Une Theorie Du Sujet

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    16-Jul-2016

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Une Theorie Du Sujetcrit par Tarby Fabien

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  • Fabien Tarby

    Une thorie du sujet

  • AVERTISSEMENT

    Ce texte, Une Thorie du Sujet, dont la rdaction fut de 2004, relve d'un genre

    parfois un peu particulier dans le champ de l'criture philosophique. Il n'est, proprement

    parler, ni une explication dtaille, cheville la lettre du texte, ni un commentaire aux

    effets plus gnraux de mise en perspective de l'oeuvre qu'il entend tudier, savoir la

    Thorie du Sujet d'Alain Badiou. Peut-tre que son assez singulier statut se reflte dans le

    marqueur ajout au regard du titre du chef-d'oeuvre de Badiou : il s'agirait d'Une Thorie du

    Sujet. Comme si l'original, le modle, l'archtype tait offert aux variations, au sens quasi-

    musical du terme, et qu'une d'entre elles tait ici rhapsodie.

    On dira que c'est beaucoup dire, puisque c'est le cas de toute criture philosophique

    s'enracinant dans l'altrit d'un texte qu'elle entend ''expliquer'', ''commenter''. Vrai. Mais il y

    a, ici, une composante supplmentaire prendre en compte : le style si particulier de la

    Thorie du Sujet, eu gard l'Etre et l'Evenement ou Logiques des mondes, style dont on

    sait qu'il provient d'un certain effet de transcription d'un enseignement oral, au sens lacanien

    du terme.

    Justement : Lacan et Mallarm ne circulent pas seulement comme rfrences

    essentielles d'une pense des logiques des ''places'' dans l'ouvrage de Badiou, laquelle il

    faudra corrler la possibilit des ''forces'', si l'on veut dpasser le risque d'un retour de

  • l'idalisme dans le structuralisme, et l'anantissement de la force du sujet, qui ne serait

    qu'absence d'un signifiant l'autre. Limites, donc, de Lacan et de Mallarm, quant au fond.

    Mais, sur la forme, il est vident que la Thorie du Sujet de Badiou reconduit

    irrmdiablement le lecteur un type d'criture qui se tient aux contres des effets de

    langage de Lacan et de Mallarm. L'oraculaire, l'nigmatique, pour le dire banalement,

    mais aussi le fragmentaire vises multiples ; car le texte de Badiou noue dans ce mode de

    rdaction, d'ores et dj, les quatre conditions. Mme si la politique prdomine, l'art, le

    savoir, l'amour sont les objets de ce ddale du sens la fois rigoureusement progressif et

    soudainement intuitif, dont quelques formules vous restent longuement dans l'oreille.

    C'est ce qui fait de la lecture et de la mditation de la Thorie du Sujet une exprience

    trs diffrente de celles de L'Etre et l'Evenement et de Logiques des mondes. Tout autre

    chose, s'il faut au lecteur une attention assez peu formelle au contenu (en dpit de quelques

    formalismes par ailleurs redoutables), mais en revanche une oreille attentive aux logiques

    des mystres ici dicibles. Le philosophe qui veut lire devra affiner, ici, le potique de son

    oreille. La Thorie du Sujet est, selon moi, cet espace simultan1 d'exposition des 4

    conditions, brindilles d'un noeud borromen d'un nouveau genre, si l'on veut. Cette

    simultanit (mme si, dans le coeur de l'ouvrage, l'amour n'occupe pas une place

    essentielle, et si la vise politique est premire) est prcisment la question mme du sujet.

    Pose abruptement. Puisqu'il est possible de suivre la question du sujet en parcourant les

    conditions, une une, l'une aprs l'autre. Mais bien plus difficile de tenir un discours sur le

    dicible du sujet simultanment artistique, savant, politique, amoureux. Le sujet

    philosophique, donc, puisque la philosophie est compossibilit des conditions. Bien

    entendu, Logiques des Mondes expose un tel sujet, clairement, ds l'abord, dans la topique

    1 J'ai propos il y a quelques jours cette formule, de vive voix, Alain Badiou, m'assurant ainsi de ne pas trop crire de btises. Il me l'a heureusement confirme.

  • gnral des sujets fidles, obscurs, ou ractifs, ainsi que dans la table diffrentielle des

    procdures. Il y a de mme (p191) dans la Thorie du Sujet cet essentiel schma o les

    mathmes du surmoi et de l'angoisse, de la justice et du courage sont donns. Une longue

    mditation sur le rapport entre ces deux expositions, celle de Logiques des mondes et celle

    de la Thorie du Sujet, est d'ailleurs souhaiter et crire. D'ailleurs, la question de savoir

    ce qu'est l'unit relative ou le croisement des conditions dans le sujet philosophique reste

    entirement devant nous.

    Pour notre propos du jour, il est en tout cas remarquer la manire dont la Thorie du

    Sujet construit cette rflexion, j'y reviens, simultanment, en liant les conditions, sans cesse.

    Ce qui donne aux mauvais lecteurs le sentiment du bric--brac, mais offre aux plus attentifs

    une voie, certes droutante et mme aristocratique, vers l'nigme du sujet proprement

    philosophique.

    La stylistique oraculaire et le traitement simultan des conditions, ce sont donc, au

    moins, les deux particularits de la Thorie du Sujet.

    Il faut croire que ces effets (en particulier le premier, l'poque) m'ont suffisamment

    marqu pour que je me lance dans la rdaction d'un projet un peu curieux, celui d'Une

    thorie du sujet, dont les deux traits constitutifs semblent tre l'immanence l'original, et

    l'imitation, voire le pastiche.

    Qu'on ne s'attende donc pas, dans la lecture du texte qui va venir, un travail

    universitaire respectable, mme vif... Le style de l'original, autant que le fond, m'avait

    marqu, me soumettant avec passion l'exercice d'tre fidle dans l'infidlit. Dans l'espace

    de ce miroir, je fus gnreusement simiesque, non sans vouloir, en mme temps, transcrire le

    contenu de l'original gnial.

  • Exercice de style, quoi.

    Gracq, quelque part, affirme qu'il y a des crivains myopes et d'autres presbytes. La

    philosophie n'est pas la littrature. Mais cet effet est tout fait possible dans l'art

    philosophique du commentaire ou de l'explication. Et ce libre commentaire se range

    srement dans la dioptrique des myopies. Il peut cependant, selon la presbytie, rvler ici o

    l de claires insuffisances, des non-dits (surtout sur la fin), voire des erreurs

    d'interprtations, des obsessions personnelles, des insistances estudiantines, des coquilles,

    enfin. Je le laisse tel quel.

  • Une Thorie du Sujet

    1. Hegel et le quelque chose.

    Que pouvons-nous encore faire de Hegel, aujourdhui ? Il semble quil y ait, entre les philosophies

    du multiple et le matre de la mtaphysique, non pas une opposition, forme toute destine, dj,

    vous mettre au dessein ou la botte de la dialectique, mais laffirmation dune diffrence

    irrductible, qui, dtre en elle-mme diffrences des diffrences, multiples de multiples, ne se

    laisserait jamais configurer dans la guise du Ngatif. On sait combien la pense de Deleuze se

    rvle anti-hglienne, combien, selon Deleuze, Hegel aurait encercl dans le thtre de la

    reprsentation les rapports diffrenciants, qui ne se laissent jamais ainsi essentialiser. La diffrance

    derridenne, pour autant quelle se joue des dyades quelle tente, du mme geste, dun geste

    ncessairement sidral dcriture, dinscrire et dexcrire, conoit Hegel comme cette machinerie

    qui, au plus prs de la diffrance, dont il eut fallu maintenir le diffrer, dispose celle-ci en fantasme

    de conqute et de travail. Jamais, pour Deleuze, le multiple nest dans la forme de la diffrence

    absolue = le Ngatif ; jamais non plus la diffrance, pour Derrida, ne se laisse originer dans lUn

    daller, de retour, et de totalit.

    Quen sera-t-il, de Hegel, dans la forme que reoit la Thorie du sujet ? Sans doute, L tre et

    lvnement parviendra au rsultat le plus prcis, o Hegel se trouvera parfaitement conu selon la

    dductibilit des ensembles. Mais sans doute aussi la dialectique, avant dtre ainsi formalise, non

    pas seulement mdite, peut nous servir de guide. Quil suffise pour cela dinstaurer au noyau de ses

    dispositions la multiplicit o sous son vocable unique fusionnent l alination et la scission.

    Il y a en effet, peut-tre inaperues, deux leons de Hegel : dune part quun terme se dploie dans

  • son devenir-autre, pour revenir en soi-mme comme concept achev , dautre part qu il nest

    dunit que scinde . De l, nous construirons un ensemblisme mme de scinder la dialectique en

    elle-mme. Mais il y faut un tout autre registre que celui du travail du Ngatif, mme remis sur

    pieds, la Marx. Il y faut, justement, les ressources prcises de ce que lalgbre, la science des

    places, la topologie, la science des forces, nous donnent concevoir dans lunit de langage et de

    syntaxe propre la thorie des ensembles.

    Hegel reconnat le Deux de sa leon - o cependant elle implose - ds lors quanalysant cette

    notion creuse, la fois limite et prodigieusement gnrale du quelque chose, il reconnat, dans sa

    Logique, quon doit poser, pour penser le quelque chose, la diffrence de quelque chose et dautre

    chose. Cest en quoi, encore que prestidigitateur des ecclsiastes, voulant que le Tout soit lhistoire

    de lUn, il pose au moins ceci, de multiple, quil ny a de terme, avant la qualit, que dans le deux

    fois un. Posez donc lA, vous aurez, si vous vous souciez de s