Henri Bergson - Le Rire 1900

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    18-Dec-2014

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Henri Bergson - Le Rire 1900

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<ul><li> 1. Henri Bergson (1900) Le Rire http://krimo666.mylivepage.com/ Essai sur la signification du comique </li> <li> 2. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 4 Avant-propos 1 Nous runissons en un volume trois articles sur Le Rire (ou plutt sur le rire spcialement provoqu par le comique) que nous avons publis rcem- ment dans la Revue de Paris. Ces articles avaient pour objet de dterminer les principales catgories comiques, de grouper le plus grand nombre possible de faits et den dgager les lois : ils excluaient, par leur forme mme, les discussions thoriques et la critique des systmes. Devions-nous, en les rdi- tant, y joindre un examen des travaux relatifs au mme sujet et comparer nos conclusions celles de nos devanciers ? Notre thse y et gagn en solidit peut-tre ; mais notre exposition se ft compliquer dmesurment, en mme temps quelle et donner un volume hors de proportion avec limportance du sujet trait. Nous nous dcidons, en consquence, reproduire les articles tels quils ont paru. Nous y joignons simplement lindication des principales recherches entreprises sur la question du comique dans les trente dernires annes. Hecker, Physiologie und Psychologie des Lachens und des Komischen, 1873. Dumont, Thorie scientifique de la sensibilit, 1875, p. 202 et suiv. Cf., du mme auteur, Les causes du rire, 1862. Courdaveaux, tudes sur le comique, 1875. Darwin, Lexpression des motions, trad. fr., 1877, p. 214 et suiv. 1 [Cet avant-propos sera remplac par la prface suivante partir de la 23e dition.] http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 3. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 5 Philbert, Le rire, 1883. Bain (A.), Les motions et la volont, trad. fr., 1885, p. 249 et suiv. Kraepelin, Zur Psychologie des Komischen (Philos. Studien, vol. II, 1885). Piderit, La mimique et la physiognomie, trad. fr., 1888, p. 126 et suiv. Spencer, Essais, trad. fr., 1891, vol. I, p. 295 et suiv. Physiologie du rire. Penjon, Le rire et la libert (Revue philosophique, 1893, t. II). Mlinand, Pourquoi rit-on ? (Revue des Deux-Mondes, fvrier 1895). Ribot, La psychologie des sentiments, 1896, p. 342 et suiv. Lacombe, Du comique et du spirituel (Revue de mtaphysique et de morale, 1897). Stanley Hall and A. Allin, The psychology of laughting, tickling and the comic (American journal of Psychology, vol. IX, 1897). Lipps, Komik und Humor, 1898. Cf., du mme auteur, Psychologie der Komik (Philosophische Monatshefte, vol. XXIV, XXV). Heymans, Zur Psychologie der Komik (Zeitschr. f. Psych. u. Phys. der Sinnesorgane, vol. XX, 1899). http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 4. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 6 Prface 1 Ce livre comprend trois articles sur le Rire (ou plutt sur le rire spcia- lement provoqu par le comique) que nous avions publis jadis dans la Revue de Paris 2. Quand nous les runmes en volume, nous nous demandmes si nous devions examiner fond les ides de nos devanciers et instituer une critique en rgle des thories du rire. Il nous parut que notre exposition se compliquerait dmesurment, et donnerait un volume hors de proportion avec limportance du sujet trait. Il se trouvait dailleurs que les principales dfini- tions du comique avaient t discutes par nous explicitement ou implicite- ment, quoique brivement, propos de tel ou tel exemple qui faisait penser quelquune dentre elles. Nous nous bornmes donc reproduire nos articles. Nous y joignmes simplement une liste des principaux travaux publis sur le comique dans les trente prcdentes annes. Dautres travaux ont paru depuis lors. La liste, que nous donnons ci- dessous, sen trouve allonge. Mais nous navons apport aucune modification au livre lui-mme 3. Non pas, certes, que ces diverses tudes naient clair 1 [Prface de la 23e dition (1924)] 2 Revue de Paris, 1er et 15 fvrier, 1er mars 1899. [En fait 1er fvrier 1900, pp. 512-544, 15 fvrier 1900, pp. 759-790 et 1er mars 1900, pp. 146-179.] 3 Nous avons fait cependant quelques retouches de forme. http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 5. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 7 sur plus dun point la question du rire. Mais notre mthode, qui consiste dterminer les procds de fabrication du comique, tranche sur celle qui est gnralement suivie, et qui vise enfermer les effets comiques dans une formule trs large et trs simple. Ces deux mthodes ne sexcluent pas lune lautre ; mais tout ce que pourra donner la seconde laissera intacts les rsultats de la premire ; et celle-ci est la seule, notre avis, qui comporte une prcision et une rigueur scientifiques. Tel est dailleurs le point sur lequel nous appelons lattention du lecteur dans lappendice que nous joignons la prsente dition. H. B. Paris, janvier 1924. Hecker, Physiologie und Psychologie des Lachens und des Komischen, 1873. Dumont, Thorie scientifique de la sensibilit, 1875, p. 202 et suiv. Cf., du mme auteur, Les causes du rire, 1862. Courdaveaux, tudes sur le comique, 1875. Philbert, Le rire, 1883. Bain (A.), Les motions et la volont, trad. fr., 1885, p. 249 et suiv. Kraepelin, Zur Psychologie des Komischen (Philos. Studien, vol. II, 1885). Spencer, Essais, trad. fr., 1891, vol. I, p. 295 et suiv. Physiologie du rire. Penjon, Le rire et la libert (Revue philosophique, 1893, t. II). Mlinand, Pourquoi rit-on ? (Revue des Deux-Mondes, fvrier 1895). Ribot, La psychologie des sentiments, 1896, p. 342 et suiv. Lacombe, Du comique et du spirituel (Revue de mtaphysique et de morale, 1897). Stanley Hall and A. Allin, The psychology of laughting, tickling and the comic (American journal of Psychology, vol. IX, 1897). Meredith, An essay on Comedy, 1897. Lipps, Komik und Humor, 1898. Cf., du mme auteur, Psychologie der Komik (Philosophische Monatshefte, vol. XXIV, XXV). Heymans, Zur Psychologie der Komik (Zeitschr. f. Psych. u. Phys. der Sinnesorgane, vol. XX, 1899). Ueberhorst, Das Komische, 1899. Dugas, Psychologie du rire, 1902. Sully (James), An essay on laughter, 1902 (Trad. fr. de L. et A. Terrier : Essai sur le rire, 1904). Martin (L. J.), Psychology of Aesthetics : The comic (American Journal of Psychology, 1905, vol. XVI, p. 35-118). Freud (Sigm.), Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten, 1905 ; 2e dition, 1912. Cazamian, Pourquoi nous ne pouvons dfinir lhumour (Revue germanique, 1906, p. 601-634). http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 6. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 8 Gaultier, Le rire et la caricature, 1906. Kline, The psychology of humor (American Journal of Psychology, vol. XVIII, 1907, p. 421-441). Baldensperger, Les dfinitions de lhumour (tudes dhistoire littraire, 1907, vol. I). Bawden, The Comic as illustrating the summation-irradiation theory of pleasure-pain (Psychological Review, 1910, vol. XVII, p. 336-346). Schauer, Ueber das Wesen der Komik (Arch. f. die gesamte Psychologie, vol. XVIII, 1910, p. 411-427). Kallen, The aesthetic principle in comedy (American Journal of Psychology, vol. XXII, 1911, p. 137-157). Hollingworth, Judgments of the Comic (Psychological Review, vol. XVIII, 1911, p. 132-156). Delage, Sur la nature du comique (Revue du mois, 1919, vol. XX, p. 337- 354). Bergson, propos de la nature du comique . Rponse larticle prcdent (Revue du mois, 1919, vol. XX, p. 514-517). Reproduit en partie dans lappendice de la prsente dition. Eastman, The sense of humor, 1921. http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 7. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 9 Chapitre I Du comique en gnral Le comique des formes et le comique des mouvements Force dexpansion du comique Que signifie le rire ? Quy a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaude- ville, une scne de fine comdie ? Quelle distillation nous donnera lessence, toujours la mme, laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrte odeur ou leur parfum dlicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqus ce petit problme, qui toujours se drobe sous leffort, glisse, schappe, se redresse, impertinent dfi jet la spculation philosophique. Notre excuse, pour aborder le problme notre tour, est que nous ne vise- rons pas enfermer la fantaisie comique dans une dfinition. Nous voyons en elle, avant tout, quelque chose de vivant. Nous la traiterons, si lgre soit-elle, avec le respect quon doit la vie. Nous nous bornerons la regarder grandir et spanouir. De forme en forme, par gradations insensibles, elle accomplira http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 8. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 10 sous nos yeux de bien singulires mtamorphoses. Nous ne ddaignerons rien de ce que nous aurons vu. Peut-tre gagnerons-nous dailleurs ce contact soutenu quelque chose de plus souple quune dfinition thorique, une con- naissance pratique et intime, comme celle qui nat dune longue camaraderie. Et peut-tre trouverons-nous aussi que nous avons fait, sans le vouloir, une connaissance utile. Raisonnable, sa faon, jusque dans ses plus grands carts, mthodique dans sa folie, rvant, je le veux bien, mais voquant en rve des visions qui sont tout de suite acceptes et comprises dune socit entire, comment la fantaisie comique ne nous renseignerait-elle pas sur les procds de travail de limagination humaine, et plus particulirement de limagination sociale, collective, populaire ? Issue de la vie relle, apparente lart, comment ne nous dirait-elle pas aussi son mot sur lart et sur la vie ? Nous allons prsenter dabord trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-mme que sur la place o il faut le chercher. I Voici le premier point sur lequel nous appellerons lattention. Il ny a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra tre beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira dun animal, mais parce quon aura surpris chez lui une attitude dhomme ou une expression humaine. On rira dun chapeau ; mais ce quon raille alors, ce nest pas le morceau de feutre ou de paille, cest la forme que des hommes lui ont donne, cest le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicit, na-t-il pas fix davantage lattention des philosophes ? Plusieurs ont dfini lhomme un animal qui sait rire . Ils auraient aussi bien pu le dfinir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanim, cest par une ressemblance avec lhomme, par la marque que lhomme y imprime ou par lusage que lhomme en fait. Signalons maintenant, comme un symptme non moins digne de remar- que, linsensibilit qui accompagne dordinaire le rire. Il semble que le comi- que ne puisse produire son branlement qu la condition de tomber sur une surface dme bien calme, bien unie. Lindiffrence est son milieu naturel. Le rire na pas de plus grand ennemi que lmotion. Je ne veux pas dire que nous http://krimo666.mylivepage.com/ </li> <li> 9. Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique (1900) 11 ne puissions rire dune personne qui nous inspire de la piti, par exemple, ou mme de laffection : seulement alors, pour quelques instants, il faudra oublier cette affection, faire taire cette piti. Dans une socit de pures intelligences on ne pleurerait probablement plus, mais on rirait peut-tre encore ; tandis que des mes invariablement sensibles, accordes lunisson de la vie, o tout vnement se prolongerait en rsonance sentimentale, ne connatraient ni ne comprendraient le rire. Essayez, un moment, de vous intresser tout ce qui se dit et tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin votre sympathie son plus large panouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus lgers prendre du poids, et une coloration svre passer sur toutes choses. Dtachez-vous maintenant, assistez la vie en spectateur indif- frent : bien des drames tourneront la comdie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon o lon danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitt ridicules. Combien dactions humaines rsisteraient une preuve de ce genre ? et ne verrions-nous pas beaucoup dentre elles passer tout coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthsie momen- tane du cur. Il sadresse lintelligence pure. Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec dautres intelli- gences. Voil le troisime fait sur lequel nous dsirions attirer lattention. On ne goterait pas le comique si lon se sentait isol. Il semble que le rire ait besoin dun cho. coutez-le bien : ce nest pas un son articul, net, termin ; cest quelque chose qui voudrait se prolonger en se rpercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un clat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette rper- cussion ne doit pas aller linfini. Elle peut cheminer lintrieur dun cercle aussi large quon voudra ; le cercle nen reste pas moins ferm. Notre rire est toujours le rire dun groupe. Il vous est peut-tre arriv, en wagon ou...</li></ul>