Souvenirs d´egotisme, Stendhal

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    01-Dec-2015

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<ul><li><p> Souvenirs d'gotisme /Stendhal ; rvision dutexte et prface par</p><p>Henri Martineau </p><p>Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France</p></li><li><p> Stendhal (1783-1842). Souvenirs d'gotisme / Stendhal ; rvision du texte et prface par Henri Martineau. 1927. </p><p>1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numriques d'oeuvres tombes dans le domaine public provenant des collections de laBnF.Leur rutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n78-753 du 17 juillet 1978 : *La rutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la lgislation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La rutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. 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Ses dmarches, sesexcursions Venise ne lui laissent pasle temps de s'ennuyer. Mais sitt install Givita-Vecchia, dans ce port vtuste, il nesait comment tuer le temps. Il bille les</p><p>longues heures des soires el l'ide lui vient,pour se distraire, de raconter sa vie Parisdurant les dernires annes de la Restau-ration.</p><p>Il y avait t malheureux, certes, et sansressources. Il avail souffert d'un cruelamour il avait bien des fois song ausuicide. Du moins y gotait-il les charmesde la conversation. On savait partout, mmesi on ne l'avait pas lu, qu'il tait l'auteurde petits livres fort mordants sur la peinture,sur la musique, sur l'Italie. L'attention descnacles devait encore se porter sur lui</p><p>davantage quand on le vit charger fondcomme un chevau-lger dans la querelle</p></li><li><p>II PRFACE</p><p>du Romantisme; el Dat'id d'Angers allaitle faire figurer dans la srie de ses mdail-lons parmi toutes les illustrations d'une</p><p>poque particulirement ferlile en talents.Il tait alors vraiment quelqu'un, il taitM. de Stendhal.</p><p>D'o lui t'enait ce nom ?</p><p>Quelques criliques ont avanc un peulgrement qu'il l'avail emprunt un per-sonnage de Kralry. Il est vrai qu' samort plusieurs journaux annoncrent ledcs Paris de M. Bayle (sic), auteur dedivers ouvrages signs Frdric Slyndall.Confusion assez curieuse avec le roman de</p><p>Kratry Frdric Styndall ou la FataleAnne. Mais les</p><p>cinqvolumes de cet ouvrage</p><p>n'avaient paru qu'en 1827-1828. Beylen'avait donc pu en tirer son nom littraire</p><p>qui avait figur pour la premire fois en1817 sur la couverlure de Rome, Naples etFlorence. Si l'on veut toute force lablirun rapport entre les deux noms, Beyle ett le vol et non le voleur.</p><p>Je crois bien que c'est Sainte-Beuve quia pressenti le premier la vrit dans unenote de son article de 1854 Steindalest une ville de la Saxe prussienne, lieunatal de Winckelman. Il est probable queBeyle y aura song en prenant le nom sous</p><p>lequel il devint un guide de l'art en Ilalie. Bien qu'il s'en dfendt, Beyle avait lu</p></li><li><p>DE L'DITEUR III</p><p>Winckelmann. Il le citait dj dans laVie de Haydn, el il le nommail encore, pourle combattre le plus souvent, dans l'Histoirede la Peinture en Italie. M. Arbelet a bientabli au juste tout ce qu'il lui doit. Et sice n'est point assurment par sympathiepour lui que Beyle a choisi pour pseudonymeson lieu de naissance, il est cependant forturaisemblable que c'est en l'tudiant qu'ila rencontr ce mot sonore et qu'il en a tfrapp. Je sais bien qu'en marge d'ttrtexemplaire des Promenades dans Rome,on a dchiffr celle remarque trace de lamain mme de Beyle Citer aussi deux.ou trois pages de ce bavard de Winckelmannn dans mon fief, dit M. D. Mais ladsinvolture de celle note ne contredit enrien l'hypothse de Sainte-Beuve. Au con-fr'aire, elle prouve que pour le moins lasimilitude des noms n'avait pas chapp l'attention, de Beyle.</p><p>Quoi qu'il en soit, il f allait bien que M. deStendhal ail en son temps joui d'un petitrenom, puisqu'il frquentait assidment lesprincipaux salons littraires de Paris.Tous les soirs, quand il ne dnail pas avecses amis Aux Frres Provenaux ou auCaf Anglais, il les retrouvait le mardichez Madame Ancetol, le mercredi chezViollet-le-Duc ou chez le baron Grard,le vendredi chez Slapfer, le samedi chez</p></li><li><p>IV PRFACE</p><p>le grand Cuvier, le dimanche aprs-midichez Delcluze et le dimanche soir chez lecomte de Tracy. Et ces amis s'appelaientAmpre, Mrime, Jacquemont, Rmusat,Custine, Duvergier de Haurnne, Delacroix,Benjamin Constant, le baron de Mareste,Koreff, Paul-Louis Courier, en un mottout ce que l'poque comptait de plus brillant.</p><p>On peul se demander' comment Stendhalse comportait au milieu de ces hommeslincelants et illustres. Nous avons l-dessus,en plus du sien propre qu'on trouvera dansses Souvenirs, divers tmoignages. Blazede Bury laisse entendre que Jules Janinle rabrouait. Le pouvons-nous admettre ?Mais souvent, son impertinence lance, ildevait faire une pirouette sur ses talons en</p><p>qute d'un interlocuteur plus piquant. Sainle-Beuve l'a vu el entendu. Il reconnat qu' ha-bituellement Beyle tenait le d el faisait lediable quatre. tenait tle d Courier el</p><p>relanait un chacun jusque dans les derniersretranchements des vieilles doctrines . Il a aassez loin de ce portrail celui de Blaze.Nous accordons davantage confiance </p><p>Sainte-Beuve, mais peut-tre les deuxhommes n'ont-ils pas rencontr Stendhal </p></li><li><p>DE L'DITEUR V</p><p>la mme poque, ni dans la mme socil.Les premires annes qui suivirent son</p><p>retour d'Italie, Beyle tait songeur ilcausait peu. Il ne se mit avoir de l'esprit</p><p>que vers 1826 pour s'tourdir d'un chagrind'amour. Il n'tait du reste vraiment lui-mme et en possession de toute sa verve</p><p>que lorsqu'il se sentait au milieu d'amis.A la moindre nuance d'hostilit et de froi-deur, il demeurait comme paralys el c'estbien ainsi que, par ailleurs, Sainte-Beuvel'a vu, un peu gn, un peu sur ses gardes,un peu proccup de la disposition, son</p><p>gard, de ses interlocuteurs. (Cf. JacquesBoulenger Candidature au Stendhal-</p><p>Club, Le Divan, pp. 12-17).Faut-il en appeler d Delcluze ? Il nous</p><p>montre Beyle passionn d'ides et de para-doxes, en qute d'arguments pour ses articles.</p><p>Ce n'tait pas seulement pour s'tourdir,en effet, que cel esprit original se jetaitavec tant de feu dans la conversation, mais</p><p>tour tour critique littraire, critique musicalet crilique d'art, il lui fallait pcher partoutde quoi alimenter sa collaboration aux</p><p>divers priodiques. C'tait alors le plusclair de ses revenus.</p><p>Poursuivons notre enqute auprs de sescontemporains. N'est-ce point Beyle cet</p><p> homme gros et gras, homme de beaucoup</p><p>d'esprit el qui devait partir pour l'Italie,</p></li><li><p>VI PRFACE</p><p>o l'appelaient des fonclions diplomatiques ,qui raconte une histoire plus grasse encoreque sa personne et que nous montre Balzacdans ses Contes bruns ? Les deux rivauxde gloire s'taient croiss dans un salonqui tait le dernier asile o se soit rfugil'esprit franais d'autrefois, avec sa pro-fondeur cache, ses mille dtours, sa poli-lesse exquise . Il convient de reconnatrele salon du baron Grard, dans la maisonqu'il avait fait btir rue Bonaparte, presquevis--vis l'glise Saint-Germain-des-Prs.Madame Ancelot y rencontra galementSlendhal pour la premire fois el ful frappede sa dsinvolture en face des hommes etdes femmes. Elle a trac de lui un portraitfort color, et il y a des chances que ce soit lle vrai Stendhal de celle poque, moqueur,caustique el recherch, plein d'aperusingnieux et de grosses boutades</p><p> Beyle tait mu de tout el il prouvaitmille sensations mues en quelques minutes.Rien ne lui chappait et rien ne le laissaitde sang-froid, mais ses motions trislestaient caches sous les plaisanteries, etjamais il ne semblait aussi gai que lesjours o il prouvait de vives contrarits.Alors quelle verve de folie el de sagesseLe calme insouciant de M. Mrime letroublait bien un peu et le rappelait quelque-fois lui-mme mais, quand il s'tail</p></li><li><p>DE L'DITEUR VII</p><p>contenu, son esprit jaillissait de nouveau</p><p>plus nergique et plus original. Puis Madame Ancelot, ayant signal</p><p>parmi les anlipalilies de Beyle Madame Gay,mre de la belle Delphine, plus lard Madamede Girardin, el relev quelques autres traitsde caractre de l'auleur de L'Amour, envient rappeler comment elle l'invita chezelle et comment il y f ul tourdissant deverve et de drlerie</p><p> Dans les premiers temps o je voyaisBeyle chez Grard, il ne venait pas chezmoi et j'hsitais ci l'inviter, quoiqu'il mechercht avec empressement et que sa conver-salion me ft extrmement agrable mais</p><p>j'avais dj pu observer qu'il tait contra-riant par nature el par calcul, et je nevoulais pas lui tmoigner ce dsir de le</p><p>recevoir, afin de ne pas lui ter l'envie de</p><p>venir or, il me dit un jour Je sais bien pourquoi vous ne m'invi-</p><p> lez pas d vos mardis, c'est que vous avez des acadmiciens</p><p> En effet, je recevais alors MM. Le</p><p>Montey, Campenon, Lacretelle, Roger, Baour-</p><p>Lormian, Auger, secrtaire perptuel, etc. Et, ajouta Beyle, vous ne pouvez pas</p><p> m'inviter avec eux, moi qui cris contre eux.</p><p> Beyle venait de publier une brochure</p><p>qui commenait ainsi Ni M. Auger ni</p></li><li><p>VIII PRFACE</p><p>moi ne sommes connus du public. el cellebrochure tait une pigramme continuellecontre l'Acadmie, qui ne s'en inquitaitgure ei qui est habitue ce qu'on enfonceses portes avec celle artillerie-l aussi, jen'avais nullement regard celle brochurecomme un titre d'exclusion il accepta, la condition qu'il se ferait annoncer souscelui de ses noms qui lui conviendrail ce</p><p>jour-l. Ce mardi malin, je reus de lui son</p><p>volume qui contenait une vie de Haydncrite sous le nom de Csar Bombay (sic).</p><p> Le soir de bonne heure, comme jen'avais pas encore beaucoup de monde,on annona M. Csar Bombay, el je visentrer Beyle, plus joufflu qu' l'ordinaire,et disant</p><p> Madame, j'arrive trop tt. C'est que moi, je suis un homme occup, je me lve cinq heures du malin, je visiteles casernes pour voir si mes fournitures sont bien confectionnes car, vous le</p><p> savez, je suis le fournisseur de l'arme</p><p>pour les bas et les bonnets de coton. Ah</p><p>que je fais bien les bonnels de coton C'est ma partie et je puis dire que j'y ai mordu ds ma plus tendre jeunesse, et rien ne m'a distrait de celle honorable el lucrative occupation. Oh j'ai bien entendu dire qu'il y a des artistes et des crivains</p></li><li><p>DE L'DITEUR IX</p><p> qui mettent de la gloriole des tableaux, des livres Bah qu'est-ce que cela en comparaison de la gloire de chausser et de coiffer toute une arme, de manire viter les rhumes de cerveau, et de la</p><p> faon dont je fais avec quatre fils de colonet une houppe de deux pouces au moins. </p><p> Il en dit comme cela pendant une</p><p>demi-heure, entrant dans les dtails de ce</p><p>qu'il gagnait sur chaque bonnet parlantdes bonnets rivaux, des bonnets envieuxet dnigrants qui voulaient lui faire concur-rence. Personne ne le connaissait queM. Ancelot qui se sauva dans une pzce cl, ne pouvant plus retenir son enviede rire, el moi qui aurais bien voulu en</p><p>faire autant mais je gardais mon sang-froid avec courage, curieuse de voir ce qu'ilallait arriver de cela. Mais il n'arriva</p><p>rien, qu'une foule d'pigrammes sur toutce que faisait chacun livres, pices de</p><p>thdlre, vers, tableaux, auxquels, disait-il,il ne connaissait rien, mais qu'il arrangeaitde main de matre, avec ses bonnels decolon, qui attnuaient mdiocrement lestraits affils et fort aigus qu'il dcochait qui de droit.</p><p> Plus tard arrivrent des personnes quile connaissaient; mais il y avait alors grandmonde. La conversation n'tait plus gnraleet nul ne se fcha de la mystification. </p></li><li><p>x PRFACE</p><p>Stendhal devait revenir souvent dans cesalon oit durant ses sjours Paris il se</p><p>plut toujours. Il l'aimait parce qu'on yparlait librement. Tous les mardis soirs,aprs minuit, lorsque les timors taient</p><p>partis, el qu'on demeurait entre soi, entre</p><p>gens d'esprit, Beyle s'y laissait aller saverve, et, suivant le mot de Sainte-Beuve, il faisait le diable quatre .</p><p>Aussi, comme il les regrette durant ses</p><p>longues soires vides de Civita-Vecchia, cessalons o il pouvait connatre les hommes Le mardi chez Madame Ancelot, le mer-credi chez M. Grard, le samedi chezM. Cuvier, trois soupers par semaine auCaf Anglais, et je suis au courant de ce</p><p>qui se dit Paris </p><p>Mais tandis qu'il remche ses souvenirs,il ne sait plus rien du monde o il vient devivre prs de dix ans. Ses correspondantsne lui envoient que trop rarement quelquesmaigres nouvelles. Il s'en plaint sans cesse,et, maintenant qu'il mange sa faim, queson traitement lui permet l'achat de livresel de bons fauteuils, il va retracer sonexislence et se donner l'illusion de frquenterencore le Palais-Royal.</p><p>Le matin, sur les dix heures et demie, il</p></li><li><p>DE L'DITEUR XI</p><p>SOUVENIRS D'GOTISME. 2</p><p>prenait son caf au lail au Caf de Rouenou au Caf Lemblin et attendait au Louvreou dans le jardin des Tuileries l'heure dudner d la table d'hte de cinq heures. Carla pauvret l'obligeait alors ne se mettre table qu'une fois par jour. El quand, d laRotonde du Palais-Royal, il partageaitquelque souper fin avec Mrime, Mussel,Delacroix, Mareste, Koreff, Sharpe el Viel-Castel, il devait pour payer son cot fairetout le mois des prodiges d'conomie.</p><p>N'importe, c'tait...</p></li></ul>