Numéro 0 Gratuit

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    28-Mar-2016

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Numro 0 du Cafard Hrtique

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  • dito

    dito en deux parties. Ici et puis l-bas, la fin, un pome ditorial pour finir. Pour conclure ce numro 0, cette entre en matire, ce prliminaire, qu'on peut voir comme la caresse d'une inconnue sur un sexe gonfl de vie.

    C'est parti ! Quoi de mieux qu'une nouvelle revue pour dire d'effrayer un peu tous les pouvoirs en place. Pour dire de crer un nouvel ordre de folie. Pour dire d'imprimer son empreinte sur le monde et voir le chaos et la morale s'inverser. Allons-y, pas de blabla, du texte, de la cration, du sang, des tripes, des larmes, etc. De la beaut sale. On se fout poil et on hurle comme un ivrogne qui meurt. Comme un papillon qui saigne. On joue le jeu, on a peur de rien, on se dvoile la populace, on montre ce qu'on a dans le calbutte. On dballe le colosse en pleine civilisation. Les auteurs du Cafard auront des choses dire, autant tre prvenu. Alors mes bellos, en route, en selle, on se laisse aller, on lche les grands chevaux fous et advienne que pourra.

    En avant ! Hue !

    Mike Kasprzak

    Textes de mon frre mort, Duno.

    Je me lance. Je suis crivain avec une rputation sulfureuse, agressive, un crivain qui tache et qui ructe Et pourtant, je nai jamais vraiment parl de moi, mon intimit, ma vie. On fait rarement de beaux livres en blablatant sur ses petits malheurs, ses flures, ses petites bistouquettes rabougries criant famine. Il y a quelques annes, jai pourtant vcu un vnement qui bouleversa ma vie. Jai

    appris que javais eu un frre Ctait un choc. Mais comme si a ne suffisait pas, jappris que ce frre avait t une vedette rock, le chanteur dun groupe clbre Jappris enfin que ce frre, au prnom de Duno, tait mort quelques annes plus tt.

    Jai videmment pos beaucoup de questions sur ce type. Jai aussi demand des comptes, la raison pour laquelle on me lavait cach. Jai obtenu quelques rponses que je tairai Cependant, comme pour me demander dexcuser ce vaste mensonge, on me donna un gros carton rempli de cahiers noircis par la main de Duno. Jour aprs jour et durant des annes, il raconta son existence. Jai alors commenc vivre avec cet inconnu si clbre et dcouvris un tre hors-norme, souvent infect, toujours sensible et clairvoyant. Comme pour accepter cette rencontre choue, jai dcid de retranscrire ces cahiers au format Word. Vous lirez ici quelques extraits de ces cahiers

    Un texte de Duno, dans son

    cahier n 5 du 11 avril 1994 On vend tout dans cet Occident la

    con. On vend des maisons, des appartements des affams, on vend des disques, de l'huile d'olive, des lubrifiants pour l'anus, des 4x4. On vend. En Occident, on vend des vacances, des sjours tout compris, des pensions compltes, des maisons sur plan, des morceaux de Tour Eiffel, de mur de Berlin, des botes de Zyklon B, des Durex primes, des vacances sociales, solidaires. On vend en Occident. Des enfants d'Orient, des enfants d'Afrique, des matires fissiles aux dictateurs/nant/encore vivants du XXe sicle, en Irak, en Iran, en Occident. Aussi.

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  • En Occident, on vend du fminisme, de la libert de la presse, de l'galitarisme, de l'homophilie, de l'islamophobie... On vend. Aussi. On vend des voyages dans l'espace, des porte-clefs de gorille qui bande quand on presse son bide, de l'alcool moins cher que des jus de fruit, des contrats d'assurance pour tout et tout le temps. En Occident, on vend le savoir, on vend les ides, on brade les luttes, on spcule sur l'ignorance des plus pauvres. En Occident on vend les mes pour empcher Dieu, on vend Dieu pour empcher les potes. On vend pour que rien, plus rien ne soit gratis.

    Les mecs ne bandent plus s'ils voient une jambe mal pile, une lvre pas peinturlure, une chatte mal rase... Alors on vend des crmes d'pilation, des rasoirs jetables, des parfums chimiques, des maquillages, des magazines sur les rgimes, des chaussures fabriques dans les prisons, des capotes multi-formats, multi-gots, des fringues, des modes, des priodes de soldes, des vigiles l'entre, des parkings payants, des campagnes onreuses, des autoroutes page, des nuits en bote de nuit, des jours au centre commercial, des yaourts comme faisait mm mais au prix tripl.

    On vend. On veut que l'on vende. Que l'on achte pour vendre. Que l'on travaille pour acheter. Que l'on achte pour que d'autres puissent vendre...

    On vend des uvres d'art dnues de sens et de talent, on vend des livres qui racontent des histoires, des histoires de gens qui vendent, qui achtent pour que d'autres vendent. On vend des scnes de meurtre, de baise, de viol dans des films. On vend des chansons mivres, des chanteurs moribonds de 20 ans, des Kurt Cobain et des Elvis Presley morts.

    En Occident, on doit acheter la gurison de son me en achetant des heures chez le

    psy, en partant trois semaines en thalassothrapie, en tapant 36 15, tapez psychiatrie ...

    Et puis en Occident, on te vend des stages et des journaux pour t'aider trouver du travail. On te vend des contrats pour que quand tu meurs, et bah, a sera bien. On vend... Tout, partout, tout le temps. On vend parce qu'on n'a rien donner personne, rien offrir. Parce qu' force de vendre, on est simplement devenus les zombies acheteurs, les assoiffs de biens compensatoires.

    Quand je dis a, ben je suis banal, crtin, je rabche. Tout le monde sait a. Blablabla. Un jour, je n'ai pas achet. Je n'ai rien vendu. En montant les escaliers, je n'tais pas bien. Je me disais (je me rappelle de a comme si c'tait hier) qu'il n'y avait pas d'espoir. Que je ne comprenais pas pourquoi je ne parvenais crire que des trucs bien sombres. Que je ne faisais que faillir ds que je songeais voir, analyser le monde avec un regard positif. Je ne savais pas pourquoi des gens voient, ou semblent voir tout en rose, malgr des conditions terribles, et pourquoi d'autres n'taient capables que de voir tout en noir. Je me disais que penser de cette manire-l, c'tait nul... J'avais ce quelque chose du petit garon que j'avais t. Le petit couillon qui s'imagine qu'un jour il aura une belle vie, avec plein de bonheurs, plein de voyages, plus de misre, plus de pauvres, plus de mchants.

    Arriv devant la porte de l'appartement, j'ai hsit, puis j'ai sonn. Puis j'ai attendu. Puis j'ai sonn de nouveau. Puis j'ai attendu. Puis je suis entr. La porte tait ouverte (J'ai senti que c'tait un acte volontaire). Et j'ai cri : Sofiane ?! Pas de rponse. Et pour cause, il tait tendu sur le lit. Le corps entirement nu, tordu, pas serein. Pas net. Il avait une

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  • peau trs brune, douce. Imberbe. Il tait mort. Il tait sans doute mort aprs avoir t pris par de violentes convulsions... Se tuer au dtergent, c'est chercher voir, regarder sa propre mort en face. Moi a m'a fait rflchir, ce quatrime suicide de pote.

    a m'a fait penser que je pouvais tout aussi bien m'adonner mon activit enivre prfre... J'ai appel les flics avec son tlphone. Je leur ai dit que j'tais un de ses potes qu'ils aillent se faire foutre pour connatre mon nom. Que le plus important, c'tait qu'ils viennent s'occuper du cadavre avec tout le vomi et les veines qui ressortent sur le visage tout le bordel simplement...

    En picolant un whisky de merde, le soir, j'ai demand Elo d'arrter de me sucer comme une truie. Je pensais dj que ce pourrait tre jouissif de m'ventrer un jour, un truc dans le genre...

    Je ne suis pas inspir ce matin. Je trouvais a bien de simplement retranscrire ce texte de mon frangin mort : Duno.

    Lonel Houssam

    Je vis avec un passeport en cours de validit porte de main car cela me rassure de croire la possibilit dune fuite

    Lorsque jtais jeune, je croyais qucrire

    me rapporterait des femmes, de lamour, du respect, de largent,

    la libert

    je me voyais dj assis sur le sige en cuir

    de voitures coteuses conduites par des filles de riches ou

    des ditrices, des productrices, des critiques dart, des antiquaires

    parisiennes, des photographes new-yorkaises, des top-modles russes

    des starlettes de cinma Toutessoucieuses de savourer ma queue de

    gnie littraireavec toute la vigueurde leurs lvres peintes tandis que je

    profiterais delles en laissant flotter sur mon visage

    larrogant sourirede larnaqueur qui sait quil est en train

    de tromper son monde mais je sais aujourdhui qucrire, cest

    juste ctoyerla folie et se noyer dans son sang, cest

    un putainde chemin parcourir les tripes lair et

    cellesqui sucent la bite de lcrivain sont le

    plus souventaussi dranges et seules quil lest parce

    que la puanteur de la vie faitque le fou se lie au fou et mes nuits sont

    solitaires ou dingues et je vis avec un passeport en cours de

    validit porte de main car cela me rassurede croire la possibilitdune fuite

    les trous dans mon me ne laissent pas passer la lumire

    mais, quelle que soit lobscurit, crire me permet denvisager

    la vie

    Vincent

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  • Journal d'un travailleur franais en Bolchevie

    Prologue

    Je viens d'craser ma cendrine roule dans une conserve de champignons bons et pas cher pendant que les ptes cuisent. On ne voit pas le ciel depuis la fentre de l'appartement dans lequel je claque 300 euros par mois ; just