Therese raquin d’emile zola

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    05-Jun-2015

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  • 1. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 1 SEQUENCE NII : THERESE RAQUIN DEMILE ZOLA : UN ROMAN NATURALISTE ? Objet dtude : - le roman et la nouvelle au XIXe sicle : ralisme et naturalisme Objectifs : - dcouvrir les caractristiques dun mouvement littraire - lire une uvre romanesque longue : en reprer la structure, les grandes thmatiques Problmatique de squence : en quoi le roman dEmile Zola respecte-t-il les grands principes naturalistes ? Volume horaire de la squence : environ 18 heures 30 SEANCE N 1 : LECTURE ANALYTIQUE N1 : Lincipit du roman (2 heures) Objectifs : - rappeler les fonctions de lincipit romanesque - montrer en quoi le roman naturaliste est crateur datmosphre Texte dtude : extrait du premier chapitre Au bout de la rue Gungaud, lorsquon vient des quais, on trouve le passage du Pont-Neuf, une sorte de corridor troit et sombre qui va de la rue Mazarine la rue de Seine. Ce passage a trente pas de long et deux de large, au plus ; il est pav de dalles jauntres, uses, descelles, suant toujours une humidit cre ; le vitrage qui le couvre, coup angle droit, est noir de crasse. Par les beaux jours dt, quand un lourd soleil brle les rues, une clart blanchtre tombe des vitres sales et trane misrablement dans le passage. Par les vilains jours dhiver, par les matines de brouillard, les vitres ne jettent que de la nuit sur les dalles gluantes, de la nuit salie et ignoble. gauche, se creusent des boutiques obscures, basses, crases, laissant chapper des souffles froids de caveau. Il y a l des bouquinistes, des marchands de jouets denfant, des cartonniers, dont les talages gris de poussire dorment vaguement dans lombre ; les vitrines, faites de petits carreaux, moirent trangement les marchandises de reflets verdtres ; au-del, derrire les talages, les boutiques pleines de tnbres sont autant de trous lugubres dans lesquels sagitent des formes bizarres. droite, sur toute la longueur du passage, stend une muraille contre laquelle les boutiquiers den face ont plaqu dtroites armoires ; des objets sans nom, des marchandises oublies l depuis vingt ans sy talent le long de minces planches peintes dune horrible couleur brune. Une marchande de bijoux faux sest tablie dans une des armoires ; elle y vend des bagues de quinze sous, dlicatement poses sur un lit de velours bleu, au fond dune bote en acajou. Au-dessus du vitrage, la muraille monte, noire, grossirement crpie, comme couverte dune lpre et toute couture de cicatrices. Confrontation du texte avec le tableau de Camille Pissaro, Le Pont de Rouen, 1896

2. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 2 Prolongements : lecture des chapitres I XI du roman : apprendre la sance 1 (interrogation orale) effectuer une courte recherche biographique sur Emile Zola, en faire une fiche synthtique SEANCE N2 : LECTURE CURSIVE : chapitres IX XI : la marche vers le crime (1 heure) Objectifs : - montrer comment le romancier met en scne une vritable marche vers le crime - analyser la tension qui traverse le roman, et donner lenvie aux lves de poursuivre leur lecture SEANCE N 3 : LECTURE ANALYTIQUE N2 (1 heure 30) Objectifs : - tudier une scne cruciale du roman, et son impact sur laction romanesque - analyser le ralisme de la scne du crime 3. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 3 Texte dtude : extrait du chapitre XI Alors Laurent se leva et prit Camille bras-le-corps. Le commis clata de rire. Ah ! non, tu me chatouilles, dit-il, pas de ces plaisanteries-l Voyons, finis : tu vas me faire tomber. Laurent serra plus fort, donna une secousse. Camille se tourna et vit la figure effrayante de son ami, toute convulsionne. Il ne comprit pas ; une pouvante vague le saisit. Il voulut crier, et sentit une main rude qui le serrait la gorge. Avec linstinct dune bte qui se dfend, il se dressa sur les genoux, se cramponnant au bord de la barque. Il lutta ainsi pendant quelques secondes. Thrse ! Thrse ! appela-t-il dune voix touffe et sifflante. La jeune femme regardait, se tenant des deux mains un banc du canot qui craquait et dansait sur la rivire. Elle ne pouvait fermer les yeux ; une effrayante contraction les tenait grands ouverts, fixs sur le spectacle horrible de la lutte. Elle tait rigide, muette. Thrse ! Thrse ! appela de nouveau le malheureux qui rlait. ce dernier appel, Thrse clata en sanglots. Ses nerfs se dtendaient. La crise quelle redoutait la jeta toute frmissante au fond de la barque. Elle y resta plie, pme, morte. Laurent secouait toujours Camille, en le serrant dune main la gorge. Il finit par larracher de la barque laide de son autre main. Il le tenait en lair, ainsi quun enfant, au bout de ses bras vigoureux. Comme il penchait la tte, dcouvrant le cou, sa victime, folle de rage et dpouvante, se tordit, avana les dents et les enfona dans ce cou. Et lorsque le meurtrier, retenant un cri de souffrance, lana brusquement le commis la rivire, les dents de celui-ci lui emportrent un morceau de chair. Camille tomba en poussant un hurlement. Il revint deux ou trois fois sur leau, jetant des cris de plus en plus sourds. Laurent ne perdit pas une seconde. Il releva le collet de son paletot pour cacher sa blessure. Puis, il saisit entre ses bras Thrse vanouie, fit chavirer le canot dun coup de pied, et se laissa tomber dans la Seine en tenant sa matresse. Il la soutint sur leau, appelant au secours dune voix lamentable. Prolongement : lecture des chapitres XII XVIII du roman --------------------------------------------------------------------------------------- SEANCE N4 : QUAPPELLE-T-ON NATURALISME ? (2 heures) Objectifs : - dcouvrir les principes du mouvement naturaliste travers la prface de Trse Raquin et quelques textes complmentaires dEmile Zola - Rdaction dune fiche dhistoire littraire sur le naturalisme : la slection dinformations 1 Etude de la prface de Thrse Raquin 4. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 4 Objectifs : - tudier le projet de lauteur et sinterroger sur la notion de temprament Texte dtude : J'avais navement cru que ce roman pouvait se passer de prface. Ayant l'habitude de dire tout haut ma pense, d'appuyer mme sur les moindres dtails de ce que j'cris, j'esprais tre compris et jug sans explication pralable. Il parat que je me suis tromp. La critique a accueilli ce livre d'une voix brutale et indigne. Certaines gens vertueux, dans des journaux non moins vertueux, ont fait une grimace de dgot, en le prenant avec des pincettes pour le jeter au feu. Les petites feuilles littraires elles-mmes, ces petites feuilles qui donnent chaque soir la gazette des alcves et des cabinets particuliers, se sont bouch le nez en parlant d'ordure et de puanteur. Je ne me plains nullement de cet accueil; au contraire, je suis charm de constater que mes confrres ont des nerfs sensibles de jeune fille. Il est bien vident que mon oeuvre appartient mes juges, et qu'ils peuvent la trouver nausabonde sans que j'aie le droit de rclamer. Ce dont je me plains, c'est que pas un des pudiques journalistes qui ont rougi en lisant Thrse Raquin ne me parat avoir compris ce roman. S'ils l'avaient compris, peut-tre auraient-ils rougi davantage, mais au moins je goterais cette heure l'intime satisfaction de les voir coeurs juste titre. Rien n'est plus irritant que d'entendre d'honntes crivains crier la dpravation, lorsqu'on est intimement persuad qu'ils crient cela sans savoir propos de quoi ils le crient. Donc il faut que je prsente moi-mme mon oeuvre mes juges. Je le ferai en quelques lignes, uniquement pour viter l'avenir tout malentendu. Dans Thrse Raquin, j'ai voulu tudier des tempraments et non des caractres. L est le livre entier. J'ai choisi des personnages souverainement domins par leurs nerfs et leur sang, dpourvus de libre arbitre, entrans chaque acte de leur vie par les fatalits de leur chair. Thrse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. J'ai cherch suivre pas pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les pousses de l'instinct, les dtraquements crbraux survenus la suite d'une crise nerveuse. Les amours de mes deux hros sont le contentement d'un besoin; le meurtre qu'ils commettent est une consquence de leur adultre, consquence qu'ils acceptent comme les loups acceptent l'assassinat des moutons; enfin, ce que j'ai t oblig d'appeler leurs remords, consiste en un simple dsordre organique, et une rbellion du systme nerveux tendu se rompre. L'me est parfaitement absente, j'en conviens aisment, puisque je l'ai voulu ainsi. On commence, j'espre, comprendre que mon but a t un but scientifique avant tout. Lorsque mes deux personnages, Thrse et Laurent, ont t crs, je me suis plu me poser et rsoudre certains problmes : ainsi, j'ai tent d'expliquer l'union trange qui peut se produire entre deux tempraments diffrents, j'ai montr les troubles profonds d'une nature sanguine au contact d'une nature nerveuse. Qu'on lise le roman avec soin, on verra que chaque chapitre est l'tude d'un cas curieux de physiologie. En un mot, je n'ai eu qu'un dsir : tant donn un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bte, ne voir mme que la bte, les jeter dans un drame violent et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces tres. J'ai simplement fait sur deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres. 2 Lecture cursive dextraits de Zola : o Etude dun extrait du Roman exprimental o prface de La Fortune des Rougon 5. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 5 o prface de LAssommoir. Texte 1 : Extrait du Roman exprimental Sans me risquer formuler des lois, j'estime que la question d'hrdit a une grande influence dans les manifestations intellectuelles et passionnelles de l'homme. Je donne aussi une importance considrable au milieu. Il faudrait sur la mthode aborder les thories de Darwin; mais ceci n'est qu'une tude gnrale exprimentale applique au roman, et je me perdrais, si je voulais entrer dans les dtails. Je dirai simplement un mot des milieux. Nous venons de voir l'importance dcisive donne par Claude Bernard l'tude du milieu intra- organique, dont on doit tenir compte, si l'on veut trouver le dterminisme des phnomnes chez les tres vivants. Eh bien! dans l'tude d'une famille, d'un groupe d'tres vivants je crois que le milieu social a galement une importance capitale. Un jour, la physiologie nous expliquera sans doute mcanisme de la pense et des passions; nous saurons comment fonctionne la machine individuelle de l'homme, comment il pense, comment il aime, comment il va de la raison la passion et la folie; mais ces phnomnes, ces faits du mcanisme des organes agissant sous l'influence du milieu intrieur, ne se produisent pas au dehors isolment et dans le vide. L'homme n'est pas seul, il vit dans une socit, dans un milieu social, et ds lors pour nous, romanciers, ce milieu social modifie sans cesse les phnomnes. Mme notre grande tude est l, dans le travail rciproque de la socit sur l'individu et de l'individu sur la socit. Pour le physiologiste, le milieu extrieur et le milieu intrieur sont purement chimiques et physiques, ce qui lui permet d'en trouver les lois aisment. Nous n'en sommes pas pouvoir prouver que le milieu social n'est, lui aussi, que chimique et physique. Il l'est coup sr, ou plutt il est le produit variable d'un groupe d'tres vivants, qui, eux, sont absolument soumis aux lois physiques et chimiques qui rgissent aussi bien les corps vivants que les corps bruts. Ds lors, nous verrons qu'on peut agir sur le milieu social, en agissant sur les phnomnes dont on se sera rendu matre chez l'homme. Et c'est l ce qui constitue le roman exprimental: possder le mcanisme des phnomnes chez l'homme, montrer les rouages des manifestations intellectuelles et sensuelles telles que la physiologie nous les expliquera, sous les influences de l'hrdit et des circonstances ambiantes, puis montrer l'homme vivant dans le milieu social qu'il a produit lui- mme, qu'il modifie tous les jours, et au sein duquel il prouve son tour une transformation continue. Ainsi donc, nous nous appuyons sur la physiologie, nous prenons l'homme isol des mains du physiologiste, pour continuer la solution du problme et rsoudre scientifiquement la question de savoir comment se comportent les hommes, ds qu'ils sont en socit. mile Zola, 1890 Texte 2 : Prface de La Fortune des Rougon Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'tres, se comporte dans une socit, en s'panouissant pour donner naissance dix, vingt individus qui paraissent, au premier coup d'il, profondment dissemblables, mais que l'analyse montre intimement lis les uns aux autres. L'hrdit a ses lois, comme la pesanteur. Je tcherai de trouver et de suivre, en rsolvant la double question des tempraments et des milieux, le fil qui conduit mathmatiquement d'un homme un autre homme. Et quand je tiendrai tous les fils, quand j'aurai entre les mains tout un groupe social, je ferai voir ce groupe l'uvre comme acteur d'une poque historique, je le crerai agissant dans la complexit de ses efforts, j'analyserai la fois la somme de volont de chacun de ses membres et la pousse gnrale de l'ensemble. Les Rougon-Macquart, le groupe, la famille que je me propose d'tudier a pour caractristique le dbordement des apptits, le large soulvement de notre ge, qui se rue aux jouissances. Physiologiquement, ils sont la lente succession des accidents nerveux et sanguins qui se dclarent dans une race, la suite d'une premire lsion organique, et qui dterminent, selon les milieux, chez chacun des individus de cette race, les sentiments, les dsirs, les passions, toutes les manifestations humaines, naturelles et instinctives, dont les produits prennent les noms convenus de vertus et de vices. Historiquement, ils partent du peuple, ils s'irradient dans toute la socit contemporaine, ils montent toutes les situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reoivent 6. Les nouveaux programmes de franais en 2 nde Squence propose par Stphane Gallo (Lyce Henri Poincar, NANCY) 6 les basses classes en marche travers le corps social, et ils racontent ainsi le second empire l'aide de leurs drames individuels, du guet-apens du coup d'tat la trahison de Sedan. Depuis trois annes, je rassemblais les documents de ce grand ouvrage, et le prsent volume tait mme crit, lorsque la chute des Bonaparte, dont j'avais besoin comme artiste, et que toujours je trouvais fatalement au bout du drame, sans oser l'esprer si prochaine, est venue me donner le dnouement terrible et ncessaire de mon uvre. Celle-ci est, ds aujourd'hui, complte; elle s'agite dans un cercle fini; elle devient le tableau d'un rgne mort, d'une trange poque de folie et de honte. C...