Tong Hop Co Vignes

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    02-Jul-2015

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LA TRANSCRIPTIONVous pouvez vous reporter, pour ces questions aux ouvrages suivants : C. BLANCHE-BENVNISTE, 1997, Approches de la langue parle en franais, Ophrys, 1997. C. BLANCHE-BENVNISTE, C. JEANJEAN, 1987, Le franais parl. transcription et dition, Paris, Didier "rudition". Cahiers de praxmatique n 39, 2002, Transcrire linteraction, Montpellier III. Franoise GADET, Le franais ordinaire, A. Colin, 1996 (2-200-01615-8). Cet ouvrage propose une description du franais de tous les jours, en tenant compte des questions de variations de locuteurs.

1 IntroductionLorsqu'il est question de raliser une analyse, la mmoire qu'un participant (ou un observateur) peut avoir d'une interaction est insuffisante. En effet, la mmoire agit comme un filtre, qui ne va conserver et interprter que ce qui correspond aux centres d'intrt de la personne. Un magntophone ne fait ni slection ni synthse quant au verbal, il permet autant de retours en arrire que ncessaire. En revanche, il n'enregistre pas les lments non sonores (proxmiques, kinsiques, visuels, olfactifs). Cet enregistrement va devoir ensuite tre transcrit. Il s'agit d'une tape essentielle. En effet, on va passer de l'oral l'crit, et donc d'une inscription (celle de la parole) dans le temps, une inscription (celle de l'crit) dans l'espace. Transcrire, c'est tablir, fixer le fait langagier : tout ce qui n'a pas t not, ou mal not fera sens. C'est pourquoi il faut apporter grand soin cette tape. Transcrire c'est tablir un texte. Il faut alors se situer entre deux ples et rechercher un quilibre entre la fidlit ce qui a t dit, et la lisibilit de la transposition par crit.

2 Une transcription orthographiqueCette question de lisibilit fait que l'on choisira (sauf si l'on travaille en phontique, ou avec des locuteurs dont la prononciation est trs spcifique, jeunes enfants, trangers ne maitrisant pas la langue...) une transcription orthographique. Celle-ci permet, outre la lisibilit, d'liminer des ambiguts, par exemple entre le singulier et le pluriel, lorsqu'ils sont homophones (exemple : il danse bien, ils dansent bien), en fonction du contexte. Cependant des problmes se posent : -Il est difficile de noter par l'criture les caractristiques de la matire phonique : qualits et modulations de la voix, mlodie, intensit, variations du dbit, accentuations... Plus on ajoute de signes, plus la lecture de la transcription se complexifie. -l'usage conventionnel des signes de ponctuation n'est pas en rapport direct avec les phnomnes de la langue parle qu'ils sont senss reprsenter (Blanche-Benvniste, 1997 : 25). Les points et les virgules notent des limites syntaxiques plus que des pauses relles. Il en va de mme dans une moindre mesure des points d'exclamation, de suspension et d'interrogation, qui ne suffisent pas noter les phnomnes de force illocutoire tels que l'ironie, l'hsitation, l'insinuation, le sous-entendu etc. -certains trucages orthographiques, comme l'apostrophe pour noter l'lision ou les raccourcissements, (par exemple : main'nant pour maintenant, pt't pour peut-tre etc.) sont des procds littraires classiques, signale C. Blanche-Benvniste, (op. cit.) pour disqualifier le parler de certains locuteurs, enfants, provinciaux ou parlers jugs dviants ou populaires : Ex. "La fermire qui mditait, reprit : -Cent francs par mois, c'est point suffisant pour nous priver du p'tit, a travaillera dans ququ'zans

ct'fant ; i nous faut cent vingt francs." Maupassant. Ce n'est pas (seulement ?) par fidlit que Maupassant choisit de transcrire ainsi le parler de la fermire, il cherche surtout exhiber (et stigmatiser) un parler non norm. Le problme du trucage orthographique est donc quil fixe ou parfois mme projette des strotypes sociolinguistiques sur les donnes : cest souvent le cas du transcripteur dbutant qui entend des fautes o il nest question que de variation de la grammaire de loral. On ne peut cependant viter que les pratiques de transcription soient productrices de catgorisation (Mondada, 2002 : 62).Il sagira alors de les prendre en compte au cours des analyses. -Il n'est pas si facile "d'entendre" la langue parle, car la perception est modele par l'interprtation. Nous choisissons l'interprtation la plus plausible, en fonction du contexte, par ex. entre "l'impression d'un puits sans fond" ou "d'un puissant fond", "ce qu'il apprit", "ce qu'il a pris" . Lorsqu'il devient difficile de choisir : par ex. "La patrie c'est le pays o l'on est/ o l'on nat", on a affaire un calembour, (ils sont le ressort de nombreuses chansons de B. Lapointe, par ex. !. Un petit exemple, juste pour le plaisir : "ma mre dit la paix niche / la pniche, dans ce mari niais / Ma mre dit la pniche dans ce marinier". C'est toujours en reconstruisant ce que le locuteur a voulu dire, que nous reconstruisons plus ou moins bien ce qu'il a dit. -C'est pourquoi il peut arriver de faire des surinterprtations, de corriger, de faire des lapsus d'coute, et ce sans que l'on s'en rende compte ! Il faut alors valuer soigneusement (transcrire prend beaucoup de temps !) et ne pas hsiter faire vrifier la transcription en demandant un tiers ce qu'il a entendu. Ceci est particulirement important lorsque le transcripteur travaille en Franais langue trangre.

3 conventions de transcriptionNous l'avons dit, transcrire, revient effectuer des choix, puisque l'on ne peut (sous peine de devenir illisible) tout transcrire. Ces choix se font en fonction des intrts et hypothses du chercheur, selon ce quoi il choisit de s'intresser. Une transcription doit donc rvler l'intrt de celui qui l'a produite. C'est pourquoi il faudra, lorsque vous effectuerez des transcriptions, prsenter et justifier vos choix. Nous proposons, la suite de B. Gardin, d'adopter une transcription orthographique amliore, qui note des lments nonciatifs signifiants tels que les silences, les ratages divers, les hsitations, les chevauchements dans le dialogue (c.f. l'article "Le dire difficile et le devoir dire", B. Gardin, in DRLAV, n 39, 1988, "L'usage des mots". Je scanne et vous envoie cet article). Il parait important d'ajouter des lments extra-linguistiques (kinsique et proxmique) lorsqu'ils sont significatifs.

3 1 Prsentation des conventions/ // /// indique une pause indique une pause plus longue idem

On peut ventuellement mesurer les silences avec un appareil, et s'il est ncessaire, faire figurer cette mesure dans la transcription. N.B. Les signes de ponctuation usuels, point et virgule ne seront pas employs, par consquent, dans la transcription. = indique qu'il n'y a pas de pause entre la fin d'une rplique et le dbut d'une autre. les deux rpliques s'enchainent immdiatement, sans pause inter-tour.

: ::

indique un allongement de la syllabe indique un allongement plus important

NORm(e) les majuscules indiquent un accent d'intensit ou d'insistance. Il conviendra donc d'viter les majuscules dans d'autres emplois, comme en dbut de tour. En revanche, on peut les conserver pour dbuter les noms propres. En effet, l'exprience montre que cela amliore largement la lisibilit, sans poser de problmes d'ambigut importants. e ' , (r) note le "euh" d'hsitation (ou flche montante) indique une intonation montante. (ou flche descendante) indique une intonation descendante. indique que le "r" n'est pas prononc : ex. "lui prend(re) la main".

indique un comportement non verbal du locuteur, ou un commentaire du transcripteur par ex. . On peut aussi mettre entre crochets (ou parenthses) une autre interprtation (s'il y a une hsitation entre deux interprtations) ou une transcription phontique. Chevauchement : 7) P4 a vaut CHER' e un tableau d(e) Miss Tic main(te)nant = M4 AUcontrAI'r(e) , 8) M5 E non // (il ) y a une: - / &[NON non non] / a dp- / - /// (rires de P) 9) P5 (en riant lgrement) OUi a c'est r(e)latif vous allez m(e) dire L'nonc M4 s'est superpos une partie de celui de P4, ce qui marque la vivacit de M dmentir P. (XXX) indique une squence non transcriptible. On note autant de X que de syllabes reprables, afin de donner une ide de la longueur du segment manquant, cela n'a pas besoin d'tre trs prcis. On peut enfin choisir d'indiquer des phnomnes que l'on juge significatifs, par exemple, une liaison habituellement non ralise, un pataqus ou au contraire une liaison habituellement ralise qui ne l'est pas. Il faut alors indiquer dans les conventions les signes que l'on adopte pour transcrire ces vnements (cf. nouvelle orthographe de ce mot). Il est galement pertinent de rflchir la faon dont le transcripteur dsigne les interlocuteurs. Plusieurs solutions sont possibles : sigle, initiales, catgorie dappartenance (professionnelle, sexuelle, ethnique...), nom, surnom, ou encore mlange de ces possibilits. Ce choix a des implications sur lidentification des participants, et par suite, sur linterprtation que font les lecteurs et analystes de leurs propos ou actions. (cf. L. Mondada, Cahiers de Praxmatique n39, 2002.)

3 2 Quelques conseils-Lorsque vous effectuez une transcription, il faudra expliquer et justifier vos choix : quels sont les signes que vous utilisez, pour quelles raisons. Il ny a pas UN systme idal de transcription, mais des possibilits retenir ou non en fonction de vos objectifs.

-N'oubliez pas de numroter les lignes ou/et les interventions, afin de citer facilement les lments de la transcription dans votre commentaire. -Un grand nombre dcoutes, au cours desquelles vous entendrez de plus en plus dlments est ncessaire. Inutile de rappeler limportance primordiale de la qualit de lenregistrement sonore. -couter et transcrire plusieurs est une possibilit intressante de vrifier ses perceptions et hypothses. -Soignez votre travail, car il s'agit d'une tape essentielle, n'oubliez pas : une transcription est dj une analyse. Citons, pour conclure L. Mondada (2002 : 62) : La question pose par la transcription nest donc pas simplement un problme technique visant rsoudre le problme de