Conte de Noel - Charles Dickens

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    25-May-2015

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<ul><li> 1. I. Le spectre de Marley II. Le premier des trois esprits III. Le second des trois esprits IV. Le dernier esprit V. Conclusion</li></ul><p> 2. Marley tait mort, pour commencer. L-dessus, pas lombre dun doute. Le registre mortuaire tait sign par le ministre, le clerc, lentrepreneur des pompes funbres et celui qui avait men le deuil. Scrooge lavait sign, et le nom de Scrooge tait bon la bourse, quel que ft le papier sur lequel il lui plut dapposer sa signature. Le vieux Marley tait aussi mort quun clou de porte. Attention ! je ne veux pas dire que je sache par moi-mme ce quil y a de particulirement mort dans un clou de porte. Jaurais pu, quant moi, me sentir port plutt regarder un clou de cercueil comme le morceau de fer le plus mort qui soit dans le commerce ; mais la sagesse de nos anctres clate dans les similitudes, et mes mains profanes niront pas toucher larche sainte ; autrement le pays est perdu. Vous me permettrez donc de rpter avec nergie que Marley tait aussi mort quun clou de porte. Scrooge savait-il quil ft mort ? Sans contredits. Comment aurait-il pu en tre autrement ? Scrooge et lui taient associs depuis je ne sais combien dannes. Scrooge tait son seul excuteur testamentaire, le seul administrateur de son bien, son seul lgataire universel, son unique ami, le seul qui et suivi son convoi. Quoiqu dire vrai il ne ft pas si terriblement boulevers par ce triste vnement, quil ne se montrt un habile homme daffaires le jour mme des funrailles et quil ne let solennis par un march des plus avantageux. La mention des funrailles de Marley me ramne mon point de dpart. Marley tait mort : ce point est hors de doute, et ceci doit tre parfaitement compris ; autrement lhistoire que je vais raconter ne pourrait rien avoir de merveilleux. Si nous ntions bien convaincus que le pre dHamlet est mort, avant que la pice commence, il ne serait pas plus trange de le voir rder la nuit, par un vent dest, sur les remparts de sa ville, que de voir tout autre monsieur dun ge mr se promener mal propos au milieu des tnbres, dans un lieu rafrachi par la bise, comme serait, par exemple, le cimetire de Saint-Paul, simplement pour frapper dtonnement lesprit faible de son fils. Scrooge neffaa jamais le nom du vieux Marley. Il tait encore inscrit, plusieurs annes aprs, audessus de la porte du magasin : Scrooge et Marley. La maison de commerce tait connue sous la raison Scrooge et Marley. Quelquefois des gens peu au courant des affaires lappelaient ScroogeScrooge, quelquefois Marley tout court ; mais il rpondait galement lun et lautre nom ; pour lui ctait tout un. Oh ! il tenait bien le poing ferm sur la meule, le bonhomme Scrooge ! Le vieux pcheur tait un avare qui savait saisir fortement, arracher, tordre, pressurer, gratter, ne point lcher surtout ! Dur et tranchant comme une pierre fusil dont jamais lacier na fait jaillir une tincelle gnreuse, secret, renferm en lui-mme et solitaire comme une hutre. Le froid qui tait au dedans de lui gelait son vieux visage, pinait son nez pointu, ridait sa joue, rendait sa dmarche raide et ses yeux rouges, bleuissait ses lvres minces et se manifestait au dehors par le son aigre de sa voix. Une gele blanche recouvrait constamment sa tte, ses sourcils et son menton fin et nerveux. Il portait toujours et partout avec lui sa temprature au-dessous de zro ; il glaait son bureau aux jours caniculaires et ne le dgelait pas dun degr Nol. La chaleur et le froid extrieurs avaient peu dinfluence sur Scrooge. Les ardeurs de lt ne pouvaient le rchauffer, et lhiver le plus rigoureux ne parvenait pas le refroidir. Aucun souffle de vent ntait plus pre que lui. Jamais neige en tombant nalla plus droit son but, jamais pluie battante ne fut plus inexorable. Le mauvais temps ne savait par o trouver prise sur lui ; les plus fortes averses, la neige, la grle, les giboules ne pouvaient se vanter davoir sur lui 3. quun avantage : elles tombaient souvent avec profusion . Scrooge ne connut jamais ce mot. Personne ne larrta jamais dans la rue pour lui dire dun air satisfait : Mon cher Scrooge, comment vous portez-vous ? Quand viendrez-vous me voir ? Aucun mendiant nimplorait de lui le plus lger secours, aucun enfant ne lui demandait lheure. On ne vit jamais personne, soit homme, soit femme, prier Scrooge, une seule fois dans toute sa vie, de lui indiquer le chemin de tel ou tel endroit. Les chiens daveugles eux-mmes semblaient le connatre, et, quand ils le voyaient venir, ils entranaient leurs matres sous les portes cochres et dans les ruelles, puis remuaient la queue comme pour dire : Mon pauvre matre aveugle, mieux vaut pas dil du tout quun mauvais il ! Mais quimportait Scrooge. Ctait l prcisment ce quil voulait. Se faire un chemin solitaire le long des grands chemins de la vie frquents par la foule, en avertissant les passants par un criteau quils eussent se tenir distance, ctait pour Scrooge du vrai nanan, comme disent les petits gourmands. Un jour, le meilleur de tous les bons jours de lanne, la veille de Nol, le vieux Scrooge tait assis, fort occup, dans son comptoir. Il faisait un froid vif et perant, le temps tait brumeux, Scrooge pouvait entendre les gens aller et venir dehors, dans la ruelle, soufflant dans leurs doigts, respirant avec bruit, se frappant la poitrine avec les mains et tapant des pieds sur le trottoir, pour les rchauffer. Trois heures seulement venaient de sonner aux horloges de la Cit, et cependant il tait dj presque nuit. Il navait pas fait clair de tout le jour, et les lumires qui paraissaient derrire les fentres des comptoirs voisins ressemblaient des taches de graisse rougetres qui stalaient sur le fond noirtre dun air pais et en quelque sorte palpable. Le brouillard pntrait dans lintrieur des maisons par toutes les fentes et les trous de serrure ; au dehors il tait si dense, que, quoique la rue ft des plus troites, les maisons den face ne paraissaient plus que comme des fantmes. voir les nuages sombres sabaisser de plus en plus et rpandre sur tous les objets une obscurit profonde, on aurait pu croire que la nature tait venue stablir tout prs de l pour y exploiter une brasserie monte sur une vaste chelle. La porte du comptoir de Scrooge demeurait ouverte, afin quil pt avoir lil sur son commis qui se tenait un peu plus loin, dans une petite cellule triste, sorte de citerne sombre, occup copier des lettres. Scrooge avait un trs petit feu, mais celui du commis tait beaucoup plus petit encore : on aurait dit quil ny avait quun seul morceau de charbon. Il ne pouvait laugmenter, car Scrooge gardait la botte charbon dans sa chambre, et, toutes les fois que le malheureux entrait avec la pelle, son patron ne manquait pas de lui dclarer quil serait forc de le quitter. Cest pourquoi le commis mettait son cache-nez blanc et essayait de se rchauffer la chandelle ; mais, comme ce ntait pas un homme de grande imaginative, ses efforts demeurrent superflus. Je vous souhaite un gai Nol, mon oncle, et que Dieu vous garde ! , cria une voix joyeuse. Ctait la voix du neveu de Scrooge, qui tait venu le surprendre si vivement que lautre navait pas eu le temps de le voir. Bah ! dit Scrooge, sottise ! Il stait tellement chauff dans sa marche raide par ce temps de brouillard et de gele, le neveu de Scrooge, quil en tait tout en feu ; son visage tait rouge comme une cerise, ses yeux tincelaient, et la vapeur de son haleine tait encore toute fumante. Nol, une sottise, mon oncle ! dit le neveu de Scrooge ; ce nest pas l ce que vous voulez dire, sans doute ! Si fait, rpondit Scrooge. Un gai Nol ! Quel droit avez-vous dtre gai ? Quelle raison auriezvous de vous livrer des gaiets ruineuses ? Vous tes dj bien assez pauvre ! 4. Allons, allons ! reprit gaiement le neveu, quel droit avez-vous dtre triste ? Quelle raison avezvous de vous livrer vos chiffres moroses ? Vous tes dj bien assez riche ! Bah ! dit encore Scrooge, qui, pour le moment, navait pas une meilleure rponse prte ; et son bah ! fut suivi de lautre mot : sottise ! Ne soyez pas de mauvaise humeur, mon oncle, riposta le neveu. Et comment ne pas ltre, repartit loncle lorsquon vit dans un monde de fous tel que celui-ci ? Un gai Nol ! Au diable vos gais Nols ! Quest-ce que Nol, si ce nest une poque o il vous faut payer lchance de vos billets, souvent sans avoir dargent ? un jour o vous vous trouvez plus vieux dune anne et pas plus riche dune heure ? un jour o, la balance de vos livres tablie, vous reconnaissez, aprs douze mois couls, que chacun des articles qui sy trouvent mentionns vous a laiss sans le moindre profit ? Si je pouvais en faire ma tte, continua Scrooge dun air indign, tout imbcile qui court les rues avec un gai Nol sur les lvres serait mis bouillir dans la marmite avec son propre pouding et enterr avec une branche de houx au travers du cur. Cest comme a. Mon oncle ! dit le neveu, voulant se faire lavocat de Nol. Mon neveu ! reprit loncle svrement, ftez Nol votre faon, et laissez-moi le fter la mienne. Fter Nol ! rpta le neveu de Scrooge ; mais vous ne le ftez pas, mon oncle. Alors laissez-moi ne pas le fter. Grand bien puisse-t-il vous faire ! Avec cela quil vous a toujours fait grand bien ! Il y a quantit de choses, je lavoue, dont jaurais pu retirer quelque bien, sans en avoir profit nanmoins, rpondit dit le neveu ; Nol entre autres. Mais au moins ai-je toujours regard le jour de Nol, quand il est revenu (mettant de ct le respect d son nom sacr et sa divine origine, si lon peut les mettre de ct en songeant Nol), comme un beau jour, un jour de bienveillance, de pardon, de charit, de plaisir, le seul, dans le long calendrier de lanne, o je sache que tous, hommes et femmes, semblent, par un consentement unanime, ouvrir librement les secrets de leurs curs et voir dans les gens au-dessous deux de vrais compagnons de voyage sur le chemin du tombeau, et non pas une autre race de cratures marchant vers un autre but. Cest pourquoi, mon oncle, quoiquil nait jamais mis dans ma poche la moindre pice dor ou dargent, je crois que Nol ma fait vraiment du bien et quil men fera encore ; aussi je rpte Vive Nol ! Le commis, dans sa citerne, applaudit involontairement ; mais, sapercevant linstant mme quil venait de commettre une inconvenance, il voulut attiser le feu et ne fit quen teindre pour toujours la dernire apparence dtincelle. Que jentende encore le moindre bruit de votre ct, dit Scrooge, et vous fterez votre Nol en perdant votre place. Quant vous, monsieur, ajouta-t-il en se tournant vers son neveu, vous tes en vrit un orateur distingu. Je mtonne que vous nentriez pas au parlement. Ne vous fchez pas, mon oncle. Allons, venez dner demain chez nous. Scrooge dit quil voudrait le voir au oui, en vrit, il le dit. Il pronona le mot tout entier, et dit quil aimerait mieux le voir au d (Le lecteur finira le mot si cela lui plat.) Mais pourquoi ? scria son neveu Pourquoi ? Pourquoi vous tes-vous mari ? demanda Scrooge. Parce que jaimais celle qui est devenue ma femme. Parce que vous lavez ! grommela Scrooge, comme si ctait la plus grosse sottise du monde 5. aprs le gai Nol. Bonsoir ! Mais, mon oncle, vous ne veniez jamais me voir avant mon mariage. Pourquoi vous en faire un prtexte pour ne pas venir maintenant ? Bonsoir, dit Scrooge. Je ne dsire rien de vous ; je ne vous demande rien. Pourquoi ne serions-nous pas amis ? Bonsoir, dit Scrooge. Je suis pein, bien sincrement pein de vous voir si rsolu. Nous navons jamais eu rien lun contre lautre, au moins de mon ct. Mais jai fait cette tentative pour honorer Nol, et je garderai ma bonne humeur de Nol jusquau bout. Ainsi, un gai Nol, mon oncle ! Bonsoir, dit Scrooge. Et je vous souhaite aussi la bonne anne ! Bonsoir, rpta Scrooge. Son neveu quitta la chambre sans dire seulement un mot de mcontentement. Il sarrta la porte dentre pour faire ses souhaits de bonne anne au commis, qui, bien que gel, tait nanmoins plus chaud que Scrooge, car il les lui rendit cordialement. Voil un autre fou, murmura Scrooge, qui lentendit de sa place : mon commis, avec quinze schellings par semaine, une femme et des enfants, parlant dun gai Nol. Il y a de quoi se retirer aux Petites-Maisons. Ce fou fieff donc, en allant reconduire le neveu le Scrooge, avait introduit deux autres personnes. Ctaient deux messieurs de bonne mine, dune figure avenante, qui se tenaient en ce moment, chapeau bas, dans le bureau de Scrooge. Ils avaient la main des registres et des papiers, et le salurent. Scrooge et Marley, je crois ? dit lun deux en consultant sa liste. Est-ce M. Scrooge ou M. Marley que jai le plaisir de parler ? M. Marley est mort depuis sept ans, rpondit Scrooge. Il y a juste sept ans quil est mort, cette nuit mme. Nous ne doutons pas que sa gnrosit ne soit bien reprsente par son associ survivant, dit ltranger en prsentant ses pouvoirs pour quter. Elle ltait certainement ; car les deux associs se ressemblaient comme deux gouttes deau. Au mot fcheux de gnrosit, Scrooge frona le sourcil, hocha la tte et rendit au visiteur ses certificats. cette poque joyeuse de lanne, monsieur Scrooge, dit celui-ci en prenant une plume, il est plus dsirable encore que dhabitude que nous puissions recueillir un lger secours pour les pauvres et les indigents qui souffrent normment dans la saison o nous sommes. Il y en a des milliers qui manquent du plus strict ncessaire, et des centaines de mille qui nont pas se donner le plus lger bien-tre. Ny a-t-il pas des prisons ? demanda Scrooge. Oh ! en trs grand nombre, dit ltranger, laissant retomber sa plume. Et les maisons de refuge, continua Scrooge, ne sont-elles plus en activit ? Pardon, monsieur, rpondit lautre ; et plt Dieu quelles ne le fussent pas ! Le moulin de discipline et la loi des pauvres sont toujours en pleine vigueur, alors ? dit Scrooge. 6. Toujours ; et ils ont fort faire tous les deux. Oh ! javais craint, daprs ce que vous me disiez dabord, que quelque circonstance imprvue ne ft venue entraver la marche de ces utiles institutions. Je suis vraiment ravi dapprendre le contraire, dit Scrooge. Persuads quelles ne peuvent gure fournir une satisfaction chrtienne du corps et de lme la multitude, quelques-uns dentre nous sefforcent de runir une petite somme pour acheter aux pauvres un peu de viande et de bire, avec du charbon pour se chauffer. Nous choisissons cette poque, parce que cest, de toute lanne, le temps o le besoin se fait le plus vivement sentir, et o labondance fait le plus de plaisir. Pour combien vous inscrirai-je ? Pour rien ! rpondit Scrooge. Vous dsirez garder lanonymt. Je dsire quon me laisse en repos. Puisque vous me demandez ce que je dsire, messieurs, voil ma rponse. Je ne me rjouis pas moi-mme Nol, et je ne puis fournir aux paresseux les moyens de se rjouir. Jaide soutenir les tablissements dont je vous parlais tout lheure ; ils cotent assez cher : ceux qui ne se trouvent pas bien ailleurs nont qu y aller. Il y en a beaucoup qui ne le peuvent pas, et beaucoup dautres qui aimeraient mieux mourir. Si...</p>