NIETZSCHE versus PLATON - versus PLATON ... 6Friedrich Nietzsche, Naşterea tragediei in Opere complete 2 , (La Naissance de la tragdie), Timişoara, Hestia, 1998, p

  • Published on
    27-Feb-2018

  • View
    215

  • Download
    3

Embed Size (px)

Transcript

<ul><li><p>1 </p><p>NIETZSCHE versus PLATON </p><p> la premire lecture, il semblerait que Platon noccupe pas une place centrale dans la </p><p>philosophie de Nietzsche. Dans la plupart de ses fragments, le nom du philosophe antique est li </p><p> celui de Socrate, comme une voix seconde de celui-ci, il ne serait que lexemple typique de </p><p>laristocrate athnien perverti par le rationalisme de Socrate. Mais, fidle sa mthode, il portera </p><p>avec Platon un dialogue beaucoup plus profond, un dialogue qui suit les ides du philosophe </p><p>ancien non seulement lintrieur de luvre quil a crite, mais aussi dans la manire dont ses </p><p>ides ont influenc le raisonnement dautres philosophes. Ainsi, lidalisme platonicien constitue, </p><p>selon Nietzsche, le fondement du christianisme ; son ide de proprit et dducation se trouve </p><p>la base du socialisme1 ; ltablissement des valeurs morales comme valeurs suprieures la nature </p><p>humaine a altr, dans son ensemble, le monde daprs Platon. </p><p>Ainsi, Nietzsche sinterroge sur ce que le monde serait devenu si on navait pas lu ni les </p><p>uvres de Platon, ni celles dAristote, mais les pomes des prsocratiques, ou les uvres dautres </p><p>penseurs dont nous avons seulement entendu parler vu que leurs textes se sont perdu avec le </p><p>temps. Dans une lettre Carl von Gersdorff crite en avril 1873, Nietzsche avoue que pour crire </p><p>son texte sur la philosophie des prsocratiques, il a d apprendre les mathmatiques, la </p><p>mcanique, la physique.2 Cela nous montre que, pour pouvoir interprter les philosophes </p><p>prsocratiques, la connaissance de leurs textes ne suffit pas, il faut connatre aussi les sciences </p><p>complmentaires qui ont rendu leur philosophie ralisable. </p><p> Avec Platon, on remarque que le style de lcriture des textes philosophiques change ainsi </p><p>que les procds de trouver la vrit. Cest une autre manire de reprsenter un monde </p><p>mtaphysique travers laquelle on excuse et on justifie le monde physique : </p><p>En fin de compte, ma mfiance envers Platon va jusquau fond des choses : je le trouve fourvoy </p><p>si loin des instincts fonciers des Hellnes, si confit en moralisme si chrtien avant la lettre dj lide du </p><p> bien est son ide suprme - que, pour parler du phnomne Platon dans son ensemble, je prfrerais </p><p> 1 Friedrich Nietzsche, Omenesc, prea omenesc II , in Opere complete 3, Timisoara, Hestia, , 1999, p. 459. ( Humain, trop humain ) : Lutopique ide fondamentale de Platon,(selon laquelle lgosme est supprim une fois que lon a supprim la proprit), qui continue tre utilise par le socialiste de nos jours, est base sur la connaissance insuffisante de lhomme : on ignore lhistoire des sentiments moraux et la clairvoyance de lapproche du sujet de lorigine des qualits positives, utiles lme humaine est absent 2Friedrich Nietzsche, Aforisme i scrisori, (Aphorismes et lettres), Bucureti, Humanitas, 1992, p. 190 : Japporte Bayreuth un manuscrit La philosophie pendant la priode tragique des Grecs, pour ly lire. Le texte dans son intgrit est loin dtre un livre ; je deviens de plus en plus rigoureux avec moi-mme et je devrai laisser passer beaucoup de temps, jusqu ce que jarrive rendre une version (la quatrime sur ce thme). Dans ce but jai d tudier les plus tranges matires, mme les mathmatiques, sans quelles me fassent peur, ensuite la mcanique, la thorie chimique des atomes et ainsi de suite. Et, encore une fois, je me suis rendu compte de ce que sont et ont t les Grecs. Le parcours de Thals Socrate est colossal. </p></li><li><p>2 </p><p>entre tous utiliser des mots durs comme escroquerie de haut vol ou, si lon aime mieux ce mot, </p><p>didalisme.3 </p><p>Cependant, la rencontre entre Platon et Nietzsche se passe plusieurs niveaux. Dune </p><p>certaine manire, Nietzsche sidentifie avec le philosophe ancien quand il dfinit sa philosophie </p><p>comme tant un platonisme invers, mme si cette identification se fait travers une opposition. </p><p>De plus, par cette autodfinition de la philosophie de Nietzsche comme platonisme on peut </p><p>mettre en vidence plus prcisment le projet philosophique du penseur allemand. En quel sens </p><p>sa philosophie atteste comme lvaluation de toutes les valeurs propose par sa philosophie est </p><p>elle contraire la pense platonicienne ? Quelles sont les ides fondamentales de la philosophie </p><p>de Platon, et par opposition, quelles sont les ides principales de Nietzsche ? Peut-on faire un </p><p>parallle entre les deux philosophies, et surtout peut-on comprendre la dmarche critique de la </p><p>philosophie de Nietzsche en comparaison avec celle de Platon ? Enfin, quels sont les points de </p><p>jonction et de contradiction entre ces deux philosophies ? La philosophie de Nietzsche, que lon </p><p>comprendra en tant que platonisme invers, est une continuelle approche de la pense du </p><p>philosophe antique qui, influenc par la dialectique de Socrate, a invers le sens de la pense </p><p>hellnique : </p><p>Il voulait librer lhomme du poison socratique, omniprsent dans luvre de Platon, o se </p><p>multiplient les inversions, toujours essentielles, particulirement celle qui concerne le rapport du mot </p><p>lide, et quil appliquera dmonter au fil de ses aphorismes. En un sens, la Gnalogie de la morale peut tre </p><p>lue comme lhistoire des inversions successives ayant men lthique platonicienne. Linversion de ces </p><p>inversions est la fin ultime que Nietzsche se fixa : linversion des non-valeurs, car nous sommes encore </p><p>platoniciens.4 </p><p> Conscient du rle dcisif que Platon joue dans lhistoire de la philosophie ancienne, </p><p>Nietzsche saccordera le mme rle lintrieur de la philosophie moderne. Il dsire introduire </p><p>travers ses critures une faille qui sparerait la philosophie moderne de la philosophie future. Si </p><p>Platon organise sa thorie en incluant les ides majeures des philosophes qui lont prcd, </p><p>Hraclite, Pythagore, Parmnide et sans oublier Socrate, Nietzsche structure la sienne </p><p>pareillement, en rcrivant dans ses propres termes, la philosophie moderne, en choisissant </p><p> 3Friedrich Nietzsche, Aforisme i scrisori, (Aphorismes et lettres), Bucureti, Humanitas, 1992, p. 190 : Japporte Bayreuth un manuscrit La philosophie pendant la priode tragique des Grecs, pour ly lire. Le texte dans son intgrit est loin dtre un livre ; je deviens de plus en plus rigoureux avec moi-mme et je devrai laisser passer beaucoup de temps, jusqu ce que jarrive rendre une version (la quatrime sur ce thme). Dans ce but jai d tudier les plus tranges matires, mme les mathmatiques, sans quelles me fassent peur, ensuite la mcanique, la thorie chimique des atomes et ainsi de suite. Et, encore une fois, je me suis rendu compte de ce que sont et ont t les Grecs. Le parcours de Thals Socrate est colossal. 4Alexis Philonenko, Nietzsche, le rire et le tragique, Paris, Librairie gnrale franaise, 1995, p.31. </p></li><li><p>3 </p><p>comme partenaires de dialogue Rousseau, Kant, Hegel, Schopenhauer. Il ne sagit pas </p><p>ncessairement dune parfaite symtrie, mais dun modle que Nietzsche a suivi, consciemment </p><p>ou non. Nietzsche dsire et arrive mme imposer un nouveau style en philosophie. Platon </p><p>renonce au pome philosophique propre aux sages prsocratiques et initie un nouveau style, une </p><p>nouvelle approche de la manire de philosopher sous la forme du dialogue. De la mme manire, </p><p>Nietzsche explore divers styles : le pome philosophique, laphorisme et mme lessai. Dans le </p><p>pome, Nietzsche a lintuition de la forme travers laquelle la pense, la vision, le sentiment et le </p><p>mot peuvent sexprimer en profondeur sans se nier ou sannuler lun lautre : </p><p>La premire chose que Platon critique dans Ltat est la posie : ainsi, Nietzsche ne serait pas admis </p><p>dans sa cit.5 </p><p> Ds ses premires crits, Nietzsche critique Platon et il maintiendra cette attitude jusqu </p><p>la fin, en admettant que : </p><p>Concernant Platon, je suis foncirement sceptique, et je me suis toujours trouv hors dtat de </p><p>joindre ma voix au concert dadmiration pour lartiste Platon, qui est de tradition chez les rudits.6 </p><p>On serait tente de considrer llment qui soppose la tragdie, reprsent par Socrate, </p><p>comme le centre de la critique que Nietzsche dveloppe dans La naissance de la tragdie. Et on ne </p><p>serait pas loin de la vrit. Mais, celui qui a transform Socrate en idal , en symbole qui a </p><p>transform toute la sagesse antique, cest Platon. la diffrence de Socrate, plbien par essence, </p><p>Platon appartenait laristocratie, et cest pour cela quil savre deux fois plus coupable davoir </p><p> trahi les anciennes valeurs de lantiquit, valeurs que lui, en tant que noble, aurait d </p><p>promouvoir. De plus, Platon na pas russi suivre compltement son matre, tant toujours </p><p>partag entre deux mondes : pendant que, travers la voix de Socrate, il chassait les potes de la </p><p>cit, et tandis quil affirmait que lart est limitation dune utopie, il inventa un nouveau type </p><p>dcriture o tous les styles connus cette poque se mlaient : </p><p>Si la tragdie avait englouti tous les types artistiques dauparavant, il est possible dadmettre la </p><p>mme chose, dans un sens originel, sur le dialogue platonicien, qui, ayant jailli du mlange de tous les </p><p> 5 Ibid., p.185. </p><p> 6Friedrich Nietzsche, Naterea tragediei in Opere complete 2, (La Naissance de la tragdie), Timioara, Hestia, 1998, p. 63. </p></li><li><p>4 </p><p>styles et formes disponibles, flotte, quelque part entre conte, uvre lyrique, drame, entre littrature et </p><p>posie, sans tenir compte, de lancienne et plus svre forme de la linguistique unitaire.7 </p><p> Sans sarrter au simple fait de commenter la forme sous laquelle apparat la </p><p>philosophie de Platon, Nietzsche a lintuition que notre philosophe antique a un destin qui a </p><p>chang en profondeur la faon de penser de lhomme, de simaginer soi-mme et le monde qui </p><p>lentoure, ce qui a rendu possible lapparition du christianisme. tant donn le fait que </p><p>linterprtation et la critique du platonisme stendent sur plusieurs plans, nous essayerons, dans </p><p>les pages qui suivent, de structurer thmatiquement les points de congruence, ainsi que ceux de </p><p>conflit, entre les deux philosophes. </p><p>1. Lart, techn ou Kunst </p><p>Nietzsche suit la trajectoire de la pense de Platon travers tout luvre. Dans La </p><p>naissance de la tragdie, le philosophe ancien est voqu en tant que disciple de Socrate, comme </p><p> jeune pote tragique , qui, pour sloigner des tentations non philosophiques a brl ses </p><p>tragdies.8 Au sein du mme ouvrage, dans le passage o il parlait dEuripide, le pote qui </p><p>introduit dans la tragdie les lments de la dialectique socratique, il nommera le philosophe </p><p>ancien le divin Platon . Euripide et Platon, deux potes tragiques sduits par la construction du </p><p>rationalisme socratique et le socratisme esthtique , affirmeront, selon Nietzsche, que le tout </p><p>doit tre conscient pour tre beau , en satirisant et en sopposant la tradition potique pour </p><p>laquelle la capacit cratrice du pote est dinspiration divine, et en grande partie, inconsciente. </p><p>Nous ne savons pas si la rfrence que Nietzsche fait dans le dialogue Ion est un renvoi la </p><p>tragdie au mme nom, signe par Euripide, mais nous pouvons trs bien le suspecter de faire un </p><p>jeu de style quand il dfinit lauteur de tragdie dans les termes utiliss dans le dialogue </p><p>platonicien. Nous arrivons, en partant du titre du dialogue platonicien et de la tragdie </p><p>dEuripide, une interprtation multiples faces, o, les personnages Euripide et Platon, </p><p>affirment, lun travers son uvre et lautre dans son uvre, lide socratique qui doit rendre lart </p><p>utile, qui doit le transformer en science et doit le forcer se soumettre la raison. Ion est un </p><p> 7Friedrich Nietzsche, Naterea tragediei (La Naissance de la tragdie), in Opere complete, 2, Timioara, Hestia, 1998, p. 63. 8Ibid., p. 62 : Pour Socrate, lart tragique ntait mme pas capable de dire la vrit : en faisant abstraction du fait quelle sadresse au plus btes, donc, pas aux philosophes, voici une double raison pour se tenir loin delle. Exactement comme Platon, il la comptait parmi les arts flatteurs nexposent que le plaisant pas lutile, et cest pour cela quil demandait ses disciples abstinence et dlimitation des tentations non philosophiques ; le rsultat fut que Platon, le jeune pote tragique, a dabord brl ses critures pour pouvoir devenir le disciple de Socrate . </p></li><li><p>5 </p><p>dialogue platonicien de jeunesse, o il traitait le problme de lignorance9, comme dans lApologie </p><p>ou Hippias Mineur. Mais Ion est aussi lun des premiers dialogues o Platon aborde le </p><p>problme de lart comme ralit seconde, comme une copie de la copie, donc comme forme de </p><p>lignorance. Dans ce dialogue, le pote sera dcrit par Platon Socrate comme </p><p>un tre frivole, gnial, sacr qui ne peut pas crer tant quil nest pas inspir, tant quil nest pas </p><p>hors de soi-mme, et tant que la raison lhabite. Tant qu'un homme raisonne, il n'est pas capable de crer </p><p>si de prdire.10 </p><p>En ce sens, travers la voix du pote cest le dieu qui parle, ce qui signifie que le pote est </p><p>son interprte , et lacteur, le rhapsode, lartiste sont des interprtes des interprtes. 11 </p><p> Nietzsche dcrira Euripide en se servant des mme termes que dans Ion , lorsque le </p><p>personnage platonicien se prsente lui-mme : </p><p>Quand je rcite une scne triste, mes yeux se remplissent de larmes, et quand je rcite une scne </p><p>terrible, mes cheveux se dressent sur ma tte et mon cur palpite.12 </p><p>En consquence Euripide sloignera de plus en plus de lessence du tragique, il se </p><p>librera des lments dionysiaques et ne pourra pas atteindre laction pique apollinienne. La </p><p>tragdie dEuripide deviendra une imitation raliste des ides froides et des motions ardentes, en </p><p>absence des lments essentiels, lapollinien et le dionysiaque. Lacteur Euripide ne sera pas </p><p>moins indiffrent, tel que lacteur de la tragdie antique ltait, mais cette indiffrence sera son </p><p>activit suprme, seulement apparence et plaisir provoqu par lapparence : </p><p>Euripide est lacteur au cur battant, aux cheveux dresss sur la tte ; dans la posture de penseur </p><p>socratique, il conoit le plan, et en qualit dacteur passionn, il lexcute. Mais, il nest pas un artiste pur, </p><p>ni en conception, ni en excution.13 </p><p> 9Vasile Musc, Introducere n filozofia lui Platon, Dacia, Cluj-Napoca, 1994, p.24. 10Platon, Ion in Dialoguri ( Dialogues), Iai, Agora, 1993, p.159. 11</p><p>Ibid., p. 160. 12</p><p>Ibid., voir aussi F. Nietzsche, Naterea tragediei in Opere complete 2, ( La Naissance de la tragdie , Oeuvres compltes 2) Timioara, Hestia, 1998, p.57. 13</p><p>Ibidem. </p></li><li><p>6 </p><p> Ce que Nietzsche reprochait au socratisme esthtique , adopt par Platon et par </p><p>Euripide, cest lide selon laquelle lart en tant que techn 14 serait suprieur celui soumis </p><p>linspiration, pour la simple raison quelle est utile : </p><p>Mais lexcellence, la beaut et la justification de chaque objet, animal ou fait ne tient pas autre </p><p>chose si ce nest lusage par rapport au but de sa cration ou naissance ?14 </p><p> Comme nous avons dmontr ci-dessus, lapollinien et le dionysiaque ne peuvent pas tre </p><p>spars dans la tragdie, ces concepts sinterpntrent, se soutiennent mutuellement :...</p></li></ul>