Levinas - Parole Et Silence

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    06-Nov-2015

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<ul><li><p>~. </p><p>EMMANUEL LEVINAS </p><p>Parole et Silence et autres confrences indites </p><p>au Collge philosophique </p><p>Volume publi sous la responsabilit de Rodolphe Calin et de Catherine Chalier </p><p>tablissement du texte, avertissement par Rodolphe Calin </p><p>Prface et notes explicatives par Rodolphe Calin et Catherine Chalier </p><p>Ouvrage publi avec le concours du Centre National du Livre </p><p>BERNARD GRASSET /IMEC </p></li><li><p>Le comit scientifique runi pour la publication des uvres d'Emmanuel Levinas </p><p>est coordonn par Jean-Luc Marion, de l'Acadmie franaise. </p><p>ISBN 978-2-246-72731-6 </p><p>Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation rservs pour tous pays. </p><p> ditions Grasset &amp; Fasquelle, !MEC Editeur, 2009. </p><p>Sommaire </p><p>Avertissement.......................................................... 9 Prface de Rodolphe Calin et Catherine Chalier........ 13 Notice ditoriale...................................................... 61 Remerciements . .. .. .. .. ............... ...... ...... ...... .. ............ 63 </p><p>Parole et Silence.......................................................... 65 Pouvoirs et Origine...................................................... 105 Les Nourritures........................................................... 151 Les Enseignements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . 17 3 L'crit et l'Oral.......................................................... 199 Le Vouloir.................................................................. 231 La Sparation............................................................. 259 Au-del du possible..................................................... 291 La Mtaphore ................................................. , . . . . . . . . . . . 319 </p><p>Appendice I : .................. ........... 349 Appendice II : Liste des confrences d'Emmanuel </p><p>Levinas au Collge philosophique ... ..... .. ............ 385 </p><p>Notes ....................................................................... 387 Index des noms ......... ....................... ...... .. ........ ........ 403 </p></li><li><p>Notice sur Parole et Silence </p><p>L'ensemble des feuillets de la confrence est rang dans l'en-veloppe cartonne d'un colis postal. Sur cette enveloppe, plie en deux, figurent, crits au crayon papier, le titre, le lieu et les dates de la confrence. Il s'agit en effet d'une conf-rence prononce en deux sances les 4 et 5 fvrier 1948, sous le titre Parole et Silence. l'intrieur de l'enveloppe, on trouve galement le second feuillet du programme du Collge philo-sophique de l'anne 1948, mentionnant les deux confrences de Levinas. On dcouvre aussi une lettre de P. Champromis, probablement secrtaire du Collge, accompagne de cartes d'invitation du Collge philosophique dont les noms sont laisss en blanc. </p><p>La confrence se prsente sous la forme d'un dactylogramme et de son double, qui comportent chacun des annotations manus-crites. Sur le double sont reportes, quelques exceptions prs, les corrections manuscrites de l'original. Mais il contient gale-ment d'autres corrections. On peut donc le considrer comme une version plus avance de la confrence, raison pour laquelle nous l'avons choisi pour notre transcription. Nous indiquons en notes les diffrences entre les deux versions. </p><p>Chaque dactylogramme comporte 40 feuillets non pagins au format 21 x 26,8 cm. Si les feuillets de l'original sont d'un mme papier, ceux du double sont de provenances diverses et Levinas en a utilis le verso vierge. Certains d'entre eux sont des imprims </p></li><li><p>68 Parole et Silence </p><p>dats (nous les indiquons en note) : l'un est de 1949, quatre sont de 195 3, douze de 195 5. Le prsent texte est donc une rcriture de la confrence prononce en 1948. </p><p>Parole et Silence Confrences du Collge philosophique des </p><p>4 et 5 fvrier 1948a </p><p> Parole et silence </p><p>1 o Misre et grandeur du langage. Il existe dans la philosophie et dans la littrature contemporaines, </p><p>une exaltation du silence. Le secret, le mystre, l'insondable profondeur d'un monde sans paroles ensorcelant. Bavardage, indiscrtion, prtention - la parole rompt ce charme. On oublie volontiers, que, lieu naturel de la paix et de l'harmonie des sphres 1{,} le silence est aussi l'eau stagnante, l'eau qui dort o croupissent les haines, les desseins sournois, la rsignation et la lchet. On oublie le silence pnible et pesant ; celui qui mane de ces espaces infinis , effrayentb pour PascaF. On oublie l'in-humanit d'un monde silencieux. </p><p>Cette mfiance l'gard du langage tient bien des causes secondes et qui, certes ne sont pas contingentes. L'appel autrui, contenu dans son essence attes-Ee {avoue} la faiblesse de la pense qui y recourt. Il existe un romantisme du gnie solitaire qui se suffit dans le silence. Une raison qui parle, sort de son splendide isolement, trahit sa superbe suffisance, abdique sa noblesse et sa suffisance {souverainet}. Produit de l'histoire, les mots </p><p>a. crit au crayon papier, sur le feuillet double cartonn !"intrieur duquel se trouvaient les deux dacrylogrammes de la confrence. </p><p>b. Il faut sans doute lire effrayant . </p></li><li><p>70 Parole et Silence </p><p>sont surchargs de tous les sentiments, de toutes les allusions, de toutes les associations auxquelles ils furent mls, mais perdent souvent, ainsi surchargs {,}l'objet qu'ils sont appels dsigner. Car il est entendu que la fonction du langage consiste commu-niquer une pense en dsignant - en nommant ses objets. Ds lors le langage introduit dans les relations humaines l'quivoque, l'erreur, le vide. C'est lui qui est mis en cause chaque fois que l'on prtend retourner aux choses elles-mmes. </p><p>Signe de l'objet perdant le contact de son objet, signe de la pense {se} faisant passer pour la pense mme, il s'expose toutes lesa critiques. Le langage scientifique lutte contre l'invitable quivoque du mot vivant, et se rfugie dans l'algorithme. L'utilisation de l'argot dans la conversation et la littrature modernes procde de ce besoin de remplacer le mot historique-ment compromis - la fois us et trop encombrant - par un signe neuf, nous plaant brutalement devant les choses et en ralit bien moins signe que pointe de l'index qui montre. En littrature, l'argot ne vaut pas comme lment de couleur locale. Son pouvoir d'expression concide avec la distinction du mot transmis par la {se nourrit du vide laiss par les langues mortes des} civilisation. L'argot tmoigne d'une civilisation parfaite. </p><p>2 Le langage au service de la penseb Cette suspicion qui pse sur le langage s'explique par le rle </p><p>servile qu'il semble jouer l'gard de la pense. Il sert- de l'accord commun - la communication de la pense, et par consquent, est tenu rester dans !'-{son} obdience{.} de la pense. La fonction du verbe a toujours t comprise en relation avec la pense et avec la lumire, lment de la pense o l'objet apparat{,} se livre et o le signe verbal le dsigne. La puissance organisatrice de la raison </p><p>a. Le verso comporte, dans sa partie suprieure gauche, les annotations manuscrites suivantes, crires obliquement : " Revenir sur l'ide de : intellection -pouvoir ~ attitude l'gard de la lumire. </p><p>b. Les deux alinas qui suivent sont dactylographis sur un morceau de feuillet coll sur le feuillet 2. Ce morceau de feuillet masque une ancienne version de ces deux alinas. </p><p>Parole et Silence 71 </p><p>-totalisant pour permettre d'embrasser- commandait celle du discours. Logos- la fois verbe et raison, laissait surprendre dans la grammaire ses catgories fondamentales oua lab l0 gique. </p><p>Si le langage apporte la pense une occasion de s'lever l'universalit- puisque la ncessit de communiquer de raison raison oblige la pense revenir son essence de raison_ de cette essence, la pense {en}c possde dj la virtualit et le secret. </p><p> L'obdience du mot la pense ne disparat pas quand on accorde au mot une tche plus large que l'expression de la pense purement logique, quand on led prend pour l'expression de l'ensemble de notre vie psychologique et, quand allant plus loin encore, on voit en el!e--{lui} le rsum de sea {!'}histoire ;e {quand on insiste sur} lesf variations de sens qu'il a subies, {sur} lesg contextesh culturels o il s'tait trouv et qui rsonnent quand il est prononc. Si le mot au lieu de traduire l'intellect devait traduire l'ensemble de notre tre en tant que ralit historique et sociale, le mot n'en conserve{}pas moins son rle de pur reflet de la pense. Il dsigne une ralit qui se montre la pense, rside dans cette apparition de la ralit. Quelque distincte que soit de la ralit purement thortique {contemple} la ralit historique et sociale que le langage exprime, elle est {n'en demeure pas moins} ralit se rvlant dans la lumire, thme. Gest Cettei possibilit de prsenter comme {rduire une} thmatisationi tout contact avec la ralit quelle qu'elle soit {(et}, par consquent toute {notre} vie psychologique{)}, q-fr-{s'} affirme {dans} la thorie </p><p>a. ou en surcharge de et . b. la en surcharge de sa . c. Il convient, semble-t-il, de ne pas lire cet ajout, d'ailleurs absent de l'original dactylogra-</p><p>phi (sur les deux versions de la confrence, cf notice). d. le en surcharge de la. e. Point-virgule manuscrit, qui remplace une virgule que Levinas n'a cependant pas rature, </p><p>mais que nous ne reproduisons pas. f. les en surcharge de des . g. les en surcharge de des . h. contextes en surcharge de contacts . i. Cette en surcharge de cette . j. Le soulignement est manuscrit. </p></li><li><p>L'obdteno~ dQ mot lR pense ne dtspa~ett p~s quand on accorde au mot une taohe plus hr~e que l'expressdon de ls pens.~e pur'ment logique , q.uand on l(...prend .POUr,l'expNs sion de l'ensemble de notN vie psych~tque et , quand </p><p>n. allant plus lotn en~9re,. on voit en ~ le rsum,~i de ~ ul . , 1 !&gt;\{ ... w, w.-11 l histolre}, vart'lttons de sens qu'tl a subies, res aon'illlc </p><p>ti:Jtyoulturels o tl s'tnte du l'lnJ;rJ </p><p>,j{l!rtf; 8i8e'$Jl lj; h ' , c</p></li><li><p>74 Parole et Silence </p><p>de Heidegger pour l'tymologie de termes grecs tient pour lui l'antiquit et au gnie d'une langue qui fut modele par la philo-sophie. N'oublions pas en effet que pour Heidegger la philoso-phie grecque est un moment indispensable de la rvlation mme de l'tre comme pour la religion la rvlation du Sina appartient en quelque faon l'essence (ou au mystre) de Dieu ; que pour lui, les crits d'Aristote sur la puissance et l'acte par exemple semble avoir pour l'essence de la vrit autant de porte quasi sacre que pour un religieux les termes du verset de l'Ecriture, rvlant dj en esprit et en vrit, dbarrass de toute gangue contingente. La philosophie pour Heidegger est en effet une possibilit aussi fondamentale de l'tre que la religion, et mme plus fondamentale puisque toute religion se tient dj pour Heidegger au sein d'une philosophie inexprime. La philoso-phie grecque serait pour lui, la rvlation de la philosophie elle-mme. Cette rvlation est la langue grecque elle-mme et plus spcialement les pomes prsocratiques. La langue dont usent les philosophes est mi-chemin entre la philosophie inexprime et la philosophie exprime. Le langage joue donc chez Heidegger le rle de l'expression, mais l'expression est pour lui un moment essentiel de la pense qui ne se rduit pas la fonction de trans-mission et de communication. Cette fonction consiste prendre attitude l'gard de sa propre comprhension et peut-tre dj en perdre quelque chose. Cette attitude est certainement pour Heidegger un vnement historique au sens fort du terme. N'em-pche que le langage n'en reste pas moins li pour Heidegger au processus de la comprhension (insparable de la lumire). Si Heidegger distingue le mot de l'algorithme- qui pour Husserl est l'accomplissement mme du langage - il n'en continue pas moins chercher dans le mot tout ce qu'il a devin, compris articul, ce qu'il recle de connaissance, ce qu'il a mis en lumire; avant que l'histoire ultrieure n'ait effac ce que le mot avait de rvlateur. </p><p>a. Dactylographi au verso d'un imprim dat de 1949. </p><p>Parole et Silence 75 </p><p>Nous pouvons donc dire que quel que soit le rle attribu au langage au-del de son rle de signe, on ne le libre pas de son obdience la pense. C'est que la fonction de dire se ramne pour les philosophes au nommer et qu'elle s'y ramne caus de la conception qu'ils se font de la pensec. </p><p>Cette fonction au service de la pense, le langage l'accomplit d'une part comme systme de signes- dsignant le droulement de la pense ou les objets viss par cette pense. En surmontant la contingence de la multiplicit humaine, o s'tait parpille la Raison pour en retrouver l'unit il actualise la raison en chacun. Si l'histoire consiste en cet parpillement de la Raison, le langage dfait l'histoire. Et si l'histoire apparat comme rali-sation de l'Ide, il fait l'histoire. Mais dans cette perspective la tche du langage dpasse celle d'un simple signe. Il ne peut nommer une pense qui est seulement en train de se dgager de l'histoire ou qui se trouve son terme. Le signe doit donc au pralable lutter avec les signes provisoires -Avant de dsigner la pense et son objet, il faut supprimer les mauvais signes qui font cran. Autrement dit, le langage n'a pas seulement dsigner la pense mais faire silence. Telle est la raison d'tre du langage potique. Aboutir l'intimit silencieuse de la pense avec l'tre ou dsigner par un signe la pense oud l'tre- telle semble tre la fonction du langage. Elle est toujours servile. Certes chez Platon, ce n'est pas le langage qui se dfinit par la pense, mais la pense par le langage : dialogue silencieux de l'me avec elle-mmee4 </p><p>Cette dfinition annonce certesf une ide trs remarquable : il faut une opposition de soi soi comme dans le langage, pour </p><p>a. Virgule ajoute la main dans l'original dactylographi (sur les deux versions de cette confrence, cf notice). </p><p>b. ... ramne cause ... , est presque entirement effac. Nous le rtablissons grce l'ori-ginal dactylographi (sur les deux versions de cette confrence, cf notice). </p><p>c. de la conception qu'ils se font de la pense est crit la main. d. ou en surcharge, semble-t-il, de et . e. Cette phrase est prcde d'un crochet crit au stylo-plume encre noire, qui demande </p><p>de faire un alina. Un trait crit au stylo-bille encre violette la relie en outre l'alina suivam. f. certes , est barr dans l'original dactylographi. </p></li><li><p>76 Parole et Silence </p><p>penser&lt; ;&gt;" le face--face du langage, essentiellement interro-gation et rponse est condition de pense. Mais on en retient surtout l'unit relle de l'meb double en apparence et mdi-tant simplement en deux temps, pour aboutir un accord avec soi, ou rien ne rappelle plus cette dualit, aboutissant par cons-quent au silence qui, en ralit, est dj ralis ds le dbut de la pense. </p><p> 3o Le langage nomme l'tre, car l'tre est thme En ralit cette conception du langage repose sur une thse </p><p>plus profonde : avant la parole, les penseurs accdent chacun pour sa part, silencieusement l'tre et le parler se place dj dans cette vrit pralable que le langage nomme et actualise comme universelle. Thse qui, radicalement pense, signifie, d'une part, qu'au fond, dans la pluralit des penseurs, agi...</p></li></ul>