Sur la nature des facteurs d'intelligence

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    08-Oct-2016

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  • SUR LA NATURE DES FACTEURS D'INTELLIGENCE ~)

    par

    R. M~. I (BERmz)

    L'existence de facteurs autre que le facteur ,,g" et les facteurs sp~cifiques est aujourd'hui presque g~n~ralernent adrnise. Je ne sais pas si on est partout conscient de rirnportance considerable de ce fait. Si Spearman a si longternps ni~ rexistence de facteurs de groupe et a essayd de maintenir sa th6orie des deux facteurs malgrd les cas de plus en plus nornbreux od le crit~re de la t~trade n'~tait pas satifait, ce n'etait certainement pas par pure conservatisme, rnais parce qu'il savait, que rintroduction de ces facteurs de groupe appelait une interprdtation psychologique et que par cela l'objectivit~ absolue qu'il recherchait ~tait de nou- veau perdue.. Dans la th~orie origmale des deux facteurs le fac- teur ,,g" est ddfini par son caract~re de g~n~ralit~. Puisqu'il est le seul facteur pouvant se rencontrer dans plusieurs tests n'importe quel facteur non-sp~cifique devient par d~finition ce facteur ,,g". Les facteurs sp~cifiques, d'autre part, 6tan~ d~finis chacun par le test dans lequel il se trouve, il n'est pas n~cessaire de le caract~riser psychologiquement. ~vec radrnission d'autres fac- teurs g~n~raux ou de facteurs de groupe la situation a cornpl~te- m,.mt change. Ces facteurs suppl~rnentaires doivent ~tre d~finis psychologiquement si ron veut les distinguer les uns des autres. Comment voudrait-on savoir de quel facteur de groupe, entre plusieurs, on parle si on ne leur attribue pas quelques qualities sp~cifiques? I1 ne suffira en effet pas de les d~finir par la simple ~num~ration des tests dans lesquels on les rencontre. Car je peux trouver aujourd'hui un facteur cornrnun aux tests A, B, C, demain un dans les tests D, E et F e~ plus tard encore un commun ~ ces six tests. Si l'on d~finR les facteurs de groupe seulement par r~num~r~.tion des tests on aura alors trois facteurs diff,-

    ") Ce travail a ~t6 r~lig~ /sun moment o~, par suite de la guerre, les p'nbl~cations anglaises et am~ricaines ne m'~taient pas access~bles. N~an- moins, d'apr~s |es .rapports clue j'en ai eus depuis, l'~tude suivante ne p.~rait pas d~pass~e.

  • SUR LA NATURE DE-~; FACTEURS D'INTELLIGENCE 41

    rents. Mais il se pourrait tr~s bien, qu'en rSaiit~, deux de ees facteur.~ ou m~me les trois ~oient identiques.

    Le travail du psyehologue n'est donc pas termin~ avee l'ana.- lyse s~atistique des correlations, il doit encore trouver une signification psyehologique aux facteurs trouv~s. Or, jusqu'iei les ,,facteuristes" ne paraissent pas aimer eette partie de !eur travail et semblent presque devoir s'excuser de s'y risquer. Aussi s'en d~barrassent-ils g~n~ralement le plus rapidement possible et se eontentent-ils de dSsigner les facteurs par les qualit~s les plus ext~rieures des tests dans lesquels on les rencontre. Ainsi on fait actueUement le plus souvent mention d'un facteur verbal, d'un facteur num~rique et d'un facteur spatial ou visuel.

    Cette fagon de caract~riser les facteurs peut avoir deux signifi- cations diff4rentes:

    1) que le facteur en question est n~cessairement present dans tout probl~me qui poss~de la qualit~ caract~ristique; chaque probl~me d'ordre verbal par ex. conti:,endra le facteur verbal. Dans ce cas il suffira donc de regarder l'aspect ext~rieur d'un probl~me pour savoir si tel ou tel facteur s'y trouve.

    2) que le faeteur en question se trouve seulement dans les probl~mes poss~dant la qualit~ caract~ristique mais pas dans tous. On rencontrera le facteur verbal par ex. ~eulement dans certains probl~mes verbaux.

    Je ne vois pas que dans les travaux respectifs on ait nettement indiqu~ de laqueUe des deux mani~res on associe le facteur aux qualit~s des probl~mes. Et ce serait pourtant tr~s n~cessaire. Si Iron parle de facteur verbal etc., tout court, on semble admettre une eorrespondance complete. Dans ce cas, il faut pouvoir d~montrer que le facteur est t o u j o u r s present dans les tests de nature correspondante. Si, par contre, la qualit~ du test n'est qu'une condition n~eessaire mais pa~ suffisante de l'existence d'un certain facteur il faut indiquer les autres conditions n~ces- saires ~galement e.fi.d, il faut d~signer le facteur autrement que par cette seule qualit~ verbale~ num~rique etc.

    Nous aUons voir en examinant un certain hombre de travaux relatifs ~ ees facteurs que la premiere mani~re de les inte~'preter est ~ exelure mais qu'on n'a jusqu'iei fait aueun effort pour en donner une signification plus exaete.

  • ~2 R. MEILI

    Lre f~cte~,7* verbaZ

    La premiere recherche sur ce fac teur a ~t~ fa re , ~ ma con- a " naissance, par Davey I). L 'auteur a ess ye de const ru i re des

    "~ests non-verbaux - - i l les appel le , ,pictor ial" m cor respondant aussi exactement que possible ~ des tests verbaux af in de pouvo i r ~tre sSr qu 'une d i f ference ~ventue l le ent re les tests puisse ~tre ~ttr ibu~ ~ ces caract~res verba l et p ictura l .

    I1 y a donc dans la s6rie de Davey deux tests de classification, deux tests d'analogies, deux o5 il faut mettre d ; mots resp. des images en ordre, deux tests de lacunes (clans les deux on lit b l'enfant un texte o~ il dolt completer les lacunes en choississant un mot ou une image parmi quatre qu'on propose); dans une cinqui~me couple de tests ii faut r~pondre b des questions pos~es verbalement en choississant un mot ou une image; dans la sixi~me couple renfant dolt ~crire aussi rapidement que possible ,,tout ce qu'on peut volt" darts une image donn~e (la forme verbale de ce test n'est pas d~crite) On voit que les trois derniers probl~mes picturaux comportent tous ~galement une composante verbale ce qui peut expliquer les r~.sultats peu clairs de cette recherche. Deux tests verbaux qui n'ont pas de pendant sur le plan visuel compl~tent la s~rie. II s'agit de tests de synonymes et d'identiques-oppos~s qui font appel ~ des connaissances pr{~- cises du vocabulaire.

    D'apr~s l '~tude des tdtrades qu 'on peut ca lcu ler avec les corrd- lat ions ent re ces tests Davey conc lut que dans quat re tests seule- ment sur nu i t (dans Ident ique-Oppos~, Synonymes , Class i f ica- t ions et Quest ions) se rencont re un fac teur de groupe. Sa nature n 'est pas pr~cis~e, mais i l ne peut pas s 'ag i r d 'un fac teur verba l g~n~ral, pu isqu' i l ne se t rouve pas dans tous les tests d 'o rdre verbal .

    S tephenson 2) clans des exper iences tr~s ~tendues, about i t une conclus ion opposde i cel le de Davey. I1 se base sur hu i t tests non-verbaux et hu i t tests verbaux app l iques coUect ivement 1037 enfants. Voici de b r~ves indi,cations sur les tests employ~s.

    a. Tests non-verbaux: 1. Former des lettres imprim~es en capitales ~:n utilisant d'autres lettres

    clout il faut supprimer une pattie.

    1) Davey, C. M. Compeer/son of Group Verbal and Pictorial Tests of Intelligence. Br. J. Psychol 1926/27 XVII.

    2) Stephenson, W. Tetrud-differenc,es tor non-verbal subtests. J. educ. psychol. 1931, 22. p. 167.

    Tetrad.differences for verbal subtests. Id. p. 255. Tetrad-differences for verbal subtests relative to non-verbal subtests. Id.

    p. 334.

  • SUR LA NATURE DES FACTEURS D'INTELLIGENCE 43

    2. Test de substitution: inscrire au-dessous de certains signes des chiffres selon un code donn~,

    3. Puzzle: indiquer par des traits de quelle fa~on une figure donn~e se lalsse d~composer en trois parties donn~es.

    4. Lacunes d'images: indiquer la partie qui manque. 5. Test d'analogies avec des figures g~om~triques: !~. qua.tri~me figure

    est & choisir parmi quatre figures donn~es. 6. Test des cubes de Yerkes: compter le nombre de cul~,es dont est form~

    un tas. 7, S~ries b continuer: par exemple XXOXXOXXO. 8. Des figures g~om~triques qui se couvrent partiellement sont donn~es.

    Indiquer dans lesque]les de ces figures se trouve un certain num~ro.

    b. Tests verbaux:

    I. Un mot est donr,~; indiquer un synonyme. 2. Indiquer dans une phrase le mot qui manque. 3. Chercher parmi quatre mots celui qui appartient b la m~m~ classe

    que trois autr~s roots donn~s. 4. Dans une phrase, deux mots sont interchanges; les souligner. 5. Indiquer, parmi quatre mots, deux mots oppos~s~ 6. Analogies: mot b choisir parmi quatre autres mots donn~s. 7, Parmi quatre mot3, en choisir deux pouvant completer des phrases du

    ~ype: ,,Un homme a toujours . . . . " (corps et t~te). 8, Exdcuter des consignes; exemple: dcrire la premiere '.~*~re de

    ralphabet.

    Stephenson soumet ses r~sultats "~ une analyse statistique tr~s poussde qui le conduit ~ affirmer rexistence d'un facteur verbal dans tousles tests verbaux. II a~tribue la difference entre ses r~sultats et ceux de Davey A la difference des tests utilisds.

    Mais, puisqu'il n'est pas possible de contester le caract~re verbal des tests de Davey, il n'est pas permis de conclure avec Stephenson que to~s les tests verbaux contierrnent un facteur commun et d'affirmer qu'il s'agi*, d'un facteur verbal gdn~ral.. II faut chercher une sig1~ification particuli~re au facteur qui se manifeste dans tousles tests de ~tephenson. On en trouve peut- ~tre une indication si ron compare dans leur ensemble les deux groupes de tests qu'il utilise. On constate alors que tous les probl~mes des tests verbaux ont un contenu concret, tandis que parmi les tests non-verbaux un seul (lacunes d'image) appartient ~ ce type. Dans tousles autres tests non-verbaux, ii faut manier des signes d~pourvus de signification concrAte et des figures g~om~triques. J'ai trouv~ dans rues experiences sur les formes d'intelligence que des tests visuels A contenu concret n'ont pas exactement les m~mes facteurs que des tests ~ figures g~o-

  • R. MEILI

    m~triques, et il est permis de penser que le facteur de Stephen- son tient ~ la nature concrete du matdriel. II est ~vident que cette remarque n e peut pas constituer une d~finition suffisante de ce facteur, mais elle peut faire comprendre qu'il n'a pas n~ces- sairement tm caract~re verbal.

    Une autre recherche parue deux ans plus tard entreprise par Belle Schiller 3), sur la comparaison des tests verbaux, num~ri- ques et spatiaux donne de nouv/.dl ~s pr~cisions sur le probl~me du facteur verbal. L'exp~riencc a dt~ effectu~e avec 359 enfants juifs ages de 9 ans environ. ?,es r~su!tats sont ~labor~s s~par~- ment pour les garcons et lej filles, les deux groupes ~tant ~ peu pros de grandeur ~gale. ~'~ous comparons d'abord les tests ver- baux aux tests numdriques.

    a. Tests verbaux:

    I. Test de vocabulaire: chercher parmi cinq images celle qui correspond a un mot indiqu~. II faut, en outre, chercher parmi cinq roots celui qui ressemble le plus b un mot donn~.

    2. Test d'analogies, forme s~lective. 3. Phrases avec lacunes. Une ~ trois lacunes par phrase, laissant dans

    certains cas celle-ci tr~s incomplete. 4. Lecture silencieuse ~e textes pr~sentant certaines difficult~s de

    comprehension.

    b. Tests num~riques:

    I. Test d'op~rations; 2. probl~mes arithm~tiques; 3. test des s~ries de chiffres h completer.

    Examinant les differences t~tradiques de ces tests, on ne trouve M contrairement aux rdsultats de Stephenson -- pas trace d'un facteur particulier commun aux quatre tests verbaux. Mais chez les garqons aussi bien que chez ies rifles, on constate une ressemblance particuli~re entre les phrases ~t completer et la lectu~r~, et entre le vocabulaire et la lecture.

    11 faut en conclure qu'il n'y a pas un seul facteur particulier mais deux, Fun se trouvant dans la premiere des deux couples indiquL=es, ~/autr~ dans la seconde. Car si c'~tait le m~me facteur qui ~tait responsable des liens dans les deux couples, il devrait hgalement produire un lien entre les phrases ~ completer et le vocabulaire

    =) Schiller, B. Verbal, numerical and spatial abilities of young children. Arch. of Peychol. 1933, 156.

  • SUR LA NATURE DES FACTEURS D'iNTELLIOENCE 45

    Opposes aux tests num~riques les quatre tests verbaux auraient donc la composition suivante:

    Analogies : f (g, s) Phrases ~ completer : f (g, p o, s) Vocabulaire : f (g, Pl, s) Lecture : f (g, Pl, P~, s)

    (g d~signe un facteur g~n~ral se trouvant dans tous les tests examines; s d~signe les facteurs sp~ciaux, p les facteurs de groupe qu'on peut aussi appeler des facteurs particuliers; p~ et P2 sont des facteurs diff~rents).

    Nous comparons maintenant les tests verbaux aux tests spatiaux. Parmi ces derniers il y a le dessin d'un bonhomme appr~ci~ selon la technique de Goodenough. Les trois autres tests sont tous compos~s de probl~mes de nature diff~rente dont les r~sultats ne sont pas trait~s distinctement. Pour cette raison, nous renonqons ~ leur description d~taill~e; notons seulement quails sont du genre cie ceux employ~s par Stephenson et qu'il s'y trouve quatre tests de performance de la s~rie Pintner- Paterson et plusieurs labyrinthes.

    Les t~tra~les obtenues avec ces tests montrent la presence d'un facteur par~iculier commun ~ tous les tests verbaux, particu- l i~rement a(:cus~ dans les tests de vocabulaire, de phrases et de lecture, phLs faible, surtout chez les flUes, dans les tests "d'analogies.

    Tous les quatre tests ont donc maintenant la m~me compo- sition

    Tests verbaux : f (g, p~, s)

    tandis que les tests spatiaux ne contiennent qu'un 9 et des s. La situation se pr~sente donc de la mani~re suivante: Dans la

    comparaison avec les tests num~riques, (voir le tableau pr~c~- dent), le test d'analogies parait contenir seulement un facteur g~n~ral et un facteur sp~cifique, contrairement aux autres tests, qui, eux, comportent des facteurs de groupe. Comparant les tests verbaux ahx tests spatiaux, nous trouvons ~ cSt~ du facteur g un facteur pv qui est commun ~ tous les tests verbaux. Les fac- teurs Pl ~t P2, par contre, ne se r~v~lent plus. La premiere question qui se pose au sujet de ces deux analyses diff~rentes, est de savoir pourquoi en comparant les analogies aux tests num~ri- ques, on ne trouve pas le pv. I1 faut supposer qu'il en est ainsi parce que ce p se trouve ~galement dans les tests num~riques (leur composition sera alors: g, p, s) et s'y confond avec le g,

  • R. MEILI

    tandis que les tests spa~iaux ne le eont iennent pas et par eela m~me le font apparaltre. Mais peut on encore consid~rer se p~ comme un facteur ,,verbal" puisqu' i l jouera i t un rSle ~galement dans des tests num~riques? Schi l ler pense que chez des jeunes enfants la , ,verbal isation" joue un grand r61e dans le calcul. Mais pourquoi le langage n ' interv iendra i t pas tout aussi b ien dans des problbmes avec des f igures g~om~triques?

    Mais m~me en admettant cette expl icat ion on ne pourra i t pas eonsid~rer ce ~aeteur verbal eomme ~tant de !a m~me nature clue celui qui s'est r~v~l~ entre trois des tests dans la comparai- son avec les tests num~riques. Nous nous t rouverons donc en face de deux ou trois facteurs qui tous ser~ient d~finis par leur carac- t~re verbal sans que l 'auteur aft fait une tentat ive de les diff~- rencier.

    Une recherche entreprise par G. M. Smith 4) ajoute encore quelque...

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