papier, en exposant les raisons pour dfendre le pour et le contre. Mais, comme les meilleures relations existent entre le Conseil dEtat du Valais et la Compagnie de la Suisse Occidental et du Simplon, il sera facile de trouver un modus vivendi qui respecte et les conditions de scurit quexige lexploitation dun chemin de fer et le vieux droit dpaves de la commune de Baltschieder. 23

    Cette exemple montre bien le conflit entre la modernit et le mode de vie traditionnel. Larrive du chemin de fer modifie lordre des choses. Selon lauteur de larticle, les autorits politiques ragissent par intrt. En effet, elles exercent bien leur rle de porte parole de la population en cherchant une solution au problme mais ne sont absolument pas enclin pnaliser la Compagnie cause des meilleures relations qui les lient.

    Ces exemples sont des prises de vue des ractions populaires, de lpoque face larrive imminente de la nouveaut quest le chemin de fer. Dune manire gnrale, on remarque que les autorits politiques et les personnalits fortunes se rangent plutt du ct de la modernit. Ils voient dans larrive du chemin de fer un potentiel de dveloppement conomique de la rgion et ont tendance mettre de ct les changements que cela risque dapporter au niveau la socit locale. Ils voient cela comme un mal pour un bien plus grand. Quant au petit peuple , il est plutt apeur par larrive du progrs. Il se sent bouscul dans son mode de vie et ne laccepte pas toujours. Il na toutefois pas rellement son mot dire face des autorits politiques qui voient plus grande chelle et sont de connivence avec la socit de dexploitation des lignes.

    23 ESTAFETTE, Gazette su Valais, Question de Droit , no 69, 29.08.1888, pp. 2-3 (voir annexe 2)

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    5 Les ractions durant les chantiers

    5.1 Contexte gnral Le percement des tunnels du Gothard et du Simplon se font dans un contexte gographique semblable. Dans les deux cas, la ligne daccs au tunnel se fait par une valle troite mais allonge de type alpine. Au XIXe sicle ces valles ne sont pas encore industrialises. On y pratique lagriculture et llevage mais de manire non intensive. Ce sont des valles marginalises par rapport au dveloppement industriel europen. Nanmoins, elles se situent sur un des principaux axes de communication, et dchange commercial entre le Nord et le Sud. Ainsi, la vie de ces rgions sest organise autour des nombreux relais (htels, auberges, champs pour nourrir les btes de somme, atelier de rparation des diligences, commerce), cot de la vie rurale. Etant donn les lents moyens de transport de lpoque, ces valles font partie dun rseau de communication petit chelle. On ne voyage pas sur de longues distances car le temps et les conditions de voyage sont trop peu attractives. Avec larrive du chemin de fer et de la vitesse, elles seront connectes plus grande chelle. Cela va permettre larrive de lindustrialisation et ces territoires vont tre propulss au centre dun rseau national et international jusqualors inconnu. Lorganisation sociale, commerciale et territoriale locale va ainsi tre considrablement chamboule.

    Au dbut du sicle, tant donn le contexte gographique et politique des Alpes suisses, on se trouve dans des socits fermes et sans beaucoup dissues conomiques. Suite larrive des chantiers, certains villages vont se trouver subitement rveills et radicalement modifis. Dans ce sens, voici une vision du village de Airolo donne par le journal Il Gottardo en 1873, pendant les premires annes dactivit du chantier sud du tunnel de base :

    Ouvriers de chaque genre, commerants, curieux arrivent en grand nombre et font de notre commune une petite ville. Pendant lt loffice de police a retir plus de 1200 passeports ; en plus beaucoup dindividus, beaucoup de familles ont dj lus domicile dans la communecette affluence de gens a fait augmenter fortement le prix des produits du village, comme le lait, le beurre, le fromage, la viande. Toutes les autres habitations, tous les locaux qui taient disponibles au dbut des travaux sont maintenant occups. Les tables, o il y avait les btes, on les voit se transformer en petites chambres ou en ngoces, qui se louent prix fabuleux . 24

    On dtecte, dans cette description, toute une problmatique lie la vague dindividus qui gravite autour du tunnel du Gothard25. Dans ce qui va suivre, nous allons chercher montrer la perception de la population locale face aux changements apports par les tunnels lors de la construction. Dune part, les chantiers ont amen des changements du territoire : les habitations, lencombrement et limpact des chantiers, les modifications territoriales. Dautre part il y a des questions sociales drivant de la rencontre entre diffrentes cultures.

    Des situations comparables se vivent dans le cas de la construction du tunnel du Simplon. Certaines diffrences sont tout de mme noter. Dans les deux cas, les tunnels, permettent de lier des rgions italophones des rgions germanophones (voir francophones). La diffrence

    24 Traduit de: Il Gottardo, Lavori ferroviari e movimento ad Airolo, 12.1.1873

    25 Cet exemple traite du Gothard mais la problmatique est sensiblement la mme pour le tunnel du Simplon.

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    substantielle vient du fait que, dans le cas du Simplon, deux pays, la Suisse et lItalie, seront directement lis. La situation, au front sud du chantier, est donc trs diffrente du cas tessinois. Larrive de travailleurs est certes trs forte mais il ne sagit pas proprement dit de travailleurs trangers. Il sagit simplement ditaliens en Italie.

    La construction des tunnels ferroviaires du Gothard et du Simplon concide, pour les cantons Suisses directement touchs, avec une priode particulire de lhistoire. Cest spcialement le cas au Tessin dans la dcennie 1872-1882. Durant cette priode la population indigne tessinoise subit une diminution non ngligeable. Un vritable phnomne dmigration vers des pays lointains, o lon croit pouvoir faire fortune, est en cours. Dans la mme priode, une grande quantit de travailleurs, en particulier des Italiens, traverse la frontire Suisse attires par la grande offre de travail offerte par la construction des grands ouvrages de chemin de fer. Selon les recensements de lpoque, la population ne cesse daugmenter. Larrive des ouvriers trangers compense largement les dparts des indignes. On se trouve confront une somme de deux phnomnes inverses dmigration immigration. Dans la dcennie 1872 1882 la population indigne diminue de 0.5% (pour une explication voir la situation conomique de ces rgions traite au chapitre 4), le nombre dtrangers augmente par contre de 135.7%26. Ces chiffres sont un indice clair du grand changement social qui sopre dans la rgion. La construction des ouvrages ferroviaires, joue un rle non ngligeable dans ce processus. Selon Orazio Martinetti (1983), cette croissance dmographique, releve par les statistiques, cache essentiellement la vraie situation de la socit de ces temps :

    Une socit en crise, dsagrge spcialement dans ces milieux ruraux, ferme et quasi touffe par les barrires naturelles et des frontire, soutenue avec fatigue par une conomie ayant des issues extrmement rduites 27

    Dans ce contexte dmigration immigration, on peut voir un norme paradoxe. Chaque socit semble ainsi pousse chercher la fortune ailleurs. La vision du gouvernement tessinois est particulirement intressante, en 1873 :

    Les tessinois migrants ltranger laissent dans le canton un vide qui est rempli par les forestieri28 qui entrent pour exercer leurs professions, se procurer le pain et le bien-tre que nos concitoyens cherchent, la plupart du temps sans rsultats, en terres lointaines. La fortune et lor de lAmrique nest donc quune fausse perception ; en tant que travail et conomie chaque pays est source de gain . 29

    Chaque terre semble donc reprsenter une source de gain pour les populations des socits proches et lointaines. Lherbe est toujours plus verte chez le voisin. Cette contradiction peut tre explique dune part que la population indigne refuse de faire ce travail difficile. Ce mtier de mineur est peru dans la culture locale comme un travail mprisant. Les paysans qui narrivent plus subvenir leurs besoins doivent faire un choix entre partir et essayer de russir ailleurs ou se lancer dans un travail qui est mal vu par ses paires. Cest un vritable choix social

    26 MARTINETTI Orazio, op. cit. [1], pp. 239 et suivantes

    27 Traduit de: MARTINETTI Orazio, op. cit. [1], p. 242

    28 Terme utilis pour appeler les trangers en gnral, difficilement traduisible en franais

    29 Traduit de: Conti resi del Consiglio di stato del canton Ticino, 59, 1873

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    quil doit faire. Il nest vraiment pas facile de changer de mode de vie en restant sur place. Il semble plus facile de changer dendroit et ne pas supporter le poids de la socit.

    Afin de complter ce tableau nous aimerions ici donner un aperu de lconomie du Tessin avant le chantier. Nous allons donner quelques prcisions concernant trois secteurs diffrents de lconomie : lagriculture, le commerce et lindustrie30.

    Lagriculture, pendant le XIX sicle, reprsente lactivit la plus importante pour la population tessinoise. Le 90% de celle-ci dpend directement de cette activit. Nanmoins, la qualit de cette activit, surtout si compare avec la situation du reste de la Suisse, est loin dtre comptitive. Cela est surtout imputable aux connaissances des paysans, qui souvent datent, faute de lien avec les dveloppements du secteur dans le reste du pays. Une formation professionnelle dans ce domaine nest pas vraiment existante (se sera seulement en 1914, que lcole cantonale dagriculture naitra). Lagriculture ntait donc pas toujours de taille faire face aux besoins vitaux de la rgion.

    Lactivit industrielle tait surtout base sur le tabac, la soie et la paille. Le dveloppement de ces activits tait surtout frein par les barrires topographiques et la frontire. Une lutte continue pour la recherche de nouveaux marchs tait donc ncessaire et la branche tait en difficult.

    Quant au commerce, il sagit dun cas particulier. Les changes, pendant tout le XIX sicle, taient concentrs vers lItalie. Des quantits non ngligeables de biens (peaux, btails, fromage, bois, marbre) taient exportes. Nanmoins, au cours du sicle, ces changes se sont ralentis au lieu de se dvelopper. La cause principale est rechercher dans les changements politiques survenus en Italie. La formation du Royaume dItalie, en 1861, apportera de nouvelles difficults lies au passage des douanes. Il faut noter que lactivit de contrebande, en rponse aux difficults douanires, cest fortement dveloppe dans certaines villages en devenant lune des activits principales. Au Tessin, le long des axes de transit, et en particulier en Leventina, un commerce de passage tait en place. Les nombreux mouvements, le long des axes de transite, permettaient une certaine vitalit conomique, inconnue dans le reste du canton. On a progressivement pass une conomie du passage qui a permis larrive dune richesse relative dans ces rgions. Les chiffres concernant le transport de personnes en diligence au col du Gothard nous permettent mettre en partie en vidence ce phnomne. On a pass de 9583 personnes transportes en 1851 25'920 en 1861, 42'008 en 1871 et 58'406 en 188131. On observe donc rellement une croissance continue et trs importante. Ces chiffres ont brusquement chut en 1882, quand la diligence a du cesser petit petit ses activits, cause de la concurrence norme due au tunnel. De nouvelles dynamiques lies au transport se sont donc forcement installes.

    Ces considrations initiales sont importantes pour essayer de cadrer les grands bouleversements que larrive des chantiers et les chemins de fer peut avoir apport au niveau social.

    30 Pour toutes les informations conomiques: BRUNATI Aldo, Lo sviluppo economico del canton Ticino dopo il traforo del San Gottardo, Mendrisio: Tipografia Eredi fu Ernesto Stucchi, 1957,p. 7 (agriculture), p. 26 (industrie), p. 35 (commerce) 31 CAIZZI Bruno, CESCHI Raffaello, op. cit., p. 20

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    5.2 Premires ractions relatives aux chantiers Les premires traces de tension en relation avec larrive des ouvriers peuvent tre trouves dans des dcrets publics et des actions des autorits locales.

    Larrive massive de travailleurs trangers imprime, dans population locale, des sentiments de peur et danxit lis aux risques de dsordres publics. La soudaine augmentation dmographique amne en fait, dans ces rgions, une situation compltement nouvelle. Les autorits publiques se sentant responsabilises, essayeront de trouver des solutions. La premire proccupation des autorits est donc de maintenir lordre public. Dans les villages les plus touchs par les travaux et par la masse ouvrire, les forces de police seront multiplies. En juillet 1872, dans la commune dAirolo, un dcret de loi est mis32. Dans son contenu, on trouve la volont des autorits locales, de rglementer les aspects relatifs la question dordre public. Si certains points du dcret peuvent paratre normaux, comme par exemple linterdiction dentrer dans les logements avec des lanternes ou des cigarettes allumes (prvention des incendies), dans lintgralit du document on a le sentiment dun certain acharnement contre les ouvriers italiens. Un exemple dans ce sens l est linterdiction du jeu de la mora 33, trs aim par les italiens. Une chose trs particulire de ce dcret est le fait que la moiti de lamende revient au dnonciateur. Le risque de drive dun dcret de ce genre est trs sensible. Le sentiment de mfiance face aux nouveaux arrivants, dj prsent chez la population, risque dtre amplifi avec ses promesses de rcompense. La population locale est pousse mener un rle de gendarme. Ainsi, lattitude des autorits empire les choses. On a limpression quaux yeux du pouvoir public la seule prsence des trangers est la source de tous les ennuis.

    Paralllement larrive des ouvriers, un autre phnomne proccupe les pouvoirs publics. De nombreux vagabonds et mendiants arrivent dans la rgion. Ils sont attirs par les chantiers, convaincu de pouvoir trouver un moyen de subsistance meilleur. Le phnomne reste important malgr les efforts des autorits qui vont jusqu' lexpulsion du territoire. Les rsultats de la rpression sont faibles et ce nest pas du tout du got des habitants de la rgion. Dans un document de la Feuille Officielle, en 1878, une situation alarmante sur le phnomne du vagabondage est dcrite :

    [] lhumaine dignit et le dcor du village souffrent de ce scandale, et la moralit publique en rclame fortement la suppression 34

    Dj quelques annes avant, prcisment en 1873, dans un autre document de la Feuille Officielle, le problme est soulev en associant le mendiant un individu dangereux et facile

    32 Avviso della municipalit di Airolo, Bundesarchiv Bern, 11.7.1872, copie in: MARTINETTI Orazio, op. cit [2], p. 285 (voir annexe 3)

    33 Ce jeu consiste en gros deviner, dans une succession trs rapide de manches, la somme des doigts montrs par les mains des deux participants. Vue la vitesse du jeu, et lexcitation des participants, souvent sous les effets de lalcool, le droulement du jeu est connu pour provoquer pas mal de bruit et de cris.

    34 Traduit de: Foglio Ufficiale ticinese, Circolare sullaccantonaggio, Archivio cantonale Bellinzona, 1878, pp. 927-928

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    au dlit 35. Dans ce mme document on met en garde sur le danger qui, au regard de louverture imminente de nombreux chantiers, risque daugmenter.

    On observe donc, avant et au dbut du chantier, une apprhension de la part de la population qui se traduit par la mise en place de toute une srie de rgles destines se protger devant larrive massive douvriers trangers. On craint la nouveaut quils vont apporter avec leur culture diffrente et juge drangeante par la population locale. Dune certaine manire ces premires ractions semblent normales car les autorits veulent prserver leurs villages des modifications amenes par linconnu, qui fait peur.

    5.3 Conflits publics et expressions xnophobes Des situations comparables se dveloppent sur les deux versants du Gothard et du Simplon. Une arrive massive douvrier va gonfler les villages proches du front des tunnels. Cest principalement le cas des villages de Airolo et Faido dans le canton du Tessin et de Gschenen dans le canton dUri pour le cas du tunnel du Gothard. Concernant le tunnel du Simplon, les villages touchs sont Brigue, Naters, Glis, Mrel, ct Suisse, et Varzo, Iselle, Trasquera du ct italien. De ce ct, un village ouvrier entier va mme se construire : Balmalonesca.

    Suite cela, le sentiment de xnophobie semble augmenter dans la population indigne des rgions des fronts de tunnel. Ces sentiments taient dj prsents en partie, ceci cause de lirrdentisme (le canton Tessin voulait se dfendre face la volont italienne de lenglober) et de la prsence de nombreux refugis politiques italiens. La cible principale est la population italienne qui arrive en masse dans des villages qui, jusqualors, ne connaissaient pas limmigration. Ces travailleurs, qui cherchent simplement un travail, sont accuss de tout les maux. Un signe palpable de ce phnomne rside dans les expressions souvent utilises pour dfinir ces ouvriers ou larrive de ces travailleurs : forestiers turbulents, faciles au couteau, mangeurs de polenta, ainsi que la colonisation italienne, linvasion italienne36.

    Sur le front du Gothard, la chronique dune bagarre nous semble trs intressante. Elle est signe dune intolrance diffuse entre indignes et trangers. Il sagit de lincident le plus important dans lhistoire du percement du tunnel. A Airolo, pendant la nuit de Nol 1873, suite aux tensions accumules pendant un certain temps, nat une bagarre sanguinaire entre ouvriers italiens et habitants. Un habitant de la commune dAirolo perdra la vie et beaucoup de personnes seront blesses. Le fait sera relat par plusieurs journaux (tessinois, italiens ainsi qualmaniques). Selon la sensibilit, la dfense de lun ou lautre parti sera fait. Le Journal de Genve, en prenant la dfense des ouvriers, sexprimera ainsi :

    Ds le dbut des travaux, les ouvriers pimontais taient molests par certains habitants du village, et cela sans que les agressions ne furent jamais condamnes 37

    De toute autre opinion, le journal Repubblicano della Svizzera italiana prend la dfense des indignes, crit :

    35 Traduit de: Foglio Ufficiale ticinese, Circolare contro laccantonaggio e mendicit, Archivio cantonale Bellinzona, 1873, pp. 308-309 (voir annexe 4)

    36 Tires de plusieurs journaux suisses

    37 Traduit de: Il Repubblicano della Svizzera italiana (qui reprend un article du Journal de Genve), I disordini di Airolo , 29.1.1874

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    Compte tenu de toutes les circonstances de temps, de lieux et de personnes, il faut absolument reconnatre que nos blesss furent victimes dune vritable agression prmdite et excute par un groupe douvriers trangers. 38

    Finalement, selon lopinion des auteurs, chaque texte donne sa version des faits et, en dfinitive, on na pas dinformation prcise. Nanmoins, cela permet de mettre en vidence la situation conflictuelle. Lanalyse des vnements montre que la population locale est remonte contre les italiens. Ceux-ci sont insults et diffams plusieurs reprises. On remarque quils sont attaqus de manire nettement plus marque que le sont les autres travailleurs trangers prsents sur les chantiers. A loccasion de litiges et de bagarres, la responsabilit est presque toujours donne aux italiens qui sont mal considres, aussi par les autorits39. Ce fait dmontre, dans une certaine mesure, que ces sentiments ne naissent pas seulement des malaises dus au chantier, mais sont aussi rechercher dans une attitude dorigines xnophobes envers les italiens en particulier. Un exemple intressant est le cas dun incendie Airolo, en 1875. Immdiatement aprs lvnement, les ouvriers italiens seront dsigns coupables. Cest seulement la suite denqutes dtailles quils seront blanchis.

    On retrouve des faits semblables dans le cas du percement du Simplon. Des traces de discriminations similaires sont visibles dans les journaux. Un article du Journal de Genve (repris par la Gazette du Valais), crit en 1905 loccasion de louverture du tunnel. Il est dans lintention de faire rflchir les gens quant aux sacrifices fait par les ouvriers. Il rsume les discriminations subies par les italiens lors des travaux :

    On les raille un peu chez nous. On les appelle macaronis. On les souponne. On sen dfie. On imagine dans leurs rangs autant dnergumnes dangereux, dagitateurs subversifs, de rustres chevaliers du couteau. Si quelque part, une rixe clate, un bras se lve, un poignard luit dans lombre, on dit : Naturellement, encore un Italien ! Ce sont des gens tratres, fourbes, sanguinaires, dignes de la corde et du gibet. Ils sont en retard. Ils sont illettrs. Ils sont sales. 40

    En plus de la description des discriminations, on retrouve dans larticle une tentative de rconciliation entre indignes et travailleurs sans lesquelles la construction de louvrage naurait pas t possible. Dans ce sens, on pourrait donc dire que, jusqu la fin des travaux, les sentiments envers les ouvriers ont dj volu. Nanmoins, il faut garder lesprit que lauteur nest pas directement concern car il vit Genve.

    Pour complter la discussion relative la question de la xnophobie, nous jugeons intressante lanalyse dune lettre crite par le docteur Ferdinando Giaccone41 (responsable mdicale des chantiers du Gothard), en 1875, et adresse au consulat dItalie. Le docteur se plaint de la faon dont les italiens sont traits par la population locale et il met en garde le consul sur la possible dgnration de la situation. Cette lettre contient la chronique de certains faits dj cits ci-

    38 Traduit de: Il Repubblicano della Svizzera italiana, I disordini di Airolo, 29.1.1874

    39 Cela ressort de nombreux ouvrages consults

    40 MONNIER Philippe, Journal de Genve, repris par : Gazette du Valais, A propos du Simplon : Luvre et les ouvriers , 4.3.1905 (voir annexe 5)

    41 Traduit de: Lettre du docteur Ferdinando Giaccone au console gnral Luigi Amedeo Melegari (ministro plenipotenziario del Regno dItalia a Berna), 1875, Gotthardbahnarchiv, Luzern: copie in: MARTINETTI Orazio, op. cit. [2], pp. 322-325 (voir annexe 6)

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    dessus. On y parle de la bagarre de Nol et de lincendie dAirolo (1873 et 1875). Lauteur parle aussi de la grve de Gschenen sur laquelle on reviendra plus loin.

    [..] [Lauteur veut] porter connaissance comme le nom italien est ici mpris [...] Toutefois, dj dans ces temps l, les diffamations de la population locale contre la colonie italienne, taient visibles, vu que nos ouvriers ne pouvaient pas traverser le village sans entendre dans les oreilles insultes et moqueries, auxquels rpondaient avec le silence le plus absolu. [...] Les Airolesi sont comme a, ils se croient meilleurs de tous, et donc ils mprisent nimporte ne faisant pas partie deux. Etre forestiers , ici, cest un tort, mais tre italiens cest une infamie.

    Concernant la rixe de Airolo en 1873, le docteur crit : Le soir du 26 dcembre, beaucoup des ntres [les ouvrier italiens] buvaient dans un caf isol entre le village et le chantier, ils taient joyeux et pas plus, et, si je ne me trompe pas, il y avait aussi deux gendarmes. Dun coup la porte souvre, certains du village montrent la tte et, avec des mots vilains, dfient les ouvriers sortir

    Devant cette arrive massive douvrier, la population locale se sent bouscule. Elle ragit contre eux en les rejetant. Le grand nombre gne et une certaine tension sinstalle. Les ouvriers se sentent mpris alors quils ralisent un travail trs rude qui ne pourrait tre achev sans eux. Les contrarits font que la diffrence culturelle se transforme en incomprhension, voir en haine qui pousse ces deux groupes se tourner le dos. Latmosphre est explosive et le moindre conflit est pris comme une offense. Au final, ces diffrents heurts entre trangers et indignes ont exacerb la xnophobie qui tait dj latente dans ces socits alpines trs fermes de lpoque.

    Latmosphre de racisme envers les italiens est rependue dans toute la Suisse o les ouvriers transalpins sont nombreux. En effet, comme ces derniers sont directement lis lindustrie, le patronat les prend pour cible dans des campagnes de dsinformation relatives aux mouvements ouvriers. En rponse laugmentation des revendications des travailleurs dans toute la Suisse, la droite dure monte en puissance en alimentant la xnophobie. Larrive de la grve comme moyen de pression fait peur et les milieux de droite veulent contrer le mouvement ouvrier en laffaiblissant par tous les moyens. Dans ce qui suit nous allons dvelopper cet aspect car il a t trs prsent durant toute la dure des travaux.

    5.4 La nouveaut de la grve, les ractions des autorits et de la population

    Une autre pratique apporte par le chantier choque la population locale : la grve, jusqualors inconnue dans ces rgions montagneuses.

    Dans son ouvrage, Ruggero Crivelli42, introduit le concept de la signification social du temps. Pour lauteur, on peut distinguer deux diffrents concepts : le temps circulaire de lactivit agricole (li la trajectoire du soleil) et le temps linaire de lindustrie. Le travail de lagriculteur est strictement li aux cycles naturels qui ne peuvent tre arrts. Dans le cas de lindustrie, un nouveau concept de temps est introduit : cest le temps linaire. La linarit est synonyme de progrs. Temps est gal argent. Selon Ruggieri le travailleur comprend

    42 CRIVELLI Ruggero, La leventina: essai sur la territorialit dune valle au sud des alpes, Genve : Le Concept moderne, 1987, p. 94

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    rapidement quil peut exercer une pression avec une interruption du processus de travail 43. Larrive de lindustrie et des ouvriers, de la technologie porte par le chemin de fer, introduisent donc, dans les rgions alpines concernes par le percement des tunnels, une composante nouvelle : la grve. Faire la grve est simplement impensable pour le paysan, lagriculteur. Ce nouveau concept cre dans la population un sentiment de peur et les ractions seront quelques fois vraiment dmesures. Suite des grves, les autorits font donc rapidement appel la troupe pour reconstituer lordre.

    En 1875, Gschenen, un groupe douvriers italiens abandonne le travail dans le tunnel et commence une grve. Les motivations principales semblent tre le mauvais fonctionnement de laration et la suppression des attentes aprs les explosions44 (vacuation des gaz et de la fume). Entre autre, les ouvriers demandent des augmentations de salaire. Le jour suivant, un groupe de policiers intervient en faisant feu sur les grvistes. Le bilan sera de quatre morts.

    Lutilisation de la milice semble dmesure face la situation. Comment comprendre cela? Dune part, on pourrait expliquer cette raction au vu de la faon dont la nouveaut de la grve est perue : la socit ny est pas habitue, elle a peur ! Dautre part, il faut aussi dire que, dans le domaine de la construction, les patrons sont trs presss en termes de temps dexcution. Le constructeur principal du Gothard, Louis Favre, par exemple, avait accept des conditions contractuelles qui prvoyaient des fortes pnalisations en cas de retards. Des pnalits semblables avaient t adoptes dans le contrat de percement du Simplon. La suppression des attentes post-explosion et la volont de reprendre les travaux en sont des preuves trs claires.

    Dans ce travail, plus que les motifs de la grve, et ses consquences sur les conditions de travail, nous voulons nous concentrer sur les ractions extrieures, de la presse et de la population. A ce titre, toujours dans la lettre du docteur Ferdinando Giaccone (1875), on lit : une des nombreuses causes des vnements de lutte de Gschenen est pour moi, le mpris avec lequel sont traits les italiens dans le canton Uri, et les mesures arbitraires de la police cantonale41. Quant aux ractions de la presse, il faut dire que, au Tessin, malgr le nombre de morts, lvnement ne fut que peu mdiatis45. Peut-tre parce que la grve tant un nouveau concept, les voix en dfense des ouvriers furent timides et peu nombreuses. Lanalyse de lintervention de deux journaux diffrents permet de mettre jour multitude des ractions quont provoqu ces grves. Dans le premier document, publi aprs les vnements par la Neue Zrcher Zeitung, le comportement de la police est compltement justifi :

    Rien ne justifie le comportement des insatisfaits [les grvistes], qui sont responsables du sang vers [] Aprs qu Gschenen, [beaucoup des ouvriers contestataires] avaient pris une mauvaise voie, la rapide et nergique intervention

    43 CRIVELLI Ruggero, op. cit., p. 95

    44 Lors du percement du tunnel lexplosif, aprs chaque mise a feu, un nuage de gaz toxiques et de poussires transite travers le tunnel grce la ventilation afin dtre vacu lextrieur. Habituellement, il est indispensable darrter les travaux, car les ouvriers devraient quitter la galerie, le temps dvacuer le nuage. Press par les dlais de livraison du tunnel, les ingnieurs ont supprim ce temps dattente pour gagner du temps.

    45 Selon : MARTINETTI Orazio, op. cit. [2], p. 316

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    de la police et de la milice simposait comme mesure absolument ncessaire pour viter des disgrces majeures .46

    Au Tessin, par contre, le journal de Lugano Il Repubblicano della Svizzera italiana se lve en dfenseur des ouvriers et des italiens. Dans ce document, lattitude prise pour dfendre les italiens est surprenante pour un journal tessinois qui habituellement mprise les Italiens:

    Ce nest pas lanalogie de race qui nous inspire, mais on doit dire quon a ressenti un fort sens de dgot en lisant, dans certains articles des priodiques de la Suisse almanique, des phrases offensives contre les ouvriers italiens, seulement parce qu'ils sont italiens. Comme sils ne ntaient pas comme les autres, alors quils sont des gens honntes, raisonnables, tenaces au travail, sobres dans les plaisirs, hardis dans le danger, capables de se sacrifier pour une juste cause, ayant toutes les peines et toutes les privations de la vie artisane. [] Le tunnel du Gothard ne doit pas tre construit au prix du sang et de la vie dun peuple douvriers. On laisse ce triste privilge au pyramides des Pharaons 47

    Selon les informations quon a disposition, les prises de position en faveur des autorits qui ont ordonn la rpression semblent plus nombreuses. Lide tant quen agissant avec la force, ils ont vit des msaventures plus graves. Parmi les autorits, entre autre, on rencontre des tentatives de manipulation de lopinion publique plus ou moins cachs48. On cherche faire endosser la responsabilit complte aux ouvriers. Tous les efforts dans les enqutes sont faits pour prouver que les ouvriers taient arms et avaient tir les premiers. Mme le prsident de la confdration Scherrer estimait souhaitable de confirmer que des coups de revolver tirs par des ouvriers taient partis avant que lquipe de policiers ne fasse feu 49.

    Du ct du Simplon, le phnomne des grves fut aussi prsent mais de moindre importance. A Brigue, la grve la plus srieuse se passa entre le 8 et le 20 novembre 1899. Les ouvriers rclamaient des augmentations de salaire, la suppression du travail la tche, et la cration dun comit permanent pour ngocier avec lentreprise. La rvolte a t attise par des agitateurs trangers qui ont t traques puis expulss du pays par la police et des units militaires appeles en renforts. Heureusement il ny a pas eu de combats srieux grce aux ngociations mens par la socit constructrice et on a fini par reprendre les travaux aprs un pisode quon a qualifi plus tard, en 1920, de manifestation plus bruyante que dangereuse 50

    Un autre exemple est celui de la grve du 13 juin au 6 juillet 1901 pour laquelle, la milice a aussi t mise en alerte. Ce quon retient dintressant ici est la vision du problme de la part de la Gazette du Valais qui ce propos crit :

    46 Traduit de: Neue Zurcher Zeitung, 5.8.1875, copie in: KASTLI Tobias [1], Der Streik der Tunnelarbeiter am Gotthard 1875, Basel: Lenos Presse, 1977, p. 22

    47 Traduit de: Il Repubblicano della Svizzera italiana, Lo sciopero di Goeschenen, 14.8.1875 (voir annexe 7)

    48 KAESTLI Tobias [2], Le condizioni di vita e di lavoro dei lavoratori stranieri del tunnel del Gottardo, in: Gli italiani in Svizzera, Bellinzona: Casagrande, 2004, p. 30

    49 Traduit de: Brief von Stnderat Franz Lusser (Uri) an den Urner Regierungsrat, 1875, in: KASTLI Tobias, op. cit., p. 44

    50 STOCKMAR Joseph, Histoire du chemin de fer du Simplon, Lausanne : Payot, 1920 p. 106

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    Mais ces conditions si dures, les ouvriers les connaissaient quand ils les ont acceptes. Ils savent dailleurs que pour les vacances qui se produisent dans leurs rangs, il en est toujours de prts pour les remplir. Que peuvent-ils donc esprer dune grve dans de telles conditions 51

    A loccasion des grves, de nombreuses critiques affluent de nombreux endroits. On trouve aussi ceux qui dfendent inconditionnellement les droits de ces ouvriers. Dans ce domaine on veut mettre en vidence le fait que, les ractions des autorits taient probablement souvent dmesures et induites par des sentiments de peur. Dailleurs, un article de la Basler Zeitung, en relation avec la grve de Gschenen en 1875, crit : Quand, hier, dans le cours de la matine, la nouvelle des faits de Gschenen a circul, chez les [anxieux] la peur a augment et ils ont craint que les italiens nenvahissaient toute la valle 52. La peur de voir les ouvrier se rebell implique des ractions ngatives envers eux. Dans la majorit de la Suisse de lpoque, la peur des mouvements ouvriers, malgr les prises de position en faveur des travailleurs, ltat desprit gnral est oppos aux revendications ouvrires. Les tentatives de grve sont mates au plus vite. Le foss se creuse entre ouvriers et population.

    5.5 Travailler le jour du Seigneur Larrive de la technologie et de lindustrie, a apport avec elle un autre aspect problmatique pour les habitudes enracines des socits alpines. La loi du profit impose en fait de ne jamais arrter le temps 53. Laspect quon veut approcher ici est celui de la religion. En effet, les travaux de percement devaient tre raliss sept jours sur sept, selon les ingnieurs. Or, le dimanche est, depuis toujours, le jour ddi au Seigneur. Chaque activit devait tre arrte selon les habitudes des gens de la rgion. Le fait est quen 1873, dans la valle de la Leventina, un dcret du gouvernement cantonal annule une loi qui empche le travail pendant les jours fris. Cette modification de loi est perue, dans de nombreux villages enracins dans la foi catholique, comme une offense intolrable. La profanation du jour du Seigneur cause de lurgence des travaux de percement, nest pas un argument valable aux yeux de beaucoup. Dans plusieurs communes les ractions sont immdiates. Une lettre apparue dans Il credente cattolico en 1879, suite une proposition dannuler ce dcret, nous permet dillustrer la perception du problme : en contraste non seulement la loi divine mais aussi aux prescriptions civiles, on profane publiquement dans la faon la plus scandaleuse le jour du Seigneur 54

    Cette fois-ci on touche au cur mme des croyances de la socit trs religieuse. Ce fait est encore un lment qui a fch la population contre les ouvriers et les tunnels. Une fois encore on voit le grand contraste quil y avait entre larrive de la technologie et les habitudes locales.

    5.6 Problmes linguistiques et commerciaux Deux autres aspects, en quelque sorte lis, nous permettent de clore cette analyse. Le premier aspect est celui de la langue italienne dans les rgions germanophones et/ou francophones. Le

    51 Gazette du Valais, La grve du Simplon , 29.7.1901 (voir annexe 7)

    52 Traduit de: Basler Nachrichten, 1.8.1875, copie in: KASTLI Tobias [1], op. cit., p. 17

    53 CRIVELLI Ruggero, op. cit., p. 95

    54 Traduit de: Il credente cattolico, Cronaca cantonale: Faido, 31.7.1879

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    deuxime est celui du commerce. Dans le cas du Simplon, on parle souvent de invasion italienne et on se plaint que, dans certains pays, la langue italienne est dsormais devenue la langue principale. Les populations indignes, selon un article de la Gazette du Valais55 de 1900, seraient quasiment obliges, suite linvasion italienne, dabandonner leur langue maternelle almanique au profit de litalien. Dans toute la Suisse, des coles, o lenseignement se fait en italien, se sont ouvertes. Ce fait est souvent peru comme tant un danger pour la population du lieu qui, avec mpris, parle souvent de colonisation italienne .

    Il faut prciser que larrive de la langue italienne a aussi provoqu des cts positifs pour certains : Toujours dans la Gazette du Valais, par exemple, un article du 1902 invite fortement apprendre litalien et dcrit le tunnel du Simplon comme un magnifique instrument de prosprit futur :

    et je pense quil vaut mieux, dans lintrt de chacun, apprendre litalien ds aujourdhui, plutt que de manquer les occasions qui se prsenteront infailliblement ds louverture de la ligne . 56

    Un autre point qui provoque la lamentation des populations locales est le fait que, la colonie de travailleurs, nest pas rentable pour les commerces locaux. Les commerants se plaignent du fait que, malgr la prsence de tout ces gens, les recettes naugmentent pas. Ils accusent les italiens de vivre seulement deau et de polenta 57. Dans un article de 1902 de la Gazette du Valais, on rsume la perception indigne. On y voit aussi le sentiment que lavance de la langue italienne est lie un sentiment de mal-tre pour les autochtones :

    Ce sont les Valaisans qui, chez eux, paraissent des trangers. Ils sont perdus au milieu de cette affluence de gens qui parlent dautres langues [] Les commerants commentent avec amertume le chiffre des mandats consigns destination dItalie dans les bureaux de poste de Brigue et Naters. Ils dplorent que ce fleuve dargent scoule au dehors sans arroser le pays 58

    Dautre part il faut savoir que les commerants des deux rgions se livraient une vritable spculation sur les prix des denres pour gagner des largent sur le dos des ouvriers. Cela na pas favoris le commerce avec les travailleurs.

    Toujours concernant le commerce, mais cette fois sur le front du Gothard, un autre aspect vaut la peine dtre cit. Pour lutter contre laugmentation des prix dans les commerces locaux, lentreprise du Gothard, de lentrepreneur Louis Favre, utilise une forme particulire de paiement des ouvriers. Une partie des anticipations des salaires est donne sous forme des bons . A Gschenen, comme dans dautres localits, ces bons peuvent tre utiliss dans les ngoces alimentaires grs directement par lentreprise qui videment gagnait de largent. Il est claire que cette forme particulire de paiement ntait pas bien vue ni par les ouvriers, qui par principe se mfiaient de tous ce qui concerne le patron, ni par les commerants locaux, qui se voyaient empches de faire affaires avec les ouvriers. En relation avec la grve de Gschenen, quon a dj cit plus haut, certains laissent entendre que les commerants ont secrtement

    55 Gazette du Valais, Le tunnel du Simplon , 7.11.1900 (voir annexe 8)

    56 Gazette du Valais, Pour la langue italienne , 18 juin 1902 (voir annexe 8)

    57 Gazette du Valais, Le plus long tunnel du monde , 15.2.1902 (voir annexe 8)

    58 Gazette du Valais, Le plus long tunnel du monde , 15.2.1902 (voir annexe 8)

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    contribu alimenter la rbellion des ouvriers, pour favoriser la suppression du systme de bons59.

    On retrouve dans cette problmatique les tensions lies au nombre douvrier. Les indignes ne se sentent plus chez eux. Ils ctoient tous les jours des milliers douvriers dans des villages qui auparavant ne comptaient que quelques mes. Les discours concernant la langue italienne envahissante sont des indicateurs de la solitude que ressentait la population locale, noye dans cette masse. On retrouve aussi les incomprhensions lies la diffrence culturelle. Les Suisses se plaignent que les Italiens ne font par marcher le commerce car ils ne consomment que des produits italiens. Cest un agissement somme tout assez normal car ces derniers sont tout de mme dracins. Cest un moyen de garder ses liens avec son pays. Quant au systme de bon introduit au Gothard, on pourrait penser que lentreprise a fait cela pour viter de mettre en rapport la population et les ouvriers afin dviter des conflits en plus de gagner de largent. Apparemment cela provoque leffet contraire. Cela dmontre que cette relation entre indignes et travailleurs est ambigu. Dun ct on rejette les trangers mais on se plaint aussi quand ils ne viennent par faire marcher les commerces locaux.

    Les travaux de construction du chemin de fer ont amen avec eux une multitude daspects qui ont boulevers le tissu social local pendant la construction. Nous avons relev ceux qui nous paraissaient essentiels pour expliquer les ractions de la population. Pris individuellement, certains aspects pourraient tre insignifiants. Pourtant, si ces facteurs se sont additionns, on peut facilement comprendre leffet quils peuvent avoir eu sur le tissu social. La population sest sentie agresse par une multitude dvnements. Elle sest sentie dracine et perdue dans son propre pays. Au niveau social, les travailleurs ont apport une culture inconnue qui a choqu la population. Cela a cr de vive raction, et un rejet certain des ouvriers trangers. Ceci a fait que le regard de la population locale est rest braque sur ces vnements au point doublier les possibilits que le tunnel allait apporter une fois quil serait fini. Pendant le chantier, elle a vritablement rejet le tunnel et ses ouvriers.

    59 KAESTLI Tobias, op. cit. [2], p. 28

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    6 Le Territoire pendant le chantier

    La thmatique que lon vient danalyser, savoir le rapport avec les trangers, la nouveaut de la grve, les problmes de la langue et ceux lis au commerce, peut tre qualifi de socitale (ou social). Dans ce qui suit nous voulons traiter daspects lis au territoire60. Nanmoins, il faut prciser que ces thmes sont interdpendants et ne peuvent tre totalement spars, car le territoire est le fait de la population.

    6.1 Leau : une ressource difficile partager Lun des problmes ressenti en plusieurs circonstances est celui de lapprovisionnement en eau. Les travaux de percement des tunnels ont demand une grande quantit deau. Elle tait utilise pour les besoins vitaux des trs nombreux ouvriers et pour la production de lair comprime ncessaire au fonctionnement des outils mcaniques et lectriques. De plus, le percement de la roche a provoqu des changements dans lquilibre des eaux souterraines. Les fortes arrives deau dans les tunnels, rencontres dans certaines phases du percement, en sont la preuve. Cette mme eau, tait un lment vital et indispensable pour la population locale et ses activits. Les compagnies de construction devaient la grer avec prcaution car son partage avec la population pouvaient rapidement dgnrer en conflit. A lpoque de la construction des tunnels, dans pratiquement tous les villages de montagne, leau potable narrivait pas directement aux maisons. Le seul moyen dapprovisionnement tait assur par les nombreuses fontaines publiques.

    De nombreuses informations relatives ce sujet pour le village dAirolo sont disposition dans le livre de Ugo Maffioletti61. Elles nous permettent dapprofondir ce thme particulier. Dans ce village, jusqu larrive des travaux, il ny avait pas de proccupations particulires concernant leau, tant donn sa grande disponibilit. Des problmes vont arriver avec les travaux. Le premier signal dalarme serait dat de 1873, juste aprs le dbut des travaux. Les normes infiltrations deau, rencontres dans le tunnel, concident avec la scheresse de lune des principales fontaines du village. Les autorits publiques, devant la ncessit immdiate de rsoudre la situation, demandent la Compagnie du Gothard dintervenir. Une divergence d'intrt va apparatre entre les deux partis concerns. Dune part la commune reprsente les intrts de la population. Dautre part la Compagnie ragit selon la loi du profit. Ces deux visions sont compltement opposes.

    La socit constructrice, au lieu de favoriser la rsolution du problme, propose des indemnisations financires, et, ventuellement, de remettre la fontaine en fonction en prlevant une partie du flux des autres fontaines du village. Ces solutions se rvlent inacceptables pour les autorits, qui sont tenues de satisfaire les ncessites de la collectivit. Pour la Compagnie, par contre, linstauration dun systme dindemnisation pourrait viter de nombreuses proccupations et des pertes de temps causes par les travaux de remise en tat. Avec le temps, les craintes ne cessent daugmenter. La population tant aussi touche. Elle sest aussi implique en faisant entendre sa voie. Le propritaire dun terrain pouvait disposer dune source selon son gr, condition de garantir un dbit minimal pour les terrains laval. Pour

    60 Territoire dans le sens de lorganisation des villes/villages et de leur population

    61 MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., pp. 53-84

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    eux aussi, sauf cas particuliers, la premire proccupation tait le rtablissement de la situation original au lieu daccepter une indemnisation. Leau est un bien trop important. Dans tous les cas, les responsables des travaux se montraient assez peu enclins la rparation des dommages ni la construction de structures aptes lamlioration de la situation gnrale. Paradoxalement, les autorits recevaient de plus en plus de requtes dexploitation de sources et de cours deau, de part de la Compagnie. Le droulement des activits de construction demandaient un volume deau toujours plus grand. A la fin de lanne 1873, par exemple, une requte est faite, au Conseil dEtat, pour disposer des eaux de la Tremola, un torrent qui descend du col du Gothard. La municipalit dAirolo rpond favorablement aux requtes du Conseil dEtat, qui gre la relation entre les deux partis, mais ne manque pas de se plaindre du comportement de la Compagnie du Gothard62. Finalement une concession de 99 ans pour lutilisation des eaux de la Tremola, mais avec des recommandations concernant le dbit minimal, sera donne.

    La priode de problmes majeurs en relation la disponibilit deau potable, est le printemps 1874. En effet, ce moment, leau disparat des trois fontaines principales du village, qui se retrouve donc sans eau. Ainsi, les autorits dAirolo dcident de soffrir les services dun avocat et menacent dutiliser les eaux de la Tremola, qui ne sont dj plus suffisantes pour les travaux du tunnel. Epouvantes par cette perspective, les responsables des travaux dcident de mettre en fonction un systme de rcolte des eaux depuis lautre versant de la valle. Cela ne rsout que partiellement le problme. Il reste encore solutionner le problme du manque deau pour les activits agricoles et btaillres. Le climat est trs tendu. Deux lettres crites en 1874 en tmoignent. Dans la premire, les autorits dAirolo, se plaignent de la situation lingnieur responsable des travaux:

    Nous sommes obligs dattirer votre attention sur cet objet, suite aux rclamations qui nous parviennent des privs qui appellent au droit laccs leau pour leurs tables 63

    Dans la deuxime lettre, lingnieur Gruber rpond, avec un ton anim. Il dcline toutes responsabilits, et accuse les autorits et la population :

    si les intresss [les privs qui se plaignent] utilisaient avec plus de prcaution leau et sils sagissaient un peu moins dgostes, au lieu de venir continuellement avec de nouvelles prtentions et rclamations. 63

    Une nouvelle fois, les ncessite antagonistes mais essentielles des deux parties sont en total inadquation. Il en rsulte une srie interminable dactions et de ractions entre les autorits locales et la Compagnie. Pendant toute la dcennie des travaux, ces problmes seront toujours prsents. Les mois de printemps semblaient les plus problmatiques. Dans les priodes estivales, les problmes taient moins prsents car beaucoup de paysans partaient pour les alpages. Les besoins deau dans le village taient donc fortement diminus. Nanmoins, il y a aussi eu quelques problmes dans les alpages, comme le montre une lettre, crite par les autorits dAirolo, en mai, 1875 la Compagnie:

    Dj depuis deux ans, plusieurs sources places sur les terrains de proprit de la Bourgeoisie et ncessaires lapprovisionnement deau pour les btes pendant la saison de la pture, ont disparu. Pour ce manque, des consquences graves

    62 MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., p. 62 63 Gotthardbahn Archiv Luzern, 308 24 XI, 1874, copie in: MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., pp. 71-72

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    furent dj ressentis, mais on a patient en vue des plus urgents engagements que votre socit attendait de satisfaire [ils parlent du projet de rcolte de leau, pour les fontaines du village, depuis lautre versant de la valle] [] En vous rappelant ces faits, nous faisons une demande pour que vous puissiez finalement penser intervenir rapidement et sans autre retard. 64

    Mme aprs linauguration du tunnel, les gnes ne seront pas totalement rsolues. Dans les annes suivantes, tant donn une ncessit croissante deau dans la commune (pour le village et pour le chemin de fer), un projet complet daqueduc est imagin par la socit ferroviaire. Il sera accept par la commune et ralis. Cet objet rsoudra les problmes et mettra un terme des annes de tension autours des ressources en eau.

    Dans le cas du Simplon, il y a eu beaucoup de problmes deau lors du percement. Les travaux ont pris normment de retard cause de pntrations dans des nappes souterraines inconnues. On a mme du condamner la galerie cot italien avec une porte tanche et finir le percement par lautre ct, car les travaux devenaient impossibles cause de leau. Dautre part, on utilisait aussi la force hydraulique pour le percement du tunnel. A Mrel, on a dtourn le Rhne et construit un canal en bton arm long de 3.2 kilomtres afin dalimenter un chteau deau ncessaire lalimentation de turbines lectriques.

    Les normes quantits deau libres de la montagne ont beaucoup fait parler les gens. La Gazettes du Valais na cess de relater les diffrents problmes lies leau dans le tunnel durant toute sa construction. Cela a fait circuler plusieurs rumeurs qui disaient que les nappes deau du haut Valais taient menaces par le tunnel. Par exemple, selon un article de la Gazette de Lausanne en 1907, on avait peur que leau de la station thermale de Loche-les-Bains soit assche :

    [les eaux de Loche-les-Bains] ont diminue sensiblement de dbit quand furent ouvertes les sources deau qui rendirent un moment si difficiles les travaux de percement du Simplon. 65

    En fait, il ne sagissant que de rumeur. Des hydrogologues ont montr quil ny avait pas eu de tarissement rel de la source des bains et finalement on a dmontr que, aussi impressionnant quont t les venues deau dans le tunnel du Simplon, cela na pas affect les sources et les cours deau de la rgion de Brigue65. Les rumeurs dasschement de source ntaient pas fondes. Il sagit tout de mme dun signe qui montre la sensibilit du sujet et la peur du manque deau. Bien quil ny ait pas eu de conflit ouvert comme au Gothard, une certaine tension tait palpable. Ds que le dbit dune certaine rivire semblait diminuer, les travaux de percement taient montrs du doigt.

    6.2 Ltat des routes : mcontentement Un autre thme qui a inquit tait ltat des routes, qui lpoque taient simplement revtues de gravier. Comme dj spcifi dans lintroduction, les routes suisses taient considres comme tant de trs bonne qualit66. Le trafic par les cols routiers dpendait fortement de cette

    64 Gotthardbahn Archiv Luzern, 308 13 V, 1875, copie in: MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., pp. 140-142 (voir annexe 9)

    65 Gazette de Lausanne, Les eaux de la Loche et les tunnels , in : Gazette du Valais, no 76, 2 juillet 1907, p. 2

    66 STEPHENSON R., SWINBURNE H., op. cit., p. 7

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    qualit si bien que lorsque les travaux de percement perturbrent les routes cela suscita des inquitudes auprs des autorits et de la population. Les travaux ont provoqus une trs rapide dgradation des voies de communications aux abords du tunnel, ds le dbut du chantier. Concernant ce sujet, nous avons beaucoup dinformation pour le Gothard mais aucune trace crite pour le cas Simplon. Nanmoins il est probable que le percement du Simplon ait aussi provoqu certains problmes de ce type.

    Au Gothard67, la Compagnie de lingnieur Favre utilisait de lourds charriots, possdants des roues troites trs agressives pour les routes, qui dailleurs ntaient pas rglementaires, en terme de pression, selon la loi tessinoise. En plus de cela, plusieurs ouvrages annexes aux routes, comme par exemple des murs latraux, ont t fortement endommags par ces convois inhabituels. Les dgts taient tels que dans certain cas les routes furent coupes cause de leur trop mauvais tat. Lentreprise utilisait aussi les abords des routes pour entreposer du matriel. Cela provoquait aussi des perturbations de trafic. Elle se permit mme de dvier, sans aucune autorisation, le trac de certaines routes selon ses propres ncessits. Ces perturbations ont fait que les rapports entre Favre et les autorits publiques sont devenus trs tendus. Dans le livre de Maffioletti, on donne une longue description de cette problmatique en prsentant une srie de lettres entre Favre et les autorits cantonales et nationales. Nous avons renonc les reporter car elles ne touchent pas directement les ractions de la population. Il nous semble tout de mme intressant de rflchir aux gnes causes par le mauvais tat de ces routes. Cela avait pour consquence de diminuer directement leur performance et donc de pnaliser directement les gens qui en vivaient. De plus, le fait que lentreprise soit responsable de la dgradation des routes avait pour rsultat de la discrdit aux yeux de la population.

    Comme nous lavons cit dans le dbut de ce paragraphe, ces conflits entre entreprises et autorits ne touchent quindirectement la population. En effet, elle ne participe pas directement au dbat mais en subit les consquences. Dune certaine manire le percement influenait la qualit de vie des gens. Cela a eu pour implication dapporter un mcontentement populaire et des sentiments ngatifs envers les tunnels, les entreprises et ce qui leurs tait lis, qui sajouta aux autres frustrations.

    67 Pour tout ce qui suit: MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., pp. 85-96

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    7 Les changements imprims sur le tissu socio-culturel local

    Malgr les facteurs ngatifs rencontrs dans les priodes de construction, la population des montagnes attendait beaucoup de larrive des chemins de fer. Dans une description du jour de linauguration du tunnel du Saint Gothard (1882), on peut se faire une ide du contexte joyeux de la crmonie. Le Conseiller Fdral Simon Bavier dt lors du discours inaugural:

    Partout, les gares taient dcores, partout on nous accueillait avec musique et fleurs. Partout, -mais surtout Bellinzona et Lugano des discours en abondance 68

    Le mme jour, certains endroits, il y avait aussi des ractions moins positives. Plusieurs choses taient en train de se modifier, le mme auteur a aussi crit:

    A la gare de Amsteg, il y avait un drapeau noir, et les pauvres gens de ce village navaient pas tort. En effet, louverture de la ligne ferroviaire mettait un terme aux transports avec les animaux qui, exercs actuellement avec plus de 400 chevaux chargs quotidiennement, assuraient la population locale dimportantes recettes68

    Un article de la Gazette de Vevey en 1910, repris par la Gazette de Valais montre le changement brutal dans le mode de vie des paysans de montagne. Il nest pas directement li la ligne du Simplon mais est un bon exemple des changements qui soprent:

    En Valais, chaque station de chemin de fer un peu frquente par les touristes, on trouve toujours une kyrielle de vhicules de toutes formes que les paysans veulent louer pour nous mener dans la montagne. [] Je lui disais que cette voie ferre [ligne Martigny-Orsires] allait enlever leur gagne-pain un nombre de gens et surtout aux charretiers. [] Les Montagnards qui laissant tomber les rnes de leur mulets, reprennent la faux et la faucille 69

    A nouveau, aussi dans le contexte aprs louverture des tunnels, on est confronts un mlange de penses positives et ngatives, dans un jeu despoirs et de peurs. Certaines peurs du dbut de chantier se concrtisent, dautres disparaissent.

    Lanalyse de changements long terme apports aux socits alpines par larrive du chemin de fer sort de notre domaine dtude. Nous voudrions tout de mme traiter quelques aspects intressants pour notre problmatique car directement induit des chantiers. Les principaux problmes prsents lors du chantier dcrit ci-avant peuvent tre classs en trois catgories : les ouvriers, le chantier et les impacts sur le territoire. Les gnes du chantier se sont effaces ds les ouvrages termins mais les deux autres thmes sont rests. Dans ce qui suit nous voulons analyser leur volution juste aprs le chantier.

    68 CRIVELLI Ruggero, op. cit., p. 71

    69 MONOD Eugne, Gazette de Vevey, Ils reviennent la terre , in : Gazette du Valais, no 85, 25 juillet 1910, pp. 2-3 (voir annexe 10)

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    7.1 Mariages, influences culturelles et ceux qui sont rests Quest il arriv aux nombreux ouvriers trangers aprs la fin des travaux ? Sont-ils rentrs chez eux ou se sont-ils installs dans les rgions o ils ont travaill des annes ? Les statistiques des mariages enregistrs Airolo nous permettent daborder le thme70. Durant la priode 1860-1872, soit juste avant le dbut des travaux, on enregistre 99 mariages. Des trangers sont impliqus seulement dans quatre cas et il sagit toujours dhommes avec une femme indigne. De plus, dans la plupart des mariages entre Suisses, homme et femme sont tous les deux de Airolo et non pas des villages en proximit. Cela dmontre que la socit locale est trs ferme et que les changes culturels sont trs rares.

    Dans le priode 1873-1885, en pleine excution des travaux, on compte 175 mariages. Ce nombre plus lev est un signal clair de laugmentation dmographique. On rappelle que, Airolo, la population a plus que double en peu de temps. Cette fois, on compte 50 mariages de couple trangers et 25 forms de femmes indignes avec un homme tranger. Il sagit dune notable augmentation des changes culturels. Cette augmentation de mariage des personnes trangres est clairement imputable larrive dtrangers due au tunnel.

    La valeur des mariages entre homme tranger et femme indigne peut aussi expliquer, en partie, certains conflits, entre la population locale et les ouvriers. Des sentiments de jalousie sajoutent aux autres mcontentements. Un autre facteur important se cache derrire ses chiffres : les jeunes indignes migrants sont presque toujours des hommes et ainsi il reste dans les villages beaucoup de femmes clibataires qui trouvent, chez les ouvriers immigres, les hommes qui manquent

    Enfin, entre 1886 et 1900, aprs la fin des travaux, on compte 120 mariages. Onze dentre eux concerne des hommes trangers et, pour la premire fois, on trouve sept mariages entre une femme trangre et un homme Airolese. Cette valeur est un signal fort douverture vers lextrieur. Nanmoins, comme le dcrit Maffioletti71, cet lment nest pas signe dune parfaite intgration mais seulement un signe de changement de mentalit. Par exemple, les enfants des couples trangers, frquentent des coles italiennes cres, lpoque, par la Compagnie de Favre, au lieu des coles communales. Ces chiffres sont comparer aux milliers douvriers travaillant pour le tunnel. Les quelques uns qui sont rests reprsentent donc une trs faible partie. On le remarque dans les statistiques des mariages. Nanmoins on constate quils ont eu une influence. Ils ont chang un petit quelque chose dans louverture de la socit.

    Le cas du Simplon est sensiblement diffrent du Gothard car peu aprs la fin de la construction du premier tunnel (1906), le second a dbut (1913-1922). Beaucoup dtrangers sont rests car il y avait encore du travail. De plus, on est presque 50 ans plus tard quau Gothard quand les travaux se terminent dfinitivement. Le systme social a eu le temps de changer. Nanmoins on retrouve pendant la priode du chantier des similitudes. Un indicateur de la population italienne prsente dans le canton du valais est la frquentation de coles italienne. Ces dernires avaient t ouvertes durant le premier chantier par des groupements dimmigrs italiens, essentiellement des femmes. Les enfants des ouvriers taient dabord scolariss dans les coles suisses mais taient souvent en difficult cause de la langue. On retrouve donc, comme au Tessin une certaine sparation entre lves suisses et italiens. La statistique du nombre dlves

    70 Les chiffres qui suivent sont tirs de : MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., p. 126

    71 MAFFIOLETTI Ugo, op. cit., p. 128

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    frquentant les coles italiennes montre le relativement grand nombre ditalien prsent aprs le premier tunnel. Ensuite on voit un pic lors du dbut des travaux du deuxime chantier puis une baisse ds 1914. La premire guerre mondiale a eu pour consquence que lItalie a appele les ouvriers sous les drapeaux. Le chantier du Simplon a dailleurs t stopp plusieurs occasions et ce nest quen 1919 que les travaux ont repris normalement. En 1924 et 1927, aprs la fin du chantier, on retrouve presque les chiffres de 1912, ce chiffre est relativement grand et est donc un signe quun bon nombre de familles italiennes sont restes72.

    Anne 1912 1913 1914 1916 1918 1919 1920 1924 1927

    Nb lves

    114 600 620 245 370 301 308 127 106

    Tableau 1: Statistiques du nombre des lves frquentant les coles italiennes du Haut Valais

    Finalement, les ouvriers trangers arrivs avec le chantier sont pour la plupart rentrs au pays ds la fin des travaux. Seul quelques uns se sont implants dans les rgions des tunnels. Cela ne veut pas dire quils se soient totalement intgrs la population locale ds le dbut. Mais il sagit certainement dun signe dapaisement des tensions qui existaient pendant les chantiers. En effet, si les relations avec la population locale taient restes si mauvaise, une colonie italienne ne serait pas reste sur place. On voit aussi que larrive dtrangers, a permis une certaine ouverture de la socit locale puisque lon a clbr des mariages entre indignes et trangers. Nanmoins, cela ne signifie pas encore que la mentalit tait ouverte lintgration totale. On le voit dans le cas des coles italiennes au Valais, et plus tonnant encore, au Tessin ou lon parle la mme langue. Toutefois, on peut affirmer que cela t le point de dpart dune priode douverture des esprits envers les trangers.

    7.2 Position des gares: Technologie au service du territoire ou territoire au service de la technologie?

    Pour rpondre cette question nous avons choisi daborder le problme du point de vue de la position des gares. Le cas du Tessin est trs intressant. Nous avons des exemples pour tout le canton mais nous allons traiter essentiellement le cas de la Leventina. Cette valle, qui se trouve la sortie sud du tunnel du Gothard accueil la ligne ferroviaire dans toute sa longueur. Dans ce contexte il faut se rappeler des paramtres trs contraignants que, les choix politiques internationaux, ont impos sur le trac. Le passage travers le Tessin tait premirement considr comme une opportunit pour lEurope et non pas pour le Tessin. Les choix qui ont t faits ntaient donc pas principalement en faveur de cette rgion73. Les performances dune ligne internationale demandaient de faible pente et des courbes grand rayon, critres peu compatible avec la topographie des lieux. Certains villages comme Faido, Giornico et Airolo en

    72 STEINER-FERRARINI Marina, La colonia italiana dell'alto Vallese, Domodossola: Editel, 1988, p. 56

    73 Le contenu de la convention international 1869 mentionne que la Suisse sengage surtout dfendre les intrts du trafic grande chelle, plutt que ceux du trafic local. Voir lintroduction pour le cas du Gothardl9.

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    ont fait les frais. A Faido, la gare a t plac environ 1 kilomtre du vieux village74. A Giornico, elle se situe plus de 2 kilomtre du centre. Quant Airolo, elle t construite sur un remblai de matriaux dexcavation du tunnel, aux pieds du village linaire dorigine qui stait dvelopp autour de la route du col du Gothard. Ces exemples montrent que le territoire local a t nglig dans le choix des tracs. Les ncessits techniques pour garantir une ligne performante ont pris le dessus sur les ncessits locales.

    Ainsi, on pourrait affirmer que dans ce cas, cest le territoire qui est au service de la technologie et non pas linverse. Mais il ne faut pas oublier que, larrive du chemin de fer, a apport de profondes modifications au niveau de lamnagement du territoire. Les populations touches par ces contradictions locales ont ragi. Les villes et villages se sont finalement adapts et un nouvel quilibre sest cre. Dune manire gnrale, le chemin de fer des valles est caractris par un double aspect. Premirement la ligne a partitionn le territoire. Deuximement, la fonction des gares a provoqu une attraction au niveau de dveloppement urbanistique. Les exemples des villages dAirolo et de Faido sont deux exemples dvolution diffrente suite au mme problme initial de positionnement de la gare par rapport au village de lpoque75.

    Au village dAirolo, la gare a t plac, laval du vieux village, sur un remblai la sortie du tunnel. Cest un cas o la fonction de ple attractif de la gare est bien visible. Le village sest trs fortement dvelopp autour de cette dernire jusqu se lier lancien ple. Aujourdhui, la zone de la gare fait entirement partie du village et cest dans cette zone que les centres publiques (poste, banque, commerces, restaurants, ) se sont implants.

    A Faido, il y a eu une volution diffrente. Dans les annes suivant louverture de la voie ferre, ce petit village a dabord connu un intressant dveloppement touristique. Ce fait tait principalement d linitiative dun priv qui a construit des auberges dans la zone de la gare, avant louverture de la voie ferre. Ainsi Faido est devenu un ple touristique trs attractif, surtout pour les italiens provenant de la rgion de Milan. Le sort de Faido a chang avec larrive de la premire guerre mondiale76 moment qui a provoqu la fin du tourisme dans la zone77. Ainsi le village est rest compos de deux zones compltement distinctes : Faido-village et Faido-gare. Cette distinction reste encore bien visible aujourdhui.

    Dans certains cas, comme par exemple le cas dAirolo ou de Locarno (ville au centre du Tessin), la position de la gare a activ un moteur de dveloppement qui a permis plus tard de lier les deux ples qui se sont crs : le vieux village et la zone de la gare. En effet les zones de gare se sont vite tournes vers le tourisme.

    74 Voir image 5: I successivi progetti della linea ferroviaria nella zona di Faido, in: BROGGINI Romano, Esempi di trasformazione dellambiente a seguito dei lavori della linea del San Gottardo: nel locarnese e nella media leventina, in: Il San Gottardo e lEuropa, genesi di una ferrovia alpina 1882-1982, 1983, p.232 75 ANTONINI Benedetto, Elementi di lettura dellimpatto della ferrovia del Gottardo sul paesaggio ticinese, in: Il San Gottardo e lEuropa, genesi di una ferrovia alpina 1882-1982, 1983, p. 223

    76 Selon lauteur, aprs la guerre la situation a chang. La Lire italienne a perdu de sa valeur et les flux touristiques milanais se sont orients vers dautres destinations italiennes : BROGGINI Romano, op. cit., p. 238

    77 Dans larticle de BROGGINI Romano, on trouve une complte description des faits. Un jeune homme, Ferdinando Petrini, a achet les terrains environnants la future gare. Il avait un projet dinnovation et douverture de la zone de la gare et a construit plusieurs htels. Il sagissait dun prcurseur qui, voyait dans larrive du chemin de fer une norme possibilit de dveloppement. Il a permis le la mise en place de toute une srie dinitiatives locales en faveur du tourisme : BROGGINI Romano, op. cit., p. 237, 1983

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    Il est intressant de prter attention aux chiffres du tourisme dans le canton du Tessin pour illustrer cela. Dans les annes de larrive du chemin de fer, le nombre dauberges est pass de 20 (pour 1405 lits) en 1880, 64 (pour 3127 lits) en 1894 et 208 (pour 7704 lits), en 191278. La socit, grce la possibilit douverture offerte par la voie ferre entre autre, a commence sorienter vers des vocations touristiques. Un dynamisme nouveau sest install dans la rgion. Personne auparavant navait prdit de tels chiffres. Les auberges, que lon croyait menaces au dbut des travaux, ont retrouv un nouveau souffle grce au chemin de fer mais avec beaucoup de bouleversements.

    Ces exemples nous montrent que, dans certains cas, larrive de la voie ferre a contribu favoriser un dveloppement qui a permis dobtenir un nouvel quilibre dans lamnagement du territoire. Dans dautres cas, comme Faido, ce fort dveloppement initial na par contre pas continu. On na pas obtenu la mme croissance. Cela montre bien que le chemin de fer lui seul nest pas le seul facteur favorisant le dveloppement de la rgion. Toute une srie dautre lment rentre en compte. En conclusion, nous aimerions citer un article crit par Antonini en 1973:

    Le chemin de fer a transform les quilibres socio-conomiques rgionaux du Canton en lui donnant une premire structure hirarchique, grce au potentiel de dveloppement de certaines parties par rapport dautres. 79

    Ainsi, si lon regarde long terme on peut dire que, certes, les lignes ont apportes des modifications, certes, elles navaient pas t rflchies pour le niveau local, mais quelles ont apport un renouveau dans certaines villes, qui nest pas ngatif. La technologie a rendu service au territoire dans de nombreux cas.

    78 ANTONINI Benedetto, op. cit., p. 225

    79 Traduit de: ANTONINI Benedetto, op. cit., p. 219

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    8 Conclusion

    Au stade des avant-projets, la perspective de la construction des tunnels a provoqu principalement deux positions dans la population suisse, pour les deux cas du Gothard et du Simplon. Premirement, on trouve une attitude positive auprs de la population relativement loign, les personnes riches et influentes conomiquement. Ils voyaient les futurs tunnels comme des opportunits de relier la Suisse lEurope. On pensait que cela allait apporter de nouvelles perspectives conomiques. Souvent, on avait un regard fascin devant la prouesse technique quallaient tre les travaux de constructions des tunnels et une certaine utopie tait visible. Cette catgorie de personnes ne se sentait pas concerns par les futurs chantiers ou ne pensait pas aux nuisances que cela allait apporter.

    Lautre point de vue dominant tait celui de la population des valles alpines directement touches par les futures nouvelles lignes et les travaux. Leur vision des choses tait plus hsitante. Ils taient tout fait conscients du renouveau que les lignes ferroviaire pouvaient apporter leur rgion qui tait en mauvais posture conomique. Nanmoins, ils avaient aussi peur de larriv de la concurrence trangre dans les secteurs conomiques de lagriculture, dominant dans ces rgion. De plus, le fait que les transports par les cols risquaient dtre trs fortement concurrenc par le rail ne faisait pas que des heureux. Dautre part, plutt que de fasciner, le dfi technologique du tunnel avait tendance faire peur. On craignait aussi larrive des chantiers et ses futures nuisances. On avait dj bien compris que des choses allaient changer et quil faudrait sadapter. Une ambivalence caractrisait les valles du Tessin et du Valais : les attentes dune socit en crise et une certaine peur des changements qui leur taient vitaux.

    Ds larrive du chantier, on a tout de suite constat certaines difficults de cohabitation entre population locale et ouvriers trangers venus par milliers dans ces rgions alpines qui jusqualors ne connaissaient pas limmigration. Les diffrences culturelles et linguistiques ont provoque des incomprhensions mutuelles. Les ractions ont t vivent et les autorits ont tout de suite essay de prendre les choses en mains pour contenir ces tensions. Ensuite tout une srie de problmes se sont additionne au niveau local pendant tout la dure du chantier : Les indignes se sont sentis envahis pas les ouvriers ; Une certaine xnophobie envers les italiens qui existait dj auparavant a t exacerbe par les tensions au point de provoquer des affrontements ; La nouveaut apport par les grves tait difficilement comprhensible pour le locaux ; Diffrents problmes induits par le chantier (leau, les routes, le travail le dimanche) ont fch la population contre la Compagnie qui se donnait tous les droits.

    Tous ces faits, ont touchs des sujets sensibles la population locale et provoqu de nombreuses ractions et conflits. Les sentiments des populations indignes envers les tunnels et leurs -cts se sont considrablement dgrads pendant la construction. Les relations sociales ont aussi t profondment modifies. Les habitants locaux perurent ce moment historique ngativement car ils ont t directement gns par plusieurs vnements qui se droulrent, pendant plusieurs annes. Ceux-ci ont en quelque sort conditionn leur quotidien.

    A un autre niveau, les constructeurs, les hommes politiques et les journalistes taient plutt sensible aux questions idalistes lies au progrs que la construction des tunnels devrait amener. Ils ntaient pas, ou ventuellement seulement en partie, affects par les bouleversements apports par lavancement des travaux au niveau de la vie sociale. De plus, leur dtachement leur permettait davoir une vision autre des vnements car ils ntaient pas directement touchs.

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    Lvolution des perspectives, des espoirs et des apprhensions initiales a t conditionn par les vnements du quotidien dus la prsence des travaux. Les penses positives, dans lesprit des gens ont t occultes par une montagne de problmes.

    On peut aussi dire que certains lments positifs ont t apports la population des valles sans quelle ne sen rende compte. Il sagit dune certaine ouverture de la socit aux influences trangres. Les trangers qui sont rests le dmontrent. Ils ne lauraient pas fait sils navaient pas t accept, en tout cas partiellement. Ceci sest vu dans lvolution des mariages Airolo ainsi dans les statistiques des coles valaisannes.

    En analysant les relations territoriales, nous avons remarqu les incompatibilits entre la ligne ferroviaire caractre international du Gothard et la topologie des lieux. Cela a provoqu certaines incomprhensions. Toutefois, cela a aussi apport un capital de dveloppement pour le Tessin. Les attentes du dbut ont t combles dans plusieurs cas, mais cela au prix de bouleversements socitaux. Cette rgion enclave, tout comme le Valais dans le cas du Simplon, sest retrouve subitement propulse au centre dun rseau de communication paneuropen. Cela a amen de nouvelles sources de dveloppement essentiel pour ce canton, tel que le tourisme. En regardant maintenant les faits, on peut affirmer que cette tape de lhistoire leur a donn le coup de pouce ncessaire pour sintgrer dans le dveloppement europen. Les trains leur ont en quelque sorte apports la modernit.

    Le nouveau contexte territorial apport par le chemin de fer (division du territoire, cration de nouveaux ples dattractivit,) a eu pour consquence de modifier sensiblement la vie quotidienne dans les rgions. Les activits ont t modifies. Certaines sont apparues et dautres ont disparues. Par exemple, les secteurs du tourisme et du commerce se sont dvelopp set dautres, comme les activits lies au transport par les cols ont cess. Un nouvel quilibre a du forcement stablir. Certains exemples le dmontrent pleinement : on a parl de lamnagement de certains villages suite lemplacement de la gare.

    Cette volution, daprs nous, a pu sinstaurer grce au rtablissement, ou dans certains cas la naissance, dun climat gnral plus favorable. La fin des travaux a, en quelque sort, diminu la pression subi par la population locale. Cette dernire a donc pu apprcier leur juste valeur les aspects positifs amens par les tunnels, qui, pendant les travaux, avaient t oublis.

    Dailleurs, lvolution actuelle du secteur des transports en Europe, savoir le percement de nouvelles transversales du Gothard et du Ltschberg (dans laxe du Simplon), dans le cadre du projet Alptransit , nous dmontre que les intuitions de lpoque ntaient pas fausses. Un sicle plus tard, on refait des choix similaires quant aux tracs, imposs par la ncessit dune modernisation des infrastructures. Ces choix dmontrent le niveau dacceptation et lenracinement des ouvrages construits lpoque. Ils ont influenc la socit europenne et on a donc fini par adopter ces structures indispensables. Dans ce contexte si important, les bouleversements qui ont caractris lpoque de la construction se sont rvls globalement positifs long terme, et pour les rgions directement touches, et sur une plus grande chelle.

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    Bsler Nachrichten, in: KAESTLI Tobias, Der Streik der Tunnelarbeiter am Gotthard 1875: Quellen und Kommentar, Basel: Lenos Presse, 1977

    Conti resi del Consiglio di Stato, Archivio cantonale ticinese, Bellinzona: Synthses annuelles des activits et des documents du Conseil dEtat Tessinois

    Foglio Ufficiale Ticinese, Archivio cantonale ticinese, Bellinzona: Feuille Officielle Tessinoise

    Gazette de Vevey, quotidien lmanique dinformation neutre, in : Gazette du Valais, Archives cantonales du Valais, Mdiathque de Sion

    Gazette du Valais, Archives cantonales du Valais, Mdiathque de Sion : Priodique rgional conservateur de la partie francophone du Valais

    Il Credente cattolico, Archivio cantonale Ticinese, Bellinzona: giornale religioso politico democratico (journal religio-politique dmocratique)

    Il Gottardo, Archivio cantonale Ticinese, Bellinzona: giornale del liberalismo ticinese (journal libral tessinois)

    Il Repubblicano della Svizzera Italiana, Archivio cantonale Ticinese, Bellinzona: periodico del partito radicale ticinese (priodique du partie radical tessinois)

    Journal de Genve, journal libral conservateur, in : Gazette du Valais, Archives cantonales du Valais, Mdiathque de Sion, et in : Repubblicano della Svizzera italiana, Archivio cantonale Ticinese, Bellinzona

    KAUFFMANN J., Le percement du Gothard, Zurich: Impr. D. Burkli, 1875

    Le Nouvelliste, Archives cantonales du Valais, Mdiathque de Sion : Quotidien rgional dinformation de la partie francophone du Valais

    Neue Zrcher Zeitung, in: KAESTLI Tobias, Der Streik der Tunnelarbeiter am Gotthard 1875: Quellen und Kommentar, Basel: Lenos Presse, 1977

    STEPHENSON R., SWINBURNE H., experts appels par le Conseil Fdral, Rapport sur ltablissement de chemin de fer en Suisse, Berne : Impr. Chr. Fischer, 1850, p. 7

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    ANNEXES : sources

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    ANNEXE 1 Thme : Espoirs et apprhensions (avant la construction) Fiche didentit : Le Simplon et les vins italiens , Nouvelliste, article repris par : Gazette du Valais, no 62, 04.08.1897, p. 2 Le Simplon et le btail italien , Nouvelliste, article repris par : Gazette du Valais, no 65, 14.08.07, pp. 1-2 Le Simplon et les vins italiens II , Nouvelliste, article repris par : Gazette du Valais, no 64, 11.08.1897, pp. 1-2 Sources : Cet article a t crit par le Nouvelliste et repris par la Gazette du Valais. Le Nouvelliste est un quotidien rgional dinformation de la partie francophone du Valais. Les sujets de ce journal traitent essentiellement dvnements rgionaux. Contenu : La gazette du Valais propose ses lecteurs une srie darticles publis dans le nouvelliste ayant comme sujet la ralisation du tunnel du Simplon. Ils traitent essentiellement des perspectives financires apports par le futur tunnel concernant les produits agricoles et le btail. On y mentionne la future concurrence qui risque de sinstaller mais on insiste surtout sur les possibilits dexportation valaisanne vers lItalie. Tout le discourt est tay dun grand nombre de chiffres prouvant leur conclusion. Il en ressort une vision positive de larrive du tunnel. Commentaire : Nous avons choisi cet article car il donne un aperu dune vision du tunnel par des milieux conomique. Cest une vision grande chelle que nous voulions comparer a la ralit de la population locale.

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    ANNEXE 2 Thme : Espoirs et apprhensions (avant la construction) Fiche didentit : ESTAFETTE, Question de Droit , Gazette su Valais, no 69, 29.08.1888, pp. 2-3 Source : Publication de la Gazette du Valais, priodique rgional neutre de la partie francophone du valais. Contexte : Cet article a t publi suite un conflit opposant les habitants de Baltschieder, village quelque kilomtre laval de Brigue, et la Compagnie du Simplon. Ce heurt est li la ligne ferroviaire longeant le Rhne. Les habitants voulant avoir accs au fleuve pour y rcuprer le bois dpos par leau, ont travers la voie de chemin de fer. Le personnel de voie les en a interdit et a dress des procs verbal. Les habitants se sentant lse font appel aux autorits cantonales et pour faire valoir leur droit. Lauteur termine en expliquant comment est rgl laffaire, tant donn ses liens avec la population et la Compagnie. Commentaire : Cet article illustre comment tait apprhend la nouveaut de la voie de chemin de fer. Ce conflit nest somme toute pas dramatique mais est aggrav par une incomprhension de la part de la population. Il est aussi intressant car il dcrit le rapport entre les autorits la population et la Compagnie du Simplon.

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    ANNEXE 3 Thme: Ractions pendant les chantiers Fiche didentit : Avviso della municipalit di Airolo, 11.7.1872, Bundesarchiv Bern, copie in: MARTINETTI Orazio, Minatori, terrazzieri e ordine pubblico, Per una storia sociale delle grandi opere ferroviarie ticinesi 1872-1882, p.285, in: Archivio Storico Ticinese (AST), Bellinzona: Casagrande, No.92, 1982, pp. 271-332 Source : Dcret de la Municipalit dAirolo visant rglementer des aspects relatifs la question de lordre public. Contexte : Ce dcret est mis au moment du dbut des travaux de percement du tunnel du Gothard. On y trouve des rglementations concernant les horaires douverture des cafs et laccs aux logements (pour la prvention des incendie : les ouvriers dormaient souvent dans des espces dtables). Des rgles sont fixes, en particulier, pour limiter les droits des Italiens qui ne sont pas bien vus. On trouve, par exemple, linterdiction du jeu de la mora ainsi que la dfense de chanter dans les rues, activits trs aimes par les italiens. Une promesse trs singulire est faite : la moiti des amendes imposes au contrevenant revient au dnonciateur. Commentaire : Ce dcret montre assez explicitement les peurs quil y avait lpoque concernant la question de lordre public avec larrive imminente des travaux et des ouvriers italiens. Il sagit dun premier document qui montre dj lexistence de quelque prjudice envers les italiens. Dans la promesse de rcompense on peut voir le risque dactiver, chez la population locale, un sentiment de malveillance et de pousser les gens a faire le gendarme.

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    ANNEXE 4 Thme: Ractions pendant les chantiers Fiche didentit : Circolare contro laccantonaggio e mendicit, Foglio ufficiale ticinese, Archivio cantonale Bellinzona, 1873, pp. 308-309 Source : Document, crit par le Conseil dEtat du Tessin, et contenu dans la Feuille Officielle tessinois, aux municipalits de toutes les communes. Contexte : Etant donn ltat durgence concernant le problme de la prsence de nombreux vagabonds et de mendiants sur le territoire cantonal, le Conseil dEtat sadresse aux municipalits pour quelles puissent surveiller et limiter le phnomne. Ils demandent aussi de respecter des lois, mises prcdemment, concernant le problme. Des amendes seront imposes aux communes en cas dinfraction. Les auteurs ne manquent pas de dfinir linacceptable tat des choses et mettent en garde sur la possibilit de dtrioration de la situation avec larrive des travaux de la voie ferre. Commentaire : Le document illustre un autre aspect problmatique qui sera amen par larrive des travaux. Il sagit dun phnomne parallle larrive en masse douvriers qui semble encore plus problmatique aux autorits. On a choisi ce document dans loptique de complter lanalyse concernant les peurs lies au dbut des travaux.

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    ANNEXE 5 Thme: Conflits publics et expressions xnophobes Fiche didentit : MONNIER Philippe, A propos du Simplon : Luvre et les ouvriers , Journal de Genve, repris par : Gazette du Valais, 4.3.1905 Source : Article crit par Philippe Monnier dans le Journal de Genve, journal libral conservateur, repris et rsum dans la gazette du Valais. Contexte : Il sagit dune description du percement du tunnel et de ses travailleurs alors que le tube vient dtre termin. On y dcrit la ralit des ouvriers, les prouesses techniques ralises par les ingnieurs et les diffrentes phases de percement du tunnel. Il y est dcrit la fte de tout le pays lorsque le dernier mur de roche tombe et paralllement on explique les sacrifices que ce chantier a ncessits. Lauteur rend hommage louvrier Italien venu en Suisse pour raliser un travail trs difficile que les suisses ne voulaient pas faire. Il dcrit leur vie de chantier et les quolibets que les autochtones leur lanaient. Commentaire : Cet article est intressant car il montre dune part comment tait traits les travailleurs italiens du Simplon et dautre part la vie de ces derniers autours des chantiers. Lauteur tente de provoquer une prise de conscience des Suisses qui jugent des ouvriers sans lesquels le tunnel naurait pu tre ralis.

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    ANNEXE 6 Thme: Conflits publics et expressions xnophobes Fiche didentit : Lettre du docteur Ferdinando Giaccone au console gnral Luigi Amedeo Melegari (ministro plenipotenziario del Regno dItalia a Berna), 1875, Gotthardbahnarchiv Luzern, copie in: MARTINETTI Orazio, Minatori, terrazzieri e ordine pubblico, per una storia sociale delle grandi opere ferroviarie ticinesi 1872-1882, p. 322-325, in: Archivio Storico Ticinese (AST), Bellinzona: Casagrande, No.92, 1982, pp. 271-332 Source : Ferdinando Giaccone est le responsable mdicale pour le chantier du Gothard, o travaillent un grand nombre douvriers italiens. Le docteur est lui aussi italien. Contexte : Dans cette longue lettre, le mdecin, se plaint au Consul gnral dItalie Berne (Luigi Amedeo Melegari) de la situation dans laquelle se trouvent les Italiens employs au Gothard. Il y dcrit en particulier la situation du front sud, Airolo. Les italiens, selon lauteur sont constamment diffams et maltraits sans aucune raison apparente autre que la haine. Lauteur prend, pour soutenir sa thse, certains exemples comme les vnements de la bagarre de 1873 Airolo (voir rapport principal) ou les ractions la grve de Gschenen en 1875. La peur du docteur est que les faits peuvent se dtriorer avec les fortes ractions des italiens, est souvent reprise dans le contenu de la lettre. Commentaire : Cette lettre nous semble trs intressante car elle contient le point de vue dun italien concernant plusieurs faites dont nous parlons dans le rapport. Il sagit en plus dun personne ayant un certain niveau dinstruction qui lui permet peut tre de juger clairement les faites. Elle donne une parfaite ide de quel pouvaient tre les sentiments et les difficults des ouvriers employs dans la rgion du Gothard.

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    ANNEXE 7 Thme : La nouveaut de la grve, les ractions des autorits et de la population Fiche didentit : Lo sciopero di Goeschenen, Il Repubblicano della Svizzera italiana, 14.8.1875 La grve du Simplon , Gazette du Valais, 29.7.1901 Sources : Un article est crit dans le Repubblicano della Svizzera Italiana qui est un priodique rgional rpublicain imprim au Tessin. Lautre article, est crit par la Gazette du Valais, priodique rgional neutre de la partie francophone du valais. Contexte : Dans le premier article, on retrouve un rsum de ractions de plusieurs journaux du reste de la Suisse relatif aux faites de sang de la grve de Gschenen de 1875. Le journal se dit scandalis propos de certaines prises de position contre les ouvriers italiens. Il les qualifie de xnophobes, et prend compltement la dfense des travailleurs. Il dcrit louvrier italien comme le meilleur et le plus courageux ouvrier existant sur le march du travail et affirme que, sans ses gens infatigables, la construction du tunnel serait impossible. Dans le deuxime article par contre, concerne une grve au Simplon. Lauteur discute le droit des ouvriers de faire la grve en disant quils savaient quoi sattendre concernant les conditions de travail avant de commencer cet emploi. En plus, il considre les requtes des ouvriers non pertinentes car il sagit seulement de demandes daugmentation salariale, au lieu des requtes concernant les conditions de travail. Commentaire : Les articles ont t choisis pour prsenter deux positions diffrentes quant aux droits la grve. Bien entendu il faut garder lesprit quil sagit de deux articles qui commentent deux vnements de gravit compltement diffrente ( Gschenen il y a eu des morts). Dans le premier cas on trouve aussi intressant la position de dfense inconditionnelle des ouvriers italiens. Il sagit dun contraste avec certains comportements typiques de la population tessinoise de lpoque.

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    ANNEXE 8 Thme : Problmes linguistiques et commerciaux Fiche didentit : Le tunnel du Simplon , Gazette du Valais, 7.11.1900 Source : Publication de la Gazette du Valais, priodique rgional neutre de la partie francophone du valais. Contexte : Cet article dcrit larrive dItaliens suite aux travaux du tunnel. On y dit que le Valais subit une vritable invasion qui rappelle celle du Tessin . Selon lauteur cela provoque la crainte de la population qui voit son travail (gestion des commerces) pris par les Italiens, qui font fortune en suisse avant de rentrer au pays. Commentaire : On voit dans cet article une vision envenim des choses et un ct trs conservateur. On y exagre les fait et lauteur dcrit en mal les italiens qui vole le travail des valaisan . Fiche didentit : Le plus long tunnel du monde , Gazette du Valais, 15.2.1902 Source : Publication de la Gazette du Valais, priodique rgional neutre de la partie francophone du valais. Contexte : Description de la gne que subissent les Valaisans cause des Italiens venus avec le tunnel. On expose une description des diffrences entre les Valaisans et les ouvriers quon juge ngativement. On dveloppe ensuite un paragraphe concernant les donnes techniques du tunnel puis une description des misres qua apportes le tunnel, du cot italien. Commentaire : Ce qui est intressant dans cet article est la vision valaisanne trs extrmiste des problmes et la manire dont sont dcrits les ouvriers italiens. Fiche didentit : Pour la langue italienne , Gazette de Vevey, repris par : Gazette du Valais, 18 juin 1902 Source : Article crit par la Gazette de Vevey quotidien lmanique dinformation neutre, repris par La Gazette du Valais. Contexte : Cet article explique que le tunnel du Gothard provoqu sur son versant Nord un lan poussant les jeunes apprendre litalien pour profiter des atouts conomiques apports par le tunnel. Il propose au gens de faire de mme en Valais afin de pouvoir profiter pleinement des avantages du tunnel du Simplon. Commentaire : Cette vision des choses est intressante car elle montre quil ny avait pas que des visions ngatives larriv de la langue italienne en Valais. De plus le fait que le rdacteur valaisan soutient lopinion de lauteur de la Gazette de Vevey montre que ce nest pas seulement un avis de personne loigne du chantier.

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    ANNEXE 9 Thme : Leau : une ressource difficile partager Fiche didentit : Lettre de la Municipalit de Airolo aux responsables de la Compagnie du Gothard, Gotthardbahn Archiv Luzern, 308 13 V, 1875, copie in: MAFFIOLETTI Ugo, Aspetti e problemi di Airolo nel decennio 1872-1882. La scomparsa di sorgenti, lo stato della strada e i rapporti tra stranieri e Airolesi durante lo scavo della galleria, 1975, pp. 140-142 Source : Lettre crite par la Municipalit de Airolo et sign par le Maire de lpoque Carlo Dotta, destines la Compagnie du Gothard. Contexte : Aprs des annes de conflits lis lapprovisionnement en eau potable, la municipalit doit nouveau se plaindre aux responsables de la Compagnie du Gothard cause de la situation devenue critique. A cause des travaux de percement les ressources en eau du village diminuent sensiblement. Cela est du dnormes infiltrations deau ainsi quune grande quantit deau utilise pour le fonctionnement de moyens techniques (production dair comprime par exemple). Dans ce cas, le sujet est la disparition de certaines sources sur des terrains appartement la Bourgeoisie. Ils taient utiliss en t pour la pture et servait pour lapprovisionnement en eau de certains particuliers. La municipalit, suite aux rclamations des privs, demande la Compagnie dintervenir sans dlais pour remettre en tat la situation originaire. Commentaire : En 1874 et 1875 la situation est vraiment critique. Plusieurs sources et toutes les fontaines du village sont sec. Aprs le rtablissement dune situation acceptable dans le village, par un projet (excut par la Compagnie du Gothard) de rcolte de leau depuis lautre versant de la valle, la commun commence ce plaindre de la situation durgence a lextrieur de la localit. Le document nous semble intressant pour encadrer la mauvaise situation dans laquelle se trouvent les autorits du village ainsi que la population.

    Trascrit par : Maffioletti Ugo Alla Lodevole Direzioni della Societ ferroviaria del Gottardo e per essa al suo rappresentato in Airolo, sig. Ing. Gruber. Gi da presso due anni scomparvero diverse sorgenti poste sul terreno patriziale e serventi precipuamente allabbeveramento del bestiame pendente la stagione del pascolo. Per queste mancanze furono gi pelladdietro sentite gravi conseguenze, ma si pazientato in vista dei forti e pi urgenti impegni che la societ attendeva a soddisfare. Da qualche tempo per le stesse cause venne a mancare affatto la sorgente che alimentava il cos detto riale di Stuvei e della quale si serviva durante tutta la stagione estiva molta popolazione del Comune che in quei dintorni stanzia col propiro bestiame. Fra le molte scaturigini fin qui scomparse sulle propriet patriziali per causa dei lavori del Tunnel questa una di quelle che si dovr per le prime in qualche modo surrogare imperocch oltre allessere assolutamente indispensabile pel godimento di vasti pascoli patriziali, lo eziandio per importanti propriet di privata pertinenza. Nel ci rammentare alla prelodata Societ facciamo formale domanda che si abbia finalmente di pensare a provvedere risolutamente e senza ulteriore ritardo alle acque scomparse. Nel formulare le piu ampie riserve dobbiamo eziandio protestatre tutti i danni e conseguenze. Con distinta considerazione.

    Per la Municipalit Il Sindaco Carlo Dotta

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    ANNEXE 10 Thme : Aprs louverture Fiche didentit : MONOD Eugne, Ils reviennent la terre , Gazette du Valais, no 85, 25 juillet 1910, pp. 2-3 Source : Article crit par Eugne Monod architecte Suisse dans la Gazette de Vevey quotidien lmanique dinformation neutre. La Gazette du Valais le reprend. Contexte : Lauteur de cet article dcrit lambiance des gares valaisannes de plaine, vers lesquelles les paysans de montagne descendent pour proposer aux touristes de les emmener en montagne bord de leur charrette. Il dcrit une discussion quil a eue avec une bonne femme de Martigny qui lui fait part de se satisfaction de voir ces paysans dserter la gare cause de la construction de la ligne de chemin de fer Martigny-Orsire (ligne perpendiculaire celle du Simplon). Lauteur explique que cela va leur enlever leur gagne pain et quils vont devoir retourner aux champs. Commentaire : Cet article permet dillustrer la ralit des paysans de montagne, mme sil nest pas directement li la ligne du Simplon. Il montre que larrive du chemin de fer apport des touristes en montagne mais quen mme temps cela a aussi install une concurrence avec les transports par la route.

  • IMAGES ET CARTES

  • IMAGE 1 Fiche didentit: Carta delle ferrovie Italiane, Svizzere e Germaniche, 1864, in: CAIZZI Bruno e CESCHI Raffaello (Scuola cantonale di commercio Bellinzona), I cento anni della ferrovia del San Gottardo: 1882-1982, Bellinzona: Ed. Casagrande, 1982, p.36 Contexte: Cette carte permet de se faire une ide du retard accumul par la Suisse dans la construction des voies ferres. On voit le rseau europen dj dvelopp et limportant trou au droit des Alpes. Il faut noter que ce retard, cette date, est essentiellement d aux difficults de franchir les montagnes. En effet on remarque que le rseau de plaine, en Suisse, est dj dvelopp.

  • IMAGE 2

    Fiche didentit: Die schweiz mit den projectirten Eisenbahnen, 1851, in: EGGERMANN Anton, La ferrovia del San Gottardo, Porza: Trelingue, 1982, p. 89

    Contexte: Vue globale de la chane des Alpes. On voit la position de la ligne du Simplon et de la ligne du Gothatd.

    Simplon

    Gothard

  • IMAGE 3

    Fiche didentit: Nuovo tracciato Amsteg-Bodio nel progetto per il traporo di base del San Gottardo (Alptransit), in: EGGERMANN Anton, La ferrovia del San Gottardo, Porza: Trelingue, 1982, p. 149

    Contexte: Vue dtaille de la rgion du Gothard. Avec le premier tunnel du Gothard on voit le nouveau projet insr dans le contexte Alptransit (en construction). On y retrouve les villages mentionns dans le rapport : Airolo, Faido, Giornico du ct tessinois et Gschenen du ct Uranais.

  • IMAGE 4

    Fiche didentit: Le rseau de la compagnie Jura-Simplon en 1894, in: KOPPEL Thomas et HAAS Stefan, 100 ans du tunnel du Simplon, Zrich: AS Verlag, 2006, p. 143

    Contexte: Vue dtaille de la rgion du Simplon. On y retrouve les villages mentionns dans le rapport : Brigue, Naters, Mrel du ct Valaisan et Iselle, Varzo du ct Italien.

    Varzo Iselle

    Brigue

  • IMAGE 5

    Fiche didentit: I successivi progetti della linea ferroviaria nella zona di Faido, in: BROGGINI Romano, Esempi di trasformazione dellambiente a seguito dei lavori della linea del San Gottardo: nel locarnese e nella media leventina, in: Il San Gottardo e lEuropa, genesi di una ferrovia alpina, 1882-1982, Bellinzona, Salvioni, 1983, p.232

    Contexte: Ensemble de projets pour lemplacement de la gare (zones grises) de Faido dans le contexte de la ligne du Gothard. Lloignement prvu, entre gare et village, est trs marquant dans tous les projets.

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