Lieu Laura - Reportage

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    28-Jul-2015

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1. Le Soir mai 20132 reportageEn Communaut Franaise,60 000 enfants doublentchaque anne. Six lvessur dix recommencent au moinsune anne durant leur scolarit etun lve sur cinq quitte lensei-gnement sans diplme la fin dusecondaire. Lcole peine assu-mer sa mission dducation et deremdiation. Elle abandonne lesparents et leurs enfants leur sort,obligs de recourir une aide ext-rieure qui peut se voir coter cher,trs cher. Une cole paralllesest dveloppe, la fois concur-rente et complmentaire lcoletraditionnelle : le coaching sco-laire.Deux fois par semaine, une qua-rantaine dlves suivent des coursde remdiation organiss par lAS-BL Entraide Mons. Lcole duSacr Coeur les accueille pour despriodes de deux ou trois heures lemercredi et le samedi. Lambianceest au calme et la concentration.Des adolescents entre 12 et 18ans sont rests aprs la sonneriepour plonger quelques heures deplus sur les problmes confis parleurs professeurs cette semaine.LASBL offre une aide pour huitcours diffrents, certains supplspar plusieurs professeurs en mmetemps : anglais, nerlandais, alle-mand, biologie, chimie, physique,franais et mathmatiques.Lassociation nest pas prsentequ Mons mais galement danstreize autres villes de Wallonie etBruxelles (Charleroi, Anderlecht,Namur, Tournai, Waterloo ).Un service qui marche visiblementtrs bien. Tout comme Maxime,Morgane et Camille, de nombreuxlves sont contraints de recou-rir une aide extrieure lcolepublique pour russir leur anne.Cest dans cette optique que leursparents les ont inscrits dans cetteassociation le mercredi aprs-midi.Leur atout : seuls six lves parprofesseur. Un petit blond lunet-tes, affubl dun gros cartable surle dos, nous explique que son pro-fesseur de mathmatiques lavaitpouss venir : On reoit plusdexplications et des exercices faireen plus. Le professeur nous prendindividuellement. Il nous donne desexercices et aussi des consignes. Selon Herv, le responsable dela section de Mons, les lves quiviennent ont des difficults ponc-tuelles dans certaines matires.Les lves ne prennent pas tout desuite conscience de leur retard. Ilsne viennent quau bout dun cer-tain temps, mais les problmes sesont dj accumuls Help, I need somebody, Help ! 25% des parents se tournentalors vers un soutien scolaire ext-rieur lcole. En cas de mauvai-ses cotes, 63% des parents revoientla matire avec leur enfant. 45 %des parents vont jusqu demanderconseil et soutien auprs dune ins-tance autre que lEcole publique.Face une telle demande, loffrey rpond par le dveloppement denouveaux services. Le march estdevenu vaste ces dernires annes.Il faut dire que cest un marchlucratif en pleine expansion. Onne compte plus les sites o desprofesseurs particuliers (forms oupas lenseignement) proposentleurs services. En moyenne, cestravailleurs au black deman-dent entre 15 et 25 de lheure.La plupart se dplace jusque dansla famille. Dautres reoivent chezeux. Difficile de les faire venirsous les feux des projecteurs, puis-que ces partenaires particulierssont bien souvent des tudiants la recherche dargent de pochesupplmentaire. Le deuxime pro-fil type est celui des anciens pro-fesseurs, certes moins nombreux.La troisime catgorie est celle desprofesseurs temps plein ou par-tiel qui cherchent un petit extra.A lASBL Entraide, cest le casde la dizaine de professeurs pr-sents aujourdhui Mons. Maisl(in)exprience peut parfois sav-rer onreuse Gare aux escrocs13% des cours sont donns parun tudiant, 7 % par un membrede la famille et 5% seulement parun coach employ par une socitde soutien scolaire (telle lASBLEntraide par exemple). Mme lescoachs travaillant pour le comp-te de socits commerciales nontpas ncessairement les compten-ces requises. La prudence est doncde mise.Les mauvaises expriences sesuivent et se ressemblent. Sur lesforums, on peut lire des ractionsde parents consterns par ce quedes opportunistes leur ont propo-ss : Ce ntait jamais dit commea videmment. Des professeurs delcole mont dit ce serait bien quilsuive des cours et je donne cours !.Ctait 40 euros de lheure .Lorsque ce nest pas un pro-blme dargent, ce sont les com-ptences du professeur lui-mmequi sont remises en cause, un preen tmoigne : Je me suis daborddbrouill tout seul en employant unprof particulier. Je pensais quil taitprofessionnel et comptent mais jaivite dchant. Il tait souvent absentou en retard et ses cours ne conve-naient pas mes enfants. Il taitbrouillon et avait du mal se fairecomprendre. Jai t trs du et mesfils aussi .Avec larrive du march surinternet, des entreprises fleuris-sent foison et offrent des coa-chings personnaliss, des fichestechniques et lassurance dam-liorer les rsultats de lenfant.Cependant, ils ne garantissenten ralit aucun progrs et enco-re moins un cot raisonnable etmodique. Educadomo, Admitis,Cogito, Solution-coaching Ilsrequirent des frais dinscriptiondenviron 70 et proposent despacks de minimum 30 heures pourcertains. Chez Learnisys, un lvede 3me secondaire paiera 229 pour six sances, sans les fraisdinscription.Dautres pratiques plus contes-tes, la limite de larnaque,fusent sur les forums. Cette mrea pay davance lquivalent de36 cours via un site franais deprofesseurs particuliers : Pouraider mon fils de 13 ans mieuxcomprendre les math, jai fait appel PROFADOM. [] Jai paydavance 996. Rsultat : rien.Pas de profs disponibles. Contact,PROFADOM ne peut rien faire. Ilme propose de rembourser seulementune partie .Un nouveau pas vers lingalit ?Mme si les prix paraissent plusraisonnables lASBL Entraide,Camille et Morgane ont djdbours 270 pour 11 cours (dedeux heures) le mercredi depuis ledbut de lanne. Maxime a pay370 pour 10 cours (de trois heu-res) le samedi. Heureusement pources trois adolescents, leurs parentspeuvent pallier leurs difficults.Cela reste un investissement nonngligeable, parfois impossible dbourser pour dautres familles.Lchec de lenfant est vcupar les parents comme un checparental. Certains voient les dif-ficults de leurs enfants dans descauses plus profondes et consul-tent des neuropsychologues, ditsaptes faire du coaching sco-laire . Forms ce type daide, leprix nen reste pas moins lev. Illest encore plus lorsque ce spcia-liste demande ce que les parentsaussi suivent un coaching spcia-lement mis au point pour pouvoirles aider soutenir leurs chrubinsau mieux. Ces spcialistes appren-nent aux jeunes contrler leurstresse, adopter une mthode detravail, grer leur journal de classeou encore faire leur cartable.Faut-il pour autant oublier lesecteur priv ?Les professeurs particuliers etautres services ne sont pas les seuls profiter de ce march insatia-ble : matriel didactique, stages,livres de vacances 60% des l-ves en difficult suivent des courspendant toute lanne, 40% y ontrecours lapproche des examenset 30% pendant les vacances sco-laires. Lala se dit paresseuse etavoue que si je ne prenais pas cescours, je ntudiais pas du tout doncils mont normment servi. En fait,ils mont plus servi comme un sou-tien que comme une aide dans lecas de lASBL Entraide. Il ne fautpas se leurrer : le coaching scolaire,au sens large du terme, est nces-saire. Herv, professeur lASBLEntraide affirme que pour beau-coup dlves cest vraiment un besoin,ils ont besoin de quelquun autourdeux pour les aider avancer.Llve ne fera pas la dmarche seul,une dmarche personnelle . 48,36%des parents ont constat une peti-te amlioration des rsultats deleurs enfants et 42.6% ont constatune forte amlioration des notes lcole. La recette nen est pas pourautant magique. Le besoin est lmais la russite, quant elle, nestjamais garantie.O se situe le problme en dfi-nitive ? Chez les parents ? Chezles lves ? Dans lenseignement ?Les enfants se plaignent de la rapi-dit avec laquelle les cours sontdonns lcole. En somme : peude temps pour un soutien per-sonnalis. Lenseignement doit selancer un nouveau dfi : rame-ner ses lves dans ses murs etlui offrir lappui auquel il a droit.Cest du moins lissue prne parla FAPEO : il faut contrer lesdrives de ce systme qui contraintles parents trouver une alterna-tive aux mauvais rsultats de lco-le, renforant ainsi les ingalitsentre les enfants en difficult. LAURA LIEUEnseignement/Quand lcole ne suffit plusLE VRAI COT DE LECHEC SCOLAIREA la fin du secondaire, seuls 30% des garons et 50% des filles sont lheure . Mais qui la faute? Selon lASBL Association de parents luttant contre lchec scolaire et labandon scolaire , ce sont lesprofs quil faudrait avant tout responsabiliser . Laura LieuA lASBL Entraide, un professeur encadre seulement six lves. Dix enseignants consacrent leur mercredi aprs-midi ou leursamedi matin aider des jeunes en difficult scolaire. Laura LieuLchec de lenfant est vcu par lesparents comme un chec parental.LESSENTIEL Six lves sur dixdoublent au moinsune anne dans leurscolarit. LASBL Entraideoffre des coursparticuliers pour 9 enmoyenne la leon. Le march ducoaching scolairestend sur internet :flambe des prix.LIEULaura.indd 4 3/05/13 13:54:33 2. Le Soir mai 2013reportage 2Luca Rosania est professeurparticulier en math, latin,anglais, physique et infor-matique. Et pourtant, il na que 18ans. Il ne donne cours dans aucunecole mais domicile. Il ne pos-sde aucun statut reconnu, excep-t celui de travailleur au noir ou dtudiant jobiste. Commentde si jeunes enseignants peuventdtourner lchec scolaire leurprofit ? Lenseignement obliga-toire narrive plus assumer sesmissions. Ce sont alors ses jeu-nes recrues qui tentent de rattra-per la sauce.Le jeune universitaire est en pre-mire anne de Sciences Politiques lUCL Mons. Plus tard, il aime-rait travailler dans le social etlhumanitaire. Mais en attendant,comme tout bon tudiant, il cher-che comment gagner de largentpour mieux le dpenser. En les-pace de dix mois, lapprenti-pro-fesseur a dj donn cours neuflves en difficult dans sa rgionnatale,Charleroi.Facile de le trou-ver,il est partout : petitesannonces.be, Vivastreet.be, quicherchetrou-ve.be ou encore quefaire.be Seules deux ou trois personneslont contact grce au bouche--oreille. A peu prs autant defilles que de garons ont suivi sesconseils, mme si pour les pre-mires, les sances se sont quel-que peu ternises. Le nombredheures de cours oscille gnra-lement entre deux et vingt heurespour les plus assidus, en sachantquune heure quivaut seule-ment 12 contre une ving-taine chez de vrais profs. Aufinal, Luca se fait un joli pactole : Pendant lanne, je gagne entre 50et 100. Pendant les vacances dt,je gagne 800 en deux mois .Les raisons qui lont pouss proposer ses services lui paraissentvidentes : Jai commenc parce quejavais besoin dargent et que je netrouvais pas de petits boulots. Et puisjai continu parce que cela offre pasmal davantages :je choisis mes horai-res, mes lves, mes prix, je travaillechez moi et je gagne plus que pour unjob tudiant moyen . Outre laspectfinancier, ce job tudiant luia apport beaucoup plus quil nyparat. Lhumaniste qui sommeilleen lui avoue que cette occupationle fait sentir utile parce quil saitquil a aid quelquun sen sortir.Il en ressort panoui.Pourquoi les lves dcrochent-ils ? Pourquoi sont-ils obligs derecourir ce type de service ?Luca estime que notre enseigne-ment possde un systme scolairecastrateur qui casse des lves tour de bras. Mais il est davis que ce job permet de lutter contre cela, mon niveau . Les adolescentsauxquels il a offert son aide ontune exprience mdiocre de leurscolarit : Jai souvent des lvesblass qui sont curs de lcole, etquand jarrive leur rendre un peule got de lapprentissage a mefait plaisir .En gnral, leurs professeursexpliquent mal ou trop rapide-ment. A force, ils dveloppent uncertain fatalisme et ne fournissentplus defforts. Et contrairement ce que certains parents pourraientcroire, ce nest pas de la fainan-tise, plutt de la rsignation LAURA LIEUCline Vekeman est neu-ropsychologue au cen-tre Odysse Mons et Soignies. Celui-ci regroupe unensemble de psychologues de sp-cialisations diverses. Cette jeunefemme dune trentaine dannesa fait ses tudes lUniversit deMons en psychologie puis a ralisun master lUCL.Son domaine:lecoaching scolaire.Elle aide des l-ves du primaire et du secondaire surmonter leur retard lcole,en se focalisant sur leur mthodede travail et leur concentration.Comment les premiressances se droulent-elles ? On commence par trois sancesde bilan. Grce des tests, on cibleo se situent plus objectivement lesproblmes. Chez les enfants en pri-maire, elles sont lies lattentionalors que les adolescents sont pluttface un dbordement du travail.Cela est d leur mthode. Nousapprenons synthtiser, mmoriser ...Mais parfois, les complications sco-laires ne sont pas ncessairement enlien avec lapprentissage ou avec unproblme attentionnel donc il faut lesrediriger vers un autre spcialiste. A partir de quand voit-on appa-ratre un vrai rsultat ? Cela dpend de chacun. Pour quecela fonctionne, il faut une rgu-larit ds le dpart. Lenfant et lesparents doivent avoir la motivation.Malheureusement, on ne sait pastoujours dire sil y a un rel change-ment. Dans le cas de lattention, untraitement mdicamenteux peut trecomplmentaire voire plus efficace. Vos patients suivent-ilsdautres mthodes en parallle ?Celaarrive,oui.Personnellement,je travaille plutt sur les mtho-des et tous les gestes dattention etde mmorisation. Sil y a des pro-blmes de comprhension au niveaudes acquis en langue ou en math,a sort de mon domaine de comp-tences. Et donc cest frquent, sur-tout chez les ados, quil y ait en plusune remdiation en cours particu-liers dans lune ou lautre banche. Les parents reoivent-ils un coaching parental pour aiderleur enfant ? Nous avons un contact avant etaprs chaque sance. On discute dechoses qui doivent tre mises en placeau quotidien mais je ne fais pas sp-cialement de coaching. Sils veulentquelquun qui va les coacher, alorsoui je les redirige vers un psycholo-gue qui soccupera de les rassurer et deles aider soutenir leur marmot. Quel est le prix dune sance ? Le prix est de 35 . Comme jai lestatutdepsychologue,certainesmutuel-les remboursent un certain nombre desances. Mais pas lentiret Certains de vos patients ont-ilst victimes darnaque ? Une maman ma dit que jus-te un peu avant de venir me voir,elle avait fini par se retrouver chezquelquun qui voulait lui vendre dessemelles de chaussure. Il garantis-sait ainsi rgler les difficults sco-laires de son fils. Et bon, l cest clairement de larnaque. LAURA LIEUProf particulier : lestudiants se lan-cent sur le marchRENCONTREHuit lves sur dix ayant des difficults scolaires, ont des problmes enmathmatiques. Laura LieuUnpsychologuepourleretardscolaire?Cestpossible!"(...) quelquun voulait lui vendre dessemelles de chaussure. Il garantissait rglerainsi les difficults scolaires de son fils."ENTRETIENASBL ENTRAIDEOUI Cela va beaucoup mieux depuis que je prends des cours de math. Maxime, 15 ansNONJenetrouvepasquecescoursmontbeaucoupserviecarontravaillaitunpeutrop par soi-mme. Quand je navais pas envie de travailler, je ne le faisais pas. Lala, 17 ans COURS PARTICULIERSOUI Jai pris des cours part...