Méditation de pleine conscience et psychothérapie dans la prise en

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    05-Jan-2017

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<ul><li><p>Document gnr le 19 fv. 2018 23:59 </p><p>Sant mentale au Qubec</p><p>Mditation de pleine conscience et psychothrapiedans la prise en charge de la sant et de la maladie</p><p>Claude Berghmans, Cyril Tarquinio et Lionel Strub </p><p>Volume 35, numro 1, printemps 2010</p><p>URI : id.erudit.org/iderudit/044798arDOI : 10.7202/044798ar</p><p>Aller au sommaire du numro </p><p>diteur(s)</p><p>Dpartement de psychiatrie de lUniversit de Montral</p><p>ISSN 0383-6320 (imprim)</p><p>1708-3923 (numrique)</p><p>Dcouvrir la revue </p><p>Citer cet article</p><p>Berghmans, C., Tarquinio, C. &amp; Strub, L. (2010). Mditation depleine conscience et psychothrapie dans la prise en charge dela sant et de la maladie. Sant mentale au Qubec, 35(1), 4983. doi:10.7202/044798ar </p><p>Ce document est protg par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des servicesd'rudit (y compris la reproduction) est assujettie sa politique d'utilisation que vouspouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/] </p><p>Cet article est diffus et prserv par rudit.</p><p>rudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif compos de lUniversitde Montral, lUniversit Laval et lUniversit du Qubec Montral. Il a pourmission la promotion et la valorisation de la recherche. www.erudit.org </p><p>Tous droits rservs Sant mentale au Qubec, 2010</p><p>https://id.erudit.org/iderudit/044798arhttp://dx.doi.org/10.7202/044798arhttps://www.erudit.org/fr/revues/smq/2010-v35-n1-smq3941/https://www.erudit.org/fr/revues/smq/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org</p></li><li><p>Mditation de pleine conscience etpsychothrapie dans la prise en chargede la sant et de la maladie</p><p>Claude Berghmans*</p><p>Cyril Tarquinio**</p><p>Lionel Strub***</p><p>Lobjet de cette recherche est de dlimiter le domaine de la mditation en tant que prise encharge thrapeutique dans le champ de la psychologie de la sant. Les auteurs portent leurintrt sur le courant le plus prolifique de ces dernires annes en termes de recherche : lamditation en pleine conscience. Lobjectif est de dfinir le concept de mditation et depleine conscience, pour ensuite porter lattention sur les psychothrapies qui en dcoulent, etles tudes cliniques effectues dans ce domaine. La mditation en pleine conscience constitueun champ de recherche trs prometteur pour la psychologie de la sant dans le cadre desprises en charge thrapeutique. Au regard des nombreuses tudes cliniques, les auteursconstatent que les techniques MBSR, MBCT appliques la pleine conscience savrentpertinentes et apportent un rsultat en terme damlioration de la sant en gnral. Toutefois,les recherches sur la pleine conscience nen sont encore qu leur dbut. Des approches plusrigoureuses sur le plan mthodologique et des dveloppements conceptuels plus affinssavrent ncessaires.</p><p>L e champ de la psychologie de la sant est en grande expansiondepuis une vingtaine dannes. Envisage comme ltude desdiffrents types de facteurs (psychologiques, sociaux et biologiques) quiinterviennent dans le maintien de la bonne sant ou dans le dclen-chement et lvolution des maladies, la psychologie de la sant sestdfinie comme un secteur spcifique de la psychologie dans lequel lasant est apprhende de manire globale, au travers diffrentes situa-tions de vie (Fisher, 2002). Dans cette optique, le domaine des prises encharge thrapeutiques savre important. Cest ce niveau que la</p><p>Sant mentale au Qubec, 2010, XXXV, 1, 49-83 49</p><p>* Psychologue, Doctorant, Universit de Metz UFR SHA, Laboratoire Lorrain dePsychologie, quipe Psychologie de la sant.</p><p>** Professeur des Universits, Universit de Metz UFR SHA, Laboratoire Lorrain dePsychologie, quipe Psychologie de la sant.</p><p>*** Psychologue, Doctorant, Universit de Metz UFR SHA, Laboratoire Lorrain dePsychologie, quipe Psychologie de la sant.</p><p>Sante? mentale 35, 1:Sant mentale 35, 1 09/08/10 14:07 Page 49</p></li><li><p>mditation en tant que prise en charge thrapeutique nouvelle sinscritet a donn naissance des courants de recherches nord-amricainesfructueux (Shapiro, 2006 ; Berghmans et al., 2008). Notre intrt portedonc sur le courant le plus prolifique quest la mditation de pleineconscience (mindfulness). Dautres courants mditatifs comme lamditation de concentration donneront lieu des recherches ultrieures(Berghmans et al., 2008, soumis). Aprs avoir dfini le concept demditation de pleine conscience et les approches thrapeutiques qui endcoulent, nous examinons les tudes cliniques effectues dans cedomaine au regard dune revue de littrature pour mettre en videncedes pistes futures de recherche.</p><p>Dans son usage gnral, le terme de mditation possde toute unesrie de significations distinctes : a) stratgie dautorgulation avec unefocalisation sur lattention, b) tat de concentration dans lequel la cons-cience rflchie est centre sur un seul objet, c) tat de relaxationpsychologiquement et mdicalement bienfaisant, d) tat dissoci danslequel des phnomnes de transes peuvent se produire, et e) tatmystique dans lesquels sont vcus les ralits ou les objets religieux lesplus levs. Ces diffrentes significations ont en commun dtre destats de conscience diffrents ou modifis. Shapiro (2006) propose dedfinir la mditation de la faon suivante : le terme de mditation serfre une famille de pratique de lautorgulation qui se focalise surlattention et la conscience afin damener les processus mentaux sous uncontrle volontaire plus grand et de ce fait entraner un bien-tre mentalet physique qui a pour objectifs de dvelopper des tats motionnelsspcifiques comme la joie, le calme. Elle se rfre donc une famille detechniques qui ont en commun une tentative consciente de focalisationde lattention de manire non analytique, et une tentative de ne pasdemeurer sur des penses discursives et ruminatives.</p><p>Il nexiste pas de dfinition oprationnelle type de ce concept(Cardozo et al., 2004), mais celui-ci varie en fonction de langle disci-plinaire sous lequel il est tudi. En termes de recherche, deux grandesfamilles de mditation apparaissent au sein desquelles se distribuent desdizaines dapproches : la famille de la concentration et la famille de lavision pntrante traditionnellement appele mditation en pleineconscience ou encore mditation dattention vigilante . La mdi-tation dite de concentration, que nous nabordons pas ici, consiste focaliser consciemment, progressivement, de faon soutenue et demanire intense et prolonge, son activit mentale sur un point prcis.Au moyen de ce processus, toutes les autres activits mentales sonttemporairement limines comme lactivit sensorielle, la perception du</p><p>50 Sant mentale au Qubec</p><p>Sante? mentale 35, 1:Sant mentale 35, 1 09/08/10 14:07 Page 50</p></li><li><p>monde extrieur, la perception du corps et la pense discursive. Lapleine conscience est dfinie par Kabat-Zinn (1990) comme le fait de : faire attention au chemin, au but dans le moment prsent, dans un tatde non jugement . Le terme de pleine conscience est souvent utilispour dcrire une construction thorique, une pratique pour cultiver lapleine conscience comme la mditation, et un processus psychologique(tre en pleine conscience). De manire synthtique, la pleineconscience peut tre dfinie comme :</p><p> un tat dans lequel le sujet est hautement conscient du momentprsent, le reconnaissant et lacceptant ;</p><p> un tat dans lequel lesprit du sujet ne se laisse pas accrocher ounest pas parasit par des penses, sensations ou motions propos dexpriences prsentes, passes ou dattentes futuresqui surgissent ;</p><p> un tat dans lequel le sujet fait attention (observation) lexprience prsente de manire vigilante ou encore au flux destimuli continu interne et externe au fur et mesure de sonapparition dans une optique de non jugement et de nonvaluation ;</p><p> un tat desprit qui met en valeur la conscience, lattention etlhabilet se dgager de schmas de penses non adaptatifs quirendent lindividu vulnrable des tats de stress et dautrestats pathologiques.</p><p>Cette dfinition synthtique qui est sans doute amene voluer enfonction des recherches futures nous permet didentifier les diffrentspiliers thoriques qui expliquent sa construction. Si on se rfre lhistorique des recherches sur la pleine conscience, une premire inter-rogation des chercheurs sest porte sur lefficacit des interventions enpleine conscience. Les premiers travaux (Baer et al., 2003 ; Bishop et al.,2004 ; Grossman et al., 2003) dvaluation de ces dmarches abordsplus loin, ont suggr lefficacit de ces interventions sur des symp-tmes physiques et psychiques. Par la suite, une seconde interrogation aport sur la question de savoir comment la pratique de la pleineconscience fonctionne et quel est son mcanisme daction ?</p><p>Une thorie qui explique les mcanismes qui interviennent danscet tat de pleine conscience devient donc ncessaire afin decomprendre les changements obtenus en termes de sant. Un dialogue etune premire bauche de thorie ont t dvelopps par Shapiro (2006)qui postule quil y a trois composantes principales ltat de pleineconscience : lintention, lattention et lattitude.</p><p>Mditation de pleine conscience et psychothrapie dans la prise 51</p><p>Sante? mentale 35, 1:Sant mentale 35, 1 09/08/10 14:07 Page 51</p></li><li><p>Le rle de lintention, dj soulign par la pratique bouddhiste, estprimordial et remis en lumire par les recherches de Shapiro quiexplorent les intentions des pratiquants de cette forme de mditation.Elles observent quau fur et mesure de la pratique, les personnesstant lances dans une pratique de mditation ont tendance continuerdans cette voie. Lintention volue dans un continuum allant delautorgulation lauto-exploration et finalement lauto-libration.Lintention est vue ici comme un pr-requis et une composante centralede la pleine conscience qui permet de comprendre le processus dans saglobalit.</p><p>En ce qui concerne la focalisation de lattention sur un objet (lecorps, la respiration) dans une optique dautorgulation, celle-ciimplique lobservation des oprations cognitives internes et externes chaque instant. On peut parler dune forme de suspension de tous leschemins dinterprtation de lexprience afin de raliser lexprience enelle-mme telle quelle se prsente dans linstant. Une comptence dansle maintien de lattention est requise pour maintenir la conscience danslinstant prsent (Bishop et al., 2004). Cette comptence se rfre lhabilet de maintenir un tat de vigilance prolong sur une priode detemps donn (Parasuraman, 1998 ; Posner et Rothbart, 1992). Une autrecomptence dans le passage dun domaine un autre ou autrement ditdans le changement, le switch permet au sujet de ramener la cons-cience sur le souffle quand cette dernire a t perturbe par desmotions, penses ou sensations parasitaires reconnues. Cettecomptence implique la flexibilit de lattention afin que le sujet puissechanger le focus de lattention dun objet un autre (Posner, 1980).</p><p>Un second lment important qui caractrise lautorgulation delattention est le fait de dvelopper une conscience non laborative propos des penses, des motions et des sensations qui sont perues afinde ne pas tre capt par ces dernires et dentrer dans un processus derumination, dlaboration et dassociation. Prcisons que ce mcanismea un rle inhibiteur dans llaboration des penses ruminatives. Ainsi lapratique de la pleine conscience peut tre associe lamlioration dunprocessus dinhibition cognitif au niveau de la slection des stimuli.</p><p>Enfin, lattitude est le troisime lment cl intervenant dans lapleine conscience (Shapiro, 2006). Celle-ci peut studier en faisantappel aux processus dobservation et douverture lexprience etdacceptation sans jugement. La pleine conscience met laccent sur uneorientation vers lexprience qui commence avec le maintien duneattitude de curiosit cognitive (Bishop, 2004) propos de lendroit olesprit se rend. Chaque stimulus doit tre sujet observation, sans que</p><p>52 Sant mentale au Qubec</p><p>Sante? mentale 35, 1:Sant mentale 35, 1 09/08/10 14:07 Page 52</p></li><li><p>le sujet ne les suscite ou ne les fasse disparatre. Cette observation se faitdans une attitude de non jugement que lon retrouve dans un grandnombre de dfinition de la pleine conscience (Kabat-Zinn, 1990). Cettenotion de non- jugement est trs fortement lie celle dacceptation.Cette attitude dacceptation doit tre prise propos de chaque momentdexprience, instant aprs instant. Ceci implique une dcisionconsciente dabandon afin de permettre et dautoriser la manifestationdes sensations, motions et penses (Hayes et al., 1999). Cest unprocessus actif dans lequel le sujet choisit de prendre ce qui arrive laconscience avec une attitude douverture, de rceptivit et de nonjugement.</p><p>En rsum, la pleine conscience est vue comme un processus dergulation de lattention afin damener une qualit de conscience nonlaborative lexprience prsente et une qualit de relation lexprience avec une orientation de curiosit, douverture lexp-rience et dacceptation sans jugement (Bishop, 2004). Elle met en uvreun processus de dcentration propos des penses, des sensations et desmotions afin que celles-ci puissent tre exprimentes dans leursubjectivit et leur nature transitoire. Les trois axiomes mis en videncepar Shapiro sont prsents comme les composantes fondamentales de lapleine conscience et entranent un changement de perspective qui setraduit en termes de re-perception . Les auteurs postulent que cette re-perception est un mta mcanisme daction qui est li des mca-nismes additionnels directs qui mnent au changement et apportent desrsultats positifs. Ces mcanismes sont lautorgulation, la clarificationdes valeurs, la flexibilit cognitive, motionnelle et comportementale etlexposition.</p><p>Mditation de pleine conscience et psychothrapie</p><p>La mditation de pleine conscience a t la plus tudie en psy-chologie au cours des vingt dernires annes (Grossman, 2004). Ondistingue quatre types de thrapies dont les trois premires ont faitlobjet de nombreuses tudes.</p><p>Premirement, la thrapie Mindfulness Based Stress Reduction(MBSR) dveloppe par Kabat-Zinn (1982, 1990) et utilise pourdiffrentes applications dans la sant physique et psychique, et plusparticulirement dans la gestion du stress. Il sagit dune formationintensive de mditation durant huit semaines raison de 2.5 heures parsemaines en groupe de 15 30 personnes avec un instructeur et destravaux pratiques effectuer en dehors de ces sessions. La pratiquemditative lextrieur des sances collectives est extrmement</p><p>Mditation de pleine conscience et psychothrapie dans la prise 53</p><p>Sante? mentale 35, 1:Sant mentale 35, 1 09/08/10 14:07 Page 53</p></li><li><p>importante dans la russite du traitement. On constate galement quedes sessions spcifiques peuvent se faire sur des pathologies parti-culires comme la dpression, lanxit ou des problmatiques canc-reuses notamment dans la gestion de la douleur et dans la relationentretenue avec la maladie (Carson et al., 2004).</p><p>Deuximement, on retrouve la thrapie Mindfulness BasedCognitive Therapy (MBCT) dveloppe par Segal et al. (2002, 2006) quise base trs largement sur la pratique MBSR en utilisant presque toutesses composantes et exercices. Sa spcificit rside dans le fait quelleincorpore des lments des thrapies comportementa...</p></li></ul>